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Trahir sa déesse...
Tartaglia n'y pensait pas. Il ne considérerait même pas l'idée.
De trahir celle à qui il avait dévoué la plus grande partie de sa vie.
Ça n'avait jamais été une option pour Tartaglia.
Childe aimait le penser. Il entretenait cette notion et imaginait tester les limites de sa loyauté, il voulait tendre la corde – voulait tirer jusqu'à ce qu'il se blesse presque sous les menaces.
Jusqu'à ce que son adoration ne soit rien de plus qu'un fil.
Malgré ça, il n'agit pas sans réfléchir.
Childe n'avait pas perdu la tête après tout.
Ajax par contre...
Ajax était-
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Ça commença comme ainsi ; il y eu un homme avec des yeux de la couleur du cor lapis et un porte-monnaie toujours oublié.
« Ces jades Noctilocous... » Dit doucement l'homme, un doigt ganté pressant sa lèvre inférieure, « Vous devez les avoir amenés directement du village de Mingyun, elles sont de particulièrement bonne qualité... »
Childe n’écoutait que d'une oreille, toujours attentif à son environnement, alors qu'il achetait un baozi à l'un des vendeurs locaux. Ekaterina l'avait forcé à sortir de la banque avec l'ordre de « prenez une pause pour manger, Monsieur, avant que vous ne mourriez littéralement de faim. »
En vérité, Childe aurait pu partir directement. Il aurait pu prendre sa nourriture et retourner directement après à la banque. Il aurait pu.
« Ah... les moras... Eh bien, il semble que j'ai oublié de sortir avec aujourd'hui. »
En vérité, il aurait dû partir dès qu'il en avait eu la chance.
En vérité, il n'aurait jamais dû croiser le chemin de cet homme.
En vérité, il aurait dû-
« Y a-t-il un problème par ici ? » Sourit-t-il, sortant de la foule mouvante de liyuéens pour se tenir entre le vendeur de jades et l'homme inconnu.
L'homme ne montra aucun signe de surprise comme il s'y attendait, ne semblant pas affecté par l'entrée rude de Childe.
A la place, il plongea son regard dans celui de Childe sans une once d'hésitation.
Ses yeux.
Childe n'était pas vraiment sûr de ce qu'il voyait dans ces yeux, mais même ainsi, ils lui donnèrent la chair de poule, faisant frissonner durant un instant son être tout entier.
Il se sentait encore plus attentif que d'habitude.
Cet homme...
Il sentait l'adrénaline des champs de bataille.
Childe essaya de rester indifférent, se raclant la gorge. « Pardonnez-moi, si je semble, et bien, intrusif, mais il se pourrai que j’aie entendu une partie de votre problème ? »
« Oh, et bien, » Le regard de l'homme changea, si rapidement que Childe eu l'impression de l'avoir imaginé. « Je suis en manque de moras, » il pencha sa tête en direction du vendeur, « je me dois de m'excuser pour vous avoir fait perdre du temps. »
Avant que le vendeur ne puisse dire un seul mot, Childe leva une main, « Attendez, attendez, je me fiche de payer pour... ? »
« Ah, Zhongli, consultant du Salon Funéraire de Wansheng. »
« Un plaisir de faire votre connaissance, Mr. Zhongli... »
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Zhongli était une rencontre... inhabituelle.
Il était le contraire vivant de Childe, étant simultanément idiot et vigilant à son environnement. Il y avait une ombre dans ses yeux qui suggérait qu'il en savait bien plus qu'il ne le laissait penser, et même avec ça, il semblait aussi inoffensif que possible.
Bien que Childe n’eût aucune intention de se faire des amis, il se fichait de se faire une simple connaissance.
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« Fleurs de brume... » Murmura Zhongli, ses sourcils se fronçant en une concentration nostalgique. Ils avaient fait un détour autour de Wangshu Inn après que Childe ait trouvé une nouvelle fois l'homme sans moras, et essayant une fois encore d'acheter quelques pierres anciennes aux origines obscures.
Cet homme... pensa Childe, exaspéré. Comment avait-t-il réussi à survivre jusqu'ici ?
« Les fleurs de brume sont connues pour leur douce texture, à partir de laquelle on peut fabriquer les plus précieux tissus, » continua Zhongli, s'arrêtant pour toucher prudemment un pétale, « Elles ont aussi un goût très sucré quand elles sont infusées dans un plat... »
L'homme continua à monologuer, le soleil chaud de Liyue illuminant ses cheveux, ses pommettes, ses yeux.
Childe ne put se convaincre de l'interrompre. Il n'était pourtant pas le genre de personne à écouter attentivement les origines d'une fleur quelconque, mais, et bien-
Il observa, et observa et observa l'homme qui continuait à monologuer et il ne put s’empêcher de faire rouler ses yeux.
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Se croisant dans les rues animées. « Mr. Zhongli, je suis heureux de vous voir ici ! »
Se baladant dans le Port. « Hé ! Mr. Zhongli ! »
Au marché. « Vous avez encore oublié vos moras ? »
Dans la campagne de Liyue. « Quel est le nom de ces plantes déjà ? »
Un après-midi à Wangshu Inn. « Sérieusement, Mr. Zhongli, êtes-vous sûr que vous n'oubliez pas votre porte-monnaie consciemment ? »
Courant jusqu'au salon funéraire de Wansheng. « Mr. Zhongli, je suis heureux de vous voir, j'ai quelque chose à vous montrer... »
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Childe n'était pas... Il n'avait jamais voulu devenir aussi proche de cet homme. Il ne pouvait empêcher la façon dont ses lèvres se muaient en sourire à la vue des cheveux bruns, ne pouvait empêcher le soupir exaspéré mais affectueux aux monologues bien trop détaillés sur l'analyse des épices utilisées dans leurs plats, ne pouvait s'empêcher de le regarder quand ses yeux s'éclairaient et que le soleil les éclairait juste de la bonne façon.
Il ne pouvait s'en empêcher, n'est-ce pas ?
Il ne s'était pas épris-
Mais il n'en était plus très loin.
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Tartaglia n'avait pas oublié ses objectifs ni ses raisons de résider à Liyue. Ce n'était pas des vacances et il le savait.
Tartaglia n'avait pas oublié.
Il y avait un cœur – un gnosis qu'il était destiné à prendre et il ne l'oublierait pas.
Tartaglia n'était pas Childe.
Childe était...
Childe était une façade et il ne devait pas l'oublier.
Tartaglia était un tueur. Il était le Onzième Exécuteur. Il était impitoyable.
Tartaglia n'irait jamais au Paradis parce qu'il aidait à sa chute, rongeant les piliers qui le gardaient dans les cieux.
Et il était ok avec ça.
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« Que fais-tu exactement ? »
Ses oreilles le brûlèrent, sa tête se baissant en signe de défaite alors qu'il laissait tomber les baguettes dans le bol.
« Zhongli, » Gémit Childe de manière assez enfantine, un gémissement titillant l'arrière de sa gorge, « Ces baguettes viennent de l'enfer lui-même. »
Zhongli fît cette chose qu'il ne faisait que quand ses yeux souriaient, craquant dans les coins avec un amusement conciliant. Il se moquait de lui. Horrible, horrible homme, pensa Childe.
« Tu ne devrais pas abandonner aussi vite, Childe, » Lui dit gentiment l'homme. « Enlève-les de ton bol. »
Childe lui envoya un regard noir avant de sortir violemment ses baguettes du bol de soupe.
« Tu dois te concentrer, » lui dit Zhongli gentiment, se rapprochant de lui et-
Et enveloppant une main gantée autour de celle de Childe, les longs doigts dépassant les siens. Zhongli glissa ses doigts, séparant ceux de Childe et bougea leurs mains jointes doucement, dirigeant sa main vers le bol.
« Place les comme ça, tu vois ? » Murmura l'homme. Childe avait dû s'efforcer de calmer le tremblement qui avait parcouru sa colonne vertébrale au contact. « Utilise ton index comme ça, et après... »
Zhongli descendit leurs mains, les baguettes attrapant les nouilles et, aussi lentement, il les sortit de la soupe.
« Tu vois ? Pas si dur que ça, hm ? » Sourit Zhongli, enlevant gentiment sa main gantée et se rasseyant à sa place. « Sois simplement un plus patient, Childe. »
Il faisait vraiment très chaud malgré qu'ils soient à l'extérieur. Childe hocha la tête, ses mains agrippant les baguettes. « Ouais, j'ai compris, » sa voix se brisant, juste un peu. « Merci. »
Zhongli sourit de suffisance.
Putain, qu'il aille en enfer, pensa Childe. Qu'il aille en enfer.
Il leva alors sa main rapidement, sa bouche s'ouvrant pour prendre une bouchée de son repas-
Seulement pour que les nouilles retombent dans la soupe avec des éclaboussures.
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Il n'était pas- Childe n'était pas- Tartaglia n'était pas intéressé par Zhongli de cette façon. Il n'y était pas autorisé. Il n'entretiendrai jamais ce genre de relations. Il était un soldat, l'arme de sa Tsaritsa. Il ne serait jamais assez stupide pour faire ça.
Zhongli était juste...
Zhongli n'était pas effrayé par sa nature, il ne sursautait pas à sa forte voix, ou ne grimaçait pas à ses gestes et mots maladroits. Childe était imprudent en sa présence, et il ne recevait rien d'autre en retour qu'un sourire affectueux. C'était différent.
C'était- c'était agréable. Rafraîchissant même.
Ses collègues n'avaient jamais toléré son tempérament, bien trop étrange pour eux pour même penser à entretenir une relation honnête avec lui. Il n’y n'avait jamais eu d’espace pour des interactions amicales. Pas qu'il en ait eu envie. Il n'en avait pas envie, du tout. Mais, et bien. Zhongli était différent, et Childe avait envie de garder cette différence pendant un peu plus longtemps.
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Dès son plus jeune âge, Tartaglia avait commencé à rêver de noyade.
Dans ceux-ci :
Il y avait comme une ancre à sa cheville qui le poussait vers le fond. Il ne se débattait pas ni ne résistait aux vagues qui s'écrasait sur lui. A la place, il fermait les yeux et inspirait jusqu'à ce que ses poumons soient prêts à éclater, jusqu'à ce que son corps ne soit plus que liquide et il se dispersait dans l'océan comme s'il n'avait jamais été là pour commencer.
C'était ses rêves les plus paisibles.
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« Hé, Zhongli ? »
L'homme se tourna vers lui.
« Comment as-tu réussi à te souvenir de tant de choses sur Liyue ? Ça ne finis pas par t'ennuyer à certains moments ? »
« … »
« … »
« Liyue... est la seule chose qui m'intéresse vraiment quand il s'agit des connaissances, Childe. D'une certaine façon, je la voie comme tu le ferai envers un enfant, j'aime la voir grandir, attends ses évolutions, attends ses chutes et ses surprises. »
« … Tu dois être là depuis un petit moment alors. »
« On peut dire ça. »
« … »
« … »
« J'aimerais te montrer Snezhnaya un jour. Je pense que tu gèlerai à mort par contre, vu la chaleur qu'il fait à Liyue, mais la neige est vraiment unique là-bas. »
« J'adorerai y aller avec toi un jour. »
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Un soir, partageant un repas que Childe avait payé – comme d'habitude – toutes les pièces du puzzle s'assemblèrent.
Ce fût une compréhension rapide et soudaine ; une minute Childe était assis devant Zhongli, le consultant du Salon Funéraire de Wansheng, un homme lunatique et la minute suivante, Childe était assis devant Rex Lapis, le Dieu Guerrier des Contrats.
Il n'était pas sûr de ce qui avait permis à son esprit d'élucider l'identité de l'homme, mais maintenant qu'il l'avait fait, c'était irréversible.
Childe leva les yeux au ciel, alors que Zhongli parlait des origines d'un chilli très spécifique.
Le ciel était sombre et étoilé.
L'air de Liyue était humide et chaud.
Zhongli était Rex Lapis.
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La réalisation que Zhongli était immortel, qu'il était un dieu, un archon, ne frappa pas Childe comme on aurait pu s'y attendre. Ça ne le laissa pas assommé, sans voix, ça ne le fît pas réfléchir à toutes leurs interactions pour retrouver tous les indices, toutes les preuves qui se trouvaient juste devant lui pendant tout ce temps parce qu’honnêtement, ça faisait sens. Honnêtement, peut-être qu'il avait toujours su que l'homme n'était pas un simple humain, fait de quelque chose de plus que de simples os et chairs humains. Peut-être qu'il l'avait su depuis leur premier échange de regard.
De toute façon, ce n'est pas cela qui le frappa réellement.
Ce qui frappa Childe là où il se tenait, ce qui le fît tomber de son piédestal, qui le fît s'agenouiller fût, la dure réalisation qu'il devait tuer cet homme.
Childe n'avait pas pleuré depuis ses quatorze ans, emmené loin de sa famille et placé dans la paume de la Tsaritsa.
Mais cette nuit, cette nuit, bien qu'il le nierait jusqu'à la fin de ses jours, il pleura.
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Il y avait un homme qui possédait un cœur qu'il devait voler. Un homme dont il devrait prendre le cœur, ses doigts griffant et l'arrachant de sa poitrine. Il devrait tenir ce cœur dans ses paumes ensanglantées et le présenter à sa déesse, à la Tsaritsa et à ce moment-là et seulement à ce moment-là il aurait rempli sa mission à Liyue.
Childe leva ses mains – nues sans le tissu de ses gants, quelque chose qui ne pouvait être vu que dans la pénombre de sa propre chambre, et il observa. Il observa les lignes sombres qui avaient tracé leurs chemins sur sa peau, aux callosités gagnées au travers du sang et de la sueur (pas des larmes, jamais des larmes), au pâle contraste que ces mains formaient. Il observa et observa et observa.
Il vit le cœur encore battant, encore ensanglanté dont les gouttes coulaient entre ses doigts. Les lignes rouges tachant le sol en dessous et le tachant lui. Il était souillé. Il était souillé.
Combien de cœurs avait-t-il déjà prit ?
C'était un nombre plus haut que ce à quoi il pourrait imaginer et il le savait, mais cette vie-là, juste celle-ci, il ne pouvait supporter de la rajouter.
Childe ne s'était jamais détesté aussi viscéralement.
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Zhongli sourit dès le moment où il aperçut Childe, son regard s'adoucissant d'une façon qui retournait l'estomac de Childe, d'une façon qui rendait Childe brûlant.
Pourquoi ?
Pourquoi regardait-t-il Childe comme s'il – comme s'il pensait qu'il était quelque chose de précieux, quelque chose – quelque chose qui avait un sens.
Ça n'avait aucun sens.
Pourquoi cet Archon si supérieur le regardait comme s'il pensait qu'il était fait de lumière, comme s'il pensait que Childe était un égal à ses yeux alors qu'il ne l'était pas.
Ça le piqua.
Ça devait être un stratagème, une ruse, ça devait l'être. Ça devait l'être parce que personne, personne n'aimerai jamais Childe, même sans parler de Tartaglia, jamais Ajax. Donc ça devait être un jeu, ça devait être une sorte de divertissement pour cet immortel qui avait vécu plus de vies que Childe ne pourrait jamais.
C'était un jeu. Ça devait l'être. Il n'y avait pas d'autres raisons. Il ne voulait pas qu'il y ait d'autres raisons, ne savait pas s'il pourrait le supporter.
Donc c'était un test, un jeu pour Zhongli. Childe n'était rien de plus qu'un souvenir flou d'une personne qu'il allait bientôt oublier.
Et même... et même – Malgré tout, Childe ne pouvait se convaincre de s'écarter, ne pouvait se convaincre de partir.
A la place, il sourit, agitant sa main de la façon énergique et ennuyante que Childe avait l'habitude d'utiliser et une fois de plus il était le papillon attiré par la flamme brûlante qu'était Zhongli.
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Tartaglia était égoïste. Il était un homme égoïste qui cherchait son propre plaisir – il comprenait ça. Il cherchait les combats, les cherchait et les forçait à devenir des batailles. Il était inutilement cruel, avait un besoin de faire couler le sang qu'il pouvait à peine maîtriser. Il était bien trop indulgent avec lui-même, il vivait pour lui et pour lui seul.
Il était égoïste.
Il l'était.
Il ne devait pas- il ne pouvait pas – il ne devait montrer son intérêt pour d'autres, ne devait jamais s'éterniser dans des discussions inutiles, et encore moins chercher à connaître les passions et intérêts des autres. Il préférait parler lui, pour guider et amener la conversation là où il voulait, comme un orchestre qu’aurait dû être une interaction à deux.
Il ne perdait pas ses pensées sur l'état de santé des autres. Il n'était pas assez attentionné, s'il l'était tout court. Il n'était pas sage ou gentil, et, il n'avait jamais prétendu l'être.
Il était totalement égoïste, et tourné vers lui-même. Il se concentrait sur ses objectifs, et ses objectifs seulement. Il n'y avait pas de place pour des connaissances, des amis, ou des collègues.
Tartaglia était un homme égoïste et s'il avait pu, il aurait fait brûler le monde juste pour en voir les cendres.
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Peut-être qu'il avait été, une fois, attentionné.
Peut-être pas Tartaglia, mais quelqu'un d'autre.
Il y avait eu un garçon, autrefois, avec des frères et sœurs, avec une mère et un père. Il aurait été inquiet. Il s'était inquiété.
Il s'inquiétait beaucoup trop, pensait Tartaglia.
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Tartaglia vida un camp de ses brutocollinus. Leur sang l'éclaboussant, le salissant, le souillant jusqu'à ce qu'il se rappelle de qui il était.
Il n'était pas Childe.
Il n'était pas Ajax.
Il était Tartaglia et il devait se le rappeler.
Il n'y avait pas de place pour une autre personnalité. Il était mesquin, tuant une personne après l'autre, encore et encore.
C'était qui il était.
Ça l'était.
Ça l'était.
Ça l'était.
Donc pourquoi... ?
Childe- non, Tartaglia agrippa fortement le bois de son arc et se concentra sur la vue du sang, son odeur, son goût, pour les graver dans son esprit jusqu’à qu'il ne reste plus rien d'autre.
C'était qui il était.
Et, s'il était – si Zhongli savait qui il était vraiment, l'homme n'y penserait pas à deux fois avant de l'abattre là où il se tenait.
C'était ce qu'il méritait après tout.
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Le gnosis n'était pas un cœur, Childe le savait. Mais ça n'importait pas, lui prendre quelque chose de cette importance.
De lui ?
De lui ?
Childe savait qu'il allait devoir tuer à la fin – Sa Tsaritsa ne l'obtiendrait pas d'une autre façon.
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Childe était saoul.
Ça ne lui ressemblait pas, vraiment. Il aimait l'adrénaline, prendre des risques était son passe-temps favori, mais il n'aimait pas le manque de contrôle que l'alcool induisait dans son corps.
Il se sentait instable de la pire des manières.
Si un autre agent Fatui le trouvait ainsi, il recevrait sûrement une punition lorsqu’il reviendrait à Snezhnaya. Il grimaça à cette pensée.
« Childe ? Tu vas bien ? »
Dieu. Archons.
Zhongli était la dernière personne qu'il voulait voir.
« ' suis juste – j'étais juste – t'inquiète pas, » Bafouilla-t-il, secouant une main tremblante alors qu'il s'effondrait contre un mur, essayant désespérément de ne pas vomir son repas.
« Tu es dans un sale état, te laisser seul serait... »
Childe ne fût pas capable de comprendre le reste, sa vision disparaissant et ses oreilles sonnant étrangement.
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Childe se réveilla doucement, et d'un seul coup.
Il n'était pas dans sa chambre, et ce n'était pas son lit.
Sa tête le faisait souffrir.
Ses yeux semblèrent enfin se réveiller ; la façon dont les lumières éclairaient les mèches brunes, le lent va et vient d'une épaule musclée, le gentil papillonnement de cils sombres. Et enfin, il comprit tout.
Zhongli.
À ce moment-là, Childe se demanda comment quiconque pourrait voir un être mortel dans ce dieu. À ce moment-là, Zhongli était sublime.
Et par les Archons au ciel, Childe était sous le charme.
Il n'aurait jamais cette beauté aux mèches auburn.
Il ne l'aurait jamais lui.
Il osa prendre un risque, et leva une main tremblante, pour la poser sur la joue de l'homme. Zhongli était chaud sous sa paume, doux et malléable. Il semblait humain d'une façon qui faisait mal à Childe. Il semblait tellement, tellement humain.
Et ne serait-ce pas plus facile ? S'ils étaient tous les deux des mortels, ne serait-ce pas plus facile ? S'ils avaient vécu au même moment, si leurs vies s'étaient alignées. N'aurait-est-ce pas été plus facile ?
Si leurs destins s'étaient alignés, bougeant ensemble, si le cœur de Zhongli était fait de la même matière que celui de Childe.
« Je t'adorerai, » chuchota-t-il en brisant le silence, la voix rauque. Le bout de ses doigts passant sur la joue de l'homme pour s'arrêter à ses lèvres. « « J’aurais tout adoré de toi, si tu m'avais laissé faire. Si elle m'avait laissé faire. »
« Je t'aurai embrassé, » murmura-t-il, son regard tombant sur les lèvres de l'homme, « Je t’embrasserais si je pouvais. »
« Je t'aurai aimé, » admit-t-il, se confessant, s'excusant. « Je t’aimerais si je n'étais pas né moi-même. »
S'il n'était pas né lui-même, Childe aurait voulu que Zhongli soit son Archon. Rex Lapis. Morax. Zhongli. Zhongli. S'il avait eu le choix, il l'aurait choisi.
Zhongli ne saurait jamais ça. Childe ne le permettrait jamais.
Il était seulement cinq heures du matin.
Childe laissa sa main tomber et se laissa lui-même tomber-
Dans un sommeil sans rêve, apaisant.
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Childe s'excusa de nombreuses fois pour avoir fait perdre son temps à Zhongli, et s'excusa encore une fois pour être partit avant que l'homme ne se réveille.
Quand il atteint sa propre chambre, il se débarrassa de ses habits, et se jeta sous le jet brûlant de la douche, restant dessous des heures durant.
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Zhongli plaça une boite dans ses mains.
Elle était tellement détaillée que s'en était intriguant, les dorures dorées et le riche bois dont elle était faite, la rendant unique.
« Qu'est-ce que c'est que ça, Zhongli ? »
« Un cadeau, » sourit doucement Zhongli, et par les Archons il était magnifique, tellement tellement magnifique.
« Je ne savais pas que l'on s'offrait des choses l'un à l'autre maintenant, » s'amusa Childe alors qu'il tâtait la boite.
« Tu payes toujours pour moi, Childe. C'est normal que je te renvoie la faveur pour une fois, » dit l'homme en penchant sa tête, semblant gêné, presque timide. Childe pouvait voir les petites teintes roses que les oreilles de l'homme avaient prises.
Childe était sous le charme.
Sous le charme et désespéré.
Il ouvrit prudemment la boite et jeta un coup d’œil à l'intérieur, laissant échapper un bruit de colère de sa bouche involontairement alors qu'il regardait les horribles, horribles objets.
« Des baguettes ? Zhongli, sérieusement, tu es trop méchant, » Bouda-t-il, oubliant momentanément les formalités et la politesse.
Childe ne pourrait pas tenir les ustensiles, même si c'était pour sauver sa propre vie.
Zhongli était une menace en réalité, pensa-t-il.
L'homme laissa un rire grave sortir de sa bouche, tellement différent de sa retenue habituelle que Childe ne put que rester à le regarder, la bouche ouverte.
« Hé, ne ris pas de mon malheur, toi, homme cruel. »
« Je m'excuses, Childe, » le nargua Zhongli, faisant rougir les joues de l'autre homme. « Il n'y a vraiment que toi que réagirait aussi durement à un cadeau comme celui-ci. Ah, j’aurai dû m'attendre à ce que tu ne comprennes pas la signification. Tu ne viens pas de Liyue après tout. »
« La signification ? » Childe fronça les sourcils, baissant le regard pour observer les baguettes. « Quelle signification ? Il y a un sens derrière ces choses ? »
Zhongli se contenta de sourire, amusé.
Malgré le nombre de fois que Childe lui posa la question pendant le reste de la soirée, l'homme ne révéla jamais la signification du cadeau.
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Sa Tsaritsa lui avait envoyé une lettre.
Childe savait qu'il manquait de temps.
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Il devait le prendre.
Il n'avait pas le choix.
Pourquoi devrait-t-il sauver la vie d'un archon quand il en avait tué des centaines sans une seule seconde pensée ?
Sa Tsaritsa n'accepterait pas de refus.
Lui refuser un ordre quand elle l'avait envoyé lui spécialement pour cette mission... il ne voulait pas imaginer les conséquences.
Sa Tsaritsa n'avait jamais été connue pour être clémente.
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Childe tomba malade. Il se réveilla avec sa tête semblant être remplie de coton. Il ne pouvait pas se rappeler la dernière fois qu'il avait été malade.
C'était sûrement il y a très longtemps. Vraiment très longtemps.
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« Ajax ? Tu es brûlant, pauvre petite chose. Restons à la maison sans aller à l'école aujourd'hui, hmm ? »
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Childe rêva de noyade.
L'eau devenant glace et il gelait au milieu de l'océan.
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Childe se mit sur ses pieds, sa tête brûlante et remplie de panique.
Il devait le prendre. Il n'avait pas d'autres choix.
Il fît son chemin au travers du port avec une vision bien trop floue.
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« ...Childe ? »
La voix de Zhongli, il pouvait la sentir vibrer au travers de ses poings qui s’agrippaient à la veste de l'homme. Il pouvait aussi sentir le cœur qui battait en dessous.
Childe trembla.
Peut-être, peut-être qu'il n'y avait pas besoin de morts.
Peut-être, que si Childe demandait... peut-être que Zhongli lui donnerait son gnosis volontairement, librement et sans blessure.
Peut-être.
Il renifla, retenant un rire d'incrédulité.
De qui se moquait-t-il ? De qui se moquait-t-il ?
Childe – Tartaglia était un produit pour la guerre, une arme qui devait être utilisée puis détruite quand ce serait nécessaire par la Tsaritsa. Il savait ça. Il connaissait son utilité.
Il savait aussi qu'il ne serait pas capable de tuer Zhongli. Pas même de le toucher puisqu’il était Rex Lapis, un archon qui avait coupé des montagnes avec sa propre force. Sans mentionner la façon dont Zhongli se tenait, toujours alerte malgré sa gestuelle semblant sans défense. Non. Même pas ça. Childe savait qu'il ne pouvait pas tuer Zhongli.
Parce que-
« Childe, tu vas bien ? » Une paume se pressa contre son front, chaud, si affreusement chaud. « Tu es brûlant, Childe. »
Childe laissa ses doigts passer sur le torse de Zhongli, sur son cœur et il serra les dents.
Il ne pouvait pas.
« Tu me laisserais ? Est-ce que tu me laisserais ? » Le questionna-t-il, délirant.
Zhongli émit un bruit inquisiteur, et même ça, même ça sonna inquiet.
Putain. Putain d'enfer.
« Est ce que tu me laisserais le prendre ? » Sa voix se brisa, ses ongles creusant dans la chemise de l'homme, pour le sentir, pour sentir son battement de cœur, pour sentir l'humanité de ce dieu qui ne serait jamais sien.
Zhongli ne se tendit pas, ne recula pas non plus. Il ne poussa pas Childe ou questionna sa demande, ce qu'il lui demandait (quelque chose d'impensable).
À la place, il enroula un de ses bras autour de Childe pour le serrer contre lui, sa main guidant la tête de Childe dans son torse et l'emmena autre part.
A la place, Zhongli le serra fort, sans défense ou question, sans garde ou piège.
Il le serra juste contre lui, et c'était tellement pire.
Ajax ferma les yeux pour contrer la chaleur de son front.
Ajax sût alors, qu'il ne tuerait pas cet homme. Sût alors qu'il ne pourrait pas. Il ne pourrait et ne prendrait pas le gnosis de cet homme, ne pourrait pas supporter de prendre une part si importante de lui et de l'offrir à sa Tsaritsa.
Il ne pouvait pas.
Parce que-
« Allons-y, allons à un endroit où tu pourras te reposer, » dit éventuellement Zhongli, supportant la majorité du poids d'Ajax alors qu’il les manœuvrait au travers des rues de Liyue.
Parce qu'Ajax l'aimait.
|||||
Ajax savait que ça ne durerait pas, ce sentiment, cette chaleur. Ça n'était jamais arrivé.
Il regarda, la tête brumeuse de fièvre alors que Zhongli lisait à côté de lui.
Il ne l'avait pas laissé.
Zhongli était resté avec lui depuis qu'il était tombé malade.
Quel acte cruel. Tellement, tellement cruel.
Ce genre de gentillesse, ce n'était pas pour lui. Ça murmurait des fausses promesses, de l'espoir et de la sécurité qu'il n'aurait jamais.
Il avait déjà ressenti ça une fois auparavant.
« Ne me laisse pas, » dit-il soudainement dans le silence, sa voix rauque de désespoir et étant bien trop enfantine à son goût. Il regretta d'avoir parlé dans la minute.
Il était tellement stupide, d'implorer pour quelque chose comme ça, à un dieu en plus.
Le regard de Zhongli se posa sur lui, les yeux écarquillés par la surprise. « Childe ? »
« Restes avec moi, » murmura-t-il, timide et idiot et ennuyeux. « Ne pars pas. » Je suis fatigué que tout le monde parte, ne dit-t-il pas.
Ajax ne put comprendre l'expression de Zhongli, elle ne faisait pas sens à son cerveau embrumé.
Une main se leva pour caresser et lisser les boucles d'Ajax, les doigts restant doux et ça faisait tant de bien, trop d'un coup, trop de gentillesse.
« Je resterai avec toi. »
Ce fût suffisant pour pousser Ajax dans un sommeil sans rêve, réconforté par les rêves d'un enfant qui avait grandi trop vite.
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Ils n'en reparlèrent pas après.
Childe feint une amnésie causée par la fièvre avec un geste désolé de la tête, honteux alors qu'il évitait le regard de Zhongli.
Zhongli l'assura qu'il n'avait pas été dérangé du tout, « J'ai apprécié prendre soin de toi, » s'amusa-t-il et ces mots firent prendre quelques teintes aux oreilles de Childe.
Il ne resta pas sur ce qu'il avait dit dans cet état, ne repensa pas aux souvenirs de repos dans le lit de l'Archon. Il ne le fît pas.
Ça ne changeait rien après tout.
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Tartaglia envoya une lettre adressée à sa Tsaritsa le jour suivant.
Il envoya une lettre écrite de sa main, prudemment écrite avec un souhait de mort et un plaidoyer silencieux sur la courte vie qu'il avait vécue.
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Ma Tsaritsa,
Je ne peux pas prendre le Gnosis de cet Archon. Je ne peux pas remplir cette mission.
Mes sincères excuses,
- Tartaglia
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Peut-être qu'il était égoïste dans cette fin. Il ne le ferait pour personne d'autre après tout.
Peut-être que c'était parce qu'il ne pouvait penser à une vie sans lui – qu'il était stupide, quand il ne l'avait pas connu pendant plus d'un tiers de sa vie.
Égoïste jusque dans sa fin apparemment.
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Son temps commençait à manquer.
Childe passait chaque nuit dans le port, mangeant toutes les nuits avec lui, riant avec lui, l'écoutant.
Zhongli ne se rendait compte de rien, ignorant le compte à rebours dans l'âme de Childe.
Serait-ce même important pour lui ? Quand il serait parti ?
Reconnaîtrait-t-il même les efforts de Childe pour le sauver, pour sauver son gnosis de tomber dans les mains de son propre archon ? Réaliserait-t-il que c'était au prix de sa propre vie ?
Non. Il ne le ferait pas.
Childe le savait.
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« Je vais rentrer à Snezhnaya bientôt, » Commença Childe, alors qu'ils étaient assis au sommet de l'une des nombreuses montagnes de Liyue, le soleil se couchant en arrière-plan.
« Ah, je vois, » chuchota Zhongli après un moment, semblant bizarrement silencieux, « J'ai peur de te dire que tu vas beaucoup me manquer après ton départ. »
Menteur.
« Bien sûr que je te manquerais, qui paieras pour ces jades noculous maintenant ? »
« Jades Noctilocous, » le corrigea-t-il gentiment, « et si je puis me permettre, il n'y a pas que tes moras qui vont me manquer. »
Menteur, menteur.
« Je suis sûr que tu survivras, » murmura Childe, se sentant irrémédiablement amer.
« Je n'ai pas eu d'amis comme toi depuis très longtemps, Childe, » Zhongli fronça les sourcils, « Je ne mens pas sans raison. Pourquoi tu ne me manquerai pas ? »
Childe observa les dégradés du ciel ; le rose disparaissant dans l'orange qui se fondait dans le jaune.
« Childe ? »
Il secoua sa tête plutôt violemment, essayant de rire, « Je faisais simplement une blague, » dit-il, « Je sais que je te manquerais, » mentit-t-il, « Je suis ce genre de personne après tout. »
Ils regardèrent le soleil se coucher en silence.
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La menace s'envenimant, l'ombre s'allongeant au-dessus de sa tête... il finit éventuellement par ressentir de la colère, comme tous les sentiments auraient dû le devenir pour Tartaglia.
Il était un enfant de la guerre après tout.
Tartaglia décida qu'il voulait voir le monde brûler parce que le sien arrivait à sa fin. Il voulait que le feu à l'intérieur de lui se propage, loin et haut, pour brûler tout le paysage.
Tartaglia voulait se tenir au milieu d'un monde incendié. Tartaglia était le monde, et il était en feu et il voulait s'auto-détruire parce que, quel était le but ?
Il avait été envoyé sur une mission suicidaire, tombant pour le seul homme qu'il avait été envoyé blesser, et à la place, il avait été celui couvert de brûlures, à la place il avait été celui qui brûlait de l'intérieur.
Ce n'était pas juste.
Ce n'était pas juste.
Rien n'avait jamais été juste pour lui.
Zhongli ne le voyait pour rien de plus que comme une connaissance temporaire. Zhongli était un archon, et Childe – il – il s'était trompé tout seul en imaginant quelque chose de plus. Zhongli ne l'aimerait jamais, ne l'apprécierait jamais plus qu'il n'avait apprécié quelconque autre stupide mortel.
Childe n'avait jamais de fin heureuse. Il n'avait pas pu grandir, il n'avait pas pu expier ses pêchés – bien trop, le sang sur ses mains – il n'aurait jamais de rédemption, il ne saurait jamais qui il était réellement – Tartaglia, Childe, Ajax – il n'aura accompli rien d 'autre que des missions pour sa Tsaritsa, et même ça, il n'avait pas réussi.
La vie de Childe n'avait été composée que d'histoires incomplètes ; une enfance incomplète, des rêves incomplets, des relations incomplètes. Tout ce qu'il avait partait aussi rapidement qu'il l'avait obtenu. Sa vie était faite de traumatismes, de questions sans réponse, mais jamais, jamais aucun arrêt réel.
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Tartaglia relâcha Osial.
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En réalité, ça n'aurait pas dû choquer que Tartaglia essaie de détruire Liyue. Ça aurait dû être attendu. Personne n'aurait dû être surpris. Personne. Et plus particulièrement lui.
Et pourtant, il regardait Childe, non, Tartaglia. Il avait vu Tartaglia maintenant. Il avait vu ce dont il était capable, il avait vu qui il était vraiment. Il le regardait avec quelque chose dans le regard qui Tartaglia ne pouvait discerner.
Pourquoi le regardait-t-il de cette façon ?
Ça le rendait furieux.
Ça ferait sens.
C'est ce que Tartaglia faisait.
Il détruisait et créait le chaos pour son propre gain.
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C'était vraiment ironique, vraiment, de réaliser qu'il y avait eu un bien plus grand jeu de manipulations pendant qu'il était seul. Il en aurait presque ri.
Et donc, comme d'habitude, c'était une affaire entre Archons, entre dieux et déesses, et les mortels n'avaient pas de place à l'intérieur.
Il était un idiot.
De trouver que Zhongli avait consciemment et volontairement donné son gnosis, sans un combat, sans les blessures ou morts que Childe avait imaginé... c'était peut-être un peu trop, décevant pour sûr.
Il voulait rire, donc il le fît.
Childe rit jusqu'aux larmes. Jusqu'à ce qu'il s'étouffe sur ses sanglots dans la pénombre de sa chambre où personne ne pouvait voir son idiotie, sa stupidité.
Il aurait pu éviter tout ça. Il aurait pu – s'il n'avait pas – et maintenant il avait déjà signé son arrêt de mort, sa mortalité été arrivée à son terme et tout avait été futile. Il avait écoulé tous les grains de son sablier.
Ajax avait voulu sauver Zhongli, avait agrippé ses mains avec tellement de désespoir, pour sauver cet homme, cet homme qui l'avait traité différemment, qui avait réussi à construire une amitié à sens unique tellement convaincante que lui – un Exécuteur Fatui l'avait cru, et quand il avait donné sa vie pour cet homme, il avait réalisé qu'il n'était pas un homme du tout et qu'il n'y avait pas de gouffre, et une fois de plus, soudainement, Ajax était celui qui tombait.
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Le temps ne semblait plus que se distinguer entre avant et après Liyue.
Avant Liyue. Avant les soirées passées dans le port, ses baguettes tombant de ses mains.
Avant son sourire. Avant ses contes du passé, la nostalgie dans ses yeux. Avant lui. Avant lui. Avant lui.
Et après.
Après Liyue. Après les nuits passées à écouter les origines intriquées de chaque plat. Après avoir appris à tenir maladroitement ses baguettes. Après la vérité, la trahison. Après l'échange de regard. Après lui. Après lui. Après lui.
Childe était...
Il tombait. Rapidement et violemment, son corps parcourut par les spasmes et les tremblements. Il s’agrippait à la terre qui se logeait sous ses ongles et il tombait. Il avait mal. Il avait mal. Il avait mal.
Il était tombé dans les Abysses. Il était tombé et c'était trop tard et personne ne venait pour le sauver-
Il hoqueta, le trop plein d'air dans ses poumons lui donnant la nausée.
Childe agrippa des mèches de ses cheveux, déglutissant difficilement. Il cligna des yeux et observa le carrelage blanc de sa salle de bain sous ses pieds.
C'est vrai. Il était dans son appartement. Bien sûr qu'il y était. Où pourrait-t-il être d'autre ? Il était chez lui (l'était-t-il ?), il était chez lui, il était chez lui-
Il allait bien.
Vraiment.
N'est-ce pas ?
...n'est-ce pas ?
…
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Ajax tombait, et il n'y avait personne pour le sauver, pour le trouver, pas même lui-même.
Et c'était tellement pire.
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Tartaglia n'avait personne d'autre à blâmer que lui-même. Il ne prenait pas sa Tsaritsa pour responsable de sa déception, il ne la blâmait pas elle ou n'espérait pas trouver un autre Dieu à adorer – il ne le faisait pas. En vérité, il n'en voulait même pas à la Signora.
Après tout, Tartaglia était celui qui avait choisi (il ne l'avait pas choisi) de rester aveugle. Il avait choisi (il ne l'avait pas choisi) de dévouer sa vie à son Archon. Il avait choisi de l'adorer. De lui jurer une loyauté infinie.
Et s'il avait tout simplement été destiné à finir ainsi ? S'il n'avait rien été d'autre qu'une poupée jouant dans une bien plus grande pièce ? Eh bien, c'était de sa faute.
Tartaglia n'avait aucun regret.
Il n'y avait aucun creux, aucune ouverture ou craquellement pour autoriser ce type de pensées. Il ne ressentait aucun regret (n'en avait pas ressenti depuis les Abysses).
S'il se gardait suffisamment occupé, il ne ressentirait probablement rien du tout.
À part.
À part quand il pensait à lui.
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Seul un idiot essaierait de sauver un dieu.
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Il n'avait pas parlé à Zhongli depuis – depuis ce jour-là.
Childe ne pensait pas à lui, ni à ses yeux, ou à la façon dans ses lèvres se haussaient d'amusement quand–
Il ne pensait pas à lui.
Il y avait une lettre, qui reposait sur le montant de son lit. Tartaglia pourrait reconnaître l'écriture à plusieurs kilomètres.
Il supposait que ça aurait dû faire apparaître un goût amer sur sa langue, mais, il la regarda avec ses yeux bleus vides et ne ressentit rien.
Il n'y avait pas besoin de l'ouvrir. Pas besoin de pleurer aux mots qu'il connaissait déjà.
À la place, il vida sa suite, enleva les draps de son lit et plaça tous ses vêtements dans la valise qu'il emportait toujours avec lui dans ses voyages.
La corde précairement tendue entre lui et l'Archon semblait enfin s'être rompue, pourrie et calcinée.
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Tartaglia partit la nuit avec personne pour lui souhaiter un bon voyage.
Il préférait faire ça de cette manière de tout façon.
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L'odeur familière de Snezhnaya était exactement la même que dans son souvenir. Tartaglia pouvait sentir le vent froid caresser ses oreilles, ses joues, son nez, laissant derrière lui des rougeurs glacées.
Ajax se souvenait construire des bonhommes de neige dans la campagne pas très loin, nostalgie avec un amer goût de joie vague.
Tartaglia se souvenait être tombé dans un trou sans fond, la peur s'infiltrant dans chaque os de son corps.
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Childe aurait aimé mourir des mains de Zhongli. Il aurait aimé qu'il enlève ses gants et qu'il enroule ses longs doigts autour de son cou et qu'il serre jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un cadavre froid reposant dans les bras d'un dieu.
Tartaglia savait qu'il devait mourir par les mains de sa Tsaritsa. Tartaglia connaissait sa place, son but, sa raison de vivre et il savait qui devait le tuer.
Ce que voulait et avait besoin Childe, Ajax, n'était pas important.
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Le palais était le même que d'habitude. Quand Tartaglia regarda son reflet dans le sol de verre, il put voir le sang goutter de chaque blessure, goutte après goutte. Il put voir un garçon de quatorze ans gémir dans une glace sans pitié, la peau arrachée par le froid. Il pouvait entendre les cris d'une jeunesse tourmentée et il pouvait entendre le rire qui commençait doucement à se former, pouvait entendre la soif de sang s'intensifier–
Tartaglia cligna des yeux et le sol devint aussi clair que d'habitude.
Il recula, baissant un genou pour s'incliner.
« Ma Tsaritsa, » énonça-t-il clairement, consciencieux.
Il s'était attendu au silence de sa Tsaritsa qui résonna entre les murs du palais.
Tartaglia n'essaya pas d'argumenter, il ne tomberait jamais aussi bas. Il était le Onzième Exécuteur des Fatuis et il mourrait ainsi.
Mais peut-être, la réelle raison, la vérité qu'il tentait de ne pas réaliser, était que Tartaglia était fatigué et aurait voulu reposer ses yeux pendant un moment.
Il sentit à peine la glace le transperçant de part en part.
De façon absente, alors qu'il agrippait son torse ensanglanté, il pensa que ce n'était pas différent des punitions qu'il avait enduré dans jours d'entrainement. Un geste de merci de la part de sa Tsaritsa.
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Ils ne s'occupèrent pas de lui. À la place, il fût jeté comme un simple déchet, envoyé dans la tempête de neige
Childe ouvrit ses yeux et vit le blanc de sa maison d'enfance.
Il se remit difficilement sur ses pieds, saoul de douleur et tremblant et saignant et il fît un pas.
Childe n'avait pas de destination à l'esprit, il ne suivait pas de chemin et ne faisait pas attention aux directions. Il marchait juste, et tombait, et se relevait.
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(C'était un mensonge, vraiment, Ajax le savait. Parce qu'en vérité, tout du long, il avait cherché à atteindre Liyue).
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Ça finit ainsi ; Childe tombait.
C'était douloureux et d'une certaine façon ça ne l'était pas en même temps. C'était un enfer et un paradis mélangés.
Il y avait des larmes sur ses joues et il savait qu'elles n'étaient pas à lui et elles brûlaient, elles brûlaient tout son être. Il leva son regard pour tomber dans ces yeux d'or et ne put s'obliger à sourire. A bouger. A dire quoi que ce soit. Rien du tout. Il ne se demanda pas comment cet homme l'avait retrouvé. Comment il avait su où aller. Ne s'attarda pas sur le fait qu'il l'avait cherché. Rien... rien ne semblait important. Tellement ironique, alors qu'il mourrait ainsi.
« Childe, » Murmura l'homme au-dessus de lui et on aurait pu croire qu'il était blessé. L'océan se déversait entre les paupières de l'homme et Childe était prêt à se noyer.
Une main douce s'échoua sur le côté de son visage si gentiment – si, si doucement que ça faisait mal. Mal quelque part profondément à l'intérieur et Childe pouvait entendre un petit enfant pleurer, pouvait entendre l'enfant supplier, « s'il te plaît ne me laisses pas, ne me laisses pas partir, gardes moi. Garde-moi, garde-moi, garde-moi– » et ne rien recevoir en réponse.
Cet homme... On aurait presque dit qu'il voulait le protéger, qu'il voulait remettre Childe debout, prendre toutes les parties brisées et pourries dans ses bras et le laisser vivre à l'intérieur de sa cage thoracique, le laisser se reposer à côté de son cœur et résider là.
Nous n'avons plus le temps, pensa Childe, indifférent. Nous n'avons plus le temps, pensa-t-il. Toujours aussi indifférent, peut-être même des secondes les séparant mais toujours avec aussi peu de temps leur restant.
Le sang l'étouffa, une moquerie d'un rire. Le monde riait de son sort ; l'univers riait de son sort : quelle pauvre âme est-ce là, à quel idiot cette âme appartient. Childe était d'accord. Un immortel qui ne savait rien du temps, des limites, des fins, et un mortel qui ne savait rien, qui tombait et s'écrasait et mourrait juste devant ses yeux.
Quelle hilarité malheureuse.
À la fin, il n'y avait rien à dire. Il n'y avait rien que Childe pouvait lui demander et rien qu'il ne pouvait souhaiter. À la fin, il n'y avait pas besoin de prier les dieux – il l'avait fait plusieurs fois auparavant et ne pouvait s'obliger à essayer une nouvelle fois. À la fin, peut-être que les dieux avaient été sa perte. Peut-être que tout ça avait été son destin.
Mais ça n'importait pas.
À la fin, la seule chose qui comptait était qu'il y avait Childe, et il y avait Zhongli.
À la fin, il ne laissa pas couler une seule larme.
À la fin, il ne gémit et ne supplia pas.
À la fin–
Ajax ferma simplement ses yeux et se laissa entraîner dans les profondeurs de l'obscurité.
