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The Hardest of Hearts

Summary:

Obi-Wan essaie de se réhabituer à la vie au Temple Jedi durant sa probation, mais certains ne sont pas d'accord avec son retour.

Chapter Text

The Hardest of Hearts

 

Laisser ses émotions s’écouler paisiblement dans la Force ne suffit plus depuis qu’il est rentré de Telos, parce qu’elles reviennent le hanter plus douloureusement à chaque fois qu’Obi-Wan trouve le courage de méditer.

 

Obi-Wan souhaiterait vraiment être un Padawan idéal pour que Qui-Gon n’ait plus jamais à le rejeter, mais les souvenirs qui assaillent son esprit dès qu’il se concentre sur autre chose que ses cours ou ses katas ne veulent pas le laisser atteindre cet objectif—du sang et de la terre sous ses ongles, des brûlures d’anciens blasters recouvrant les corps jonchant le sol, des explosions exhumant des enfants de leurs tombes déjà si peu profondes… Obi-Wan a beau enrouler ses bras autour de lui pour combattre le souffle glacial qui rôde près de lui, la mort ne semble pas vouloir le relâcher…

 

Il a survécu quand tant d’autres sont morts—un regard vert perdant son éclat de vie entre ses bras—et le jeune adolescent qu’il est n’a aucune idée de ce qu’il est censé faire pour se débarrasser de la douleur qui ne veut plus le quitter depuis qu’il a posé pied sur Melida/Daan. Tout le monde au Temple semble si serein, même après les plus dures des missions, alors qu’Obi-Wan arrive à peine à mettre un pied devant l’autre dès qu’un souvenir le surprend. Est-il condamné à échouer perpétuellement ? À décevoir Qui-Gon de toutes les manières possibles ?

 

La salle des Mille Fontaines et sa luxuriante végétation ne suffisent pas pour calmer le chagrin qui le surprend, lorsque des visages si jeunes et pourtant si pâles, si sales, si abîmés envahissent sa méditation—la rage bouillant en lui durant chaque bataille n’a été d’aucune utilité, encore moins pour les enfants qu’il a menés directement vers leurs morts—et Obi-Wan préfère mettre un terme à cet exercice avant d’un peu plus faire face à ses échecs. La guerre a pris fin, et Cerasi ne pourra jamais profiter de la paix. C’est trop tard pour espérer un meilleur dénouement, Obi-Wan a déjà démontré à quel point il pouvait être pathétique.

 

Un regard vers son comm, et il sait qu’il décevrait un peu plus son maître s’il arrivait en retard pour le dîner, alors Obi-Wan époussette rapidement sa tunique avant de quitter l’endroit de ses lamentations—son coin caché entre les énormes racines d’arbres originaires de Kashyyyk. Il n’est peut-être pas le premier à avoir découvert cet endroit—Quinlan a toujours été doué pour grimper aux arbres et pour repérer des choses secrètes—mais c’est bel et bien le seul lieu de l’immense Temple où il est sûr et certain de ne pas être trouvé ; malgré toutes ses tentatives pour un peu plus l’enrager, Bruck n’a jamais été suffisamment doué pour retrouver sa signature de Force parmi les racines imposantes.

 

Et maintenant, Bruck est mort. Par sa faute. Il ne connaîtra jamais cet endroit.

 

Obi-Wan réprime un nouveau frisson, ses dents mordant fermement sa lèvre inférieure pour remplacer ses pensées par la douleur. La Force est censée être avec lui, mais Elle semble bien plus le haïr qu’autre chose lorsqu’Elle tournoie autour de lui pour lui rappeler sans cesse ses torts… Il est sûrement l’un de Ses pires disciples, après avoir ôté autant de vies, après avoir autant gâché l’avenir d’une jeunesse entière. En fait, c’est probablement juste que la Force ne lui fasse pas simplement l’honneur de lui offrir la paix.

 

Dans tous les cas, replonger dans ses erreurs ne risque certainement pas de l’amener plus rapidement jusqu’au Réfectoire où son maître doit déjà l’attendre pour partager le repas du soir ensemble. Les Guérisseurs ont insisté pour que trois plats lui soient servis par jour—os et muscles bougent uniquement grâce à la détermination et au désespoir, mais il a vu des corps si faibles, si minces que la simple idée de manger le rebute de tous ces privilèges—et Qui-Gon insiste pour qu’ils déjeunent et dînent ensemble. Pour s’assurer qu’Obi-Wan ne fuira pas les ordres des Guérisseurs. Pour qu’il offre à son corps suffisamment de force pour grandir. Pour leur donner à tous l’espoir d’oublier qu’il a participé à une guerre à treize ans.

 

Obi-Wan trouverait ça amusant que Qui-Gon en ait maintenant quelque chose à faire qu’il mange bel et bien trois repas par jours, alors qu’il avait à peine le temps de grignoter quelque chose durant leurs premières missions ensemble, si seulement il n’avait pas l’impression d’être constamment surveillé. Trois repas par jour, pour son propre bien ! Mais personne ne s’est jamais demandé pourquoi Obi-Wan préférait attendre que son corps le pousse dans ses derniers retranchements, pourquoi son esprit pouvait si bien supporter la faim malgré toutes les ressources du Temple. Il ne doit être qu’un apprenti désagréable et irresponsable pour eux…

 

Mais aucun d’eux n’est jamais resté plus de trois jours sans manger, à grelotter dans la pénombre d’un égout insalubre, alors Obi-Wan leur pardonne leur maladresse. Ils s’inquiètent pour lui, alors il mange pour leur faire plaisir en attendant qu’ils ne soucient une nouvelle fois plus de lui. Il a estimé que d’ici un mois ou deux, ou bien même lorsque sa probation prendra fin, ils auront tous oublié pourquoi ils lui accordent aujourd’hui tant d’attention.

 

Il n’est plus loin des portes du Réfectoire quand une main agrippe sa tunique pour le plaquer contre le mur le plus proche—le choc résonne à travers son dos, et Obi-Wan garde son grognement pour lui lorsqu’il croise le regard noir d’Okni Gnacera. Alors c’est comme ça qu’il conclue sa pitoyable journée ? Par une altercation avec l’ancien meilleur ami de Bruck ? Le Zabrak d’Iridonia n’a jamais été particulièrement tendre avec lui lors de leurs plus jeunes années, mais maintenant que son ami est mort, Obi-Wan peut facilement deviner que sa rancœur se retrouve tournée contre lui…

 

‘’Tu devrais avoir honte d’être encore là, lourdaud ! Les Jedi n’ont pas besoin de traîtres comme toi, et ce n’est pas parce que tu es de la lignée de maître Yoda que ça te donne le droit de tuer mes amis !’’

 

Obi-Wan ne devrait certainement pas être plus terrifié par le tatouage d’Okni remontant de son menton à ses cornes que par la main qu’il vient de poser sur sa gorge, mais la violence lui est devenue tellement familière qu’il n’a pas peur de la colère du Padawan de maître Koth… La haine brûle dans le regard d’Okni alors qu’il appuie un peu plus fort sur sa gorge, et ce n’est que quand son souffle devient plus compliqué à reprendre qu’Obi-Wan commence enfin à s’inquiéter de ce qui pourrait se passer si l’autre Padawan était sérieux—doit-il vraiment s’inquiéter ? Il a pris tellement de vies qu’il mérite ce qui lui arrive.

 

‘’S-Stop—‘’ Ses mains se posent sur le poignet qui le retient, et Obi-Wan ne sait pas s’il implore Okni ou la Force, mais il veut juste retrouver Qui-Gon et faire taire ses pensées

‘’Bruck n’a pas eu d’autre choix que de mourir, alors pourquoi est-ce que tu aurais une seconde chance, Kenobi ?!’’

 

Le Zabrak cogne sa tête contre le mur, et Obi-Wan peut voir des taches noires danser devant ses yeux—d’une certaine manière, c’est l’image la plus réconfortante qu’il a le droit de voir depuis un long moment… Malheureusement, l’air revient à ses poumons en même temps qu’une vision claire, dès qu’Okni relâche sa gorge pour lui envoyer son genou dans l’estomac—un couinement lui échappe, mais les Anciens Daan lui ont fait bien pire, alors ses réflexes prennent le dessus et Obi-Wan se retrouve à courir à travers les couloirs pour retrouver son chemin en direction du Réfectoire. Il peut encore entendre toute la colère de l’autre garçon, alors que son sang bat dans ses veines comme une machine—Je te retrouverai, sale meurtrier !

 

La Force est en ébullition autour de lui, en même temps qu’il passe les portes du Réfectoire, et Obi-Wan sent ses doigts trembler dès qu’il attrape un plateau ; personne n’avait plus été aussi honnête avec lui depuis longtemps, et il se demande si tout le monde pense autant de malheur de lui sous leurs faux sourires… Il sait très bien que les autres Padawans partageant ses cours le détestent, mais à part quelques regards noirs et une solitude forcée, Obi-Wan ne les a jamais vus aussi enragés qu’Okni—enfin, Siri lui a bien adressé quelques mauvais mots, mais elle s’était au moins excusée… Krista lui a brûlé le bras avec son sabre, mais c’était un simple accident durant un entraînement…

 

Ses pensées sont comme une spirale, un vortex où ses pires peurs se battent en duel avec ses souvenirs, et soudain Obi-Wan sent ses yeux lui piquer face au souffle glacial qui revient lui tourner autour—comment pourrait-il devenir un Jedi s’il est aussi terrifié de ce que les autres pensent de lui ? Il devrait être au-dessus de ça !

 

Il attrape le premier bol de soupe possible en écoutant à peine les recommandations des droïdes, et il évite chaque regard des maîtres et chevaliers autour de lui—tout le monde sait qui il est et pourquoi il ne devrait plus être là—pour se diriger instinctivement vers la table que Qui-Gon occupe chaque soir avec lui. Obi-Wan reprend difficilement son souffle, avant de forcer un sourire à apparaître sur ses lèvres pour ne pas inquiéter son maître.

 

S’inquiéterait-il vraiment pour lui qu’un Padawan le déteste, alors que Qui-Gon l’a abandonné au milieu d’une guerre civile ?

 

Obi-Wan ne sait pas s’il souhaite vraiment découvrir la réponse à cette question, alors qu’il s’installe face à son maître en essayant d’apaiser la Force. Évidemment, son sourire n’atteint pas tout à fait ses yeux, et Qui-Gon doit percevoir que quelque chose ne va pas, mais il a au moins la gentillesse de le laisser manger avant de l’interroger. Ou peut-être qu’il n’a rien remarqué et qu’il s’en contrefiche de tes états d’âme, Kenobi. Obi-Wan réprime un frisson et se concentre sur sa soupe, même lorsque son estomac se tord péniblement dans son ventre…

 

Son bol est presque vide quand il ne trouve plus le courage de se forcer à manger, mais son supplice n’est pas tout à fait terminé lorsque Qui-Gon glisse une boisson à la couleur grisâtre horrible vers lui. Obi-Wan grimace involontairement en reconnaissant les ‘smoothies’ remplis de protéines des Guérisseurs, et il aimerait soudainement pouvoir se téléporter jusqu’à son lit, pour échapper à cette punition. Peut-être qu’il préférait quand Qui-Gon se moquait de son appétit finalement.

 

‘’Le Guérisseur Llai m’a rapporté que tu n’avais pas pris de déjeuner ce midi, Obi-Wan.’’ Qui-Gon ne montre pas sa déception, mais elle est palpable dans la Force

‘’Je n’avais pas faim ce midi, maître…’’ Quand bien même, Obi-Wan prend en main le smoothie en baissant les yeux vers son plat

‘’Je sais que tu n’aimes pas être surveillé, mais tu dois reprendre des forces. Après être resté aussi longtemps sur… Enfin, les Guérisseurs sont formels, et je ne voudrais pas non plus que tu ne puisses pas m’accompagner en mission dès que notre probation prendra fin.’’

‘’Nous retournons bientôt en mission, maître ?!’’ Obi-Wan sent sa vie retrouver un minimum de bonheur à l’idée de s’éloigner du Temple, loin des souvenirs

‘’Pour le moment, il n’y a pas encore de mission nécessitant notre intervention, mais nous savons tous les deux à quel point le Sénat peut vite avoir besoin de nous. Je préférerais te savoir apte à prendre part à une mission, et crois moi, je ne pourrais pas négocier avec les Guérisseurs si ce n’était pas le cas.’’

 

Le regard de Qui-Gon est lourd de sens lorsqu’il le fixe, et Obi-Wan fronce les sourcils face à sa boisson. S’il avait le choix, il ne se forcerait certainement pas à boire cette horreur opaque et grumeleuse, ayant autant de goût qu’une ration de survie, mais il veut repartir en mission le plus rapidement possible, et il ne veut pas non plus décevoir son maître… Alors il avale toute la boisson en ignorant la sensation désagréable dans le fond de son estomac, et Obi-Wan présente son verre vide à Qui-Gon en espérant que ce sera la dernière fois qu’il aura à le faire.

 

Il peut laisser le Réfectoire derrière lui dès que Qui-Gon se relève, et Obi-Wan le suit fidèlement en se positionnant à sa gauche, juste un pas derrière lui. En passant près du couloir qu’il a emprunté pour arriver ici, Obi-Wan ne peut pas s’empêcher de jeter un regard là où Okni l’attendait, prêt à le tuer. Son estomac se dénoue en constatant que personne n’est tapi dans l’ombre, alors il calme sa respiration, regardant de nouveau droit devant lui en espérant pouvoir atteindre les attentes de son maître.

 

Leurs pas les mènent directement à leur quartier, où Obi-Wan est sûr d’être en sécurité. Ici, il n’y aura ni Ancien, ni Okni, ni explosion ou jeune enfant trop faible pour survivre à une guerre face à ses propres parents. Il n’y aura ni Bruck avec un sabre rouge, ni garde d’Offworld prêt à lui faire enfiler une bombe. Aucun Hutt souhaitant sa mort. Personne ne voulant lui effacer la mémoire, peu importe à quel point Obi-Wan aimerait se débarrasser de quelques souvenirs…

 

Il frotte inconsciemment la pierre de rivière dans sa poche, laissant son confort silencieux l’envahir pour remplacer les traces de la dernière année—s’il sera toujours redevable à Qui-Gon de l’avoir pris comme Padawan, Obi-Wan aurait espéré un début d’apprentissage beaucoup plus tranquille… Ou du moins, des missions ne le rapprochant pas d’autant de danger. Il ne doit pas y avoir beaucoup de Padawans de son âge avec autant d’expérience que lui, encore moins depuis Melida/Daan.

 

‘’Obi-Wan ?’’ La voix de son maître résonne derrière lui, et Obi-Wan arrête de fixer son reflet dans le miroir pour croiser le regard de Qui-Gon

‘’Oui, maître ?’’ Il dépose sa brosse à dent en essayant de rester concentrer sur le moment présent, comme son maître tente désespérément de le lui apprendre

‘’Maître Drallig m’a fait part de certaines observations cette après-midi, par rapport à ta classe.’’

 

Son cœur s’arrête brusquement de battre dans sa poitrine durant une courte seconde, alors que Qui-Gon a l’air froidement sérieux, comme si maître Drallig lui avait tout dit pour le traitement que lui réservent les autres élèves de sa classe, comme s’il savait pour les brûlures qu’il récolte à chaque affrontement, pour les regards noirs et les coups de coude dès que leur instructeur ne regarde pas—

 

‘’Vraiment ?’’ Obi-Wan se force à répondre en soulevant un sourcil, la nervosité s’installant en lui

‘’Il m’a confié qu’il aimerait te voir participer à un tournoi le mois prochain, et même si ça concerne plutôt les Padawans au milieu de leur apprentissage, il serait quand même curieux de te voir à l’action face à des adversaires plus âgés.’’ Qui-Gon pose sa main sur son épaule en sentant sûrement son angoisse et un sourire calme naît sur ses lèvres, ‘’Bien sûr, tu as le droit de refuser.’’

‘’Oh…’’ Il reste bouche bée un court instant en essayant de comprendre tout ce que son maître vient de lui dire, ‘’Eh bien, ce serait un honneur pour moi de mettre à profit vos apprentissages communs, maître.’’ Obi-Wan incline légèrement la tête lorsque de la satisfaction se fait sentir dans la Force

‘’Très bien, je veillerai à ce que tu sois inscrit dans le tournoi, mais je ne tiens pas à ce que tu t’en inquiètes plus que nécessaire. L’important reste que tu retrouves des forces et rattrapes toutes tes leçons, n’est-ce pas ?’’

‘’Bien sûr, maître. Siri a accepté de me prêter ses cours, je n’ai plus grand-chose à rattraper, à part une dissertation en diplomatie appliquée.’’

‘’Je n’en ai aucun doute sur le fait que tu te débrouilleras très bien, Padawan.’’ Qui-Gon serre doucement son épaule en souriant chaleureusement, le faisant rougir involontairement, ‘’Je ne te retiens pas plus longtemps, bonne nuit Obi-Wan.’’

‘’Bonne nuit, maître.’’

 

Qui-Gon disparaît dans sa chambre en emportant avec lui la chaleur qu’il exsudait dans la Force, et Obi-Wan est laissé seul dans le fresher, avec ce vide autour de lui. D’une certaine manière, ça devrait être mieux de ne pas avoir le souffle glacial près de lui, mais c’est pire. Obi-Wan n’est juste plus sûr de savoir pourquoi.