Work Text:
Adam regagna sa voiture mais ne démarra pas immédiatement, bien que l’envie le démangeait fortement. Ses vêtements lui collaient à la peau, ses mains et son visage étaient encore recouverts de faux sang gluant. Tout ce qu’il voulait, c’était se débarrasser de ce qu’il portait et prendre une longue douche, sans pour autant être certain que cela suffirait à enlever cette sensation désagréable.
Au moins, pensa-t-il, ils n’étaient pas morts comme ils avaient pensé qu’ils le seraient.
Une vague de colère s’empara de lui. Une fois de plus, faire confiance à Morgane avait été une erreur. Il repensa à ses justifications, à son regard brillant de larmes, le suppliant de la croire et putain, il l’avait crue dès qu’elle avait planté ses yeux dans les siens. Et il s’en voulait. Il s’en voulait d’avoir été aussi crédule, d’avoir pensé qu’elle aurait des remords face à ce qu’elle lui avait fait, d’avoir pensé, pendant un instant, qu’ils pourraient reconstruire quelque chose entre eux.
– Une chance sur deux, pigeon de mes deux ! l’entendait-il encore crier victorieusement.
Adam pouvait encore sentir son cœur se briser une nouvelle fois en la voyant tellement heureuse de l’avoir si majestueusement berné.
Il cligna des paupières pour repousser quelques larmes avant que ses yeux ne se posent sur ses deux anciens collègues qui se dirigeaient, tout en parlant de manière animée, vers la voiture de Morgane.
Malgré la distance, Adam pouvait la voir lever la tête en sa direction et il prétendit chercher quelque chose lorsque leurs regards se croisèrent. Ils restèrent pendant de nombreuses secondes ainsi, comme si aucun des deux n'était capable de se quitter des yeux. Morgane fut cependant la première à le faire, son attention attirée par quelque chose que Prigent lui disait. Adam repoussa la vague de déception qu'il sentait venir en lui. Morgane n'était plus son problème, se répéta-t-il. Ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, ce qu'elle pensait, ce qu'elle ressentait n'était plus de son ressort.
Enfin, au bout de plusieurs minutes, les deux voitures quittèrent le parking et disparurent de son champ de vision. Adam souffla de soulagement, même si son cœur continuait d'être anormalement lourd et que ses yeux lui piquaient à cause des larmes qu'il empêchait de couler. Il appuya sur le bouton "Start" du bout du doigt, s'attendant à ce que son téléphone s'appaire rapidement avec l'écran multimédia. Lorsque l'appareil tarda, il se mit en quête de son téléphone, tâtonnant chacune de ses poches.
– Merde, souffla-t-il.
Il chercha encore quelques minutes dans sa voiture, priant tous les dieux qu’il s’y trouverait. Lorsqu’il se redressa, essoufflé et agacé, il posa son regard sur l’entrée de l’hôpital. Son téléphone avait dû tomber de sa poche pendant l’explosion de faux sang, songea-t-il en essayant tout de même de se remémorer le moment exact.
Le gardien qui les avait libérés quelques minutes plus tôt ne semblait pas avoir fermé les portes. Pendant quelques instants, il pensa à n’y retourner que le lendemain. Il avait besoin d’oublier cette soirée le plus rapidement possible, tant pis pour son téléphone. Mais son côté professionnel décida à sa place.
Il retrouva aisément le bureau, suivant les traces de pas qu’il avait involontairement laissé derrière lui.
La porte du bureau de la victime était anormalement déverrouillée. Il hésita un petit instant avant d’y entrer, soudainement assailli par le souvenir de la colère et de la souffrance qu’il avait ressenti en entrant dans ce bureau plus tôt. De cette envie de pleurer qu’il était néanmoins parvenu à contrôler. De la déception de voir Morgane entraîner, une fois de plus , quelqu’un dans ses conneries, sans se préoccuper des conséquences. Il déglutit et secoua la tête avant de franchir le seuil de la porte. L’odeur de faux sang le submergea presque aussitôt et il grimaça. Tout en s’avançant et scannant du regard la pièce, il tenta, une nouvelle fois, de repousser les souvenirs encore frais de ce qui avait, une fois de plus, éloigné Morgane de lui. La voix de cette dernière résonnait encore, bien malgré lui, dans son esprit et le fantôme de sa main serrant avec force la sienne continuait de le hanter. Il se força à les ignorer, essayant de se concentrer sur le maudit téléphone qui lui avait échappé.
Son regard fut attiré inexplicablement par le mur derrière le bureau. S’il avait remarqué qu’il n’était rempli que de faire-parts de naissances et de remerciements ainsi que de photos de bébés, il ne comprenait pas pourquoi, maintenant, une vague de tristesse s’était emparée de lui. Il avait bien longtemps accepté que ce ne serait pas dans son avenir à lui, la paternité. Ni son boulot, ni sa vie personnelle n’était propice à élever un enfant. Pendant quelques semaines, pourtant, il s’était néanmoins projeté dans le rôle de beau-père avant que tout cela ne se brise par une trahison dont il peinait à se remettre. Malgré la tristesse qu’il ressentait, Adam resta un long moment concentré sur ce mur, s’approchant même jusqu’à en discerner les traits des enfants.
Par un miracle qu’il ne saurait expliquer, il parvint à décrocher son regard des photos et se remit en quête de son téléphone. Alors qu’il s’empêchait de crier victoire lorsqu’il le trouva, dissimulé sous les tiroirs du bureau, un bruit métallique, comme un grincement, se fit entendre et le força à se redresser plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Alerte, le coeur battant, et la main sur son holster, il garda son regard rivé pendant un long moment sur la porte avant de se diriger vers celle-ci. Prudemment, il guetta le couloir et fronça les sourcils lorsqu’il ne vit toujours personne. Le bruit recommença et cette fois-ci, il parvint à le situer.
Un des tiroirs des casiers commençait à s’ouvrir doucement avant de le faire totalement, comme s’il y avait un ressort au bout, menaçant de dévoiler des secrets qui ne concernaient que le médecin et la patiente.
Secouant la tête, il s’avança vers le casier et poussa celui-ci. Adam fronça les sourcils lorsque le tiroir heurta quelque chose. Il insista, espérant ne pas l’avoir endommagé avant de le tirer vers lui. À nouveau, quelque chose l’empêcha de le faire complètement.
Adam rangea enfin son téléphone et passa aveuglément sa main dans le casier puis attrapa l’objet incriminé qu’il ne parvint pas à extraire. Il grimaça et le plia légèrement avant de le retirer du casier. Son cœur se glaça lorsque ses yeux se posèrent sur le nom. Pendant plusieurs longues secondes, il resta figé avant que son regard ne se mette à tracer chaque lettre qu’il voyait. Lorsqu’enfin il réussit à sortir de sa torpeur, une vague glaciale s’empara de tout son corps, avant que ses doigts se mettent à le démanger inexplicablement de découvrir ce que le dossier contenait. Pourquoi Morgane n’avait-elle pas dit qu’elle avait été suivie dans cette clinique, elle qui adorait parler de sa vie à qui voulait l’entendre ? Surtout, pourquoi son dossier se trouvait dans le casier « 2023 » ?
Ça devait être une erreur, songea-t-il, avant d’essayer de se souvenir de l’année de naissance de Chloé.
- Il y a un autre moyen de le savoir, lui chuchota une petite voix.
- Tu peux pas parler de confiance et lui faire ça, répondit une autre.
Adam devait reconnaître que les deux avaient raison. Il pourrait juste regarder les entêtes et trouver l’année correspondante. Il n’aurait pas à faire autre chose. D’un autre côté, il aurait l’impression de ne pas valoir mieux qu’elle s’il faisait ça, même s’il ne se limitait qu’à regarder les dates et rien d’autre. De toute façon, peu importait ce qu’il trouverait dans ce dossier, ça ne changerait rien à ce qu’il pensait actuellement d’elle et de leur relation, pensa-t-il.
Avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, le porte-documents quitta subitement ses mains et s’écrasa sur le sol.
— Merde, ne put-il s’empêcher de chuchoter, en voyant les compte-rendus et les échographies qui se mélangeaient.
Il se pencha pour tout réunir, s’efforçant de ne pas laisser sa curiosité prendre le dessus, floutant volontairement sa vision, avant de se figer lorsqu’il saisit l’une d’entre elles. Il y avait une forme humanoïde qui se dessinait sur le cliché. À nouveau, Adam sentit une vague de tristesse inexpliquée avant de secouer la tête. C’était probablement celle de sa benjamine, se raisonna-t-il en l’ajoutant au tas déjà fait avant que la date n’accroche son regard, ignorant toutes ses tentatives pour l’en détourner.
Cette fois, ce fut son corps entier qui se glaça à la vue de celle-ci.
Sous le nom, prénom, ainsi que la date de naissance de sa coéquipière, la date contredisait ce qu’il avait pensé un peu plus tôt. L’échographie qu’il tenait avait été faite cette année. Pire encore, elle avait été quelques jours plus tôt, le jour où il l’avait sauvée in-extremis d’une prise d’otage qui s’était révélée mortelle.
Il secoua la tête. C’était impossible.
Adam ne s’y connaissait pas vraiment en grossesse. En dehors de ses amies qui ne lui partageaient que des bribes, il ne savait pratiquement rien de tout ce qui était suivi de grossesse. Cependant, il était sûr que la forme qu’il voyait sur l’échographie était beaucoup trop développée pour qu’elle ne soit âgée que de quelques petites semaines.
Morgane ne pouvait pas être enceinte, pas à ce point-là. Il l’aurait vu, elle lui aurait dit, il en était sûr.
Peut-être qu’il y avait une autre Morgane Alvaro dans la région, tenta-t-il de se convaincre, mais la date de naissance affichée juste en-dessous de son nom correspondait un peu trop à celle qu’il connaissait.
Ce n’était pas possible, se répéta-t-il en sentant néanmoins une vague de colère s’emparer de lui.
Repoussant des larmes de tristesse, il attrapa tous les autres documents et les réunit en un tas sans y prêter plus d’attention que nécessaire. De toute façon, quoi qu’ils contenaient ne le concernaient pas, ne l’avait jamais concerné et ne le concernerait jamais. Morgane n’était plus son problème et elle n’aurait jamais dû l’être. Il aurait dû raisonner Céline et lui montrer qu’avoir une civile dans l’équipe ne leur attirerait que des emmerdes.
Putain, il n’arrivait même pas à penser sincèrement tout ça.
Pourquoi avait-il fallu qu’il en tombe éperdument amoureux ? Pourquoi n’avait-il pas pu le faire avec Roxane, qui était, en tout point, la femme idéale pour lui, celle avec qui il aurait dû vouloir passer sa vie ?
Pendant quelques mois, se rappela-t-il, c’était le cas. Il n’y avait pas eu de Morgane pour tout chambouler, pas de rattrapage de conneries, pas de baiser impulsif dont le seul regret était les circonstances. Il avait eu l’impression de se retrouver, d’être celui qu’il avait été avant de la rencontrer. Il avait même commencé à envisager de passer, potentiellement, sa vie avec elle
Et puis, Morgane était revenue, déstabilisant une nouvelle fois tous ses plans, comme elle savait si bien le faire.
Il ne pouvait plus la laisser faire ça, décida-t-il en continuant de ramasser les documents. Si elle était enceinte, comme tout semblait le suggérer, ce n’était pas son problème, se répéta-t-il. Ils n’avaient jamais couché ensemble, de toute façon. Ce qu’il s’était passé entre eux n’était pas allé au-delà du flirt et tant mieux. Il souffrait déjà suffisamment ; s’il s’était impliqué un peu plus, voire autant qu’il ne l’avait été avec Roxane, il n’était pas sûr qu’il aurait l’espoir de s’en remettre un jour.
Adam s’arrêta lorsque son regard se posa sur un des compte-rendus, dont l’entête confirmait que c’était bien celui de Morgane. Il aurait voulu ne pas laisser ses yeux parcourir celui-ci, aurait voulu ne pas voir ces mots qui lui arrachaient le cœur, aurait voulu ne pas sentir quelques larmes s’échapper en les lisant.
Seize semaines. Quatre mois et demi.
Morgane était enceinte depuis plusieurs mois. Elle avait été enceinte lorsqu’ils avaient parlé de l’éventualité de commencer quelque chose tous les deux. Elle avait été enceinte pendant ces mois d’incertitude, où ils jouaient tous les deux le rôle d’équilibriste pour ne pas basculer vers ce qu’il avait pensé inévitable. Elle avait été enceinte quand enfin, ils avaient eu ce premier rencard catastrophique qui aurait dû le dissuader d’en vouloir un autre mais qui avait fait tout le contraire. Elle avait été enceinte quand ils s’étaient embrassés chez lui, alors qu’il venait de partager, pour la première fois, sa plus grosse erreur. Elle avait été enceinte quand elle s’était mise, une fois de plus, la fois de trop pour lui, en danger.
Morgane était enceinte et elle ne lui avait rien dit.
Il avait l’impression qu’un couteau venait de lui être planté dans le cœur.
*
Adam se trouva devant chez elle près d’une heure plus tard. Quelque chose, et il ignorait quoi, semblait avoir pris le contrôle de son corps et avait pris ses décisions à sa place à peine avait-il rangé le dossier de Morgane dans le tiroir. Il n’avait pas pu songer à quoi que ce soit pendant le trajet, si ce n’était à elle, et maintenant, toutes ses pensées se bousculaient, cherchant à prendre le dessus sur les autres.
Il sentit son poing entrer en contact avec la porte et il se recula d’une marche. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’il n’entende le verrou. Au moins, elle faisait plus attention, nota-t-il.
Morgane était devant lui peu de temps après, visiblement prête à aller se coucher. Ses cheveux étaient repoussés vers l’arrière par un masque de sommeil à motifs et pendant un petit moment, il laissa son regard sur son visage, essayant de se souvenir de chaque trait.
Lorsqu’il croisa celui de Morgane, il ne put s’empêcher de remarquer que ses yeux étaient anormalement gonflés et brillaient d’une façon qui lui brisa le cœur. Elle cligna des paupières plusieurs fois, comme si les garder ouverts plus de quelques secondes étaient douloureux.
– Karadec ? s’étonna-t-elle, d’une voix légèrement cassée.
Morgane jeta de brefs coup d’œil par-dessus son épaule, vers l’intérieur de la maison, puis se racla la gorge. Elle n’attendit pas sa réponse avant de poser sa main sur la poignée de la porte et de la fermer derrière elle. Elle fit un pas vers lui ; il en fit un en arrière.
– Qu’est-ce que vous foutez-là ? continua-t-elle. Je croyais que c’était fini les visites nocturnes.
Il essaya de ne pas relever le fait qu’il l’avait vue regarder la distance qu’il avait créée entre eux. Cette même distance qui commençait à lui faire mal et qui grandirait dès le lendemain.
– Pourquoi vous m’avez rien dit, Morgane ? demanda-t-il d’une fois qu’il ne reconnaissait pas lui-même.
Morgane fronça les sourcils.
– Dit… quoi ? renvoya-t-elle, toujours confuse.
Adam détourna son regard pendant un instant avant de reporter son attention sur Morgane.
– Que vous étiez…
Cette fois, ce fut lui qui s’éclaircit la gorge avant de continuer :
– Enceinte.
Morgane eut un léger mouvement de recul et, à son tour, elle regarda ailleurs.
– C’est Gilles qui a poucave ? demanda-t-elle lorsque ses yeux se posèrent à nouveau sur lui.
– Gilles ? répéta-t-il. Qu’est-ce que Gilles a à faire dans cette histoire ?
Elle secoua la tête avant de soupirer.
– Rien, laissez tomber, répondit-elle avant de croiser les bras. Comment vous avez su ?
Il hésita à lui dire la vérité, repensant à cette petite voix qui avait souligné son hypocrisie vis-à-vis de Morgane.
– C’est pas le sujet, Morgane.
Alors qu’il s’apprêtait à continuer, elle l’interrompit :
– Bah si, sinon vous me poseriez pas la question, Karadec.
Elle sembla attendre sa réponse et lorsqu’il ne le fit pas, elle souffla.
– J’ai essayé de vous le dire mais vous me laissiez pas beaucoup d’occaz’ d’en placer une quand ça concernait pas l’enquête, ça vous va ? Maintenant, vous me dîtes comment vous avez su, si c’est pas Gilles ?
– Vous aviez des semaines pour me le dire, Morgane, fit-il remarquer.
– Des semaines ? hoqueta-t-elle avant de rire. Non mais Karadec, je crois pas que vous ayez bien compris—
– Seize semaines, Morgane. Seize ! Ça veut dire que vous étiez enceinte quand on—
– Ouais, j’étais enceinte mais ça veut pas dire que je le savais, Karadec, rétorqua-t-elle sur un ton sarcastique.
Adam fronça les sourcils, essayant de repousser en même temps sa colère.
– J’ai fait un déni de grossesse, d’accord ? continua-t-elle.
– Un déni de grossesse, répéta-t-il, incrédule. Bien sûr.
Il vit un éclat de fureur dans le regard de Morgane.
– Ouais, un déni de grossesse, Karadec ! s’écria-t-elle. Et puis, de toute façon, qu’est-ce que vous en avez à foutre, hein ? Vous vous barrez et puis, vous avez bien dit tout à l’heure que j’étais plus votre problème.
Le cœur d’Adam se serra lorsqu’il entendit la souffrance dans la voix de la femme devant lui. Ses mains, ses bras se crispèrent, résistant à la tentation de l’étreindre et de lui dire qu’il n’avait pas pensé un traître mot de ce qu’il avait dit sur le parvis de l’hôpital.
Cette visite, sa curiosité malsaine assouvie, tout avait été des erreurs monumentales. Il aurait dû juste prendre son téléphone et ne pas essayer de rattraper, encore une fois, les conneries de Morgane.
– Vous avez raison, finit-il par dire.
Le regard de Morgane s’adoucit soudainement et il baissa la tête.
– Bonne soirée, Morgane, continua-t-il avant de tourner les talons.
– Ouais, bonne soirée, l’entendit-il répondre.
À chacun des pas qui l’éloignait d’elle, il sentait l’étau autour de son cœur se resserrer jusqu’à ce qu’une douleur vive s’empare de sa poitrine alors qu’il atteignait sa voiture.
Il se hasarda à se retourner vers Morgane. Elle se tenait toujours sur le seuil de sa porte, ses bras croisés autour d’elle comme si elle cherchait à se réchauffer. Elle leva soudainement la tête vers lui et leurs regards se croisèrent de nouveau. Pendant un instant, il songea à rebrousser chemin et à la prendre dans ses bras, une dernière fois. La sentir contre lui, garder ce souvenir. Ces pensées disparurent lorsqu’elle regarda ailleurs et il l’imita.
– Au fait, l’entendit-il soudainement alors qu’il ouvrait sa portière. Je sais pas si ça vous intéresse, mais on sait jamais, hein.
Il soupira mais ne se retourna.
– C’est peut-être le vôtre !
Sa main se figea et il se retourna. Cette fois, Morgane avait l’air de le défier et il tomba dans son piège avec facilité. Elle savait exactement sur quel point appuyer.
Adam claqua la portière avec plus de force que nécessaire et se dirigea vers elle d’un pas décidé. Morgane le suivit du regard, sans se départir de son expression de défi, jusqu’à ce qu’il soit devant elle.
– Vous vous foutez de ma gueule, là, Morgane ? lui demanda-t-il.
Elle continua de le toiser, imperturbable.
– Bah non, rétorqua-t-elle en haussant les épaules, les bras toujours croisés. À votre avis, pourquoi j’ai essayé de vous le dire toute la semaine ?
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant de continuer :
– J’attends rien de vous, Karadec. Je voulais juste que vous le sachiez.
– Que vous êtes… enceinte… de moi alors qu’on a jamais couché ensemble ?
– J’ai dit “peut-être”, d’abord, corrigea-t-elle. Et ensuite, je sais pas si vous vous souvenez de la nuit sous LSD mais je vous signale qu’on a pas fait que des roulades dans l’herbe et dormir à la belle étoile !
Un rire incrédule s’échappa des lèvres d’Adam. De cette nuit, il ne se souvenait que de très peu de choses. Il se souvenait d’avoir bu et puis… de s’être réveillé le lendemain, à côté de Morgane. Qu’elle puisse suggérer qu’ils aient couché ensemble…
– Et si vous faîtes le calcul, ça fait seize semaines, continua-t-elle sur le même ton. Enfin… dix-sept maintenant.
Adam secoua la tête.
– Vous racontez n’importe quoi, répondit-il.
Il tourna à nouveau les talons.
– J’ai aucune raison de vous mentir sur ça, Karadec ! On a couché ensemble, je vous le jure !
– Morgane, on a jamais couché ensemble, d’accord ? rétorqua-t-il en se retournant.
Morgane soupira bruyamment de colère.
– Mais putain, Karadec, vous le faîtes exprès ou quoi ? Vous croyez que je vous aurais dit ça si c’était pas arrivé ? Vous croyez que je préférerais pas que vous vous en souveniez au lieu de me traiter de menteuse pour rien ?
– C’est pas ce que vous avez avoué être, Morgane ? J’ai peut-être des raisons de douter, vous pensez pas ? renvoya-t-il.
– J’y gagnerais quoi, hein ? Que vous restiez pour un bébé que vous voulez pas alors que vous me détestez ?
Il inspira profondément avant de lui faire face, puis de s’approcher d’elle.
– Admettons qu’il se soit passé quelque chose, pourquoi vous vous en souvenez et moi, non ? demanda-t-il en posant ses poings sur ses hanches.
– Mais j’en sais rien, moi ! s’exclama-t-elle. Peut-être… peut-être que vous avez pris plus de LSD ! Peut-être…
– Bien sûr, répondit-il sarcastique. Je sais pas à quoi vous jouez, Morgane mais—
Morgane souffla de frustration et détourna son regard avant de reporter son attention sur lui.
– Et vous ? rétorqua-t-elle. À quoi vous jouez ? Pourquoi vous êtes venu, hein ? Qu’est-ce que vous en avez à foutre que je sois enceinte ou pas ?
–J’en ai à foutre parce que vous m’avez menti, Morgane ! Une fois de plus !
Elle roula des yeux.
– Mais putain ! Je vous ai pas menti, Karadec ! Je. Vous. Ai. Pas. Menti. J’ai. Fait. Un. Déni. De. Grossesse. Qu’est-ce que vous comprenez pas là-dedans ? Vous savez ce que c’est ? C’est quand on—
– Je sais ce que c’est, Morgane !
– J’ai pas l’impression, marmonna-t-elle. Le fait est que je vous ai pas menti, d’accord ? Sur... certains trucs, ouais, mais pas sur ça ! Ni sur le fait qu’on a couché ensemble ! Je le savais même pas avant qu’on me dise que j’étais enceinte !
Il la fixa pendant un long moment, cherchant moindre indice qui lui montrerait qu’elle mentait.
– Il faut que vous me croyez, Karadec, supplia-t-il, son regard l’emprisonnant à nouveau. C’est tout ce que je vous demande.
– Je… je peux pas, Morgane, admit-il.
Et il le voulait, sincèrement, fortement. Il voulait lui faire aveuglément confiance, comme avant. Ne plus craindre qu’elle profite de la plus petite de ses faiblesses.
Morgane acquiesça tristement et le libéra.
– Je peux plus, ajouta-t-il. Je suis désolé.
Il voulait la prendre dans ses bras, oublier un instant tout ce qu’il s’était passé entre eux et qui les avait éloignés. Il voulait retrouver l’insouciance dans laquelle il avait été enveloppé pendant les trois mois où ils n’attendaient que le jour où ils sauteraient enfin le pas. Il voulait retrouver l’impression de toucher du doigt ce qu’il avait espéré depuis des années.
Tout ce à quoi il devait renoncer, douloureusement.
Adam s’autorisa à la regarder une dernière fois avant de se diriger vers sa voiture.
– Pourquoi vous êtes venu, alors ? l’entendit-il soudainement alors qu’il sortait sa clé.
Sa voix avait l’air d’être anormalement proche, nota-t-il avant de se retourner. Morgane s’était avancée vers lui avant de s’arrêter à quelques petits mètres de lui. Les bras toujours croisés autour d’elle, il réprima l’envie de lui dire de retourner chez elle pour se réchauffer.
Il déverrouilla la voiture.
– Hé, oh ! Je vous ai posé une question, Karadec ! insista-t-elle avec force.
Du coin de l’œil, il la vit s’approcher un peu plus de lui d’un pas décidé. Furieuse. Il se força à l’ignorer mais elle attrapa son bras avant qu’il ne puisse rentrer dans l’habitacle. Adam commit l’erreur de poser son regard sur elle. Bien qu’elle avait le visage fermé, ses yeux trahissaient toute la souffrance qu’elle semblait ressentir. Cette même souffrance qui commençait doucement à étreindre son cœur. Comme si elle s’en était rendue compte, elle cligna des paupières et son regard s’endurcit. Elle le soutint pendant un long moment avant de rire.
– C'est bon, j'ai compris, fit-elle, sarcastique. Vous cherchiez juste une autre raison de m’en vouloir, hein ?
– J’ai pas besoin de chercher, Morgane, rétorqua-t-il, sèchement.
Adam regretta avoir prononcé ces mots aussitôt qu’ils eurent quitté ses lèvres. Il était sur le point d’y revenir quand Morgane releva la tête, le fusilla du regard, tout en relâchant son emprise sur son bras.
– Je sais que je vous ai blessé, Karadec, mais c’est pas une raison pour être un connard !
– Je vous demande pardon ? À cause de qui on est dans cette situation, Morgane ? Si vous aviez pas menti—
– J’avais pas le choix ! s’écria-t-elle, d’un air désespéré.
– On a toujours le choix, Morgane et vous semblez toujours prendre le mauvais !
– Oh, parce que vous, vous prenez toujours les bonnes décisions ! répliqua-t-elle, sarcastique.
– Certainement plus souvent que vous.
Morgane rit.
– Eh bah, la prochaine fois, j’hésiterai pas à vous—
– Y’aura pas de prochaine fois, Morgane.
Il ignorait si c’était son ton ou sa réponse, mais il vit brièvement de la souffrance dans le regard de Morgane. S’il regrettait d’avoir dit ça, il savait qu’il avait été honnête.
– Pourquoi vous êtes venu ? demanda-t-elle à nouveau au bout de quelques instants de silence. Parce que c’est pas juste le fait que vous pensiez que je vous ai, encore une fois, menti, on est d’accord ?
– J’en sais rien.
Morgane soupira d’exaspération.
– Bah, vous devez bien savoir pour vous pointer chez moi alors que je suis, selon vous, plus votre problème.
– J’en sais rien, Morgane ! répéta-t-il avec plus de force qu’il ne l’aurait voulu.
– Si, vous le savez, Karadec ! rétorqua-t-elle sur le même ton. Sinon vous seriez pas venu ! Alors pourquoi ?
– Parce que malgré tout ce que vous avez fait, je vous aime toujours, Morgane ! explosa-t-il. Merde !
Sa voix résonna dans la rue déserte, bien malgré lui. Morgane eut un léger mouvement de recul et cligna des paupières à plusieurs reprises avant de rire d’incrédulité.
– Vous… euh… vous avez dit quoi ? bégaya-t-elle.
Adam sentit une vague glaciale s’emparer de lui avant qu’elle ne soit remplacée par la chaleur de l’embarras. Il ferma les yeux et inspira lentement, repoussant les larmes de honte qui piquaient ces derniers.
– Karadec, fit-elle à nouveau, doucement. Vous avez dit quoi ?
– Rien d’important, répondit-il en ouvrant les yeux mais en évitant soigneusement son regard.
– Rien d’important ? répéta-t-elle. Vous vous foutez de ma gueule, là ?
– Quoi que j’ai pu dire, Morgane, rétorqua-t-il d’une voix mesurée, ça changera rien.
– Ouais, vous vous foutez de ma gueule.
Il ouvrit la bouche pour protester mais elle l’interrompit :
– Vous venez de me dire que vous m’aimiez et vous vous attendez sérieusement à ce que ça change rien ?
– Parce que ça changera rien, Morgane. Lundi, je partirai à la Financière et nous deux, ce sera du passé.
– Et le bébé dans l’histoire, hein ? Si c’est le vôtre—
– Vous et moi savons que ce sera pas le mien, Morgane.
Morgane déglutit, semblant encaisser la remarque avec difficulté, avant d’acquiescer puis de détourner le regard.
– Donc vous me croyez toujours pas, fit-elle faiblement.
Elle fit quelques pas en arrière avant de le regarder.
– Vous savez quoi, Karadec ? demanda-t-elle avec une colère soudaine. J’espère vraiment que vous avez raison par rapport au bébé.
L’intensité de la fureur qu’il vit dans ses yeux le figea sur place et avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit, elle tourna les talons, sans se retourner une seule fois vers lui.
Il sentit son propre cœur se briser lorsqu’elle disparût dans sa maison.
*
Morgane n’était pas venue à son pot de départ.
Adam ignorait pourquoi il était surpris. Leur dernier échange n’avait pas été de ceux qui laissaient entrevoir l’idée qu’elle soit la bienvenue à cette petite fête. Pourtant, il avait espéré, de manière irraisonnée, qu’elle viendrait, au moins pour lui dire au revoir. Toute la soirée, il l’avait cherchée du regard, son cœur se figeant lorsqu’il lui semblait voir une tête rousse avant que la personne ne se retourne et que la déception envahisse Adam.
La nuit dernière, il n’avait pas pu dormir. Les propos de Morgane et les siens n’avaient cessé de tourner dans son esprit, tordant son cœur plus qu’il ne l’était déjà. Pour ajouter à ça, il s’était efforcé de se souvenir de cette fameuse nuit, au moins pour prouver à Morgane qu’elle avait eu tort. Le matin-même, il avait songé à faire l’école buissonnière et prétexter un déplacement dans sa nouvelle brigade, mais ses autres futurs anciens collègues n’y étaient pour rien. Surtout, son bureau n’avait pas été encore vidé et Fred lui mettait la pression pour que cela soit le cas le plus rapidement possible.
Contre tout attente, quand il regagna la voiture à la fin de la soirée, il ne prit pas la direction de son domicile. Les rues et bâtiments qu’il voyait défiler sous ses yeux étaient pourtant familiers. Très vite, il se trouva à nouveau devant chez elle. Lorsqu’il se gara, il la vit quitter sa propre voiture avant de se diriger vers sa porte d’entrée, tremblotante et la tête baissée. Adam sentit son cœur se serrer et avant qu’il ne puisse se raisonner et retourner chez lui, il sortit de l’habitacle et s’approcha d’elle.
Morgane ne sembla pas l’entendre, même lorsqu’il était suffisamment près d’elle pour que ce soit le cas. Elle déverrouilla la porte et sans qu’il ne sache pourquoi, elle se retourna soudainement vers lui. Elle eut un mouvement d’un recul en le voyant si proche puis ses yeux s’écarquillèrent quand ils se posèrent sur lui et il essaya d’ignorer la façon dont son cœur se tordit à nouveau. Elle avait pleuré, nota-t-il avec tristesse. Il eut envie de lui caresser le visage, d’effacer les traces qui avaient pourtant déjà disparu sur ses joues mais il parvint à la repousser. Morgane dévia ensuite son regard, se concentrant sur le sol, devenu, apparemment, bien plus intéressant qu’il ne l’était.
Le sien, quant à lui, ne put s’empêcher d’être attiré par ce qui commençait à se dessiner au niveau de son ventre. Comment n'avait-il pas pu le remarquer ? Il repensa aux souvenirs beaucoup trop flous pour y donner un sens mais qui semblaient aller dans celui qu’elle lui avait raconté la veille et dont la preuve serait, très probablement, dans les bras de Morgane dans quelques mois.
Les souvenirs s'étaient enfin bousculés alors que les bras de Morphée lui étaient grands ouverts. Ce n’était que des bribes, mais elles avaient été suffisantes pour comprendre que Morgane avait dit la vérité, ou au moins, une partie. Adam continuait malgré tout de douter que le bébé qui grandissait en elle soit le sien.
Morgane croisa les bras contre sa poitrine avant d’affronter son regard. Elle le maintint pendant un long moment tandis qu’il cherchait quoi dire.
– Vous… vous aviez raison, Morgane, parvint-il enfin à articuler.
Elle fronça les sourcils et se détendit légèrement.
– À propos de quoi ? demanda-t-elle d’une voix anormalement plate, dénuée d’émotion.
À nouveau, il ne put s’empêcher de regarder ce ventre qui, quelques jours auparavant, était encore plat. Morgane posa sa main sur celui-ci.
– Oh, souffla-t-elle.
Adam releva la tête vers elle et acquiesça.
– Mais ça change toujours rien.
– Okay.
– Okay ? répéta-t-il.
– Okay, assura-t-elle. Vous voulez que je vous dise quoi d’autre, Karadec ?
Il haussa les épaules.
– Je comprends juste pas pourquoi vous aviez besoin de venir pour me dire ça.
Cette fois, il opta pour la vérité.
– Je voulais vous voir et… vous dire “au revoir”, Morgane.
Les yeux de cette dernière commencèrent à briller un peu plus et elle cligna des paupières à plusieurs reprises, comme si elle ne voulait pas pleurer. Elle baissa brièvement la tête avant de la relever et d’acquiescer.
– Au revoir, Karadec.
Il opina à son tour mais ne tourna pas immédiatement les talons. Il ne le fit que quelques secondes après, lorsque Morgane dévia à nouveau son regard vers le sol.
Alors qu’il se dirigeait vers sa voiture, son cœur bien plus lourd qu’à son arrivée, il entendit un “oh et puis, merde” et avant qu’il ne puisse réagir, il sentit quelqu’un attraper sa chemise et le faire pivoter. La personne—Morgane— ne lui laissa pas le temps de comprendre ce qu’il se passait et l’embrassa soudainement.
Adam aurait dû la repousser, il le savait. Pourtant, il posa ses mains autour de sa taille et l’attira un peu plus vers lui avant d’amener l’une d’entre elles dans les cheveux de Morgane et d’intensifier le baiser. Il aurait dû profiter des quelques fois où leurs lèvres s’étaient séparées pour qu’ils reprennent leur souffle pour s’éloigner mais il n’y arrivait pas. Elles cherchaient toujours les siennes et celles de Morgane semblaient faire pareil, à en croire la façon dont leurs bouches se rejoignaient presque aussitôt.
Il ne serait pas capable de dire combien de temps leurs lèvres s’entremêlèrent, mais vite, trop vite, celles de Morgane relâchèrent les siennes, sans pour autant que son emprise autour de sa nuque ne se détende.
– Si vous voulez dire “au revoir”, Karadec, faites-le au moins correctement, fit-elle, essoufflée.
Il ne put s’empêcher de sourire.
– J’ai pas envie de partir, Morgane, avoua-t-il, après quelques secondes d’un silence confortable.
– Alors restez, répondit-elle. Je suis sûre que Céline—
– Ça marche pas comme ça.
Elle acquiesça.
– C’est loin, votre nouvelle brigade ? demanda-t-elle, subitement.
– C’est de l’autre côté de la ville.
À nouveau, elle hocha la tête.
– Ce sera pas pareil sans vous, la DIPJ, dit-elle en faisant une moue adorable.
Adam repensa à toutes les fois où elle avait disparu pour x ou y raisons. À toutes ces fois où son regard n’avait cessé de dévier vers son rebord, s’attendant à ce qu’elle apparaisse soudainement. À toutes les fois où le son des talons résonnaient dans le couloir et qu’il se tournait pour voir que ce n’était pas elle. À toutes les fois où il devait se rappeler qu’elle ne reviendrait probablement pas.
– Je suis sûr que tout va bien se passer avec Fred, lui assura-t-il sans la lâcher. Vous vous entendez déjà bien, non ?
Morgane haussa les épaules.
– Ouais, ça change mais… c’est pas vous. Qui va m’engueuler parce que je mets pas les gants, hein ?
Bien que son ton était taquin, Adam remarqua que ses yeux trahissait sa tristesse.
– Vous… vous pensez qu’on pourrait se voir ? demanda-t-elle, un peu timidement.
Il sentit les pouces de cette dernière caresser doucement la peau de nuque, comme si elle cherchait l’amadouer.
– Pour prendre des nouvelles, tout ça, ajouta-t-elle.
– Je pensais que vous me détestiez, Morgane, répondit-il.
– Vous m’avez très mal comprise, alors.
Il ne put s’empêcher de sourire.
– Je pense… que ça pourra s’arranger, répondit-il avec un petit sourire.
Le regard de Morgane sembla s’illuminer à sa réponse avant qu’elle ne relâche son emprise. Il l’imita, avec regret.
– Bon… euh… je vous retiens pas plus longtemps, fit-elle en évitant de le regarder.
Il acquiesça tandis qu’il la laissa lisser les plis de la chemise que leur baiser avait froissée. Elle lui donna une petite tape avant de lever la tête vers lui. Elle était si proche de lui, qu’il eut envie de l’embrasser à nouveau.
– Pourquoi vous êtes pas venue au pot de départ, Morgane ? ne put-il s’empêcher de lui demander.
– Je pensais… que vous vouliez plus me voir.
Elle avait dit ça sur un ton presque enfantin qui appuya douloureusement sur le cœur d’Adam. Ce dernier baissa la tête, honteux. Il ne pouvait pas la contredire. Jusqu’à sa découverte de la veille, c’était très certainement le cas. Tous les moyens avaient été bons pour la maintenir à distance, pour ne la voir que lorsque ce n’était que nécessaire. Et puis, il avait fallu qu’il tombe sur ce dossier, qu’il laisse sa curiosité prendre le dessus et tous ses plans s’étaient écroulés tel un château de cartes.
– C’était tout le contraire, Morgane, admit-il après quelques instants de silence. C’était... euh... pour ça qu’il fallait que je m’éloigne de vous.
Et maintenant, il n’était plus sûr d’en être capable, pensa-t-il. Pas quand il l’avait dans ses bras, pas quand il y avait ce bébé—peut-être son bébé—qui grandissait en elle, pas quand il venait de l’embrasser comme il venait de le faire, pas quand il lui tardait de le refaire.
– Bah, c’est raté, fit-elle, en indiquant du regard le peu de distance qui les séparait.
Il ne put s’empêcher de sourire avant de lentement la relâcher. Morgane se montra plus réticente à l’imiter mais elle le fit quelques secondes plus tard.
Et alors qu’il commençait à reprendre le chemin en direction de sa voiture, il entendit :
– Au fait, Kara ?
Il se retourna. Morgane était toujours devant sa porte, avec un léger sourire sur ses lèvres.
– Moi aussi, lui dit-elle.
Adam fronça d’abord les sourcils, confus, avant de sourire tandis que son cœur se mit à papillonner dans sa poitrine. S’il voulait continuer de se méfier, il ne pouvait s'empêcher de penser que cette fois, Morgane était sincère.
Tous ses doutes se dissipèrent, quelques jours plus tard, lorsqu’il l’eut à nouveau dans ses bras.
