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En quête de sens

Summary:

Harry ouvre une boîte en carton qui contient les souvenirs et moments heureux de Sirius. Lui et Draco partent alors en quête de souvenirs et de réponses à des questions qu'ils se posent. Ont-ils le droit d'être heureux après toutes les horreurs qu'ils ont vécues ?

Notes:

Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) WTF organisé par le serveur Discord Potterfictions.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

Voici les images que j'avais piochées :
https://drive.google.com/file/d/18qvx8pd5MjW23mOV2Tbmyteyj1X8_4Jx/view?usp=sharing
https://drive.google.com/file/d/18UALWJp45K_lvp_sdQZg5n23sqJe0-Wu/view?usp=sharing
https://drive.google.com/file/d/15nRulFf65BDC87ecHG0Nl26F7NqGaqIR/view?usp=sharing

Work Text:

Draco Malefoy lissa la page de journal qu’il lisait. En haut de la page, des lettres criardes titraient : “Harry Potter n’est plus le Garçon-qui-a-survécu, mais le Garçon-qui-ne-sait-pas-choisir ?”. Un sourire amusé fleurit sur ses lèvres cuisse de nymphe. Il se dit que cela faisait un moment qu’il n’était pas allé embêter son ancien rival. En tentant de faire amende honorable auprès de ses pairs, l’héritier du nom honni avait réussi à abolir le climat d’hostilité qui régnait auparavant entre Harry et lui. Ils en étaient venus au point d’être parfaitement cordiaux et Draco aimait à fantasmer qu’ils n’étaient pas loin d’être amis. Peut-être son seul ami. Tous ses camarades de Serpentard étaient morts pendant la Guerre, ou exilés. Peu d'entre eux étaient restés en Angleterre, et peu osaient se montrer en public.

S’il était honnête avec lui-même, il espérait depuis longtemps autre chose que de l’amitié avec cette tête de mule. Même s’il était incroyablement agaçant, peu distingué, parfois révoltant et même brutal, il fallait excuser son éducation car il était aussi charmant, courageux, puissant… et Morgane, ce corps !
C’est avec ce type de pensées puritaines qu’il décida de rendre visite à Harry. La maison des Black n’était plus sous Fidelitas depuis leur retour de Poudlard. Par mesure de sécurité, Harry avait disposé bon nombre de sortilèges pour empêcher l’accès à la vieille bâtisse à quiconque n’y était pas autorisé. En dépit de cela, plusieurs de ses admirateurs, bien souvent des admiratrices, se risquaient fréquemment à s’y glisser. Draco les considérait comme des groupies. Il aimait aussi se bercer allégrement dans l’idée qu’il faisait partie du cercle restreint de personnes autorisées à pénétrer dans cette maison sans être expulsé à coups de Sortilèges Cuisants.

Harry époussetait le haut de l’armoire du cellier quand Kreattur apparut à côté de lui dans un "pop" bruyant. Harry sursauta et faillit tomber de son échelle.

— Merlin, Kreattur ! Je t’ai déjà dit d’entrer par la porte quand je suis sur une échelle ! pesta Harry.

Il prit une grande inspiration pour se remettre de sa frayeur. Il posa le pied sur le barreau inférieur. Il avait entrepris le projet titanesque de nettoyer et rénover entièrement la maison des Black. Il voulait que cette sinistre demeure puisse être son chez lui, son foyer. Il avait peu d’espoir de s’y sentir à l’aise un jour, mais il voulait essayer. Cela ne faisait qu’une petite semaine que l’idée l’avait effleuré, mais il avait déjà démissionné de son travail et acheté tous les outils nécessaires pour récurer cette sombre bicoque. Quand il toucha terre, Kreattur lui offrit un de ses regards réprobateurs.

— Si Maître Potter voulait bien laisser Kreattur faire le ménage, il n’aurait pas peur quand Kreattur entre ! sermonna le vieil elfe bougon.

Harry fut surpris de le trouver si agréable, pour une fois. Enfin, toutes proportions gardées.

— Qu’y a-t-il Kreattur ?

— Maître Malefoy vous attend devant la maison.

Harry décréta qu’il avait fini de nettoyer cette armoire. Il fit disparaître tout son attirail ménager d’un coup de baguette.
Quand il ouvrit la porte, un sourire amusé et moqueur fleurit sur ses lèvres. Toujours vêtu de ses traditionnels vêtements stricts, Malefoy tenait sous le bras le journal et un bouquet de fleurs blanc de saturne. Harry ne demanda même pas d’explications et le laissa entrer. Il le conduisit jusqu’à la cuisine récemment nettoyée et lui fit signe de s’asseoir alors qu’il faisait bouillir de l’eau.

— Alors, que puis-je faire pour toi ? demanda Harry en faisant léviter trois tasses du placard. Kreattur est grognon s’il n’a pas sa tasse de thé quotidienne, expliqua-t-il avec un clin d'œil complice.

— Il paraît que tu changes de nom ? questionna le blond en ouvrant le journal qu’il tenait à la deuxième page.

Harry haussa les épaules.

— Je ne peux qu’y voir une bonne nouvelle : je ne fais plus la première page.

Cela eut le mérite de faire sourire le blond. Harry s’enfonça dans ce sentiment chaud avec félicité. Leur relation était étrange. Draco Malefoy était le garçon qui avait créé les badges “Potter Pue”, le garçon à qui il avait rendu chaque coup au décuple dès que possible ; le gamin qu’il avait vu pleurer, terrifié, en haut de la tour d’astronomie. Ou pleurer de chagrin, anéanti, juché sur un balai avec un Feudeymon qui leur léchait les pieds. C’est aussi le jeune homme qui avait serré sa mère dans ses bras devant la salle de leur procès quand il avait appris qu’ils ne subiraient pas la peine de mort. Tout cela faisait qu’il ne pouvait plus le détester. Au mieux, il pouvait lui lancer une pique de temps en temps et au pire, le considérer comme un ami, par moments…

Ils discutèrent longuement. Draco fit semblant de ne pas sauter sur la moindre miette de l'intimité d’Harry avec la voracité d’un affamé. Harry, quant à lui, tenta d’ignorer ce sentiment confortable que la présence de Draco lui procurait. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas fait confiance à quelqu’un. Et à eux deux, ils réussirent à faire semblant d’ignorer les remarques acides de Kreattur. Harry se décida enfin à entraîner Draco à l’étage. Draco laissa son bouquet sur la table et grimaça quand Kreattur s’en empara avidement.

— Je n’ai pas osé ouvrir cette pièce depuis que j’ai commencé, expliqua Harry en montant les marches. En fait, je pense que ce sera plus facile avec quelqu’un, avoua-t-il en s’arrêtant devant l’une des portes de l’étage.

Sa banalité aurait pu détourner l’attention de quelqu'un de moins attentif, mais Draco était quelqu’un de minutieux. Des lettres gravées dans une plaque de métal simpliste indiquaient qu’ils se tenaient devant la chambre de Sirius Black.

— Je suis ravi d’aider, répliqua Draco.

Il n’avait pas fait partie de l’environnement proche de Harry quand celui-ci avait fait son deuil – Merlin qu’il aurait aimé l’être, pourtant ! Il fallait être le dernier des idiots pour ne pas savoir à quel point la disparition de son parrain l’avait touché. Draco décida qu’il ne servait à rien de faire des ronds de jambe autour de cette poignée poussiéreuse et entra dans la pièce.
Harry mit quelques secondes à le rejoindre. Draco avait pris le temps d’ouvrir en grand la fenêtre afin d'aérer la pièce. Il en profita pour jeter quelques sorts pour retirer les toiles d’araignées recouvertes de poussière. La pièce, inondée de lumière pour la première fois depuis plusieurs années, peignait le tableau d’une jeunesse déjantée. Chaque mur était presque entièrement couvert d’affiches de femmes attirantes juchées sur des motos. Si Draco était plus intéressé par les motos, il doutait que Sirius ait eu un réel intérêt pour la mécanique au vu des tenues des pin-up – ou de leur absence. Il laissa son regard courir jusqu’à un meuble jonché de parchemins griffonnés à la va-vite par des plumes en fin de vie. Devant ce bureau une fresque de notes et de dessins était étalée sur le mur comme de la crème de brocoli sur un bavoir d’enfant. Harry survolait chacun de ces objets avec un air révérencieux et amusé qui attendrit Draco. Si Harry pouvait apprécier ce putain de capharnaüm, Draco ferait un effort.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il en poussant du pied une caisse remplie de bouts de ferraille.

Ce qu’il pensait être des rebus s’avéra une très bonne découverte quand Harry s’agenouilla devant avec un air d’imbécile heureux. Draco décida de tirer la chaise du bureau pour regarder d’un air niais un homme adulte trier des bouts de métal rouillé. En l’espace de quelques minutes, Harry avait les doigts recouverts d’une substance poisseuse. Il commença à parler tout en triant minutieusement ce qui semblait être des morceaux d’un engin complexe.

— Tu sais, Sirius se donnait tous les airs d’un dragueur, mais tout ce qui l’intéressait, c’étaient les motos. Et énerver sa mère, aussi, ajouta-t-il avec un petit sourire triste. Une fois, il m’a parlé pendant des heures de son projet de construire une moto volante. Je n’ai presque rien compris de ce qu’il m’a dit. Mais ça le rendait heureux, alors je l’ai laissé faire.

Harry passa d’un jeune homme momentanément pris dans un souvenir heureux à un homme qui avait trop perdu, trop jeune. Draco se trouva tout à fait sot devant le chagrin qui s’amassait en petites larmes dans ses yeux vert Véronèse. Alors il lâcha la première chose qui lui passa par la tête.

— Les fleurs sur la table en bas sont pour toi.

Il se sentit tout de suite un peu con. Vraiment, il n’avait rien trouvé de mieux ?

— Merci, c’est gentil, répondit Harry en détournant le regard, gêné.

Il s’essuya rapidement les yeux avant de reprendre sa fouille intensive dans le tas de déchets. Quand la caisse fut entièrement vide et le sol de la chambre constellé de taches d’huile de moteur, Harry souleva une boîte en carton. Il la montra à Draco qui lui offrit une moue désemparée. Harry haussa les épaules et posa la boîte sur le sol. Il y trouva un carnet jauni par le temps. Alors que Harry feuilletait le carnet, Draco ramassa une photographie moldue qui avait glissé des pages. Elle était une énigme à elle-même.

. . .
— Je n’arrive pas à croire que je t’ai suivi là-dedans, Potter ! soupira Draco en frottant son pantalon pour en faire tomber la poussière.

— Oh, on revient à Potter ? Tu m’en veux, Malefoy ? répliqua Harry en lui offrant un large sourire charmeur.

Draco décida que c’était un sourire stupide et qu’il n’avait pas envie d’embrasser cette putain de bouche. Il exhala un autre soupir agacé.

— Présentement tu ne peux pas être autre chose que Potter, cracha Draco, venimeux. Tu m’as convaincu par je ne sais quel moyen de te rejoindre à King’s Cross, pour prendre un portoloin pour ce trou perdu, qui nous a lâchés dans une flaque de boue ! Nous sommes à 20 lieues du premier village de péquenauds arriérés, qui pourraient nous brûler vifs si tu oses ne serait-ce que sortir ta baguette !

À ces mots, Draco s’attendait à ce que Harry s’excuse ou se confronte à sa colère. En lieu et place de cela, il lui sourit encore plus et la malice donna une teinte sinople à ses beaux yeux.

— Pourquoi, tu veux sortir la tienne ?

Draco contempla l’idée de se mettre à pleurer. S’il s'écoutait, il rétorquerait à Harry ce qu’il pensait de sa blague vaseuse. Au lieu de cela, il releva bien haut son petit nez parfait et ils se mirent à marcher en direction du premier village.

— Qu’est-ce que c’était looong, 20 lieues. J’aurais presque l’impression que c’étaient 200 mètres ! lança Harry, sarcastique, quand ils aperçurent les premières maisons.

Draco grogna. Harry changea de sujet.

— En lisant le carnet qui était dans la chambre de Sirius, j’ai compris que mon père, Remus, Peter et lui sont venus ici quand ils étaient plus jeunes. Ils ont pris un portoloin par erreur et se sont retrouvés là.

Harry fouilla dans sa poche et en sortit le carré jauni qu’il lui tendit. Draco plissa les yeux et reconnut le village dans lequel ils étaient en train d’entrer. En comparant la photo à ce qu’il voyait, il constata que quinze ans auparavant, il y avait une cabine téléphonique devant la mairie. Était-ce possible qu’il y ait une entrée du Ministère à cet endroit ? Seulement, sur la photographie, la cabine exsudait une épaisse fumée au travers des carreaux brisés. Draco retourna l’image et y trouva une écriture brouillonne, entrecoupée par une plume soignée.

“James pensait que c’était une bonne idée de jeter un sort de haut-parleur sur la cabine. Le téléphone a explosé et on ne peut plus appeler chez nous. C’est un espèce de -” Les mots suivants étaient recouverts de ratures et de taches d’encre. La phrase continuait sous une autre calligraphie : “James est une personne dotée de peu de réflexion. Ou d’instinct de survie.” Cela eut le mérite de faire sourire Draco. Il rendit la photographie à son propriétaire et fit semblant de ne pas avoir été attendri par ce morceau de bonheur juvénile.

Ils marchèrent quelques minutes sans parler et Draco profita de l’instant. Au centre du village, il y avait une place pavée qui arborait fièrement une fontaine à têtes de lions. Le clapotis doux de l’eau était le seul son qui comblait le silence de l’endroit.

— Alors, que fait-on maintenant ? questionna Draco en se penchant à la fontaine pour boire.

Sans y penser, il releva ses manches. Quand il se releva il remarqua que Harry fixait son tatouage. Il esquissa un mouvement pour cacher la Marque des Ténèbres, mais Harry l’en empêcha. Draco sentit quelque chose de nouveau et inédit monter en lui : de l’espoir. L’espoir d’être quelqu’un de normal, pour une fois.

— C’était il y a longtemps.

Draco aurait aimé se gorger de ce sentiment de soulagement à l’idée d’être absous de ses fautes. Au lieu de ça, il régurgita avec toute l’honnêteté dont il pouvait se garnir ses véritables sentiments à ce sujet.

— J’ai fait des choses qui te feraient frémir.

Harry secoua la tête et tira sur le bras de Draco pour exposer la marque. Il remonta la manche pour mieux la voir et fit courir ses doigts le long du serpent. Draco se retint du mieux qu’il put de frémir. Fut un temps, le simple fait de l’effleurer le faisait souffrir.

— Le soir où Dumbledore est mort, tu lui as dit la même chose.

Draco reprit son bras comme s’il avait été brûlé, ce qui brisa la tension presque religieuse qui s’était installée entre eux. Il déroula sa manche d’une main tremblante pour couvrir le tatouage. Il se concentra sur sa respiration quelques secondes pour ignorer le maelström de ses émotions. L’espoir se mélangeait à la peur d’être déçu. L’affection qu’il éprouvait pour Harry se disputait avec une certaine méfiance vis-à-vis de ses propres émotions.
Harry se passa la main dans les cheveux en soupirant. Il regarda autour de lui : la fontaine, les pavés, partout… sauf vers Draco. Il semblait embêté.

— Je voulais pas te blesser. Juste te faire comprendre que les gens évoluent. Le temps nous fait grandir. T’étais un sale petit con en première année à Poudlard, t’étais un putain de lèche botte en troisième année. En sixième année, t’étais… déjà en train de changer. Et aujourd’hui je suis persuadé que tu es quelqu’un de meilleur.

Draco avait envie de sourire et de prendre Harry dans ses bras. Au lieu de ça, il offrit un maigre sourire à l’autre sorcier.

— Un jour ton syndrome du héros te perdra.

Harry éclata de rire. Ils ne retournèrent pas sur le sujet. Ils marchèrent quelques minutes dans un silence quelque peu inconfortable, jusqu’à ce que Harry indique d’une main hésitante une bicoque perchée à flanc de rocher, un peu plus loin. Il fouilla dans ses poches de façon frénétique pour en sortir une image un peu froissée.

— Ils sont passés par là. Il paraît que c’est un cabinet de curiosités.

Cette image ne bougeait pas non plus. Un dédale de carreaux difformes dessinait une illusion de pleins et de ronds au sol. Les murs, verts, étaient couverts de carreaux formant des dessins de façon aléatoire. Au mur s’alignaient des cadres dorés. Il n’y avait pas de tableaux à l’intérieur mais de simples miroirs qui reflétaient à l’infini les murs étranges de la bâtisse. Plus loin, un rayon de soleil illuminait un arbre maigrichon.

Draco se laissa entraîner vers la maisonnette. Il se laissa faire, car Harry semblait trop heureux de pouvoir le traîner à droite et à gauche sur cet itinéraire inconnu. Arrivés devant la bâtisse, rien n’était comme sur la photographie. L’image montrait peut-être une maison joliment décorée pour amuser les touristes, mais la réalité était tout autre. La porte ornementée de ferronneries était gonflée par l’humidité et tenait péniblement sur ses gonds. Harry n’eut qu’à la pousser pour que le chambranle cède, rongé par la pourriture et le temps. Le couloir qui menait autrefois à une cour doucement ombragée était jonché de feuilles mortes. L’arbre, jadis maigrichon, avait pris ses aises et ses racines avaient soulevé les dalles du carrelage.

— La Guerre est aussi passée par là.

Harry semblait tellement dépité que Draco se sentit obligé de le réconforter.

— Peut-être que ce n’est pas la Guerre qui a fait ça. Plein de choses peuvent détruire une maison.

Lui-même sentait sa voix faiblir alors qu’il déroulait sa phrase. Son hésitation ne passa pas inaperçue. Harry laissa échapper un rire amer. Ils quittèrent rapidement la baraque. Draco se laissa entraîner au hasard des rues du petit village. Rapidement, Harry retrouva sa vivacité et recommença à l'emmener à gauche et à droite. Il prenait tellement de plaisir à aller dans cette petite ruelle sombre, par exemple, comme s’il avait vraiment un objectif. Draco finit par se détendre. Une tension dont il n’avait pas eu conscience quittait peu à peu ses muscles. Des années de peur, du jugement des autres, d’une condamnation sociale, s’envolaient dans ce petit village où il était un inconnu, un anonyme. Il pouvait décider d’être lui-même et personne ne lui en voudrait d’être heureux. Pas même Harry, qui semblait l’accepter tel qu’il était, avec ses blessures, ses cicatrices et plus encore son tatouage.

La nuit commença à tomber et ils se dirigèrent vers le restaurant, auberge et épicerie du village. Les Moldus étaient accueillants, d’autant plus qu’ils étaient les seuls clients. En quelques minutes, Harry et Draco étaient devenus une attraction. La curiosité de la propriétaire de l’auberge eut raison d’elle puisqu’elle leur demanda la raison de leur venue après une demi-heure de compliments sur la cuisine de son mari.

— Nous avons entendu parler de la maison de curiosité que vous avez, commença Draco.

Harry lui envoya un coup de coude dans les côtes, mais il s’obstina à continuer :

— On se demandait ce qui a bien pu délabrer la maison ainsi ! On nous avait dit qu’elle était charmante.

Harry le fusillait du regard, cependant Draco s’amusait follement à l’agacer, comme au bon vieux temps.

— Oh ! Quelque chose de terrible, mon petit, répondit la jeune femme, comme s’ils avaient plus que quelques années d’écart. Le propriétaire est mort, malheureusement ses petits-enfants n’ont jamais voulu reprendre la maison ! Ils l’ont laissée à l’abandon…

Alors qu’elle continuait à déplorer le fait d’abandonner un si bel endroit, Draco se tourna vers Harry, un sourire suffisant aux lèvres.

— Tu es encore plus insupportable quand tu as raison, tu le sais, ça !? grogna Harry avant de gober une grande fourchette de petit pois.

Un sourire flottait sur ses lèvres, pourtant. Draco sentait une certaine complicité s’installer entre eux. Oh, comme il avait été loin de la vérité en le considérant comme un ami ! Il n’était venu le voir avec ses fleurs et son journal que quelques jours plus tôt, mais il se sentait déjà beaucoup plus proche de Harry. Ce n’était pas Potter, ni le Garçon-qui-a-Survécu. Juste Harry. Et il était peut-être en train de tomber amoureux de juste Harry. Son cœur se serra à cette idée. Il pouvait avoir l’espoir fou d’être considéré comme un être humain. Mais de là à se leurrer avec des idées impossibles, comme avoir des sentiments pour lui, il y avait un fossé immense. Autant crier “Gloire au Lord” au milieu du Chemin de Traverse et espérer ne pas atterrir à Azkaban !

Harry éclata de rire à une de ses propres blagues un peu nulles et Draco rit avec lui. Parce qu’il était un bon ami. Un ami qui ne se perdait pas dans des rêves illusoires.

Même s’ils souhaitaient tous les deux que la soirée ne se finisse jamais, la tenancière finit par les houspiller jusqu’à leur chambre. Deux lits simples les attendaient, propres, confortables. Après avoir loué une dernière fois le repas, ils se mirent au lit.

Draco priait pour qu’ils ne se retrouvent pas avec un silence gênant au bout de quelques minutes.
Harry était allongé, Draco aussi, tous les deux dans le noir. Le silence les enveloppait comme une bulle. Harry la perça, Merlin merci. Il ne voulait pas s’endormir sans parler un peu avec Draco. Il ne savait pas bien pourquoi il en ressentait le besoin. Quelque part en lui, il savait qu’il ne voulait pas que la nuit s’arrête là.

— Est-ce que tu fais encore des cauchemars ?

La question lui fit peur. Lui-même n’aurait pas envie d’y répondre. Pourtant, dans la pénombre, Draco trouva le courage de le faire.

— Oui. Souvent.

Sa voix se rompit sur un bruit étrange que Harry identifia comme un sanglot. Mais Draco ne se découragea pas.

— Parfois, ils n’ont aucun sens. Parfois, ce sont des sortes de souvenirs. Et des fois, ils me montrent ce que j’aurais pu devenir. Comment j’aurais pu tuer Dumbledore.

L’aveu de Draco flotta entre eux pendant quelques secondes. Harry aurait voulu le remercier pour son courage ou sa confiance. Au lieu de cela, il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

 

— Tu crois que ça va s’arrêter un jour ? demanda Harry, timide et vulnérable.

Draco ne lui répondit pas. Les draps bougèrent avec lui. Harry devina qu’il se tournait vers lui. Quelque chose dans cette conversation lui donnait envie de se rouler en boule et de pleurer. Mais aussi de rire aux éclats. Il avait l’impression d’avouer un secret honteux. En parler lui faisait du bien.

— Je pense que ça ne s’arrête jamais. Je pense juste qu’on s’y habitue, avec le temps… Je n’en ai pas envie. Même si les cauchemars sont horribles, ce n’est pas comme si j’étais mort. Tous ceux qui sont morts, tous ceux qui ont perdu un proche. Ce n’est pas juste que je puisse juste m’habituer aux cauchemars, avoua Harry dans un souffle.

Puis il retint son souffle. Tout à l’heure, Draco lui avait fait confiance pour ne pas le rejeter. Il pouvait bien lui faire confiance pour ne pas le juger, non ?

— Ce n’est pas grave si tu t’y fais. Tu devrais être heureux et t’y habituer le plus vite possible, tu peux l’être autant de fois qu’ils ne l’ont pas été, dit Draco.

Harry sentit les larmes lui monter aux yeux. Quelque chose en lui se dénoua et, pour une fois, il se sentit reconnu pour n’être qu’un enfant qui avait subi tout ça, comme les autres.

— Pleurer devant un Serpentard, vraiment ? Où est passée ta fierté Gryffondor, Potter !? s’exclama Draco en l’entendant renifler.
Harry rit. Draco serait toujours “Malefoy” d’une manière ou d’une autre et c’était cela qui rendait leurs interactions si faciles.

— Oh va te faire foutre ! répondit-il en riant.

En cet instant il était heureux, même s’il n’aurait su dire pourquoi. Peut-être parce que Draco le soutenait, aussi maladroit soit-il. Le silence reprit son droit sur la chambre à la lumière tamisée. Draco hésitait à parler, de peur de rompre ce qui était en train de s’installer entre eux, quoi que ce fut. Harry n’osait prononcer un mot de peur que sa voix ne se brise, en sanglot ou en rire. Finalement, Draco se décida.

— Pourquoi est-ce que tu tenais absolument à venir ici ?

Harry réfléchit à la question. Il songea au sentiment de liberté que cela lui procurait de se promener dans l’inconnu et d’être maître de ses mouvements sans avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

— Je voulais choisir ce que j’allais faire, pour une fois. Quand j’étais gamin, je recevais plein d’ordres des gens chez qui je vivais. Puis je suis allé à Poudlard. J’ai commencé à briser des règles, pour voir ce que ça faisait. Au début c’était génial, j’avais l’impression d’être libre ! Et puis Dumbledore a commencé à s’en mêler. J’ai continué à franchir les limites à Poudlard, mais j’étais soumis à la prophétie. Aux attentes des autres. Ça n’a rien changé pour moi, au final. Mais ce qu’on fait là, ça n’a aucun but. Je peux juste être moi, profiter et n’obéir à personne. Je crois que c’est ce dont j’avais besoin.

— C’est assez… marrant que tu dises ça. Depuis qu’on est arrivé, tu n’as pas arrêté de m’entraîner partout… Et je t’ai laissé faire parce que c’était plus facile. Tellement plus simple que d’avoir la pression sur mes épaules pour faire le bon choix. Je t’ai laissé choisir et je crois aussi que c’est ce dont j’avais besoin.
Draco décida de laisser une chance à ses espoirs les plus fous.

— Crois-tu qu’on puisse être amis ?

— Pourquoi pas ? répondit Harry, avec toute la bienveillance du monde.

Draco décida que c’était le bon moment pour faire de l’humour.

— Il y en a qui se sont mariés pour moins que ça, tu sais.

Il entendit Harry se rapprocher de lui dans le noir, juste un peu.

— Ha ouais ?

Son ton était amusé.

— Oh, oui. D’abord, amis, puis sex friends, puis en couple, mariés et avant que tu aies le temps de dire “ouf”, la maison, le scroup et les trois enfants !

Harry éclata de rire. Draco se sentit incroyablement fier, pour une obscure raison.

— Je ne pense pas que ça nous arrive jamais, reprit Harry sur un ton beaucoup plus sérieux.

Draco ignora son petit cœur serré dans sa poitrine. Qu’est-ce qu’il y pouvait si Harry était si charmant et brisait ses espoirs juste quand ils naissaient ? Il osa tout de même demander pourquoi. C’était ce qu’un ami normal demanderait, non ?

— Oh, je préfère les Niffleurs, répondit-il sur le même ton.

Tout l’air quitta les poumons de Draco. Il explosa de rire. Il ne trouvait même pas ça drôle. C’était même très nul. Il était juste soulagé. Un sentiment de sécurité monta en lui. C’est sur cette sérénité qu’il allait tout blâmer plus tard, quand il se demanderait pourquoi il avait dit quelque chose d’aussi stupide.

— Une fois, j’ai rêvé qu’on couchait ensemble.

Cette fois-ci, il ne rit pas. Draco sentit toutes ses angoisses remonter en lui.

— Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça…

Harry ne répondit pas tout de suite. Draco avait déjà envie de se taper la tête contre un mur. Quel imbécile, au 21e siècle, s’amusait à dire ça ? N’importe quel siècle, d’ailleurs ! Qui, sain d’esprit, disait ça à la personne pour qui il avait un immense béguin ? Personne, voilà qui ! Trop pris dans son auto flagellation, il n’entendit pas Harry se déplacer et il sursauta quand sa main atterrit sur son nez.

— Oh, je croyais que c’était ta main, heu, je… balbutia-t-il en posant finalement ses doigts sur l’épaule de Draco. On a tous été adolescents. On a tous rêvé de trucs comme ça à Poudlard, t’inquiète pas !

Draco n’osa pas lui dire qu’il ne rêvait pas à Poudlard. Il était trop terrifié pour rêver à l’âge où il aurait pu. C’était beaucoup plus récent que Poudlard. Bien
plus récent.

— Ouaip, dit-il en accentuant la dernière syllabe.

Harry ne répondit pas pendant plusieurs secondes. Il reprit sa main et il y eut un long silence. Très long.

— Pourquoi t’as fait ça ? demanda Harry, un rire dans la voix.

— Fais quoi ?

— T’as pas dit “oui”, précisa Harry. Ni “ouais”. T’as dit “ouaiP”. Pourquoi tu as accentué le “p” ?

Draco sentit la gêne monter en lui en même temps que la crainte

— Je ne sais pas quoi te dire…

— Oh non ! dit Harry.

Oh merde, pensa Draco.

— C’était pas à Poudlard !

— Ouaip… répondit Draco, la honte amère sur sa langue.

Mais qu’est-ce qui lui avait pris de dire ça, au juste ?

— Ne t’inquiète pas, je n’utiliserai pas ça pour te faire chanter.

— Il ne manquerait plus que ça ! répliqua Draco en toussant un rire dédaigneux.

— Et je comprends, to-ta-le-ment ! dit Harry en détachant bien les syllabes. Qui ne voudrait pas de ce corps ?

Sa phrase fut suivie d’un claquement sonore. Draco rit.

— Est-ce que tu viens de claquer tes fesses ? chuchota-t-il.

Harry ne répondit pas. Il était trop occupé à s’étouffer dans son rire. Il était fier de sa blague, et Draco était heureux d’être sur le lit à côté de lui pour écouter cet idiot ricaner. C’est alors que ça le frappa. C’était beaucoup plus douloureux que de se faire rouler dessus par le Magicobus. Il était amoureux de cet imbécile et il ne reviendrait jamais à la normale. Harry l’avait changé. Mais était-ce pour le mieux ?

— J’ai besoin de savoir, Draco, c’était quand ? dit-il quand il se calma enfin.

Trop perturbé par la sonorité de son prénom dans la bouche de Harry, il mit quelques secondes à se rappeler de quoi ils parlaient. Oui. Le rêve.

— Est-ce que tu veux vraiment le savoir ? Je pense que tu as surtout besoin de savoir ça : tous mes ancêtres viennent de me dire que je suis un déshonneur.

— J’aime déjà la belle-famille ! plaisanta Harry. C’est avec un rire dans la voix qu’il poursuivit : Parce que tu as rêvé d’un homme ? Parce que tu y as pris du plaisir ? Ou bien parce que tu me l’as dit ?

Draco décida de reprendre sur le ton de l’humour.

— Mais non enfin ! Tu es un Potter, on a du standing chez les Malefoy-Black.

Il réussit même à mettre une pointe de dédain amusé dans son ton.

— Si tu veux mon humble avis…

— Personne ne te le demande, corrigea Draco.

— Bah, ça sert à rien de les différencier. Y’a tellement de consanguinité chez les sorciers, que je suis presque sûr qu’il y a les mêmes gènes chez les Black et les Malefoy.

Draco tenta de tourner la phrase dans tous les sens, mais n’en trouva pas, de sens.

— Des fois tu dis des choses bien étranges, Potter…

— C’est pour ça que tu m’aimes !

Draco ne le détrompa pas. Cette fois-ci, le silence les enveloppa comme une couverture chaude. Harry, pour sa part, sentait bouillir en lui l’envie de prolonger cette conversation jusqu’au lever du jour. Il voulait entendre Draco rire à ses blagues, même s’il ne les trouvait pas drôles. Il voulait lui prendre la main, aussi. Pris d’une impulsion, il dit :

— Une fois, j’ai métamorphosé Ron en chat, en m’entraînant pour un devoir de MacGo. Hermione a utilisé son animagi, un chat aussi - ne pose pas de questions, dit-il quand Draco prit une inspiration pour le couper. Elle voulait le rassurer. Ron qui panique, c’est pas beau à voir, mais alors, dans le corps de quelqu’un d’autre… Enfin bon, il a quand même eu peur, parce que Colin Crivey a déboulé dans la salle commune en hurlant qu’il voulait me prendre en photo. Ron a essayé de sauter de la table pour fuir, Hermione a voulu empêcher qu’on voit ses fesses. On a imprimé 200 exemplaires et on a attendu trois mois pour les coller dans les dortoirs le premier avril.

Harry déversa ses mots à une vitesse ahurissante puis retourna dans le silence.

— Pourquoi tu me dis ça ? demanda-t-il sur le ton de la confidence.

— Je me suis dit que ce serait équitable si tu savais un truc gênant sur moi.

Harry et Draco ne se le dirent pas, mais ils étaient tous les deux ravis de discuter aussi tard dans la pénombre. Même si Draco ne se priva pas de faire savoir ses doléances le lendemain matin quand ils arrivèrent aux lacs du Connemara.

Draco ne fit aucune remarque quand Harry chantonna, dans un français très approximatif, quelque chose à propos de terres brûlées et de landes de pierre.
Ils étaient ici en raison du carnet. Cette fois-ci l’image n’était pas en noir et blanc. Un jeune en costume, un peu débraillé, était immergé jusqu’à la taille dans le lac. Autour de lui flottaient plusieurs tourneurs de disques et il portait des lunettes de soleil. En tournant la photographie, on pouvait y lire, de différentes écritures :
“James n’a pas bien compris l’intérêt des tournes-disques. Et je crois aussi qu’il a un coup de soleil.”. L’écriture était soignée mais raturée par endroits. Ce devait être Sirius. Peter ajoutait : “C’est beau, le Connemara, mais je veux rentrer chez moi. On est fichés par la police moldue parce que James n’a pas voulu payer pour les tourne-disques. On n’a pas mangé depuis hier.”. Remus complétait : “C’est un miracle si on ressort vivants de cette affaire.”.

— Je suis content de faire ça avec toi, dit Harry en tendant la photo à Draco.

Le blond la retourna et lut, pendant que Harry continuait à parler. Il semblait gesticuler mais Draco l’ignora, c’était souvent plus facile de l’ignorer.

— Je pense qu’on devrait créer nos propres souvenirs ici !

— Comme quoi ? demanda-t-il distraitement.

Alors, Harry se mit à courir en hurlant vers le lac. Draco regarda par terre, là où il y avait ses vêtements.

— Mais Harry, tu es nu ! cria-t-il.

— Je sais, et l’eau est froide ! cria Harry en retour. Mais c’est drôle, et je veux te voir à poils !

Draco garda un souvenir heureux de cet instant. Il garda aussi un souvenir satisfait, quand ils eurent tous les deux un rhume et qu’il dit “je te l’avais bien dit” à Harry. Il était surtout optimiste pour l’avenir.

Harry, lui, était heureux d’avoir choisi quelque chose pour lui-même, malgré le “qu’en dira-t-on”. Il s’était senti libre. Lui-même, entier, face à quelqu’un qu’il avait pensé haïr. Mais surtout il avait pu réaliser qu’il avait droit au bonheur et que celui-ci était facile à trouver, si on cherchait bien.