Chapter Text
Chapitre 1 : Le Poudlard Express et Nouveaux Départs
La locomotive écarlate du Poudlard Express crachait une épaisse fumée blanche qui se mêlait paresseusement à la brume matinale et à l'odeur âcre de charbon du quai neuf trois quarts. La clameur était assourdissante : un mélange de hululements indignés de chouettes pressées dans leurs cages, de miaulements plaintifs de chats, du crissement des roues des malles sur le sol en pierre et des éclats de voix des familles venues dire au revoir. Des parents ajustaient une dernière fois les uniformes de leurs enfants, d'autres donnaient des conseils de dernière minute, et quelques larmes discrètes perlaient au coin des yeux. Malgré cette cohue familière, une atmosphère légèrement différente de celle des années précédentes semblait flotter dans l'air, une sorte de tension palpable sous l'excitation de la rentrée. C'était le premier septembre 1976, et même les esprits les plus insouciants ne pouvaient ignorer tout à fait les titres de plus en plus sombres qui s'étalaient à la une de La Gazette du Sorcier cet été-là.
Leïla Ashworth, un carnet à dessin usé serré contre sa poitrine par-dessus une pile de manuels scolaires pour sa sixième année, cherchait des yeux la tignasse blonde de son amie Sophie Cartwright au milieu du flot d'uniformes. Elle inspira profondément, l'odeur de la vapeur et quelque chose d'indéfinissablement magique lui emplissant les narines – l'odeur de Poudlard, d'une certaine manière. Elle repéra finalement Sophie près d'une porte de wagon, en pleine discussion animée avec ses parents, Mr et Mrs Cartwright, qui lui tendaient un petit sac de voyage. Leïla se fraya un chemin à travers un groupe de premières années aux yeux ronds, visiblement terrifiés à l'idée de rater le train ou, pire encore, de se tromper de quai.
— Sophie ! lança Leïla, un léger sourire aux lèvres en s'approchant.
Sophie se retourna, ses yeux bleus s'illuminant. Mr Cartwright, un homme à la moustache poivre et sel et au regard bienveillant, lui adressa un clin d'œil amical.
— Leïla ! Enfin ! J'ai cru que tu avais décidé de passer ta sixième année à correspondre avec les gnomes de ton jardin !
— Très drôle, rétorqua Leïla en saluant les parents de Sophie.
— Bonjour Mr Cartwright, Mrs Cartwright. Vous avez passé un bon été ?
— Merveilleux, ma chère Leïla, merci, répondit Mrs Cartwright, une femme aux joues roses et à l'air maternel.
— Et toi ? Tes parents vont bien ? Eleonora ne s'inquiète pas trop avec… eh bien, avec tout ce qui se dit ? Elle baissa légèrement la voix sur la fin de sa phrase, jetant un regard circulaire discret.
Leïla sentit une pointe de la tension estivale lui serrer la poitrine.
— Ils vont bien, merci. Maman s'inquiète toujours un peu, vous savez ce que c'est. Mais nous avons passé un été tranquille à la maison. Beaucoup de lecture… et quelques tentatives de mon père pour m'apprendre les échecs moldus. Sans grand succès, j'en ai peur.
Après les politesses d'usage et les recommandations habituelles de Mrs Cartwright concernant la modération en matière de Chocogrenouilles ("Surtout avec les cartes des sorciers célèbres à collectionner, on se laisse vite entraîner !"), les deux jeunes filles hissèrent leurs malles à bord du train avec l'aide de Mr Cartwright. Elles cherchèrent un compartiment, jetant des coups d'œil rapides à l'intérieur de ceux déjà partiellement occupés. L'un d'eux contenait un groupe de Serpentards à l'air maussade, un autre quelques Poufsouffles qui riaient bruyamment. Elles trouvèrent finalement une place vide vers le milieu du wagon, juste au moment où le contrôleur annonçait le départ imminent.
À peine leurs malles rangées dans le filet à bagages (avec l'aide d'un sortilège de Leïla, qui avait perfectionné son Allégement pendant l'été, au grand dam de quelques vases chez elle), Sophie s'affala sur la banquette avec un soupir de soulagement.
— Ouf ! Juste à temps. Chaque année, j'ai l'impression que ce quai rétrécit ou que le nombre d'élèves double. Alors, cet été, à part les échecs moldus et les lettres angoissées de ta mère ? Tu as réussi à te faufiler hors de cette réunion de famille chez les… Selwyn ? demanda-t-elle avec une grimace discrète, connaissant la relation tendue de Leïla avec cette branche particulièrement collet monté et traditionaliste de sa lignée maternelle.
Leïla soupira en s'asseyant et en sortant son carnet et un crayon bien taillé. Un léger froncement de sourcils plissa son front.
— Disons que j'ai survécu. J'ai une nouvelle collection de regards condescendants et de commentaires à peine voilés sur "l'importance de la pureté du sang" à ajouter à mon répertoire de croquis.
Elle ouvrit son carnet à une page presque vide et commença à tracer distraitement les contours d'un Fléreur particulièrement revêche qu'elle avait aperçu sur le quai, lui donnant progressivement les traits pincés de sa grand-tante Druella.
— Maman était tendue comme une corde de harpe, évidemment. Elle m'a encore écrit la semaine dernière, une longue lettre pleine de conseils pour "rester discrète et ne pas attirer l'attention inutilement" cette année. Comme si c'était mon genre de chercher les ennuis.
Elle marqua une pause, son crayon s'immobilisant. Ce n'était pas tant la recherche d'ennuis qui la préoccupait, mais plutôt cette désagréable sensation, ravivée par ces confrontations familiales, de ne jamais être tout à fait à la hauteur, ni pour le monde sorcier de sa mère, avec ses attentes rigides et ses préjugés, ni tout à fait intégrée au monde moldu de son père, malgré l'amour inconditionnel que ses parents lui portaient et les efforts qu'ils faisaient tous deux. Elle se sentait parfois comme un livre dont la reliure appartenait à une bibliothèque et les pages à une autre.
Sophie la regarda avec une sympathie non feinte.
— Laisse tomber les Selwyn. Ils sont juste jaloux parce que tu as hérité de l'intelligence de ta mère et du bon sens de ton père, ce qui fait cruellement défaut à leur branche desséchée de l'arbre généalogique. Et puis, "rester discrète" ? Avec les ASPIC qui nous attendent dans 2 ans ? On va surtout devoir bosser comme des folles ! Tu as finalisé tes choix de matières, au fait ? J'hésite encore entre l'Arithmancie et l'Étude des Runes Anciennes en plus de mes autres options. L'Arithmancie a l'air passionnante, mais tellement abstraite…
Leïla esquissa un sourire reconnaissant pour le changement de sujet.
— Sortilèges, bien sûr. Défense Contre les Forces du Mal, c'est incontournable vu les temps qui courent. Et probablement Métamorphose, même si le professeur McGonagall va nous faire trimer comme jamais. Pour la troisième option, j'ai finalement opté pour l'Étude des Runes. L'Arithmancie me tente aussi, mais je crois que les Runes ont un aspect plus… tangible, plus historique qui m'attire. Toi, alors ?
Le train avait maintenant quitté la banlieue de Londres et s'enfonçait dans la campagne anglaise, verdoyante malgré la fin de l'été. Des vaches levaient des têtes indolentes à son passage. Dans le couloir, des éclats de voix et des rires fusaient. Leïla aperçut un instant la tignasse rousse flamboyante de Lily Evans, absorbée dans une discussion animée avec une autre Gryffondor, puis le profil sombre et renfrogné de Severus Rogue qui se glissait, solitaire, vers le fond du train. Ces visions fugaces lui rappelèrent que chaque élève ici portait ses propres espoirs et appréhensions pour l'année à venir.
Elle reporta son attention sur Sophie qui détaillait avec enthousiasme les mérites comparés de la Botanique avancée et des Potions complexes, tout en grignotant déjà une Chocogrenouille. Leïla sourit. Au moins, certaines choses ne changeaient pas.
oOoOo
La dame au chariot de friandises passa une heure plus tard, son "Quelque chose à grignoter, mes chéris ?" résonnant de manière familière. Sophie fit de nouvelles réserves de Patacitrouilles et de Fondants du Chaudron, tandis que Leïla, après une brève hésitation, se laissa tenter par une Plume en Sucre, idéale pour griffonner des notes comestibles en cas d'ennui profond en cours – une plaisanterie qu'elle partageait avec Sophie.
Le paysage se fit plus sauvage et accidenté à mesure que le train filait vers le nord. Les verts tendres de l'Angleterre cédaient la place aux teintes plus sombres et rousses des collines d'Écosse. Leïla, le nez presque collé à la vitre, observait les montagnes se découper sur le ciel de plus en plus bas, une sensation d'anticipation grandissant en elle. Poudlard n'était plus très loin.
La nuit commençait à tomber lorsque le train ralentit enfin, sifflant une dernière fois avant de s'immobiliser dans la petite gare de Pré-au-Lard, baignée par la lueur tremblotante de quelques lanternes. Un frisson parcourut Leïla, qui n'était pas uniquement dû à l'air frais du soir. — On y est, murmura Sophie, les yeux brillants d'excitation. Une voix tonitruante, celle de Hagrid, le garde-chasse et professeur de Soins aux Créatures Magiques, héla les premières années, les invitant à le suivre vers les barques traditionnelles pour la traversée du lac. — Les premières années par ici ! Pas plus de quatre par barque ! Et faites attention où vous mettez les pieds !
Leïla et Sophie, comme les autres élèves plus âgés, se dirigèrent vers la file des diligences qui, comme chacun le savait à Poudlard, avançaient "toutes seules". En montant dans l'une d'elles, tirée par des créatures invisibles dont elle sentait la présence étrange et silencieuse, Leïla songea aux Sombrals. Elle n'avait jamais vu la mort de près, du moins pas consciemment, et se demandait parfois ce que cela ferait de voir ces bêtes mystérieuses. Pour l'heure, la perspective de retrouver les murs familiers du château l'emportait sur toute autre considération.
— Tu ne trouves pas que l'ambiance est… différente cette année ? demanda Sophie à voix basse, une fois la diligence en route, son souffle formant un léger nuage de buée. Plus… tendue ? Les paroles de Dumbledore à la fin de l'année dernière, sur la vigilance… ça m'est resté.
Leïla hocha la tête, observant les premières lumières du château scintiller au loin, perçant l'obscurité comme des étoiles tombées du ciel.
— Je sais. Maman aussi était plus inquiète que d'habitude cet été. On dirait que quelque chose se prépare, quelque chose de pas très réjouissant. Elle serra un peu plus fort son carnet à dessin contre elle.
Le trajet cahotant jusqu'au château fut bref. Bientôt, les grilles flanquées de sangliers ailés se dressèrent devant elles, puis les immenses portes de chêne qui s'ouvrirent comme par magie pour les laisser entrer dans le Hall d'Entrée, vaste et éclairé par des torches. La Grande Salle resplendissait, comme toujours, sous la lumière de milliers de chandelles flottant dans les airs, au-dessus des quatre longues tables des maisons, déjà presque pleines. Le plafond magique, ce soir-là, imitait un ciel d'encre parsemé d'étoiles scintillantes, d'une clarté presque irréelle. Le brouhaha des conversations et des rires emplissait l'espace, une cacophonie joyeuse qui réchauffa un peu Leïla. Elle et Sophie prirent place à la table des Serdaigles, saluant au passage quelques connaissances et échangeant des sourires avec un groupe de filles de leur année. Un élève de septième année, Marcus Belby, connu pour son cynisme et son appétit féroce, leur demanda entre deux bouchées d'un pain inexistant si elles avaient réussi à "ne pas trop ramollir du cerveau pendant les vacances".
La Répartition des premières années fut, comme chaque année, un spectacle à la fois touchant et légèrement comique. Un défilé de petites frimousses anxieuses, coiffées du vieux Choixpeau élimé qui, après sa chanson annuelle – un peu plus martiale et appelant à l'unité cette fois, remarqua Leïla, les paroles insistant sur la force de la communauté face aux divisions – criait le nom d'une maison pour chaque nouvel élève.
— Tu te souviens de notre Répartition ? murmura Sophie, les yeux brillants de nostalgie. J'étais tellement terrifiée que le Choixpeau dise que je n'avais ma place nulle part !
Leïla ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en voyant un garçon particulièrement petit et nerveux trébucher en montant sur le tabouret, avant d'être envoyé avec un soulagement palpable à Poufsouffle. Elle se souvenait de sa propre anxiété, de l'attente interminable sous le regard de centaines d'élèves, avant que le Choixpeau ne crie "SERDAIGLE !"
Une fois le dernier première année réparti et les applaudissements retombés, Albus Dumbledore se leva. Ses longs cheveux et sa barbe argentés brillaient à la lueur des chandelles, et ses yeux bleus pétillaient derrière ses lunettes en demi-lune, mais Leïla, comme à la fin de l'année précédente, crut déceler une ombre de gravité inhabituelle dans son expression habituellement joviale, une fatigue discrète au coin de ses yeux.
— Bienvenue ! dit Dumbledore, sa voix résonnant clairement dans la salle soudain silencieuse. Bienvenue à Poudlard pour une nouvelle année ! Avant que notre excellent festin ne vous absorbe tout entiers, j'ai quelques annonces à vous faire. Monsieur Rusard, notre concierge, m'a prié de vous rappeler que la liste des objets interdits dans l'enceinte du château s'est encore allongée cette année et peut être consultée dans son bureau.
Un léger frémissement amusé parcourut les tables des Gryffondors, où Leïla aperçut brièvement la tignasse indomptable de James Potter et le sourire narquois de Sirius Black. Ils semblaient déjà comploter. Remus Lupin, à leurs côtés, esquissa un sourire las, plus absorbé par la contemplation de sa chope vide, tandis que Peter Pettigrew jetait des regards nerveux autour de lui, comme s'il s'attendait à voir un objet interdit surgir de sa propre poche.
Sophie se pencha vers Leïla.
— Parions que Potter et Black ont déjà des idées pour tester cette nouvelle liste avant même de l'avoir lue.
Leïla eut un petit rire discret.
— Ce ne serait pas étonnant. J'espère juste qu'ils ne choisiront pas la bibliothèque comme terrain de jeu.
Dumbledore toussota, et son expression se fit plus sérieuse, captant de nouveau l'attention de toute la salle.
— De plus, et c'est un point sur lequel je souhaite insister particulièrement cette année, j'invite chacun d'entre vous à faire preuve de la plus grande vigilance et d'une solidarité sans faille. Les temps que nous traversons, comme certains d'entre vous le savent par les nouvelles qui parviennent du monde extérieur, sont troublés. Des ombres s'étendent sur notre monde, et il est plus important que jamais de rester unis, de faire confiance à vos professeurs et de prendre soin les uns des autres. La lumière et l'amitié sont nos meilleures armes contre l'obscurité. N'oubliez jamais cela.
Un silence un peu lourd suivit ses paroles. Leïla vit des élèves échanger des regards inquiets. Même à la table des Serpentards, certains visages habituellement impassibles trahissaient une pointe de préoccupation.
Puis Dumbledore reprit d'un ton plus enjoué, comme pour chasser les nuages :
— Mais trêve de sombres pensées pour l'instant ! Que le festin commence !
Aussitôt, les plats d'or se remplirent comme par magie d'une profusion de mets délicieux : rôtis de bœuf et de poulet, saucisses et bacon, pommes de terre rôties, frites, légumes de toutes sortes, et carafes de jus de citrouille. Le brouhaha joyeux des conversations reprit, bien que Leïla sentait que les paroles de Dumbledore avaient laissé une empreinte durable. Elle échangea un regard avec Sophie, qui hochait la tête pensivement. Même l'opulence du festin ne parvenait pas tout à fait à dissiper l'ombre subtile que le directeur venait d'évoquer.
Le reste du repas se déroula dans une ambiance animée, les estomacs se remplissant de rôti, de tourtes savoureuses et, pour finir, d'une myriade de desserts allant des éclairs au chocolat aux tartes à la mélasse en passant par les Choco-Globes et les montagnes de crème glacée. Leïla participa aux conversations de la table des Serdaigles, discutant des programmes de cours avec un certain Anthony Goldstein, un garçon de son année à l'esprit vif, et écoutant les récits de vacances des uns et des autres, mais une partie de son esprit restait accrochée aux avertissements du directeur.
Lorsque Dumbledore se leva de nouveau pour annoncer qu'il était l'heure de regagner les dortoirs, un soupir collectif de satisfaction bienheureuse parcourut la salle. Les préfets se mirent en devoir de rassembler les nouveaux de leurs maisons respectives, et bientôt, le flot des élèves se déversa hors de la Grande Salle, leurs pas résonnant dans le hall d'entrée et leurs voix se répercutant sur les murs de pierre.
— J'ai l'impression que les couloirs sont plus sombres que d'habitude, non ? murmura Sophie à l'oreille de Leïla tandis qu'elles montaient le grand escalier de marbre, qui, fidèle à sa réputation, changea de direction à mi-parcours, les obligeant à un petit détour. Les portraits sur les murs chuchotaient entre eux en les regardant passer, certains leur adressant même des saluts ou des commentaires ironiques.
— C'est peut-être juste la fatigue du voyage, ou alors les chandelles qui ont besoin d'être ravivées, répondit Leïla, bien qu'elle partageât secrètement le sentiment de son amie. Ou peut-être que les paroles de Dumbledore avaient teinté leur perception du château lui-même, le rendant moins insouciant, plus chargé de secrets potentiels.
Elles arrivèrent finalement devant la porte sans poignée de la tour de Serdaigle, où un heurtoir en forme d'aigle de bronze les attendait. L'aigle ouvrit son bec et posa d'une voix musicale son énigme :
— "J'ai des villes, mais pas de maisons. J'ai des montagnes, mais pas d'arbres. J'ai de l'eau, mais pas de poissons. Qui suis-je ?"
Leïla fronça les sourcils un instant, puis un sourire éclaira son visage.
— Une carte, répondit-elle.
L'aigle de bronze la complimenta d'une formule polie et la porte s'ouvrit sur la salle commune circulaire. Avec ses grandes fenêtres cintrées donnant sur le parc assoupi et ses étagères croulant sous les livres anciens et récents, la pièce était aussi accueillante et studieuse que dans ses souvenirs. Une statue de marbre blanc de Rowena Serdaigle trônait dans une alcôve, son diadème finement sculpté semblant luire doucement à la lueur des lampes. Quelques élèves étaient déjà installés dans des fauteuils moelleux, des livres ouverts sur les genoux, tandis que d'autres discutaient à voix basse près de la cheminée où un feu crépitait déjà. Le professeur Flitwick, leur directeur de maison, était là, petit et souriant, souhaitant la bienvenue à ses ouailles.
— Bonsoir Miss Ashworth, Miss Cartwright ! J'espère que votre voyage s'est bien passé. Prêtes pour une année d'études rigoureuses et de découvertes intellectuelles ? N'oubliez pas, la curiosité est la clé de toute sagesse ! Et un peu de vigilance ne saurait nuire par les temps qui courent, n'est-ce pas ?
Il leur adressa un clin d'œil entendu avant de se tourner vers un groupe de premières années visiblement impressionnés.
Après avoir souhaité bonne nuit à Sophie, qui partageait un dortoir avec d'autres filles de sixième année dont une certaine Penelope Clearwater, pipelette mais sympathique, Leïla rejoignit le sien, qu'elle partageait avec deux autres camarades, Eleanor Branstone et Mandy Brocklehurst. Les salutations furent brèves mais cordiales, chacune étant pressée de défaire sa malle et de retrouver le confort de son lit.
Leïla défit sa malle, rangea quelques affaires et prépara ses manuels pour le lendemain. En se glissant sous les couvertures de son lit à baldaquin aux rideaux bleu nuit brodés d'étoiles de bronze, elle laissa son regard errer vers la fenêtre, où la lune, presque pleine, jetait une lueur argentée sur le parc et la Forêt Interdite, dont les contours sombres semblaient plus menaçants que jamais.
Les paroles de Dumbledore sur l'unité et la vigilance résonnaient encore dans son esprit. "Les temps sont troublés." Cette simple phrase semblait alourdir l'air de promesses incertaines et de dangers invisibles. Leïla repensa à la lettre de sa mère, aux regards en coin de certains membres de sa famille Selwyn, à cette sensation persistante de devoir toujours prouver quelque chose, de devoir être plus forte, plus intelligente, simplement pour exister sans s'excuser. Cette année, plus que jamais, elle sentait qu'il ne suffirait pas d'être une bonne élève. Il faudrait être forte, véritablement forte, et observatrice. Et peut-être, se dit-elle en fermant les yeux, un peu plus courageuse qu'elle ne se sentait capable de l'être pour l'instant, car une petite voix au fond d'elle murmurait que le courage serait bientôt une denrée aussi précieuse que la connaissance. Le sommeil la gagna finalement, emportant avec lui les dernières bribes d'excitation de la rentrée et laissant place à l'attente tendue du lendemain et des défis à venir.
