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La nuit s’était installée dans le royaume de Logres, ses habitants tous plongés dans un profond sommeil. On n’entendait plus que le chant des grillons dans la nuit. Un changement agréable pour le roi Arthur, après une journée passée à écouter les doléances des paysans, les remontrances de son beau-père et les exercices de chant de la reine. Sans oublier les négociations de paix avec le roi Burgondes, qui avait tenté une nouvelle fois de les envahir, et qu’Arthur avait réussi à amadouer avec l’aide des tartes de dame Séli et d’un jeu de quille. Une aventure que le Père Blaise n’avait pas souhaité poser sur écrit (« Qui voudra bien croire, des siècles après, à cette situation aussi rocambolesque que ridicule ? » avait-il dit, et puis, l’encre, ça coûtait cher, pas question de la gaspiller inutilement).
Sous la couette et blotti contre le corps chaud de son partenaire, Arthur profitait du calme ambiant. Le torse de Perceval, qui se mouvait au gré de sa respiration, le berçait. Il serait tellement facile de s’endormir, là, tout contre son chevalier, mais son esprit restait plus actif que jamais. Il ressassait les événements de la journée.
Il avait réussi à détourner l’attention du roi burgonde mais ce n’était que temporaire, il le savait. Ce type reviendrait à la charge à un moment où à un autre. Il devra se préparer et trouver à l’avance quelque chose pour l’amadouer. Il savait aussi que son beau-père avait profité de son absence, il y a trois semaines, pour commander de nouvelles catapultes – franchement, il ne manquait pas d’air celui-là ! – il devra avoir une sérieuse discussion avec lui sur le sujet et sur l’importance de ne pas dilapider l’argent de Logres alors qu’ils cherchaient à faire des économies.
Ah tiens, ces catapultes lui faisaient rappeler qu’il n’avait pas passé en revue l’armée de Kaamelott depuis un moment… Peut-être qu’une nouvelle inspection s’imposait… Et puis, en parlant d’inspection, c’est vrai qu’il devait aller chercher ce machin magique là, il avait oublié le nom, dans la trésorerie du château, à la demande de la Dame du Lac… Il ne savait plus où il se trouvait, il demanderait au Père Blaise, il devait avoir répertorié tous les trésors ramenés au cours de leurs quêtes. Il y avait aussi…
— Sire… souffla Perceval, la voix rauque de fatigue, tandis qu’une main s’enfonça dans ses cheveux. Vous devriez dormir, vous allez être fatigué demain sinon.
— Humm ? Non, ne vous inquiétez pas pour moi. Rendormez-vous.
— Sire… dit Perceval sur le ton du reproche mais aussi avec tendresse. N’essayez pas de me prendre pour une brindille.
— … Prendre pour une quiche.
— De ?
— On dit « prendre pour une quiche ».
— Comme les quiches de Karadoc ?
Malgré l’obscurité, Arthur pouvait deviner l’expression dubitative de Perceval.
— Non mais cherchez pas, c’est comme ça qu’on dit.
— Si vous êtes sûr…
— Oui, je suis sûr. Allez, rendormez-vous. Demain, il y a réunion à la Table Ronde.
— Sauf votre respect, Sire, c’est pareil pour vous.
— Ne vous préoccupez pas de moi, je vous ai dit. Ça va aller…
— Il faut bien que je me préoccupe de vous. Vous êtes la personne la plus précieuse que j’aie, quand même, dit Perceval en déposant un baiser sur sa nuque.
Arthur se sentit soudainement chaud au niveau des joues, soudainement gêné.
— Ce n’est pas à vous de prendre soin de moi, Perceval, rouspéta légèrement Arthur pour tenter de dissimuler l’émotion qui menaçait de le gagner.
— Bah c’est que vous vous préoccupez déjà de plein de trucs. Le peuple, les chevaliers, le Graal, tout le royaume… Il faut bien que quelqu’un s’occupe de vous pour une fois. Et moi, j’aime bien, prendre soin de vous.
Arthur se sentit rougir, pris au dépourvu devant cette expression pleine de sincérité. Il avait beau connaître Perceval depuis des années, il était toujours autant frappé lorsque son chevalier se décidait à faire ce genre de déclaration sincère, pleine de dévotion et d’amour, surtout lorsqu’il avait ce regard bleu intense qui lui donnait des fourmillements dans les genoux et qui l’hypnotisait.
Puis, la seconde d’après, Perceval redevenait Perceval en lâchant une expression dont lui seul connaissait le sens ou lorsqu’il confondait un mot avec un autre, et Arthur soupirait, à la fois exaspéré et amusé par son chevalier. Perceval était si unique, il espérait que jamais il ne changerait.
Perceval avait un tel pouvoir sur lui, et son chevalier avait fini par le découvrir et il n’hésitait pas à s’en servir. Combien de fois Arthur était-il resté toute la nuit dans la chambre de Perceval, alors qu’il avait prévu de partir avant l’aube pour ne pas être pris, parce que Perceval avait su utiliser les mots et expressions pour le convaincre de rester ? Combien de fois Arthur avait-il raccourci une réunion parce que Perceval avait affiché une mine de chien battu ? Combien de fois encore Arthur s’était forcé à manger un peu ou aller se coucher plus tôt parce que Perceval l’avait poussé, par inquiétude ?
C’est qu’il était devenu très fort à ce jeu… ou bien tout simplement qu’Arthur était faible face son chevalier. C’était fort possible, aussi.
Il l’observa. La lueur de la lune se reflétait sur ses cheveux argentés et il pouvait voir son sourire et l’éclat de ses yeux, et il ressentit soudainement une bouffée de tendresse pour son chevalier. La présence de Perceval l’apaisait tellement, malgré toutes les fois où il s’énervait contre lui. Il était bien l’une des rares personnes avec qui Arthur se sentait lui-même et moins comme le roi.
Arthur lâcha à son tour un petit sourire, tandis qu’une de ses mains alla caresser doucement la joue de Perceval.
— Je vous aime, lâcha-t-il sous le coup de l’émotion.
Puis, il se rapprocha de lui et posa ses lèvres sur les siennes.
Lorsqu’il se retira pour observer son chevalier, il vit les yeux de Perceval briller d’émotion, et ses bras se resserrer autour de lui.
— Moi-aussi, j’vous aime très fort. N’en doutez jamais.
— Jamais, je vous le promets, lui répondit Arthur.
Puis, Arthur s’endormit enfin, bien au chaud dans les bras de Perceval.
