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À la poursuite de la grandeur

Summary:

Viktor est allé trop loin.

Jayce a perdu de vue ses rêves.

Et ils sont là, tous les deux, écrasés par le poids de leurs erreurs.

Ils ont échoué.

Notes:

Coucou !

Encore un texte qui a pour personnage principal Viktor... Mais là, on a Jayce, aussi ! J'ai eu envie de retranscrire la discussion entre eux deux dans l'épisode 9 de la saison 1. Cette scène est vraiment incroyable, et j'adore la dynamique entre ces deux personnages !

Bonne lecture !

Work Text:

Les jambes de Viktor pendaient dans le vide. Sous lui, les eaux usées de Piltover qui se déversaient. Il se trouvait au bord du réseau des égouts, dans cette embouchure circulaire qui lui permettait de prendre un peu de hauteur. L'eau coulait contre le mur et s'écrasait bruyamment en contrebas. Le temps d'un instant, il n'entendit même plus ses pensées. Mais elles refirent surface. Il ne pouvait pas les étouffer.

Alors, il se souvint. De sa jeunesse. De la Basse-Ville, là où il avait grandi. Contempler l'horizon faisait remonter des souvenirs. Il repensa aux grottes dans lesquelles il avait jouées, fragments de son passé, toujours solidement ancrés dans son cœur.

C'était là que tout avait commencé. C'était de là qu'il venait.

Que lui avait apporté la vie à Piltover ?

À ses côtés, les lunettes, le carnet de Sky, et la boîte dans laquelle il avait glissé les cendres de la jeune femme. Il saisit l'urne et l'observa longuement, saisi par l'émotion.

— Je suis désolé, souffla-t-il.

Il la serra entre ses doigts. Ses doigts dissimulés dans son gant. Pour ne plus voir sa main métamorphosée...

— Je ne sais pas où est-ce que vous auriez préféré être, continua-t-il.

Sa voix était tremblante. Il retira le couvercle avec un soupir.

— Je suis désolé.

Et il renversa l'urne.

Les cendres de Sky s'éparpillèrent dans la brise, tandis qu'il respirait lentement, déçu par ses mots, ses mots si fragiles, si hésitants. Des excuses bien trop légères. Il baissa les yeux sur ses genoux.

Jamais il ne pourrait réparer ça. Jamais il ne pourrait rattraper ce qu'il avait fait.

Il laissa pendre la petite boîte circulaire dans le vide et se concentra sur le bruissement de l'eau. À la recherche d'un sentiment de sérénité. D'apaisement. À la recherche d'une vague réconfortante qui pourrait calmer son trouble.

Mais l'instant de paix fut de courte durée. Son corps fut secoué par une toux brusque qui lui écorcha la gorge. Il toussa. Encore et encore, avant de se décider à se relever, comme pour échapper à son sort, à sa condition. Mais il ne pouvait pas y échapper.

Les affaires de Sky contre lui, il agrippa sa béquille et se hissa en tremblant. Il était debout. Les jambes fragiles. Le cœur battant. Le poids des regrets lourd dans sa poitrine.

Le vide s'étendait sous lui. Un vide profond. Un vide, et des trombes d'eau dont le clapotis résonnait en contrebas.

Il se pencha légèrement. Puis il tourna les talons. Il devait retourner dans le laboratoire. Il devait...

Non.

L'idée germa dans son esprit. Elle apparut comme une lueur qui aveugle et qu'on ne peut pas chasser. Il s'arrêta, se retourna à nouveau. Son pied était tout près du bord. Trop près, peut-être. Il retint sa respiration.

L'idée grandissait, elle prenait toute la place dans son esprit. Et si...

Viktor voulait mourir.

Il leva son pied. Il l'avança. Son visage se ferma. Ses phalanges blanchirent autour de sa béquille.

Son pied bascula dans le vide.

— Je te dérange, peut-être ?

Viktor sursauta et vit volte-face. Son cœur se remit à battre. Ses poumons se gonflèrent à nouveau. La surprise se dessina sur ses traits lorsqu'il vit Jayce s'approcher. Celui-ci lui lança un regard que Viktor ne sut pas décrypter. Il était pourtant doué pour cela. Comprendre, décrypter. Ne pas laisser tomber.

Un soupir lui échappa. Son corps était lourd. Sa main gantée lui paraissait trop visible. Gigantesque. Il avait l'impression que Jayce pouvait tout voir. Réaliser tout ce qu'il avait fait.

Ce n'était que son imagination.

Jayce posa son marteau contre le mur. Cette arme Hextech qu'ils avaient promis de ne jamais construire et de ne jamais utiliser, et il s'assit à ses côtés avec une longue expiration.

Viktor détourna le regard et tenta de cacher le carnet sous sa veste, terrifié à l'idée que tous ces secrets lui échappent. L'Hextech, sa jambe, Sky... Il ne devait pas savoir.

— Tu te rappelles, le concours des Inventeurs de demain ?

Sa voix le sortit de ses sombres pensées. Viktor eut un léger sourire.

— Je me rappelle que tu as ajusté les rouages d'une équipe concurrente, lui répondit-il.

— Ils avaient à peine lancé le moteur qu'ils faisaient déjà un boucan infernal ! J'ai bien cru qu'un boulon mal serré allait éborgner quelqu'un.

Viktor laissa échapper un rire.

— Au moins, ça n'est pas toi qui t'es mis à vomir.

Jayce rit à son tour. Un rire léger mais clair, sincère. La nostalgie gonfla dans la poitrine de Viktor. Il observa son ami avec affection. Tous deux sourirent.

— Les choses avaient du sens à l'époque, poursuivit Jayce.

Les coudes sur ses genoux, il jeta un regard vers l'horizon, comme s'il voulait retourner en arrière. Effacer et recommencer. Viktor ne le comprenait que trop bien.

Le silence les engloba. Un silence paisible et rassurant, avec dans l'air le flottement de leurs souvenirs respectifs. Ils étaient liés depuis si longtemps. Deux hommes si différents mais si complémentaires. Ils avaient voulu changer le monde. Ils avaient échoué.

Viktor, fragile, malade, faible, qui devait s'accrocher de toutes ses forces à sa béquille pour ne pas tomber. Et Jayce, si fort, mais pourtant, assis, courbé, comme si le poids du monde pesait sur ses épaules. Un poids que devait porter l'Homme du Progrès.

La voix cassée de Viktor brisa le silence :

— Il faut que tu le détruises.

Il tenta d'être ferme. Catégorique. Jayce se tourna vers le marteau.

— Oui, je sais.

— Je te parle du Cœur Hextech.

Le Conseiller reporta son attention sur Viktor, surpris. Celui-ci baissa les yeux.

— Je... je n'ai pas réussi.

Son ton était de nouveau hésitant. Il planta ses pupilles dans celles de son ami.

— Je t'en prie.

Il le suppliait. Désespéré, dépité. L'espoir avait fui. Ne restaient plus qu'un profond sentiment d'échec et la morsure glaçante de la déception.

Sous le choc, Jayce ne put supporter cet échange de regards longtemps. Son dos se courba, il secoua lentement la tête.

— Et pour ta maladie, sans le Cœur Hextech...

Viktor toussa. Fort. Trop fort. Jayce se tut et le dévisagea d'un air inquiet.

— Tu dois me le promettre, demanda Viktor lorsqu'il put de nouveau respirer.

Il savait que c'était une décision difficile pour son ami. Il savait qu'il ne pouvait pas accepter aussi facilement. Détruire le Cœur, détruire la possibilité de faire avancer la science, le monde entier ! Il ne pouvait s'y résoudre. Il le lisait sur ses traits. Mais Viktor insista. Il voulait qu'il comprenne sans qu'il doive lui parler, lui expliquer la souffrance que la magie avait causée.

— D'accord.

Sa voix était teintée de regrets, mais aussi d'optimisme. Il poursuivit, comme traversé par un regain d'énergie :

— Très bien. Je te le promets.

Il se leva et posa sa main sur l'épaule de Viktor. Un geste de soutien. Une promesse silencieuse. Une manière d'exprimer sans un mot le lien inébranlable qui les unissait. Une vague de soulagement balaya le scientifique à ce contact. Il se sentit soudainement mieux. Rassuré par la présence de Jayce, par ses paroles.

Ils étaient allés si loin.

— Nous nous sommes égarés. Nous avons oublié notre rêve.

Jayce ne répondit pas. Il se contenta de garder son regard baissé sur le sol, tandis que Viktor laissait le sien se perdre devant lui.

— En pourchassant la grandeur, nous avons échoué à faire le bien.

Les doigts de Jayce s'enfoncèrent un peu plus dans l'épaule de Viktor. Celui-ci poussa un soupir inaudible.

Et ils restèrent là, immobiles, bercés par le grondement de l'eau et la lumière déclinante, muets, parce qu'il n'y avait rien à dire de plus.

Ils avaient échoué.