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Jet-Lag !

Summary:

Où Gyuvin essaye de dire à cet étudiant blond qu’il parle un peu trop fort et le gêne dans ses révisions.
Où Matthew comprend simplement que Gyuvin essaye d’avoir son numéro.

 

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" – Tu m’as manqué aussi, lui souffla Matthew.
Gyuvin aurait pu pleurer rien qu’en l’entendant le lui dire. Sentant son regard s’humidifier, il essaya de se reprendre. Ces deux semaines étaient passées bien plus lentement que la dernière fois. Cette fois-ci, Matthew n’allait peut-être pas être le pire des pots de colle de la pièce. Il le regarda se hisser sur la pointe des pieds, glisser ses bras par-dessus ses épaules et esquisser un sourire heureux.
– Vraiment manqué, répéta-t-il.
Sans patienter davantage, Matthew déposa ses lèvres sur les siennes."

Notes:

J'ai écrit ce one shot à mon retour de voyage, peinant à rattraper mes heures de sommeil. J'avais envie depuis quelques temps d'écrire avec Matthew et Gyuvin, c'est chose faite ! Alors en attendant la suite de la série "Vancouver's adventure" (oui, car j'écris un petit quelque chose pour actuellement !) je poste cette petite histoire <3
J'ai encore l'impression d'avoir glissé un perso sur le spectre aro/ace dans cette histoire, mais c'est totalement libre d'interprétation évidemment :3

(Thank you Cy for always encouraging me in my fanfic ideas haha)

Work Text:

               Autrefois, Kim Gyuvin adorait le silence de son appartement. Il avait eu pour habitude que tout soit ordonné, calme et paisible dans l’endroit où il vivait. Gyuvin vivait au cinquième étage d’un immeuble d’apparence désuète, mais qui se révélait d’un grand confort une fois la porte de son appartement franchie. L’immeuble était la propriété d’un ami de la famille, ce qui expliquait le loyer très bas et la chance inouïe que Gyuvin avait de vivre seul pendant ses études supérieures.

Son père avait en partie insisté : son fils ne pouvait pas éternellement rester dans la demeure familiale et la vie en autonomie ne pouvait le faire que grandir plus vite. Au départ, sa vie en solitaire avait été pesante. Son meilleur ami, Ricky, avait passé des soirées entières avec lui, à essayer de lui faire relativiser les choses. Les week-ends, Gyuvin était rentré chez ses parents. Quitter le nid n’avait pas été simple.

Puis, lentement, avec l’aide de Ricky et des amis qu’il avait rencontrés à l’université, les choses étaient devenues plus simples. Ricky ne vivait pas bien loin, à deux rues de chez lui, dans un appartement immense que sa mère lui louait pendant ses études en Corée du Sud. Sa mère avait les moyens, son fils en profitait et quelque part, Gyuvin aussi.

 

Désormais, Gyuvin y habitait depuis trois ans.

Les deux premières années avaient été calmes, rien qu’à lui.

La dernière…

La dernière avait été différente et Gyuvin se sentit sourire rien qu’en y repensant.

 

Gyuvin vivait techniquement seul. Mais depuis bientôt un an, ce n’était plus réellement le cas.

Aujourd’hui il s’était assuré que tout était en ordre : l’appartement rangé, lavé de fond en comble. Il avait acheté la nourriture dont son petit ami raffolait et désormais, il attendait. L’avion de Seok Matthew avait atterri il y avait à présent une heure et ce dernier était en route. Il avait insisté pour venir le chercher à l’aéroport, mais Matthew s’était obstiné : il est trop tôt, profites-en pour dormir ! Gyuvin n’avait pas dormi.

Gyuvin n’avait pas vu Matthew depuis deux (trop) longues semaines et le temps lui avait donné l’impression de s’écouler au ralenti depuis son départ. Ricky lui disait qu’il était un cas désespéré, Hanbin trouvait cela absolument adorable.

Il jeta un nouveau coup d’œil à son portable, le dernier message de Matthew toujours ouvert sous ses yeux.

 

Matt <3
Dans le métro, je suis épuisé :((

 

À chaque fois que Matthew revenait du Canada, Gyuvin savait à quoi s’attendre : trois jours pour que son sommeil se remette correctement, un véritable pot de colle qui ne le lâchait plus un seul instant et des pancakes à chaque petit déjeuner pendant au moins deux semaines. Au fond, Gyuvin s’en accommodait parfaitement.

 

Le bruit d’une valise à roulettes dans le couloir de son étage le sortit de ses pensées. Il l’entendit se stopper devant la porte de son appartement, puis le bruit des clefs de Matthew dans la serrure se fit entendre.

Gyuvin ne lui laissa pas le temps de poser un pied dans l’entrée.

Il se jeta dans ses bras, le soulevant légèrement du sol et lui arrachant un cri de surprise.

– Gyuvin !
– Ne repart plus jamais Seok Matthew, lui murmura-t-il en guise de bonjour.

Matthew laissa échapper un rire léger, sans doute parce que Gyuvin le lui disait à chaque fois qu’il revenait d’une petite semaine ou de deux jours d’absence loin de Séoul. Matthew avait les traits tirés, les cheveux à l’arrière de sa tête légèrement décoiffés. Il portait sur lui l’odeur du voyage, des chewing-gums à la mandarine qu’il mâchait pendant toute la durée de son vol.

– Vinie, tu m’étouffes…

À regret, Gyuvin le lâcha avec douceur. Sans quitter son sourire immense, il passa une main dans ses cheveux, se plaisant à admirer de nouveau ce visage qu’il connaissait désormais par cœur.

– Tu m’as manqué aussi, lui souffla Matthew.

Gyuvin aurait pu pleurer rien qu’en l’entendant le lui dire. Sentant son regard s’humidifier, il essaya de se reprendre. Ces deux semaines étaient passées bien plus lentement que la dernière fois. Cette fois-ci, Matthew n’allait peut-être pas être le pire des pots de colle de la pièce. Il le regarda se hisser sur la pointe des pieds, glisser ses bras par-dessus ses épaules et esquisser un sourire heureux.

– Vraiment manqué, répéta-t-il.

Sans patienter davantage, Matthew déposa ses lèvres sur les siennes.

 

Ô ce que Gyuvin avait hâte d’entendre à nouveau Matthew vivre à cent à l’heure dans son appartement.

 

*  *  *

 

                Il y a un an.

               L’étudiant blond au fond de la bibliothèque lui tapait sur les nerfs. Ce type était apparu deux mois après la rentrée, comme une fleur, et avait choisi le spot de révision non loin du sien. Il venait souvent accompagné d’un autre jeune homme avec une fossette adorable et une voix très douce. Ce qui posait souci était tout le bruit que le blond faisait. Gyuvin venait ici pour travailler : ce type l’en empêchait clairement.

Un nouvel éclat de rire lui fit lever la tête de son livre et Gyuvin s’appliqua le plus possible pour avoir l’air agacé. En face de lui, les deux amis s’excusèrent rapidement d’un signe de la main avant de continuer à pouffer dans leur coin. Agacé, Gyuvin quitta la bibliothèque plus tôt ce jour-là.

Le blond fut encore là le jour d’après, et celui d’encore après. Même seul, ce dernier peinait visiblement à rester en place et à ne pas faire de bruit. À chaque fois, Gyuvin lui lançait des regards de plus en plus désespérés. Pourquoi fallait-il qu’il vienne aux mêmes horaires que lui ? Agacé, il tapa un peu plus fort sur son clavier et augmenta le volume de sa musique.

 

               Au bout d’un mois, Gyuvin demanda à Ricky de constater la chose avec lui. Peut-être se faisait-il des idées après tout. Peut-être que l’autre étudiant ne faisait pas tant de bruit que ça. Peut-être avait-il simplement la déconcentration facile. Traîner Ricky à la bibliothèque ne fut pas une chose aisée. Tu sais très bien que je n’aime pas cet endroit, avait-il râlé. Ricky préférait travailler chez lui. Fréquenter la bibliothèque lui donnait des sueurs froides si bien que Hanbin et lui en  souvent plaisanté, se demanda même s’il n’était pas allergique au lieu.

– C’est le gars là-bas ? lui demanda son meilleur ami.
– Ouais, il est seul aujourd’hui, son pote est pas là. Attends et tu vas voir.

Et fidèle à lui-même, le blond se mit à rire devant l’écran de son téléphone, puis à répondre à ses messages vocaux à voix haute comme s’il se trouvait seul au monde. Gyuvin connaissait certaines choses grâce à son absence totale de pudeur : il était arrivé en Coré du Sud pour sa dernière année d’étude. Il vivait seul ici et sa famille résidait encore au Canada. Il avait du mal avec la langue coréenne quand il s’agissait de la lire. Il avait une obsession pour le sucre et semblait appréciait aller à la salle de sport. La dernière fois, Gyuvin avait eu le droit à l’histoire complète de sa dernière soirée chez un dénommé Gunwook et avait essayé d’oublier les détails, en vain.

– Il se croit tout seul en fait, réalisa Ricky.
– Mmm.

Son meilleur ami passa une main dans ses cheveux, agacé et se leva, un air décidé sur le visage.

– Je vais lui dire, déclara Ricky d’un air plat.
– Non !

Quelques élèves relevèrent la tête vers lui, peu habitués à entendre la voix de Gyuvin. Il attrapa Ricky par le bas de sa veste hors de prix et le força à se rasseoir. Le blond leur jeta un regard intrigué avant de replonger le nez dans ses fiches multicolores.

– Je… Je vais y aller, marmonna-t-il.

Ricky le regarda l’air de lui demander s’il était bien sûr de lui et Gyuvin acquiesça.

 

Il n’avait jamais été dans sa nature de confronter les autres. Ricky le faisait assez bien pour lui. Alors quand il arriva proche de la table où était installé le Canadien, Gyuvin essaya de ne pas perdre tous ses moyens. Il sentit ses oreilles chauffer légèrement, la gêne s’emparer de lui, et il se gratta la gorge pour le notifier de sa présence. L’étudiant blond décala légèrement son casque et sembla… Surpris de le voir si proche ? L’instant d’après, un sourire immense étira son visage et Gyuvin ne sut pas trop par où commencer.

– Salut, je euh…

Il pouvait sentir d’ici Ricky soupirer dans son dos.

– Avec plaisir ! s’exclama l’autre.

Et Gyuvin se demanda s’il avait bien entendu. Il le vit se pencher vers sa trousse, y trouver un stylo dont le capuchon avait été mâchonné et déchirer un bout de la page sur laquelle il était en train d’écrire. Sans comprendre la moindre chose de ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, Gyuvin referma la bouche.

Tada !

Le blond lui tendit le bout de papier. Gyuvin le regarda, perplexe, réalisa qu’il venait de lui griffonner son numéro de téléphone et se sentit devenir rouge écarlate.

– Oh.

Oh non je… je ne suis pas… Mais trop poli pour le refuser, il se courba légèrement, bafouilla quelque chose qui ressemblait à un « merci beaucoup » et tourna les talons avec l’envie de s’enterrer vivant.

 

Quand il se rassit à sa table, Ricky le dévisagea sans comprendre. À quelques mètres d’eux, le blond s’était remis à chantonner dans sa bulle.

– Je pense qu’il n’a pas compris ce que tu viens de lui dire, lui glissa son meilleur ami.
– Parce que je n’ai pas pu articuler un mot.
– Pardon ?
– Il m’a filé son numéro.
– Mais…
– Je pense qu’il croyait que j’étais venu le lui demander.

Ricky le regarda d’un air absent avant de plaquer une main sur sa bouche, s’empêchant d’éclater de rire haut et fort au milieu de la bibliothèque.

– Hâte de voir comment tu vas te sortir de ça, pouffa-t-il.

Oh ça, Gyuvin avait hâte de le découvrir lui-même. Il releva légèrement la tête, juste assez pour capter le clin d’œil que lui lança l’autre étudiant.

 

Matthew, disait la note au-dessus de son numéro de téléphone.

 

*  *  *

 

               Matthew avait commencé à lui parler de son voyage, à faire défiler les (très) nombreuses photos qu’il avait prises sur ton téléphone avant de s’endormir comme une masse, la tête enfouie dans le sweat large qu’il portait. Gyuvin ne le délogea pas. Le décalage horaire était ardu, il le savait, et Matthew avait besoin de ce sommeil. Il le laissa se blottir plus confortablement contre lui et attrapa son ordinateur portable posé sur sa table de chevet. Matthew ne lâchait pas son bras gauche aussi, Gyuvin se résigna à relire ses cours et à les annoter du mieux qu’il put avec sa seule main de libre.

 

               Matthew se réveilla quatre heures plus tard. Entre temps, Gyuvin avait préparé un repas, fait une machine à laver de son linge sale, rangé sa valise sans toucher aux cadeaux qu’il avait ramenés pour leurs amis (la moitié était pour Taerae, il le savait : le meilleur ami de Matthew lui passait toujours des commandes sans fin de produits au sirop d’érable). Matthew vivait à moitié ici après tout, il avait une place réservé rien qu’à lui dans son armoire et une valise qu’il laissait toujours sur place.

– J’allais le faire, marmonna-t-il, le nez enfoui dans l’oreiller.
– Oui, demain sans doute. Ou après-demain, se moqua gentiment Gyuvin. Je te connais.

Matthew ne trouva pas la force de répliquer et bailla la bouche grande ouverte avant de l’agripper par la taille, l’attirant contre lui. Gyuvin se laissa faire. Résister aux étreintes de Matthew n’avait jamais été en son pouvoir : le plus petit savait exactement ce qu’il faisait. Gyuvin aimait les câlins, Matthew raffolait de lui en donner. Gyuvin n’avait jamais été embarrassé d’être glué à lui des heures durant ; Matthew non plus.  Taerae les trouvait un peu écœurants, Hanbin adorait se moquer en disant qu’ils étaient comme une offre un plus un.

– Quoi de prévu ce week-end ? bailla Matthew.
– Profiter de mon petit ami pour commencer. J’ai prévenu les gars qu’on resterait entre nous.

Matthew émit un rire léger.

– Tu cherches à me garder rien que pour toi ?
– Exactement.
– Ça m’va.

Matthew se redressa dans le lit, une trace d’oreiller sur la joue. Gyuvin le regarda s’étirer, plisser les yeux devant le petit cadran de sa montre et froncer légèrement les sourcils.

– Ils ne nous restent plus qu’une journée et demie avant la reprise des cours. Je dois arrêter de dormir.
– Matt, si tu es fatigué-
– Nope !

Matthew sauta hors du lit, manquant au passage de trébucher. Gyuvin eut un mouvement léger en sa direction, juste au cas où, mais Matthew se reprit rapidement.

– Je ne compte pas passer mon week-end à dormir ! s’exclama ce dernier.
– Tu es au courant que la porte de mon appartement reste ouverte… Si tu veux, tu pourras y passer la semaine tout entière !

Matthew le regarda un instant, semblant envisager pour de bon sa proposition. Matthew vivait en colocation avec Taerae. Matthew adorait sa colocation avec Taerae. Mais Matthew appréciait aussi beaucoup venir ici quelques jours par semaine. Ainsi Taerae pouvait avoir l’appartement à lui tout seul et jouer toute la nuit à ses jeux vidéo sans jamais l‘embêter. Leur deal était simple et mettait tout le monde d’accord.

– Mais ce sont nos derniers jours de vacances avant les examens…

Gyuvin haussa les épaules. Avoir Matthew rien que pour lui était déjà beaucoup. Le reste n’était que du bonus.

– Je veux en profiter, marmonna son petit ami.

La moue de Matthew ne fit que l’amuser d’autant plus.

– Comme tu veux ! Mais si tu commences à être fatigué, tu-
– Je ne le serais pas ! le coupa-t-il avant de filer vers sa petite cuisine. Je vais rester éveillé toute la journée !

Ça, Gyuvin ne demandait qu’à le croire.

 

*  *  *

 

                Il y a un an.

               Gyuvin était terriblement embarrassé. Il avait envoyé un message à Matthew. Un simple « Hey » et ce dernier ne lui avait pas laissé le temps de taper davantage que déjà, sa réponse avait fait chauffer ses joues et rougir ses oreilles.

Numéro inconnu
Il y a un parc pas loin de la fac, ça te dit de te poser au café juste en face de son entrée ? C’est un endroit super sympa !!

Gyuvin avait répondu oui, totalement incapable de mettre un râteau à un type qu’il ne connaissait pourtant pas.

 

Désormais, il attendait patiemment. Matthew lui avait-il proposé un rendez-vous ? Pour flirter ? Pour essayer de se rapprocher de lui ? Simplement pour devenir son ami ? Ricky avait rigolé si fort en l’entendant ; Gyuvin n’était pas certain de l’avoir déjà vu rire autant. Dis-lui que tu n’es pas gay dès le départ, qu’il arrête de se faire des idées ! lui avait-il dit. Et Gyuvin avait convenu que l’idée n’était pas bête.

 

Cependant, quand il le vit arriver, sourire aux lèvres, les yeux pétillants et cet air si jovial sur le visage, il en oublia complètement ses principes. Matthew semblait trop gentil. Trop avenant. Trop adorable pour qu’il ne brise ses attentes. Il le salua de sa voix enthousiaste, Gyuvin essaya de le suivre et lui ouvrit maladroitement la porte du café.

– Oh ! Galant en plus de ça !

En plus de quoi, Gyuvin n’en avait pas la moindre idée.

Matthew semblait ici chez lui. Il s’installa à une table dans le fond du café, sur un petit fauteuil moelleux. Gyuvin le suivit sans rien dire, commanda la même boisson, le même gâteau, sans oser décrocher un mot.

Gyuvin avait toujours été bavard, remuant, bourré d’énergie. Mais face à Matthew, dans ce contexte aussi étrange qu’improbable, plus rien ne lui venait. En face de lui, l’autre étudiant ne sembla pas du tout s’en formaliser.

– Tu sais, j’me demandais quand est-ce que tu allais te décider à me demander mon numéro !

Oh non. Il y avait de toute évidence une énorme méprise. Une erreur gigantesque. Gyuvin entendait d’ici le rire de Ricky.

– A-ah ? fut tout ce qu’il fut capable de dire.
– Tu n’arrêtais pas de me zyeuter tous les jours, de me sourire… Tu sais, je commençais un peu à désespérer. C’est compliqué de voir d’autres gars s’assumer assez pour oser se dévoiler un peu à la fac.

Oh non chapitre deux. Matthew le pensait homosexuel. Ou bi. Ou quoi que ce soit d’autre qui n’était pas hétéro. Gyuvin se sentit devenir un peu plus rouge.

– ‘Fin, j’veux dire, mon meilleur ami Taerae lui n’a aucun problème avec…

Gyuvin n’avait jamais réalisé pour Taerae. Cela était-il aussi évident que Matthew le laissait sous-entendre ?

– Gyuvin, c’est bien ça ?
– Oui.
– Héhé.

Gyuvin essaya de comprendre comment interpréter ce rire satisfait.

– Je t’imaginais plus boisson forte, pas vraiment sucrée !

Gyuvin eut envie de lui dire qu’il n’avait pas réfléchi avant de commander.

– Tu étudies en quoi ?
– En psycho.
– Oh, trop cool ! Je suis en info, deuxième année de master !

Matthew avait donc deux années de plus que lui. Il n’en donnait pas l’air aussi, Gyuvin se garda bien de le lui dire. On leur apporta leurs boissons, leurs gâteaux et Gyuvin se trouva un peu stupide à avoir commandé exactement la même chose que son voisin. Matthew y vit un signe du destin, Gyuvin eut envie de s’enterrer vivant.

 

 

 

 

                Quand il rentra chez lui ce soir, ce fut épuisé. À l’autre bout du fil, Ricky, n’en finissait plus de rire.

« – Je suis désolé ‘Vin, mais c’est si drôle…
– Il n’y a rien de drôle ! Ce pauvre gars pense qu’il me plaît ! »

Nouvel éclat de rire.

« – Ricky, je suis sérieux, tu dois m’aider à trouver comment lui dire !
– Fais-le de manière très simple, tu lui envoies un message en lui expliquant la méprise et hop !
– Ça a l’air si simple quand tu le dis comme ça…
– Parce que ça l’est !
– Je ne veux pas le blesser…
– Et au pire ? Ce n’est pas comme si vous aviez classe ensemble. Tu n’auras qu’à changer de coin pour tes révisions si tu ne veux plus le voir. »

Ricky marquait un point, Gyuvin le savait.

« – Je vais faire ça… Bonne nuit Ricky.
– À demain ‘Vin ! Courage pour le cas canadien ! »

Dépité, Gyuvin fixa l’écran de son téléphone pendant de longues minutes. Matthew ne l’avait pas recontacté depuis qu’ils s’étaient quittés à la sortie du café. Il inspira profondément, cherchant ses mots et finalement, se résigna.

 

Gyuvin
Salut, désolé de ne pas avoir envoyé de message plus tôt
J’ai passé un très bon moment tout à l’heure, merci pour la découverte.

 

La réponse de Matthew ne tarda pas.

Numéro inconnu
!!!

Gyuvin fronça légèrement les sourcils.

Numéro inconnu
J’étais en boule dans mon lit en train de me dire que j’avais tout foutu en l’air parce que je parle trop
Promis je peux parler de autre chose que Pokémon et les livres que je lis

Gyuvin
C’était intéressant ne t’excuse pas ;)

 

Numéro inconnu
Tu serais partant pour qu’on se revoie alors ?

Gyuvin essaya de l’envisager. À nouveau eux deux, dans un café. Matthew parlant de ses passions avec des étoiles dans les yeux et peut-être que cette fois-ci, il trouverait le courage de parler tout autant. La scène ne lui sembla pas déplaisante. Et après tout, peut-être que Ricky s’était trompé et que Matthew n’était nullement intéressé par lui. Peut-être que Gyuvin avait lui-même mal interprété les mots de Matthew.

 

Gyuvin
Avec plaisir ! Je serais ravi de devenir ton ami !

Ami. Le mot était lâché, Gyuvin se sentit soulagé d’avoir mis les choses au clair, du moins, le pensait-il.

Numéro inconnu
<3

Cependant, les cœurs, eux, ne laissaient pas vraiment de place au doute. Mais cela, Kim Gyuvin peina à le percevoir.

 

*  *  *

 

                Matthew ne resta pas éveillé du tout. Ils mangèrent, puis la fatigue le rattrapa et il s’endormit dans ses bras, au beau milieu d’un câlin. Amusé, Gyuvin le porta jusque dans leur lit et plongea la chambre dans le noir. Il s’installa à ses côtés, conscient que faire une sieste maintenant n’aiderait en rien son sommeil du soir, mais quitter Matthew lui semblait infaisable. Ainsi assit, le dos contre la tête du lit, il scrollait sur son téléphone, amusé par les ronflements légers de son petit ami. Matthew s’était pelotonné contre lui, un bras passé par-dessus sa taille, le nez écrasé dans le tissu de son jogging.

 

Matthew avait toujours été très tactile. Et Gyuvin l’avait toujours été beaucoup en retour. Mais dormir avec Matthew relevait parfois du défi. Matthew s’endormait rapidement, Gyuvin mettait plus de temps, souvent perdu dans ses pensées. Matthew prenait souvent une bonne partie de la couette, oubliant leur différence de taille notable et le fait que Gyuvin se retrouvait bien souvent à aller chercher un plaid au milieu de la nuit pour se couvrir. Matthew dormait toujours collé à lui, lésinant son côté du lit, empiétant sur le sien. Et malgré tout, malgré toutes les nuits passées à se demander comment il finirait bien par dormir confortablement, Gyuvin y trouvait son compte. Dormir avec Matthew avait quelque chose d’apaisant. Dormir avec Matthew était agréable, doux, et jamais aussi sportif qu’il l’avait cru au départ. C’était sans doute parce qu’il l’aimait autant que les choses lui semblaient aussi simples.

 

Matthew était entré comme une tornade dans sa vie, avant de ne plus le quitter. Il lui avait tant donné qu’il lui avait été compliqué – au départ –  de tout pouvoir encaisser. Puis ses sentiments à lui s’en étaient mêlés. Il avait été confus, perdu face à Matthew qui semblait parfaitement savoir comment les choses se dérouleraient. Gyuvin était tombé amoureux sans même le réaliser, sans même se poser de questions, acceptant avec une facilité déconcertante d’aimer Matthew.

– Tu devais me tenir éveillé…

La voix de Matthew le fit légèrement sursauter.

– Matt…

Matthew se redressa et frotta ses yeux, une petite moue sur le visage. Il regarda sa montre et un hoquet lui échappa.

– Les vacances sont presque terminées !
– N’exagère rien, tu as dormi deux heures…
– Deux heures de trop.

Matthew sauta du lit et se pencha vers les poches encore non défaites de son voyage. Oh, il ne va plus tenir en place maintenant, songea Gyuvin. Il le regarda en sortir un petit carton carré et il se tourna vers lui en lui tendant.

– Comme promis, lança-t-il. Pour rajouter à ta collection !

Gyuvin aimait collectionner les tasses. Et Matthew s’était confié comme mission de toujours le lui en ramener des endroits qu’il visitait.

– Elle est adorable, merci Matt, murmura-t-il en l’inspectant sous tous ses aspects.

Il se leva pour le déposer à côté de la dizaine d’autre qu’il détenait (en majorité grâce à son petit ami).

– Est-ce que je vais avoir le droit à mon cadeau de retour moi aussi ?

Gyuvin le regarda sans comprendre avant de réaliser subitement. Matthew s’était approché, les bras croisés sur son torse, le menton légèrement relevé.

– Monsieur veut tellement que je dorme qu’il en oublie les bases, ronchonna-t-il.
– Oh, Matt…

Gyuvin ne résistait jamais longtemps quand Matthew lui lançait ce genre de regard.

– Techniquement, on s’est embrassé tout à-
– Gyuvin !

Il éclata de rire devant son air renfrogné, l’épi qu’il avait à l’arrière du crâne et le regard à moitié agacé qu’il lui lança. Sans plus le faire attendre, il déposa tendrement ses lèvres sur les siennes.

 

*  *  *

 

                Il y a un an.

Cette fois-ci, Gyuvin se devait de tout lui dire.

Des sorties avec Matthew, il en avait déjà accepté bien trop. D’abord la première au café. Puis la seconde, dans un autre café cette fois-ci un peu plus loin de leur université. Puis une sortie cinéma, car il avait laissé échapper qu’ils partageaient les mêmes goûts en matière de film d’action. Puis un restaurant après leur session de travail à la bibliothèque, que Matthew avait voulu faire de manière commune. Puis cette sortie à vélo le long de la Han river.

 

Toutes leurs sorties se passaient toujours bien.

Très bien même, Gyuvin les adorait.

Ricky n’en pouvait plus.

 

– Le gars te propose des rendez-vous amoureux toutes les semaines et toi…
– Ce ne sont pas des rendez-vous amoureux, ce sont des sorties entre camarades !
– À d’autres. Il te bouffe des yeux. S’il n’a pas un crush sur toi je ne sais pas ce que c’est. Et je n’ai pas oublié ce que tu m’as rapporté de votre premier date.
– Sortie ! C’était une simple sortie dans un café et peut-être que j’avais mal compris !

Ricky n’eut pas l’air convaincu et haussa les épaules.

– Laisse tomber, râla-t-il.
– Je devrais oui, parce que tu sais très bien que je ne comprends qu’à moitié ce genre de chose, rigola son meilleur ami.

Gyuvin soupira, réalisant que oui, son meilleur ami qui n’avait jamais éprouvé la moindre attirance pour qui que ce soit ne lui serait sans doute d’aucun recours. Gyuvin avait toujours été persuadé d’être sur la même longueur d’onde que Ricky. Les choses étaient plus simples ainsi : ils vivaient au même rythme, sans attente, sans se prendre la tête sur quoi que ce soit. Mais depuis que Matthew était entré dans l’équation, quelque chose avait changé. Gyuvin n’était pas aussi insensible qu’il aurait voulu l’être. Ricky se moquait gentiment de lui, mais au fond, la panique le gagnait peu à peu : pour la première fois de sa vie, quelqu’un bousculait sa manière de voir les choses et sa petite routine.

– Allez ‘Vin, ne te prends pas la tête là-dessus, lui lança Ricky.
– Facile à dire…

Gyuvin était un as pour se faire des nœuds au cerveau.

– Tu vas être en retard si tu ne décolles pas maintenant, lui fit remarquer Ricky.

Gyuvin jura, attrapa sa veste et se rua dans l’entrée de l’appartement. Ricky le salua d’un geste vague de la main, avant de retourner sur sa tablette.

 

               Matthew l’attendait comme toujours, avec un immense sourire aux lèvres. Gyuvin s’approcha, presque timidement, et le salua d’un léger signe de la tête. Cette fois-ci, il n’avait pas la moindre idée de ce que Matthew avait derrière la tête. Il lui avait donné rendez-vous non loin de leur université (sans doute habitait-il dans le coin ?), mais sans lui donner davantage de détails.

– Tu as déjà fait des activités pâtisserie ?

Et de tout ce que Gyuvin avait pu imaginer dans son coin, Matthew parvenait à l’étonner encore. Il secoua la tête, légèrement confus, et le sourire de Matthew ne fit que croître.

– Super ! J’ai déjà testé ce genre de chose et c’est si fun !
– Oh, super alors euh…
– C’est moi qui invite !

Il lui lança un clin d’œil et Gyuvin sentit ses joues chauffer légèrement. L’envie subite d’attraper sa main, ou de l’agripper par la taille lui traversa l’esprit et il se reprit immédiatement : pour qui se prenait-il ? Pourtant, il devait se rendre à l’évidence : Matthew lui donnait cette irrépressible envie de l’avoir contre lui.

Il le suivit sans trop rien dire, le laissant faire la conversation comme bien souvent.

 

                L’endroit où Matthew l’amena était situé dans le sous-sol d’un petit immeuble étriqué. L’endroit était absolument adorable et soudain, Gyuvin réalisa le public qui venait ici. Les gens venaient par deux. Les gens venaient en couple. On leur jeta des regards un peu intrigués au départ avant de finalement les ignorer et Gyuvin essaya de ne pas se sentir intimidé. La cheffe en charge de l’atelier, elle, ne semblait aucune dérangée. Gyuvin enfila un tablier qu’on lui tendit et regarda Matthew faire de même.

Il remarqua malgré lui qu’il avait recoupé ses cheveux blonds dans sa nuque et légèrement aux dessus de ses oreilles.

– Tu es si adorable comme ça, lui fit remarquer le blond.
– Toi aussi, répondit Gyuvin sans même réfléchir.

Les joues de Matthew se colorèrent un peu et il lui donna une tape légère sur l’épaule avant de s’installer. Avec attention, Gyuvin écouta la jeune cheffe parler et essaya d’éviter le regard brillant de Matthew le plus possible.

 

Le reste de l’atelier se révéla être… un désastre. Gyuvin n’était pas bon, bien qu’appliqué. Quant à Matthew… Il avait désormais de sérieux doutes quant à ses soi-disant talents de pâtissier. Il le regarda étaler la crème au-dessus de son gâteau, avec une application certaine et eut un léger mouvement de recul quand sa poche à douille lâcha subitement, lui explosant à la figure. Il y eut un blanc dans la salle et soudain… Il éclata de rire. Matthew releva la tête vers lui, penaud, avant de l’imiter immédiatement.

– Matthew ! Il faut mettre moins de force dans tes gestes ! s’exclama la jeune femme.

Mais Matthew ne l’écoutait déjà plus et Gyuvin aussi. En cet instant, il en oublia la situation improbable dans laquelle il se trouvait avec Matthew. Il en oublia les malentendus, les rendez-vous un peu étranges, les remarques piquantes de Ricky… Finalement, Matthew était la personne avec qui il avait envie d’être en ce moment même.

 

*  *  *

 

                Gyuvin connaissait les baisers de Matthew par cœur. Il savait lesquels restaient simples et brefs, ceux que Matthew aimait prolonger en se fondant contre lui, mais sans jamais aller plus loin, ceux que Matthew aimait lui donner dans le cou, ceux qui voulaient dire « plus Gyuvin, plus » et auxquels Gyuvin ne disait jamais non.

Parce qu’au fond, Gyuvin ne s’en lassait jamais non plus. Les baisers n’avaient jamais été son truc, mais avec Matthew ils l’étaient devenus. Juste pour lui.

– Viens avec moi la prochaine fois.
– Au Canada ?

Matthew agita la tête avant de l’embrasser à nouveau, juché sur ses cuisses.

– Tes parents…
– Mes parents savent pour toi tu sais, murmura son petit ami comme pour le rassurer à nouveau.

Gyuvin le savait. Les siens n’étaient pas encore au courant et Matthew ne lui en tenait absolument pas rigueur. En parler à ses proches amis n’avait jamais été un souci. Cependant, ses parents étaient une étape qu’il ne se sentait pas prêt de franchir. Malgré les mois, les tentatives d’amener le sujet de son potentiel couple sur la table… Gyuvin n’avait jamais réussi. Il s’en voulait souvent, avant que Matthew ne le réconforte immédiatement. Tu sais, je comprends que ça fasse peur. Et puis, ce n’est pas comme si tu me cachais aux yeux du monde, alors tout va bien ! Comment aurait-il pu ? Car s’il y avait bien une chose dont Gyuvin était fier, c’était de sortir avec Seok Matthew.

Exit la réputation excellente que Matthew avait dans sa promotion, Gyuvin ne s’était jamais senti aussi chanceux que depuis le jour où il avait accepté officiellement de sortir avec lui. Sans qu’il ne le sache, il était à peu près tout ce dont il avait toujours rêvé.

– Pourquoi pas, finit-il par dire.

Matthew cligna des yeux, surpris.

– Vraiment ? Je ne suis pas en train de délirer à cause de mon jet lag ?
– Du tout, rigola Gyuvin.

Il passa une main dans ses cheveux sombres et esquissa un sourire. Matthew avait pour projet de les couper à la fin du mois et Gyuvin devait avouer que la longueur de ses mèches lui manquerait. Sa choppy bang avait eu son petit effet sur lui, tout comme la longueur dans sa nuque. Au départ, Gyuvin avait eu du mal à s’habituer aux cheveux noirs. Il avait eu l’habitude de son blond cendré, puis de celui légèrement plus clair, pendant des mois et du jour au lendemain, Matthew était venu à son appartement avec une tout autre tête. Finalement, Gyuvin le lui avait avoué : il l’adorait ainsi.

– Continue, ne t’arrête pas.
– Mmm ?
– Le massage que tu es en train de me faire à l’arrière de la tête, marmonna Matthew qui avait fermé les yeux.

Gyuvin s’en amusa, mais n’arrêta pas. Il regarda le visage de Matthew se détendre légèrement, puis son corps suivre la cadence. L’une de ses mains glissa dans son dos, sous son tee-shirt et il le sentit frissonner légèrement.

Jusqu’à Matthew, Gyuvin n’avait jamais manifesté le moindre intérêt pour les hommes. Et encore moins pour les muscles. Le corps de Matthew lui avait fait reconsidérer la chose. Si je ne ressemblais pas à ça, tu m’aimerais toujours ? lui avait un jour demandé Matthew en sortant de sa douche, sa serviette nouée autour de la taille. Évidemment, lui avait immédiatement répondu Gyuvin. Le corps de Matthew le rendait fou, mais le corps de Matthew pouvait être différent : Matthew restait Matthew. Dès ce jour-là, Matthew avait cessé de culpabiliser dès qu’il n’était pas possible pour lui de se rendre à la salle.

– Ne t’endors pas Matt, s’amusa-t-il.
– À toi de me maintenir éveillé dans ce cas, lui chuchota-t-il.

Oh, ça, Gyuvin savait parfaitement comment s’y prendre.

 

*  *  *

 

                Il y a onze mois.

               – Tu connais Sung Hanbin ?
– Bien sûr, nous partageons une option en cours.

Matthew le regarda d’un air perplexe.

– Mais comment ce type fait pour être partout à la fois…, marmonna Matthew.
– Je connais Hanbin depuis au moins trois ans.
– C’est mon ami d’enfance, répondit Matthew. On s’est connu au Canada et on se fréquentait beaucoup quand je venais voir ma famille en Corée du sud.

Gyuvin dévisagea Matthew. Depuis tout ce temps, Matthew faisait partie de sa vie. De loin, certes, mais en faisait tout de même partie. Il se demanda à quel moment Hanbin avait pu lui omettre son amitié avec quelqu’un qui vivait au Canada et se jura de le lui demander plus tard.

– Il était en coloc avec Taerae et moi avant d’aller vivre avec Hao.

Gyuvin essaya d’imaginer un monde où Hanbin avait été en colocation avec Seok Matthew sans jamais le lui dire.

Ce fut juste avant de réaliser qu’en réalité, si, Hanbin lui avait parlé plus d’une fois de son colocataire. Mon coloc canadien nous a fait des pancakes… Vous auriez dû voir ça, j’ai cru qu’il allait mettre le feu à l’appart, Taerae était furax ! ou encore Je vous jure que s’il n’avait pas cette adorable petite frimousse blonde, j’aurais déjà lâché l’affaire avec lui… Mais je ne peux rien lui refuser.

– Mais quand j’ai parlé de toi à Hanbin, il n’a pas… réagi du tout, objecta Gyuvin.

Matthew le regarda d’un air interdit. Gyuvin touilla un peu sa boisson à la citrouille et plissa les yeux.

– Matthew ?
– C’est que… Je lui ai demandé.
– Comment ça ?
– Un jour, Hanbin est venu me voir pour… pour savoir si j’avais enfin osé… enfin, tu vois ?

Gyuvin lui fit signe de continuer. Non, il était dans le flou le plus total, il ne voyait pas ce que venait de sous-entendre Matthew.

– Et je l’ai supplié de ne pas parler de moi parce que je connais Hanbin, il aurait été capable de s’emballer et de te raconter plein d’anecdotes gênantes sur moi…
– Oh.
– Et j’avais peur que tu refuses de continuer à accepter mes rendez-vous.
– Tes… rendez-vous ?
– Ouais ? Nos sorties tout le deux où j’essaie de flirter avec toi, mais je dois avouer que tu rends la tâche parfois compliquée ha ha !
– … flirter ?

Matthew se renfrogna légèrement.

– Oui, bon, je me pensais bien meilleur pour être honnête, mais je suis en train de réaliser que ça ne fonctionne pas du tout sur toi ! Mais toujours est-il que tu continues de me donner une chance !

Oh non. Ricky avait raison. Ricky avait toujours raison et Gyuvin détestait ça. Matthew continuait de le regarder, tout sourire, les yeux pétillants et Gyuvin se senti rougir jusqu’à la racine des cheveux.

– I-il faut que je parte, bafouilla-t-il.
– Ah ?
– J’ai un… rendez-vous.
– Oh, celui pour récupérer tes lunettes ?

Gyuvin eut envie de pleurer. Matthew avait bonne mémoire et retenait déjà ce genre d’information à son propos. Il acquiesça. Matthew était trop gentil. Matthew méritait clairement une personne qui comprenaient ses intentions du premier coup. Matthew était le genre de personne qui écoutait. Il le regarda froncer légèrement les sourcils et soudain, l’expression de son visage changea.

– Oh non. Je t’ai mis mal à l’aise et tu essaies de t’en sortir, c’est ça ?

Gyuvin ouvrit de grands yeux, affolé : Matthew lisait en lui comme dans un livre ouvert.

– Oh je savais que j’aurais dû la fermer ha ha, désolé c’était nerveux…

Matthew passa une main dans ses cheveux courts et regarda autour d’eux, gêné.

– Vas-y vas-y, je ne te retiens pas…

Gyuvin hésita. Fuir était l’option la plus simple. Mais quitter Matthew au milieu de leur rendez-vous lui sembla subitement infaisable.

– Je voudrais juste savoir avant… Est-ce que je me fais des idées ou je t’intéresse vraiment ?
– Je ne sais pas, répondit-il du tac au tac.

Gyuvin regretta immédiatement d’avoir parlé aussi rapidement.

Le visage de Matthew continua de se décomposer, mais son sourire ne le quitta pas.

Il garda la face, mais Gyuvin fut incapable de faire de même. Il tourna les talons, finalement incapable de soutenir son regard plus longtemps.

 

*  *  *

 

                Il retrouva Matthew allongé sur le ventre, étalé au milieu de leurs draps défaits. Il s’en amusa et déposa le plateau de snack juste à côté de sa tête.

– J’étais sûr que t’allais pioncer.
– J’pionce pas.
– À d’autres. Monsieur m’envoie chercher des snacks et s’endort.
– J’dors pas, râla Matthew un peu plus fort.
– De toute façon, tu t’endors une fois sur deux quand on a fini de faire l’amour, le taquina Gyuvin en l’ignorant totalement.

Cette fois-ci, Matthew se redressa, les joues gonflées, le visage encore rouge. Il pointa un doigt en sa direction, l’agita d’un air se voulant menaçant et attrapa une barre de céréales sans rien ajouter de plus avant de croquer dedans.

– Chest le chjet-lag ! s’exclama-t-il la bouche pleine.
– Il a bon dos le jet-lag.
– Vinie !

Son surnom le fit rire légèrement et Matthew mâcha son snack avec encore plus d’énergie. Amusé, Gyuvin leva les deux mains en l’air.

– Ok ok !

La bouche toujours pleine, Matthew poussa le plateau hors du lit et souleva les draps. Sans qu’il n’eut besoin de dire quoi que ce soit, Gyuvin se rapprocha, le rejoignant. Son estomac criait famine, mais Matthew lui avait manqué. Plus que ce qu’il voulait bien s’avouer. L’instant d’après, il l’avait à nouveau contre lui.

– J’veux passer le week-end comme ça.
– Dans le lit ?
– Ouais. Avec toi.

Gyuvin essaya de se remémorer la dernière fois qu’ils avaient passé une journée entière ici, dans ce même lit. Elle remontait à plusieurs mois, peu de temps après s’être mis ensemble.

 

Il s’était écoulé peu de temps à l’époque, avant que Matthew ne vienne régulièrement passer la nuit chez lui. Être avec Matthew avait toujours été simple alors Gyuvin l’avait accepté rapidement. L’appartement était devenu plus bruyant, parfois plus en désordre, mais Gyuvin n’avait jamais voulu voir ses nouvelles habitudes chamboulées. Matthew avait été d’une patience parfaite avec lui aussi : parce que remuer Gyuvin de ses routines n’avait pas été chose facile. Au départ Matthew l’avait imaginé timide, peu entreprenant également. C’était avant de découvrir à quel point Gyuvin était en réalité le genre de personne toujours glué aux gens qu’il aimait.

– Gyuvin, t’m’étouffes.
– Mmpf.

Matthew l’avait réclamé, Matthew devait l’assumer. Il pouffa, le visage enfoui dans le creux de son cou et sentit Matthew se détendre légèrement. Son odeur lui avait manqué. Son rire lui avait manqué. En deux semaines, il finirait bien tôt ou tard par l’apprendre, il s’était plaint tous les jours de son absence auprès de Ricky. Ricky qui s’en était alors plaint à Hanbin. Qui s’en était plaint à Hao. Qui s’en était plaint à Taerae. Qui s’en était plaint à Gunwook. Gunwook qui en avait parlé à deux autres amis à lui que Gyuvin ne connaissait même pas ! Au final, toute la bande avait été au courant d’à quel point Gyuvin aimait son silence, mais que Matthew lui manquait atrocement.

Il déposa un baiser sur son épaule, puis un deuxième, laissant glisser l’une de ses mains sur son ventre encore nu. Matthew le laissa faire, trop heureux d’être le centre de toute son attention.

– On devrait aller se doucher, murmura-t-il.

Matthew captura ses lèvres en guise de réponse, les mains agrippées à ses épaules. L’instant d’après, il était à nouveau sur ses cuisses, traçant des baisers brûlants dans son cou.

– Tu veux… déjà… remettre ça ? Insatiable va…
– C’est le jet-lag, murmura Matthew.

Un rire lui échappa et Gyuvin l’imita. Il a trouvé son excuse pour les prochains jours…, pensa-t-il alors.

 

Et au fond, Gyuvin n’avait aucune envie de s’en plaindre.

 

*   *   *

 

                Il y a dix mois.

            Gyuvin se sentait affreusement mal. Il avait passé deux semaines à éviter la bibliothèque et à réviser chez lui ou chez Ricky. Mais l’idée de potentiellement revoir Matthew à la table non loin de la sienne le terrifiait. Sans doute Matthew était-il en colère. Ou peut-être terriblement vexé. Voire même le deux.

– Tu devrais lui envoyer un message, lâcha Ricky au milieu d’un grand blanc dans leur conversation.

Gyuvin releva les yeux, le dévisagea sans comprendre. Ricky n’avait pas lâché sa tablette des yeux, tapotant de ses doigts fins et parfaitement manucurés l’écran de cette dernière. Gyuvin le devina en grande concentration devant l’un de ses jeux.

– Il doit se demander ce qu’il a fait de mal, continua-t-il d’un air distrait.
– Facile à dire pour toi !
– Tu l’aimes bien ce type, marmonna Ricky. Je le sens.
– Je croyais que tu ne sentais pas ce genre de choses, râla Gyuvin.

Ricky haussa les épaules.

– Quand ça t’arrange hein ?

Son meilleur ami lâcha un rire amusé.

– De toute façon, je ne vois pas ce qui te fait dire ça.
– Tu m’en parles depuis deux semaines. On ne peut rien faire sans que le prénom de Matthew survienne dans nos conversations. Tu as même demandé à Hanbin comment il allait… Et aussi je t’ai vu redoubler d’efforts sur ton anglais.
– Je…

Matthew était plus à l’aise en anglais. Gyuvin avait simplement voulu… Faire des efforts lui aussi de son côté.

– Ça ressemble assez à quelqu’un que tu apprécies.

Ricky avait sans doute raison. Après tout, Ricky avait souvent raison. Il soupira et attrapa son téléphone, sans grande conviction.

– J’y arrive pas…

Ricky leva les yeux au ciel, mais reposa sa tablette. Il le regarda pianoter sur son téléphone quelques instants, le visage concentré.

– Il est à la bibliothèque, lâcha-t-il d’un ton neutre.
– Comment tu sais ça ?
– Je viens de demander à Taerae.
– Tu… Tu parles avec Taerae ?
– C’est un type vraiment marrant, on a connecté sur pleins de points. Si je lui dis que tu arrives, il partira pour te laisser le champ libre.

Gyuvin resta stoïque. Ricky était la personne la plus surprenante qu’il connaissait.

– ‘Vin ?
– Oui je euh…
– Tu vas lever tes fesses et aller dans cette maudite bibliothèque ?

Il se releva comme un robot, un peu sonné.

 

Ricky avait raison.

Ricky lui offrait une solution.

Alors sans s’autoriser à réfléchir davantage, il quitta son appartement.

 

 

 

               Matthew fut effectivement seul quand il arriva. Il avait une paire de lunettes sur le nez, une pince épaisse pour relever sa frange et…. Travaillait. Matthew ne faisait pas un bruit. Gyuvin s’approcha timidement, essayant de trouver ses mots. Ce ne fut qu’à un mètre de sa table que ses pieds s’emmêlèrent entre eux et qu’il trébucha en avant, se rattrapant de justesse au coin de la table où le blond était installé.

Sa chute lui arracha un cri de surprise et Matthew releva la tête en temps. Un cri minuscule lui échappa à son tour.

– Bon sang, Gyuvin !!
– Pardon, je…
– Tu m’as fait peur, marmonna-t-il avait de replonger dans ses fiches de révision.

Gyuvin se redressa et passa une main dans ses cheveux, le visage cramoisi. Matthew avait de nouveau le nez dans ses cours et ne semblait pas décidé à lui accorder un regard. Embarrassé, Gyuvin tira la chaise à ses côtés et s’y installa. Le blond continua comme si de rien était. Ricky avait raison, il est vexé… 

– Matthew… On peut parler ?
– Je suis très occupé.

Sa voix n’avait rien d’agacé. Ni même d’assuré. Elle était triste.

– Je peux attendre que tu aies terminé…
– Super.

Gyuvin se redressa sur sa chaise et Matthew soupira, un peu plus fort cette fois-ci.

– Tu n’es pas obligé d’attendre ici, rétorqua-t-il.
– Oh, je vois.

Gyuvin avait rarement été aussi gêné de toute sa vie.

Qu’est-ce que Matthew pouvait bien lui trouver ? Il n’en avait aucune idée. Son côté solaire, bavard, sa carrure imposante malgré lui ne lui avait jamais vraiment donné l’occasion de se fondre dans la masse et de passer inaperçu. Son caractère non plus. Après tout, même s’il se bornait à penser le contraire, Matthew et lui partageaient bien plus de points communs qu’il ne voulait l’admettre.

Il se leva de sa chaise et se dirigea vers la sortie d’un pas traînant. Si Matthew avait besoin d’attendre, il attendrait. Alors Gyuvin se planta devant la bibliothèque, et lança un épisode sa série favorite pour passer le temps.

 

Il regarda un épisode, puis deux, puis trois, avant de se dire que Matthew prenait un temps fou. Il regarda l’heure, un peu inquiet. L’avait-il loupé ? Il s’apprêta à lui envoyer un message quand il le vit pousser la porte de l’établissement, son sac jeté sur une épaule. Quand il le vit, Matthew se figea au milieu des escaliers. Gyuvin se redressa, retira ses écouteurs et avança d’un air penaud.

– Tu as vraiment attendu, souffla-t-il, surpris.
– Bien sûr, tu me l’as demandé…
– Je pensais que tu jetterais l‘éponge. Que j’étais juste le gars bruyant de la bibliothèque.

Gyuvin ouvrit de grands yeux et grimpa les quelques marches les séparant.

– Ouais, je suis au courant. Nos meilleurs amis parlent entre eux et ils ne savent pas tenir leurs langues.
– Matthew, je-
– Je n’arrive pas à croire que depuis le début, tu n’avais pas capté que je te proposais des dates !
– Je suis long à la détente, se contenta-t-il de dire. J’ai… du mal avec ces choses-là.
– Mmm.
– Mais j’ai vraiment apprécié tous ces moments passés ensemble, tu sais…
– Tu ne dis pas ça car tu as pitié de moi ?
– Non ! s’écria-t-il en agitant les mains.

Un sourire timide sembla poindre sur son visage et au fond de lui, Gyuvin se sentit légèrement soulagé.

– Matthew, je voudrais te proposer un rendez-vous moi aussi.

Le blond le dévisagea, surpris et sans se laisser le temps de réfléchir davantage (car Gyuvin naviguait en eau trouble, sans avoir la moindre idée de pourquoi les mots lui venaient avec autant d’aisance) il continua, bombant légèrement le torse.

– Demain soir, que fais-tu ?

Matthew le regarda d’abord sans rien dire, puis sembla aviser sa réponse. Finalement, au lieu de répondre, le Canadien l’attira contre lui et l’étreignit, la tête enfouie dans l’une de ses épaules. D’abord, Gyuvin se figea. Avant de lentement l’étreindre à son tour.

– J’voulais profiter d’avoir une marche de plus que toi, t’es vraiment immense, marmonna Matthew le nez dans son sweat-shirt.

Sa remarque lui arracha un rire nerveux. Il devait bien avouer qu’à côté de lui, Matthew semblait particulièrement petit.

– Est-ce que je dois prendre ça pour un oui ? tenta-t-il.
– Crétin.
– Je vais prendre ça pour un oui, rigola-t-il.

Son cœur se compressa d’excitation. Pour la première fois dans sa vie, il vit se dessiner à lui un tout nouveau champ de sentiments.

 

*   *   *

 

                Matthew s’était transformé en un véritable moulin à paroles juste après leur douche.

– Il faudra vraiment que je te montre mon lycée aussi. Oh, et cet endroit où ma sœur et moi achetions des glaces dès l’arrivée des beaux jours.

Gyuvin esquissa un sourire, une main dans sa tignasse brune. La tête de Matthew était sur son ventre, ce dernier allongé contre lui, agitant ses bras dans le vide tout en s’exprimant avec enthousiasme. Dehors la nuit était tombée, mais Gyuvin se retint de lui en faire la remarque. Étrangement son énergie s’était mise à déborder.

– J’ai si hâte de faire Vancouver avec toi…

Matthew se redressa sur un coude avant de se pencher vers lui, une main sur sa taille, l’autre caressant son visage du bout des doigts.

– Laisse-moi mettre de l’argent de côté pour les billets, parce que je sens que si je sors à mes parents que je pars une semaine avec mon petit ami à l’autre bout du monde, ils vont faire une crise de panique.

– Tu n’auras qu’à dire que tu vas visiter ton charmant correspondant canadien, grâce à qui tu es devenu si doué en anglais.

Gyuvin leva les yeux au ciel, faussement agacé.

– Avoue que j’ai été d’une grande aide.
– Si tu veux.
– Si je veux ?!

Un rire léger lui échappa et Gyuvin l’embrassa chastement.

– J’ai été ton meilleur professeur !
– Tu m’as appris des insultes, des phrases de drague, des phrases vraiment trop explicites et des choses si domestiques que je ne peux jamais les ressortir en cours !

Matthew gonfla les joues, ses sourcils fins légèrement froncés.

– En attendant, sache que j’adore quand tu me parles en anglais.
– Oh, je sais. C’est un sacré turn-on pour toi, rigola-t-il.
– Est-ce que tu veux qu’on parle des tiens ? s’exclama le Canadien.

Non, Gyuvin n’en avait aucune envie. Quand bien même ils étaient seuls dans sa chambre, il y avait certaines choses qu’il n’était pas prêt à entendre. Il l’attira contre le lui, le faisant taire et Matthew laissa échapper un couinement de surprise.

Ce ne fut qu’une minute plus tard que Matthew reprit la parole.

– Je pourrais rester là toute ma vie.
– Toute ta vie ?
– Toute ma vie.

Gyuvin se sentit sourire et continua de tracer des formes abstraites dans son dos. Lui aussi, au fond. Parce que sentir Matthew contre lui était la chose la plus réconfortante au monde. Ses doigts trouvèrent le tatouage sur son omoplate et Matthew laissa échapper un soupir de contentement, glissant une jambe entre les siennes.

La respiration de Matthew se fit plus calme. Il recommença à parler un peu de Vancouver, ses mots se mélangeant progressivement les uns aux autres à mesure que la fatigue s’emparait de lui. Finalement, ses phrases ne voulurent bientôt plus rien dire, mais Gyuvin fit comme si. Il ne cessa pas les caresses dans son dos, appréciant la forme de ses muscles sous ses doigts et son odeur qui lui avait tant manqué. Quand il sentit Matthew lutter pour de bon contre le sommeil, il tendit un bras pour éteindre la petite lampe de chevet.

 

*  *  *

 

                Il y a dix mois.

Ricky lui avait demandé si Matthew et lui étaient finalement devenus un truc. Puis, il avait eu besoin d’expliciter à nouveau sa question. Je demande si vous êtes ensemble, genre, en couple. Gyuvin avait répondu timidement que oui et les traits de Ricky s’étaient adoucis. Il en avait parlé toute la soirée, allongé sur son lit, les yeux rivés sur le plafond crème de sa chambre. Ricky lui avait demandé quelle différence cela faisait, d’aimer quelqu’un de cette manière, et Gyuvin n’avait pas su trouver les mots. La chose était encore trop fraîche, trop nouvelle pour lui. Mais étrangement, Ricky avait compris.

Il était tombé pour Matthew si simplement que la chose lui avait semblé presque trop facile. Après tout, Matthew était simple à aimer. Il avait cessé d’être bruyant à la bibliothèque, squattant désormais la même table que lui et Ricky. Taerae avait rejoint timidement leur session de révision et Gyuvin avait été heureux d’enfin pouvoir lui parler en face à face et non par écrans interposés.

Les parents de Gyuvin ne savaient rien. Ceux de Matthew l’avaient appris immédiatement.

 

Sortir avec Matthew et être avec Matthew étaient deux choses différentes. Les premiers jours furent de complètes surprises. Sur à quel point Matthew pouvait finalement se montrer timide quand ils n’étaient que tous les deux. En public, le blond s’avérait bien plus entreprenant que lui.

Ricky lui avait glissé qu’ils se complétaient d’une manière assez singulière : assez introvertis tous les deux pour se retrouver sur la même longueur d’onde, une pincée suffisante d’introversion pour ne jamais dépasser les limites de l’un ou de l’autre. Finalement, Matthew et Gyuvin avaient rapidement formé un tout que tous leurs amis n’avaient eu aucun mal à associer.

– Bon, Gyuvin.
– Oui ?
– J’ai besoin que tu me portes chance.

Ils étaient assis sur le petit canapé de la coloc, une grosse boîte de cartes Pokémon sous leurs yeux. Matthew avait insisté pour l’acheter aujourd’hui (Gyuvin n’y connaissait absolument rien, mais si son petit ami lui affirmait que la boîte ne serait bientôt plus disponible, il le croyait totalement) et avait insisté pour l’ouvrir en sa compagnie.

– Oh je… Je peux faire ça… oui ?

Matthew lui lança un regard larmoyant avant d’attraper ses deux mains dans les siennes. Il le regarda fermer les yeux et inspirer profondément. Les choses étaient devenues sérieuses pour Matthew alors il le laissa faire. Il s’amusa de le voir aussi déterminé pour ouvrir un paquet de cartes (bien plus qu’avant d’aller à un examen). Il s’amusa aussi de ses mains minuscules dans les siennes (il adorait le charrier gentiment à ce propos) et de l’entendre supplier le ciel de lui donner de bonnes cartes.

Gyuvin le regarda ouvrir ses petits paquets avec lenteur, puis étaler les nouvelles cartes sur la table basse, et faire une pile de ses doublons. Une petite moue sur le visage, Matthew attrapa le dernier paquet, déçu.

– Matt, ce n’est pas grave si tu n’as pas ta carte dedans, tu en as eu plein de nouvelles, voulu le réconforter Gyuvin.

Matthew haussa les épaules alors Gyuvin se pencha pour embrasser tendrement sa joue. Son geste eut l’effet escompté et il le sentit sourire. Sans trop savoir à quoi s’attendre il le regarda déballer les dernières cartes. Les collections de cartes lui échappaient totalement, il n’avait jamais baigné dans cet univers, mais Matthew, lui, en était un fan inconditionnel.

Soudain, son petit ami se figea.

– Matt ?

Il se tourna vers lui, un sourire immense sur le visage, lui agitant une carte sous le nez.

– JE L’AI EU !

Il la reposa sur la table immédiatement avant de se jeter dans ses bras, en éclatant d’un rire sonore. De son point de vue, la carte n’avait rien d’incroyable, mais si Matthew était heureux, alors il l’était.

– Merci Gyuvin ! Merci, merci !
– Je…

Je n’y suis absolument pour rien…, voulu-t-il articuler, mais Matthew ne lui en laissa pas le temps. Il plaqua ses lèvres sur les siennes pour la toute première fois et Gyuvin se figea sous le choc. Matthew était en train de l’embrasser. Pour la première fois. Après avoir tiré une carte Pokémon peu commune. Toutes les informations se bousculèrent dans sa tête et soudain, Matthew se détacha immédiatement, les yeux ronds et le visage rouge.

– Oh merde je euh…

Embarrassé, Matthew se frotta la nuque, le regard fuyant.

– Pardon c’est la… la joie et euh…

Ce fut à son tour de se sentir sourire. Jusqu’à maintenant, Matthew n’avait initié aucun geste envers lui. Il l’avait pris dans ses bras, tenu la main lors qu’ils n’étaient que tous les deux et, de temps en temps, quand ils rentraient ensemble de l’université… Mais jamais rien de plus. Il l’avait senti hésitant à plusieurs reprises, Gyuvin n’avait jamais osé de son côté…

– Je ne vais pas t’empêcher de recommencer, dit-il en attrapant ses mains dans les siennes.

Matthew le regarda avec des yeux ronds puis hésita. Une seconde, puis deux, avant de se pencher à nouveau vers lui. Cette fois-ci, les lèvres curieuses de Matthew contre les siennes eurent un tout autre effet. Gyuvin ferma les yeux, Matthew l’imita, et ses mains trouvèrent ses épaules musclées, le faisant frissonner. En cet instant, Gyuvin en oublia la dernière fois qu’il avait embrassé quelqu’un. Son dernier baiser remontait franchement, n’avait pas été une réussite ni même un souvenir agréable… Avec Matthew les choses prenaient des dimensions différentes.

– Gyuvin…

Sa voix n’avait été qu’un minuscule murmure. Gyuvin embrassa ses joues avec douceur, se laissant guider par il ne savait trop quel instinct, sans doute celui de lui prouver qu’il tenait à lui. Matthew ne l’empêcha pas. Alors il recommença, une fois, puis deux. Ses mains glissèrent sous le tee-shirt large qu’il portait, le serrant fort contre lui. Matthew entrouvrit les lèvres à nouveau et Gyuvin y plongea sans hésiter. Matthew avait le goût des chewing-gums à la mandarine qu’il mâchonnait à longueur de temps. Ses lèvres pressées contre les siennes, Gyuvin mit quelques secondes à réaliser que Matthew était à présent sur ses genoux, ses mains tenant fermement sa taille.

– Oh, prenez une chambre tous les deux ! s’exclama la voix de Taerae dans l’entrée.

Gyuvin sursauta, Matthew toujours sur ses cuisses. Son colocataire venait de déposer sa veste, son portable allumé sur un jeu dans une main. Taerae leva les yeux au ciel, faussement agacé.

– Et par pitié restez discrets quand je suis là, maugréa-t-il avant d’enfoncer ses écouteurs dans les oreilles et de river à nouveau les yeux sur son jeu mobile.
– On-, commença Matthew.
– Promis Taerae !

Matthew le dévisagea, le visage encore plus pourpre, à deux doigts d’exploser de gêne. Un gémissement plaintif lui échappa quand Taerae leva un pouce en l’air avant de refermer la porte de sa chambre.

– Tu regrettes de m’avoir donné ton numéro ce jour-là, c’est ça ? le taquina Gyuvin.

Matthew lui donna une pichenette sur le torse.

– Et toi, tu regrettes d’avoir envoyé ce message ?
– Oh que non.

Gyuvin était certain d’une chose concernant Matthew : se lever pour aller lui demander de se taire avait été la meilleure décision de sa vie.

 

*  *  *

 

                Taerae regardait son meilleur ami d’un air consterné. À côté de lui Ricky était plongé sur un énième jeu sur sa tablette, son casque sur les oreilles. Matthew, lui, dormait la tête enfoncée dans son sac de cours, son plateau encore plein sous les yeux. Ce ne fut que lorsque Hanbin arriva en compagnie de Hao qu’il remua à peine, toujours entre deux eaux pour finalement ne pas réussir à ouvrir entièrement les yeux.

– Je pensais que ton dimanche de repos t’aurait fait rattraper tout le décalage horaire, s’amusa Hanbin en s’installant.

Techniquement, il aurait pu, se garda bien de préciser Gyuvin. Mais ce fut Taerae qui lui coupa l’herbe sous le pied.

– Oh, mais j’ai l’impression que Matthew n’en a pas profité pour dormir.

À ce moment-là Ricky décala légèrement son casque (Gyuvin le soupçonnait de tout écouter depuis le départ), comme subitement intrigué par la discussion. Hao pouffa et Hanbin l’imita, rougissant légèrement. Ce ne fut qu’en réalisant ce que Taerae sous-entendait très certainement que Gyuvin sentit à son tour ses joues s’embraser.

– Que-
– Ouais, je sais tout, bougonna Taerae. Tu sais très bien que Matthew n’a aucune pudeur là-dessus. Il a dû passer l’heure entière avant son vol à me raconter tout ce qu’il rêvait que tu lui fasses aussitôt qu’il serait de retour à Séoul. Et crois-moi, il y a des dét-
– Merci Taerae ! s’exclama-t-il.

Ricky éclata de rire. Matthew releva la tête de son sac, les yeux bouffis.

– Bah alors Matt, on manque de sommeil ? le taquina Hao.
– Gyuvin a été aux petits soins ? rajouta Hanbin.

Le Gyuvin en question eut envie de s’enterrer vivant. Ricky esquissa un sourire narquois. Matthew cligna longuement des yeux.

– Non, c’est le jet-lag, répondit-il en étouffant un bâillement.

Tous éclatèrent de rire devant son air incrédule et Gyuvin les imita.

– Le jet-lag ! s’exclamèrent-ils tous ensemble.

Sacré jet-lag, qui était décidément la réponse à tout. Attendri, Gyuvin lui tapota gentiment la tête et Matthew esquissa un sourire encore tout endormi.

 

Sans aucun doute que tous ici n’allaient jamais oublier cette excuse.

 

 

–  jet-lag, fin.