Chapter Text
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Les eaux de l’Est miroitaient l’éclat solaire dans toute sa luisance, annonçant une dernière chaude journée d’août digne de ce nom. C’est lourdement chargé que Wooyoung déambulait dans les rues étouffantes d’Ilsan, un gigantesque bouquet de fleurs fermement maintenu contre sa poitrine tandis qu’il promenait une imposante valise de son autre main. Attachée au bagage, une cage complétait son attirail. Son chat y reposait sereinement, encore plus fainéant qu’à son habitude en raison de la canicule. Tout cet équipement valait au jeune homme bien des regards, lesquels il ignorait royalement alors qu’il se dirigeait vers sa destination.
Vêtu de sorte à recevoir le moindre souffle de fraîcheur, sa tenue laissait percevoir un teint hâlé que le soleil estival n’avait pas manqué de tanner davantage. De longues et obscures mèches ondulées encadraient son visage anguleux, et s'aventuraient occasionnellement devant ses mirettes au rythme de ses pas. Un solitaire grain de beauté soulignait son œil gauche, creusant le mystère de son ténébreux regard. Il arborait un air fermé, qui pourtant ne dissuadait point les coups d'œil intéressés de certaines passantes.
Le cimetière lui apparut bientôt, et il sentit un sombre nuage traverser sa poitrine, en complet oxymore avec le sublime temps au-dessus de sa tête. Même des années plus tard, il ne parvenait pas à se faire aux nœuds que créait cette traditionnelle visite partout dans son corps.
« - Attends-moi sagement Onyx. »
Après un dernier regard lancé à son animal endormi, Wooyoung abandonna ses affaires à l’entrée de l’affligeant lieu. Il se fraya un chemin à travers les rangées de tombeaux, ses semelles crissant sur le sol caillouteux. Le pas lent, comme s’il craignait de déranger les âmes endormies quelques mètres au-dessous ; Wooyoung finit par parvenir au monument funéraire qu’il recherchait.
Un sourire crispé s’empara de ses fines lèvres, trahissant les larmes qu’il retenait. Le jeune homme s’accroupit devant la roche, avant d’y déposer l'assemblage habile de fleurs rouges qu’il avait acheté quelques minutes plus tôt. La première fois qu’il était venu en compagnie de Heechul, son tuteur aux yeux des moldus jusqu’à sa fraîche majorité ; ce dernier lui avait dit qu’elle aimait particulièrement cette couleur. D’après le professeur, elle symbolisait parfaitement le caractère pour le moins trempé de la défunte sorcière.
Wooyoung en héritait, semblait-il.
« - Coucou, maman ; chuchota-t-il à peine plus fort que son souffle. »
D’habitude, le noiraud était une vraie pipelette. Il ne savait passer un quart d’heure sans piper mot, au grand désarroi de l’équipe enseignante de son pensionnat. De ses amis, aussi ; enfin dépendant desquels. Ses bavardages lui avaient valu d’innombrables retenues, notamment venant de sa directrice de maison. Mais ce n’était vraiment pas de sa faute ! Il devait dire ce qui lui venait à l’esprit dans l’immédiat, sinon il pourrait oublier plus tard…
En somme, se taire était mission quasi impossible pour Wooyoung, sauf lorsqu’il se trouvait devant la sépulture de sa mère. Là, soudainement, il avait l’impression qu’on lui coupait la langue. Pourtant son esprit fourmillait de questions, d’histoires, de vœux dont il pourrait lui faire part.
« - J’avais hâte de te voir. Désolé de ne pas être passé avant, mes vacances étaient particulièrement remplies, cet été ; il se lança en triturant le bas de sa chemise verte. »
La compagnie de son meilleur ami Yeosang avait rendu ces deux mois loin des responsabilités scolaires bien meilleurs. Les deux garçons s’étaient rendus à la plage tous les jours, le plus souvent afin de se baigner. Mais il leur était aussi arrivé de simplement s’y promener, à la recherche de glaces ou de fraîcheur nocturne, bien après le crépuscule. Ces moments-là, alliant constellations et chants marins, étaient sans doute les plus mémorables.
« - Si seulement on pouvait y aller ensemble, nous aussi ; dit-il tristement. Tu dois t’ennuyer toute seule là bas, non ? »
Goo Hara avait trouvé la mort dans un incendie ravageur, sur lequel les enquêtes s’étaient arrêtées depuis longtemps. Elles n’avaient en fait jamais eu lieu, sa famille nullement intéressée de connaître son sort. Ces derniers avaient même fermement refusé d’accueillir Wooyoung, qui s’en était miraculeusement sorti, du haut de ses deux ans. C’est ainsi qu’il s’était retrouvé dans l’orphelinat catholique d’Ilsan, où il avait passé une bien terne enfance.
Quant à son père, le néant. Wooyoung ignorait complètement qui il était, où il se trouvait, ni même s’il était vivant. Cela lui avait torturé l’esprit pendant des années, jusqu’à ce qu’il réalise que son paternel l’aurait retrouvé depuis longtemps s’il le désirait.
« - Mais tu sais, même si mes vacances étaient géniales, je suis bien content de repartir à Hogwarts. J’ai beau avoir un appartement maintenant, il n’y a nulle part ailleurs où je me sens vraiment chez moi. C’est comme s’ils étaient la famille que j’ai toujours attendu de trouver. »
Et ses amis représentaient la meilleure conception du terme qu’il pouvait se faire. Ils lui manquaient tous tant. Souvent, il arrivait que sa mère lui manque aussi, même s’il ne savait presque rien d’elle. Le seul souvenir qu’il en gardait était un petit cadre à leur effigie, tous les deux, quelques jours après sa naissance. L’absence de son père sur le cliché sous-entendait qu’il avait toujours représenté un total étranger pour Wooyoung. Ce que Heechul avait pu lui confirmer par la suite. L’homme avait disparu de la vie de sa mère des mois avant, et il dégoûtait tant le jeune sorcier qu’il ne voulait plus rien savoir d’autre à son propos.
« - Cette famille serait encore mieux, si tu étais là. »
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15h57.
Wooyoung jeta un regard alarmé aux panneaux d’affichage, ce qui lui valut un violent choc contre un autre voyageur empressé. Quelques mètres plus loin, Yeosang s’arrêta net en entendant son meilleur ami se confondre en excuses. Il soupira avant même de se retourner, devinant très bien ce qui venait de se produire. Tout Wooyoung, ça.
Ca lui ressemblait beaucoup également d’arriver plus de vingt minutes après l’heure à laquelle ils avaient convenu de se retrouver. Le plus âgé avait l’espoir qu’ils parviennent pour une fois à rejoindre leur quai en toute sérénité, mais cette quatrième année ne faisait pas exception, apparemment. Il ne pouvait cependant pas en vouloir à Wooyoung. Pas ce jour-là, du moins. Ses visites au cimetière étaient rares et lourdes en émotions, Yeosang comprenait qu’il ait besoin de temps pour se ressaisir.
Après avoir précipitamment aidé le quarantenaire renversé à ramasser ses bagages, Wooyoung s’empara des siens et détala à toute vitesse en direction de son aîné. Il entendait Onyx s’agiter de crainte dans sa cage, mais son chat comme lui allaient bientôt pouvoir souffler, puisque le passage se trouvait juste dev…
« - Où tu vas ?! S’écria le blondinet, alors que son ami s’apprêtait à se heurter en pleine figure à la mauvaise colonne de pierre. C’est celle juste après ! »
Un rapide coup d'œil en arrière permit au plus jeune de réaliser qu’en effet, un peu plus et il se serait fracassé le nez. La respiration hachée, il rattrapa de nouveau Yeosang et fila droit vers le portail dissimulé - le bon, cette fois-ci ; non sans avoir pris soin de scruter les alentours pour s’assurer qu’aucun moldu ne les observait.
En quelques instants, les deux sorciers furent sur le fameux quai, encore haletants de leur course contre la montre. À moins d’une minute du départ, seules les familles des élèves peuplaient la voie, faisant de grands signes à ceux-ci dans une cérémonie d’adieux, voire de larmes pour les plus sensibles. Et il en était de même du côté des disciples, notamment les plus jeunes, dont certains se hissaient par les vitres afin d’embrasser leurs proches une dernière fois. Le sifflement tonitruant du Hogwarts Express régnait sur le vacarme ambiant, signalant ainsi son départ imminent.
Au milieu de ce charivari, le duo reconnut par chance deux silhouettes masculines qui se démarquaient grâce à leurs robes de sorciers d’ores et déjà revêtues. Les préfets de leurs maisons respectives semblaient les attendre, puisqu’ils repérèrent à la seconde les derniers arrivants ; leur indiquant de les rejoindre prestement.
« - J’ai cru qu’on ne vous verrait jamais arriver ! S’exclama Chan, l’air profondément rassuré. Donnez vos valises, on va vous aider. »
En moins de deux, les voilà tous à bord, après avoir dû maintenir les portes ouvertes d’un coup de baguette magique puis manqué de trébucher suite au démarrage soudain du véhicule. Jungkook put alors enfin valider la présence des retardataires sur sa liste, jusqu’ici désespérément incomplète.
« - Et voilà, on a tout le monde sur Ilsan ! Se réjouit-il, satisfait.
- Je crois que Yeonjun et Changbin sont trois ou quatre compartiments plus loin, ils s’inquiétaient aussi de ne pas vous voir arriver.
- On y file alors ! Merci beaucoup hyungs ; s’inclina poliment Wooyoung.
- Et félicitations pour ta nomination Jungkook hyung ! Lança Yeosang à son camarade Serdaigle. »
Tandis que Chan entamait sa deuxième année en tant que préfet de Gryffondor, son collègue au contraire prenait tout juste ses fonctions. Tous les deux étudiaient en sixième année, et Wooyoung n’osait même pas imaginer la charge de travail à laquelle ils allaient être confrontés entre les cours et leur statut au sein de leurs maisons. Devenir préfet ne constituait pas du tout l’un de ses objectifs pour l’année suivante, et de toute manière, aucun autre Gryffondor ne serait suffisamment à la hauteur pour succéder à Chan.
C’est en trimballant leurs bagages que les deux sorciers s’engagèrent dans le corridor, arpentant les vitres à la recherche de leurs amis. Finalement, ils les localisèrent relativement vite - ce n’était pas très compliqué, Wooyoung jurerait qu’on pouvait entendre Changbin de l’autre bout du train.
« - WOOYOUNGIIIIE !!! S’exclama-t-il en bondissant de son siège pour se jeter sur le plus jeune de la bande, qui le réceptionna du mieux qu’il pouvait sans tomber à la renverse.
- Il était persuadé que vous l’aviez raté, pouffa Yeonjun en offrant une étreinte à Yeosang.
- C’est fou, de nous sous-estimer à ce point.
- Rectification : c’est Wooyoung que je sous estime, corrigea Changbin.»
Interloqué par de tels propos, le principal concerné tenta de se dégager des imposants bras de son ami, ce qui aboutit à une sorte de prise de catch sur le siège inoccupé. Yeonjun et Yeosang se contentèrent de les regarder, dépassés par la tournure des événements mais nullement étonnés.
Dès son arrivée, Wooyoung s’était lié d’amitié avec ses camarades de classe ainsi que de maison. C’est un peu plus tard qu'il fit la connaissance de Yeosang, lors d’un cours commun de balai volant avec les Serdaigles. Le blondinet s’était malencontreusement blessé, et le Gryffondor l’avait accompagné à l’infirmerie, découvrant un personnage on ne peut plus timide mais également bienveillant au possible chez son camarade. Comme ses pairs de maison ne semblaient pas faire d’efforts pour l’inclure, ce fut Wooyoung qui le prit sous son aile en s’asseyant près de lui en classe, aux repas ou encore à la bibliothèque, jusqu’à ce qu’ils devinrent inséparables.
« - Je dois avouer que savoir Yeosang chez toi pendant quelques jours m’a rassuré, déclara Yeonjun. Moyen fiable de veiller à ta survie face à toi-même.
- Vous exagérez franchement, ronchonna le maknae ; sa sombre tignasse toute décoiffée par son récent accrochage avec Changbin.
- Il n'a pas tort. Sans moi tu aurais un nez en moins à l’heure actuelle. »
L’expression du noiraud relayait l’amertume pure et dure de la trahison, mais Yeosang n’était pas peu fier de son coup, hilare alors que Changbin essayait de deviner comment diable cela avait pu arriver ; suggérant des possibilités plus incongrues les unes que les autres. Wooyoung ne prit même pas la peine d’y répondre, et préféra libérer Onyx de sa cage. Son chat, lui au moins, ne se moquait jamais.
Cependant, il lui suffit de quelques papouilles sur la tête - destinées initialement à le coiffer - pour retrouver tout son enthousiasme.
Chaque fois que Wooyoung visitait sa mère, il repartait avec un immense ravin en plein cœur. La réalité de son absence le frappait de plein fouet et creusait durement ce manque avec lequel il avait appris à vivre depuis tout petit, même si l’habitude ne s’était jamais installée. En fait, plus il grandissait, plus il regrettait tout ce temps qu’il aurait pu passer avec elle, si la mort ne les avait pas séparés. Le sorcier tirait en permanence une vaine partie de lui-même, que seuls Yeosang, Changbin et Yeonjun étaient en mesure de combler.
Et il ne céderait pour rien au monde l’harmonieuse plénitude qui l’abondait à leurs côtés.
