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Le Gardien fleuri

Summary:

— Enfin… souffla-t-elle. Le Gardien revient chez lui.
Neville sentit son souffle se bloquer.
— Le Gardien… ?
Les lèvres de l’inconnue se courbèrent vers le haut.
— Il est temps que tu comprennes qui tu es vraiment, Neville Londubat.

Notes:

Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) WTF organisé par le serveur Discord Potterfictions.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

Les images que j'avais pioché sont les suivantes : https://drive.google.com/file/d/17mqvhnws2iFxi-t548iDy-4sk7eTZDwk/view?usp=sharing et https://drive.google.com/file/d/18q9svllSnZ5PDyhD8EGVPC_cyOxs9GRH/view?usp=sharing

Work Text:

Une branche s’enroulait autour de son poignet. Les tiges crissaient sur la peau tannée par les heures passées à travailler dans la serre, les pétales caressaient les marques laissées par les brins qui avaient enserré sa chair. Neville, un sorcier aux cheveux châtains foncés et au regard curieux, fit pivoter son bras et admira les fleurs de cosmos orangées qui fleurissaient le long de son épiderme. Ses mains robustes mais délicates, forgées par des années de travail dans la terre, étaient aussi fines et agiles qu'un herboriste pouvait l'exiger.
Une connexion presque intime existait entre lui et les végétaux qu'il dorlotait, et son bras, aujourd’hui orné de ces petites fleurs vibrantes, en était la preuve la plus étrange.

Les cosmos semblaient se multiplier à une vitesse fulgurante, chaque nouvelle fleur émergeant comme une brève explosion de couleur. Il leva le bras pour respirer leur parfum chocolaté, doux et envoûtant, presque hypnotique. Il observait avec fascination la façon dont les étamines naissantes semblaient se tendre vers la lumière. En quelques minutes, son poignet était entièrement recouvert de ces petites fleurs mexicaines, d’un orange éclatant, qui semblaient pulser au rythme de ses émotions.

La gêne, causée par le végétal qui se pressait contre sa peau, le distrayait des rougeurs qu’il sentait monter dans ses joues, jusqu’au bout de ses oreilles. Un soupir d’exaspération, mêlé à de la fascination, échappa de ses lèvres. Ce phénomène étrange ne cessait de l’étonner.

Derrière lui, il entendit des pas souples, presque furtifs, et le léger souffle de son invitée régulière. Luna, petit lutin blond, se rapprochait. Sa respiration lente et apaisante, qui semblait faire écho à la sérénité du lieu, le sortait doucement de sa contemplation.
Son arrivée était toujours bienvenue, souvent à l’improviste, et Neville attendait avec impatience ces moments d’échanges.

C’est très joli ce petit cocon que tu as construit , dit-elle en observant la serre avec un sourire admiratif.

Merci, c’était beaucoup de travail, mais je suis content du résultat. Je prévois d’ajouter une annexe au sud, pour mettre les plantes subtropicales dans un endroit plus réceptif à la chaleur , répondit Neville avec un clin d'œil, son visage marqué par une certaine timidité qu’il n’arrivait jamais tout à fait à dissimuler.

Belle idée , répondit-elle avec son sourire radieux. 

Luna, bien que souvent en voyage, se montrait toujours attentive et intéressée par ce que Neville entreprenait. Gêné, il se retourna tout en cachant son bras fleuri à Luna, qui ne semblait jamais vraiment dérangée par ses petites bizarreries. Elle était habituée à la singularité de Neville, et à celle de ses créations botaniques. Chaque fois qu'elle passait, c'était pour lui déposer quelques graines récoltées lors de ses voyages aux quatre coins du monde, des graines de plantes qu’elle avait découvertes lors de ses aventures.

Luna, petit bout de femme aux longs cheveux blonds cendrés et des grands yeux rêveurs, était naturaliste et journaliste. Elle parcourait le monde à la recherche des créatures fantastiques et des plantes rares, dont elle partageait la passion avec son père.
Chaque voyage était une nouvelle aventure, une quête de connaissances et de merveilles naturelles. Sur son chemin, elle avait rencontré d’innombrables créatures magiques et végétaux aux propriétés surprenantes.

Quand elle revenait au pays, son premier arrêt était la petite herboristerie de Neville, qui était située dans un recoin calme du Chemin de Traverse, non loin de la boutique des Jumeaux Weasley. Le magasin, un véritable sanctuaire de verdure, était empli d’étagères débordantes de lianes et de feuilles qui frémissaient au souffle du vent, ainsi que de plantes sur plusieurs niveaux. L’air y était saturé de parfums délicats, de celles des plantes médicinales et des fleurs rares qu'il faisait pousser avec une patience infinie. L’atmosphère apaisante, presque magique, était propice à l’exploration sensorielle.
Luna adorait cet endroit.

Je vois que tu as installé le coin thé, ça a du succès ? Demanda Luna, en observant l’espace aménagé.

Oui ! Je ne pensais pas que tant de gens viendraient, c’était une excellente suggestion de ta part. Les adultes qui entrent peuvent se poser pendant que les enfants explorent les allées. Ils sont tellement curieux, et avec un peu d’explications, ils repartent souvent avec une pousse de Voltiflor , répondit Neville, son visage s’illuminant de son enthousiasme.

Luna sourit chaleureusement, heureuse pour son ami. Mais elle ne put s’empêcher de remarquer que Neville rougissait de plus belle. L’effet des cosmos, sans doute. Les tiges de la plante semblaient se resserrer légèrement autour de son bras, comme si elles réagissaient aux émotions de Neville.

 


 

Mais, Neville, comment est-ce possible que ton bras soit fleuri ?
Euh, c’est une longue histoire…
Viens, allons prendre un thé ! Tu vas pouvoir me raconter tout ça.
Je te suis.

Luna, délicate comme une brise d’été, prit son poignet. Ses doigts frais et apaisants effleurèrent la peau de Neville, où les feuilles de glycine l’avaient récemment marquée.
Elle l’amena près de la table en merisier de la véranda ensoleillée, un petit coin de détente dans la serre. De grandes fenêtres laissaient entrer la lumière, qui éclairait les tasses en porcelaine et la petite théière fumante. Les odeurs de thé parfumé se mêlaient à celles des plantes et créaient une atmosphère apaisante. Luna lui fit signe de s'asseoir pendant qu’elle préparait les feuilles de thé et versait l'eau bouillante.

Quelques instants plus tard, alors que le thé fumant remplissait les tasses, Luna s’assit en face de Neville et le fixa de ses grands yeux azur, attentifs à chaque détail.

Bon, par où commencer ?
Mmmh, quand est-ce que ça a poussé pour la première fois ?
Il y a quelques mois…  

Neville marqua une pause, se souvenant de l'incident qui avait changé sa vie. 

— J’étais en train de récolter du suc de Geranium Dentu quand un coup de vent a effrayé la plante. Elle m’a mordu le poignet, pas très profondément. J’ai mis du dictame pour désinfecter. Jusque-là, tout allait bien… C’est après que ça s’est compliqué.
Oh, la bouture que je t’ai ramenée d’Irlande ? Celle avec les racines argentées ?
Oui ! Elle est assez frileuse, je suis habitué à ce qu’elle me mordille les doigts quand je ne les ai pas chauffés avant.
Mais quel est le lien avec la fougère qui vient de remplacer la glycine ?
Je crois que la plante change en fonction de mes émotions. Je n’ai pas encore retrouvé le livre du Langage des Fleurs de Granny.

Luna écoutait avec attention et observait la manière dont la fougère semblait s’enrouler lentement autour du dos de la main de Neville. Il se souvenait de la piqûre lancinante avant de renverser l’essence de Caprice de Niffleur sur ses plaies. Bien mal lui en avait pris. Il n’avait plus de souvenir clair après s’être évanoui dans la serre. Les mois qui suivirent ne furent pas suffisants pour comprendre le phénomène.

Soudain, un grand bruit, comme une explosion, provenant de l’extérieur fit sursauter Neville et Luna, comme si un seau d’eau glacée venait de leur être versé sur la tête. Ils échangèrent un regard. Aucun mot n’était nécessaire, ils se comprenaient instinctivement. Tous deux sortirent leur baguette et se précipitèrent vers l’entrée. Luna s’abaissa et passa la tête à l’extérieur pendant que Neville écartait avec douceur les sorciers présents dans l’herboristerie.

Je ne vois rien de dangereux. Peut-être que ça venait de la boutique des Jumeaux ?
Mmh, c’est possible… Mais c’est rare que ça soit aussi bruyant.

Neville fit un pas à l’extérieur. Son regard scrutait les alentours, à la recherche d'un indice .
Il aperçut alors une ombre furtive disparaissant au détour d’une ruelle derrière la boutique des Weasley. Il regarda Luna avant de s’élancer à sa poursuite.

Neville, attends !

Mais il ne l’entendait déjà plus. L’adrénaline battait dans ses veines. Son bras, toujours couvert de tiges et de fleurs vibrantes, subissait l'enserrement de la plante sous l’effet de la tension. Une sensation étrange parcourut son avant-bras, comme si les plantes réagissaient à son empressement.

Il tourna au coin… et la ruelle était vide.

Luna arriva peu après, prise par sa respiration rapide.

Tu as vu quelque chose ?
Oui, quelqu’un. Mais il a disparu.

Il s’aventura dans l’allée et s’arrêta net. Là, reposait sur le sol une petite boîte en bois sombre, gravée de motifs végétaux délicats. Il la ramassa précautionneusement et l’examina sous la lumière du soleil.

C’est étrange… Tu crois que ça a un lien avec ton bras ?
Je ne sais pas. Mais j’ai comme un pressentiment.

Il ouvrit la boîte. De l'intérieur, un parfum puissant s’échappa. Une fragrance florale enivrante, presque hypnotique. Des graines d'une couleur violet iridescent brillaient faiblement sur le tissu au fond, comme si elles respiraient.

Luna frissonna.

Je n’ai jamais rien vu de tel. Et toi ?
Non… Mais je ressens quelque chose. Comme si elles m’appelaient.

Neville referma la boîte, son cœur battant plus fort. Il savait que ce qu’il venait de découvrir n’était pas anodin. Cela pourrait être dangereux, et pourtant il ne pouvait ignorer la sensation qu’il était lié à ce mystère.

Rentrons. Je crois qu’on a du travail.

Ils retournèrent à l’herboristerie, l’énigme des graines les intriguait déjà. Leurs pas résonnèrent dans la serre, mais les fleurs sur le bras de Neville frémissaient, en suivant le rythme de son cœur.

Neville ferma la porte derrière lui avec précaution. L’air était devenu plus lourd, comme si le simple fait de ramener cette boîte dans son domaine avait modifié l’atmosphère.
Luna se tenait près de la table de travail, ses yeux brillaient d’inquiétude et fixaient la petite boîte sombre. La lumière rougeâtre du soleil couchant perçait à travers les vitres, projetait des ombres étranges sur les murs et le sol de la serre.

Il prit une profonde inspiration et déposa la boîte avec soin sur la table. Ses doigts tremblaient et les fleurs qui ornaient encore son bras s’étaient davantage épanouies, comme si elles réagissaient à l’objet étrange qu’il venait de rapporter. Il souleva le couvercle, ses mains hésitantes mais résolues.

À l’intérieur, les graines violacées brillaient de façon surnaturelle, tout en émettant une lueur douce. Sur le côté, il y avait un petit parchemin plié en trois, qui semblait avoir été écrit à la main avec une encre verdâtre. Le papier craquelé semblait très ancien, comme s’il avait été conservé des siècles dans l’obscurité.

Luna se pencha pour lire. La lueur des graines illuminait son visage et ses yeux curieux se fixèrent immédiatement sur l’écriture.

"Ces graines sont la clé. Elles appellent leur protecteur, celui qui saura comprendre la force qu’elles recèlent. Mais attention, ce pouvoir est double. Celui qui les possède doit être prêt à accepter la dualité qu’elle apporte."

Neville fronça les sourcils. Il n’avait jamais vu un tel message. Ses doigts glissèrent sur le parchemin et une sensation étrange se fit sentir dans l’air, comme si le temps se suspendait quelques instants. La serre semblait s’être figée et un léger murmure, presque imperceptible, résonnait dans l’air.

Qu'est-ce que ça veut dire ? murmura Luna, sa voix brisée par une pointe de nervosité. Malédiction et bénédiction ?

Neville haussa les épaules, ses yeux fixés sur les graines. Il savait que les plantes avaient une certaine magie, mais jamais il n’avait ressenti une telle puissance. Chaque fibre de son être semblait en harmonie avec l’énergie émanant de la boîte.

Je ne sais pas, Luna. Mais j’ai l’impression…  

Il s’interrompit, un frisson parcourant son dos. 

— J’ai l’impression qu’elles me connaissent. Que cette histoire a toujours été là, quelque part, et que je suis lié à elle.

Luna observa attentivement Neville, le regard malgré tout rêveur. Elle posa une main sur son épaule.

Tu sais, Neville, tu n’es pas seul dans cette aventure. Si tu veux comprendre ce qui se passe, on le fera ensemble. Nous avons traversé bien des mystères, et tu sais que nous pouvons y arriver, même si ça semble plus grand que tout ce que nous avons connu.

Neville hocha lentement la tête, appréciant la solidarité de Luna. Mais une partie de lui n’arrivait pas à se détacher de cette étrange sensation de danger. Il n’était plus sûr si cette quête, ou plutôt cette révélation, pouvait être contrôlée. Ce pouvoir mystérieux pourrait l’engloutir tout autant qu’il pourrait l’élever.

Tu as raison, Luna.

Il ferma la boîte, la chaleur des graines qui émanait à travers les parois semblait animer les tiges qui s’enroulaient de plus en plus autour de son bras. Il se rendit compte que les fleurs orange, d’habitude si vives, commençaient à se faner. Un sentiment de perte s’empara de lui, comme si les plantes elles-mêmes cherchaient à se protéger d’une force qu’elles ne comprenaient pas non plus.

Tu sais quoi ?  

Luna s’approcha, observant les graines avec une fascination inquiète. 

— Nous devons nous rendre là où les graines ont été récoltées. C’est là que nous trouverons les réponses.

Neville releva les yeux, surpris par la proposition. Il avait entendu parler de lieux mystérieux dans le monde des plantes, mais aucune destination précise ne lui venait à l’esprit.
Luna, toujours imprévisible, avait pourtant raison. S’ils voulaient comprendre ce pouvoir, ils devaient trouver son origine.

Tu penses que ces graines viennent d’un endroit spécifique ?

Oui, je crois que nous devons retourner en Irlande, là où j’ai trouvé la plante qui t’a mordue. Peut-être que c’est là que tout a commencé…

Neville prit une grande inspiration en sentant la pression de cette décision monter en lui.
Il savait que la route serait périlleuse, mais il n’avait pas le choix. Si ses intuitions étaient justes, ce voyage pourrait bien changer le cours de sa vie.

Alors, préparons-nous à partir. Je n’ai aucune idée de ce qui nous attend, mais nous devons savoir ce qu’il y a derrière cette histoire.

Luna sourit, un sourire à la fois rassurant et déterminé. Elle attrapa sa baguette et l’agita avec une fluidité naturelle.

Allons-y, Neville. Le monde est vaste, et il y a tant à découvrir. Mais n'oublie pas, je suis avec toi.

Ils se mirent alors à préparer leur départ, tandis que la serre reprenait sa sérénité habituelle, comme si elle savait que l’aventure de Neville et Luna ne faisait que commencer. 

Les tiges sur son bras s’étaient de plus en plus enroulées, en formant une sorte de brasier vivant, vibrant et pulsant de magie. Il avait l’impression que chaque pas qu’il faisait le rapprochait d’une vérité qu’il n’était pas encore prêt à accepter, mais qu’il devrait affronter, de gré ou de force.

Leurs aventures les conduiraient sur des chemins qu’ils ne pouvaient encore imaginer, mais une chose était certaine : la magie des plantes, des graines et des secrets enfouis en eux était sur le point de dévoiler son véritable visage.

 


 

Neville et Luna passèrent le reste de la soirée à préparer leur départ. Tandis que Neville sélectionnait avec soin des potions et des outils de botanique dans sa serre, Luna feuilletait un carnet rempli d’annotations sur ses voyages.

L’endroit où j’ai trouvé cette plante… murmura-t-elle en parcourant ses notes.
C’était dans un petit bois en Irlande, non loin du village de Kilkenny. Les habitants m’avaient parlé d’une clairière où la végétation semblait… différente.

Neville, qui repliait quelques parchemins cartographiant la flore magique, leva les yeux vers elle.

Différente comment ?

Luna le regarda, pensive.

Ils disaient que certaines plantes là-bas ne suivaient aucune logique. Qu’elles grandissaient selon leurs propres règles, apparaissaient et disparaissaient sans explication. J’ai pensé à une concentration magique naturelle, comme dans certaines forêts anciennes.

Elle referma son carnet et le glissa dans sa sacoche en cuir.

Mais maintenant que je vois ce qui se passe avec toi…  

Elle fixa le bras de Neville, où une nouvelle tige grimpait lentement autour de son poignet. 

— Je me dis que ce n’était peut-être pas juste une concentration de magie. Peut-être que quelque chose ou quelqu’un s’en occupe.

Neville déglutit. L’idée que ces plantes n’étaient pas simplement magiques, mais qu’elles répondaient à une volonté lui donnait des frissons.

Dans ce cas, il n’y a pas de temps à perdre.

Ils sortirent discrètement de l’herboristerie, en laissant derrière eux l’odeur apaisante des feuilles et du thé fumant. Le Chemin de Traverse était calme à cette heure tardive, les derniers sorciers se pressant dans les ruelles éclairées par des lanternes magiques.

Luna et Neville transplanèrent plusieurs fois avec précaution jusqu’en Irlande et apparurent dans une prairie brumeuse à la lisière du village. L’air était chargé d’humidité et un vent frais agitait les hautes herbes autour d’eux.

Bienvenue en Irlande , souffla Luna en souriant.

Ils avancèrent à travers les champs, en suivant un sentier étroit qui serpentait entre les collines. Peu à peu, la végétation se fit plus dense, plus sauvage. Les arbres autour d’eux étaient noueux, recouverts de mousse et tordus comme s’ils s’étaient battus contre le vent pendant des siècles.

C’est ici que tu as trouvé la plante ? demanda Neville en observant les lieux avec prudence.

Oui. Juste après cette clairière.

Elle écarta une branche basse et dévoila un espace baigné par une lueur étrange.
La clairière était recouverte de fleurs luminescentes, aux teintes oscillant entre le bleu et le violet. Au centre, un petit ruisseau ondulait entre les racines d’un chêne ancien, dont l’écorce semblait presque scintiller sous la lune.

Neville sentit une pulsation émaner du sol, comme un battement de cœur. Son bras s’échauffa légèrement et, sous ses yeux, les fleurs qui poussaient sur sa peau changèrent de couleur, adoptant la même teinte violacée que celles de la clairière.

Luna… murmura-t-il. Quelque chose se passe.

Avant qu’elle ne puisse répondre, un bruissement retentit parmi les feuillages. Un souffle, un murmure porteur de mots à peine audibles. Luna et Neville échangèrent un regard.
Puis, une silhouette apparut dans l’ombre des arbres.

Une nymphe.

Sa peau était d’un vert pâle, ses cheveux couleur écorce tressés de feuilles et de fleurs aux couleurs pastels. Une branche de laurier ceignait son front comme un diadème elfique.
Ses yeux brillaient comme deux perles de lumière. Elle avançait vers eux, pieds nus sur la mousse humide.

Enfin… souffla-t-elle. Le Gardien revient chez lui.

Neville sentit son souffle se bloquer.

Le Gardien… ?

Les lèvres de l’inconnue se courbèrent vers le haut.

— Il est temps que tu comprennes qui tu es vraiment, Neville Londubat.

Neville fixait la femme, son cœur battait à un rythme frénétique. Autour de lui, la clairière semblait vibrer, comme si la nature elle-même retenait son souffle.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il d’une voix plus assurée qu’il ne le ressentait.

La femme inclina légèrement la tête, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres.

— Je suis Daphné, sentinelle de cette forêt depuis des siècles. Et toi, Neville, tu es son héritier.

Neville sentit son estomac se nouer.

— Son héritier ? répéta-t-il. Je ne comprends pas…

La nymphe leva la main, et aussitôt, les fleurs qui poussaient sur le bras de Neville frémirent. Elles semblèrent répondre à son appel, comme des enfants attirés par leur mère.

— Depuis des générations, un lignage rare porte en lui la magie de la terre. Pas seulement des botanistes, mais des protecteurs des plantes, capables de les comprendre… et de fusionner avec elles. Cette clairière était autrefois entretenue par un homme qui te ressemblait beaucoup, Neville. Un de tes ancêtres.

Luna ouvrit de grands yeux bleus.

— Tu veux dire… que la famille de Neville est liée à cette forêt ?

— Il y a longtemps, l’un des tiens a juré de protéger cet endroit et tout ce qui y pousse.
Mais avec le temps, la promesse a été oubliée… jusqu’à aujourd’hui.

Neville baissa les yeux vers son bras, où une nouvelle fleur s’épanouissait.

— C’est pour ça que des plantes ont commencé à pousser sur moi après l’accident du Geranium Dentu ? murmura-t-il.

Oui, confirma Daphné. Elles te reconnaissent comme leur Gardien. Mais leur croissance incontrôlée signifie qu’elles sont en déséquilibre. Quelque chose perturbe l’harmonie de la forêt.

Neville inspira profondément.

— Que devons-nous faire ?

La gardienne tendit une main vers la source scintillante au centre de la clairière.

— La source de la magie est en train de s’épuiser. Une force extérieure l’a corrompue… et elle doit être purifiée avant qu’il ne soit trop tard.

Neville échangea un regard avec Luna. Elle hocha la tête, son expression déterminée.

— D’accord. On va vous aider.

Sous la lumière argentée de la lune, Daphné guida Neville et Luna jusqu’au ruisseau magique. L’eau miroitait d’une teinte étrange, un mélange d’or et de pourpre.

— Il faut que tu établisses un lien avec elle, expliqua la gardienne.

Neville posa les mains au-dessus de l’eau. Aussitôt, les plantes sur son bras s’étendirent et plongèrent leurs racines dans le courant. Il sentit une chaleur envahir son corps, une vibration profonde.

Des images lui traversèrent l’esprit : une forêt verdoyante autrefois florissante, puis une ombre noire qui s’étendait parmi les arbres, corrompait les plantes et asséchait la magie de la terre. Une voix sifflante résonna dans son esprit.

— Quitte cet endroit… ou sois consumé.

Neville serra les dents, ses sourcils se froncèrent sous l’effort déployé.

— Jamais.

Il canalisa toute son énergie, en appelant la magie enfouie en lui. Les fleurs sur son bras pulsèrent, pour s’illuminer d’une lumière éclatante. L’eau de la source répondit en vibrant à son tour, leurs pouvoirs conjugués repoussaient peu à peu l’obscurité.

Luna, voyant son ami vaciller sous l’effort, attrapa sa main et murmura une incantation ancienne en vieux gaëlique, apprise lors d’un passage à Dublin. Un éclat argenté les entoura et une onde de magie pure se répandit dans la clairière. La noirceur recula, hurla en un dernier râle avant de disparaître. Le silence tomba sur eux. C’était terminé.

L’eau de la source retrouva sa clarté cristalline et les fleurs autour d’eux s’épanouirent à nouveau. Neville sentit un apaisement parcourir son bras alors que les plantes s’adoucissaient, pour reprendre un rythme de croissance plus naturel.

La nymphe sourit.

— Tu as réussi, Gardien.

Neville laissa échapper un souffle tremblant.

— Je crois que oui…

 


 

Le lendemain matin, alors que le soleil se levait sur la forêt, Neville et Luna prenaient le chemin du retour.

— Tu vas faire quoi maintenant ? demanda Luna en l’observant.

Neville regarda son bras, où une seule fleur restait désormais, paisible et lumineuse.

— Je vais continuer à protéger les plantes… mais avec une nouvelle perspective.

Il sourit à Luna.

— Et peut-être que je reviendrai ici, de temps en temps. Après tout, un Gardien doit veiller sur son héritage.

Luna lui rendit son sourire.

— Je t’accompagnerai.

Main dans la main, ils disparurent dans la lumière du matin, en laissant derrière eux une forêt en paix… et un avenir rempli de nouvelles découvertes.

 

FIN.