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Toc toc toc
- Ryuuji tu es là ?
Le garçon aux cheveux verts se contenta de lâcher un grognement étouffé par son oreiller.
Depuis leur défaite contre le collège Raimon, le capitaine de Gemini Storm avait cessé toute communication avec qui que ce soit. Il ne répondait que lorsque cela lui paraissait nécessaire, souvent par des hochements de tête ou des soupirs.
Il ne montrait pas non plus le bout de son nez en dehors de sa chambre. C'était devenu sa forteresse, entouré d'une couverture et d'une vingtaine de livres - pour être au confort et s'occuper. Le reste de son temps, il le passait ici, à regarder le plafond, parfois même par la fenêtre si l'humeur le prenait. Bien sûr il sortait du dortoir pour manger ou faire sa toilette. En dehors de cela, il évitait toute interaction avec le reste des pensionnaires. Mais une chose était certaine : il n'osait plus croiser le regard de ses coéquipiers, pas après ce qui s'était passé.
Il se sentait pitoyable en tant que capitaine. Il avait été naïf de croire que ses efforts le mèneraient au sommet, encore plus d'imaginer que son père serait satisfait. Non, parce que depuis le début il n'était qu'un jouet parmi tant d'autres, un prototype, pour tester la force et la volonté de l'équipe Raimon face à l'Académie Alius. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il avait entraîné les autres dans sa crédulité. Il avait échoué et en était l'unique responsable.
Cependant, il continuait de les entendre... Ces voix à travers sa porte. Celles de ses anciens coéquipiers, qui le sollicitaient dès que l'occasion se présentait.
- Ryuuji ça fait deux mois...
- Tu ne peux pas rester éternellement cloîtré dans cette chambre.
Ledit Ryuuji ne réagit pas, au contraire, il avait pris l'habitude les ignorer et faire la sourde oreille aussi longtemps qu'il le pouvait. Et s'ils s'obstinaient à le sortir de son lit, alors il leur criait dessus, espérant s'en débarrasser une bonne fois pour toute.
Il s'attendait à ce que les coups sur la porte retentissent de plus belle. Mais non, rien de tout ça. Étonné, l'adolescent se leva de son lit. Il regarda la porte et s'en approcha silencieusement. C'est alors que quelque chose attira son attention au sol.
- Un... papier ?
Le vert fronça des sourcils un instant, puis s'accroupit pour le ramasser. Le papier était assez épais, en réalité il s'agissait d'une feuille pliée en quatre.
C'est alors qu'il écarquilla les yeux en y découvrant son contenu.
ᯓ✧
Après un long débat avec Rimu et Nozomi, on s'est dit que la seule façon de communiquer avec toi serait cette lettre. (Désolé, on n'est peut-être pas aussi doués que toi avec les mots... mais on espère qu'on saura toucher ton cœur. Alors s'il te plaît, lis jusqu'au bout.)
Le jour de la répartition des équipes, quand on a fait ta connaissance, j'ai été soulagé. Je t'avais déjà observé de loin. Tu étais connu pour être un garçon gentil mais aussi un peu têtu. Ta personnalité était unique en son genre. Et je crois que c'est pour ça que tu me plaisais - en tant que capitaine bien sûr ! (T'inquiètes je suis pas sur le point de faire une déclaration d'amour ou un truc du genre... J'aurais jamais eu le cran d'écrire ça sinon)
- Hiromu arrête tes conneries et passe-moi le stylo !
Le brun souffla et passa le relais à Rimu. Cette dernière s'empressa de reprendre son écriture.
Tu étais le plus jeune de nous tous et c'est à toi qu'on a accordé cette responsabilité.
Les débuts ont été difficiles c'est vrai... Les grands balèzes de notre équipe n'étaient pas toujours d'accord avec toi. Ils ne te prenaient pas au sérieux, sous prétexte que tu te comportais comme un sale gosse, juste pour ne pas passer pour une mauviette devant eux. Parce qu'ils étaient les plus vieux, les plus imposants, les plus forts, les plus menaçants. Mais malgré les apparences, toi, tu avais quelque chose en plus. Tu gardais la tête haute, et leur envoyait toujours un dicton dans la gueule pour qu'ils aillent se faire voir. Et puis il y avait cet éclat dans tes yeux. Cet éclat qui prouvait que tu étais le plus humain d'entre nous, le plus réel sans doute.
Chaque jour on te voyait travailler d'arrache-pied en centre d'entraînement. Chaque jour on te voyait supporter le regard pesant que père portait sur toi. Et chaque jour tu continuais à t'endurcir un peu plus. Tu es souvent tombé, c'est vrai. Mais tu ne t'es jamais avoué vaincu. Sous tes airs d'alien prétentieux tu as continué à donner le meilleur de toi pour rendre père fier de notre équipe.
Et pourtant certains d'entre nous ne l'ont jamais remarqué...
Rimu s'arrêta d'écrire un instant, regardant ses amis de chaque côté avec un air triste.
- C'est vrai que Kikuma et Karoku n'ont jamais voulu coopérer avec lui... soupira Hiromu.
- Tu parles des deux défenseurs à l'arrière ? demanda Rimu.
- Désolé mais notre capitaine avait dix mille fois plus de classe que ces deux imbéciles. Et puis leur tête m'a toujours fait peur ! rétorqua Nozomi.
Cette dernière attrapa le stylo et prit la relève sur la lettre.
On sait que tu as souvent été jugé et moqué dans notre équipe. Et s'il y avait un mot pour la définir ce serait sûrement l'hypocrisie. Après tout, c'est comme ça qu'on est, nous, les Gemini Storm. Faire semblant tout le temps c'est notre spécialité - non, ta spécialité. C'était d'ailleurs toi, le meilleur d'entre nous dès qu'il s'agissait de jouer la comédie. Tu ne le crois peut-être pas, mais c'est grâce à toi qu'on a pu paraître si crédible !
C'est pour ça qu'on t'a choisi comme capitaine : parce que tu avais à la fois l'allure et le mental pour guider notre équipe. Sans toi, on se demande à quoi notre jeu aurait ressemblé sur le terrain...
Les trois adolescents se lancèrent un regard complice. Mais leur sourire tomba doucement en repensant à l'état actuel de Ryuuji.
Nozomi finit par tendre le stylo à Hiromu. Le garçon aux yeux bleus posa sa plume sur le papier. Il commença à écrire les derniers mots, clôturant la fin de cette lettre destinée à son ami.
Mais parfois, jouer la comédie c'est fatiguant. Et je pense que tu es le mieux placé d'entre nous pour savoir ça. Alors aujourd'hui on aimerait que les masques tombent, pour de bon cette fois-ci.
Ryuuji, tu n'as pas besoin de jouer le méchant extraterrestre tout le temps. Ou du moins, tu n'en as plus besoin. Nous non plus d'ailleurs. C'est pour ça qu'aujourd'hui on essaie de te tendre la perche une bonne fois pour toute.
Ces derniers mois ont été horrible à endurer... Mais tu nous as aidé et montré comment garder la tête haute.
Malgré tout ce que les autres ont pu dire ou penser de nous. Tu as été un capitaine formidable. Nos parties de cartes entre deux entraînements, nos cours de théâtre délirants et nos discussions à rallonge sur notre avenir au sein de l'orphelinat ont été les meilleurs souvenirs de notre capitaine. C'était dans ces moments-là qu'on pouvait être nous-même. Et c'était dans ces moments-là qu'on te découvrait petit à petit.
Tu nous as offert ta force. À partir de maintenant c'est à nous de t'offrir quelque chose.
Alors dis-nous Ryuuji, de quoi as-tu réellement besoin aujourd'hui ?
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Ryuuji, désormais assit par terre contre sa porte, relut cette phrase une dernière fois, les mains tremblantes. Ses yeux s'étaient embués de larmes qu'il s'efforçait de retenir depuis bien trop longtemps. Ses lèvres tremblaient et un sourire mince s'était formé sur le bas de son visage. Il renifla un bon coup, puis se releva la lettre toujours à la main.
Il hésita un instant avant de commettre ce geste. Geste pourtant anodin, à savoir appuyer sur une poignée de porte. Mais voilà, il avait peur. S'il n'était pas capable d'ouvrir une simple porte, serait-il capable d'ouvrir son propre cœur ?
Il inspira un bon coup, tendit la main vers la poignée et appuya lentement. Un petit clic se fit entendre, la porte s'entrouvrit doucement vers l'extérieur, laissant passer un rayon de lumière dans la pièce.
Et contre toute attente, ils étaient là. Hiromu, Rimu et Nozomi. Tous les trois, juste devant lui, à l'attendre depuis de longues minutes, guettant le moment où il se déciderait enfin à sortir de l'ombre. Hiromu s'avança légèrement avec un regard inquiet sur son visage. Il ne dit rien, craignant de faire une bêtise. C'est alors que Ryuuji, la voix tremblante, donna sa réponse face à sa lettre :
- Je... Je n'ai besoin de rien... juste d'un câlin.
Alors, dans un élan de soulagement, les trois amis vinrent enlacer le garçon à la chevelure verte. Il finit par sécher ses larmes dans leurs t-shirts, les serrant contre lui aussi fort qu'il le pouvait. Ce jour-là, l'ancien capitaine de Gemini Storm comprit qu'il n'était plus seul.
