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Clichés Éphémères

Summary:

Regarde comme le ciel est changeant
Un arc-en-ciel de sentiments
Et quand il devient menaçant,
Comme il effraie l'enfant

4th of July event - Fireworks

Notes:

click here for more tags (contains spoilers for previous works of the series)

transgender ftm Xeno
transgender mtf Stanley

It is advised to read this work with the Creator's Style on

Work Text:

De mes premières années,

je ne retrouve guère qu’une impression confuse :

quelque chose de rouge, et de noir et de chaud.

Je tourne une page de l’album.

Aussi loin que je me souvienne,

j’étais fière d’être l’aînée : la première.

.

.

.

Elle le regardait, elle le trouvait magnifique. Elle le regardait, elle ne pouvait détourner les yeux.

“Une photo ?” Xeno battit des paupières, le rouge gagnait légèrement son visage pâle “Tu sais pourtant que je n’aime pas vraiment ça, Stan” il détourna le regard, se gratta la joue “Est-ce vraiment nécessaire ?”

Non, ce n’était pas nécessaire. Rien ne l’était vraiment, la guerre, le champ de bataille le lui avaient bien appris. Rien ne l’était vraiment, si ce n’était ce qui pouvait la maintenir en vie.

(Tes yeux)

(sont si profonds)

(Qu’en m’y penchant)

(pour boire)

(J’ai vu tous les soleils)

(y venir se mirer)

(S’y jeter à mourir)

(tous les désespérés)

(Tes yeux) (sont si profonds)

(Que j’y perds) (la mémoire)

Non, ce n’était pas nécessaire. Rien ne l’était vraiment, à part les souvenirs. À la guerre, sur le front, il n’y avait bien que ça pour les maintenir en vie, pour la maintenir en vie.

“Oui” elle sortit son téléphone, le plaça devant elle “Ça fait longtemps, j’en ai plus d’assez récente.”

Elle le regardait, elle le trouvait si beau. Peu lui importait ce dont il était vêtu, ou le noir qui cernait ses yeux. Elle le regardait, elle le trouvait magnifique. Parce qu’il était sien, parce qu’il lui appartiendrait toujours.

(Moi je voyais briller)

(au-dessus de la mer)

“Tu ne veux pas attendre un moment plus propice ?” c’est vrai que c’était soudain, et qu’il n’était pas à son avantage “Notre rendez-vous du 4 juillet, par exemple, je serai bien mieux apprêté, et plus élégant.”

Elle s’en foutait de ce qu’il portait. Elle s’en foutait qu’il soit élégant, ou que son visage, son corps, portent les traces d’une longue journée. Elle s’en foutait, tant que les images le rappelaient à elle, tant que les photos faisaient naître, dans son esprit, le doux souvenir de tous leurs moments passés ensemble.

[Les yeux] [de Xeno]

[Les yeux] [de Xeno]

[Les yeux] [de Xeno]

“D’accord” elle rangea son téléphone, croisa les bras contre sa poitrine “Mais je veux une nouvelle photo de toi avant de partir” secoua la tête “Celle que j’ai ne suffit pas.”

C’était une vieille photo, elle avait bien des années, elle ferait bien les calculs, mais là, ce soir, elle n’était pas d’humeur. C’était une vieille photo, fripée, déchirée, les couleurs avaient déteint au soleil, et elle n’avait pas cherché à savoir si la tache brune dans le coin droit était du café ou du sang séché. C’était une vieille photo, il avait vingt ans et c’était son premier jour en tant que scientifique rattaché à la NASA. C’était une vieille photo, et il était encore timide et confiant, il n’avait pas encore connu les angoisses et inquiétudes dans lesquelles allait le plonger le monde de la recherche, il n’avait pas encore connu la colère qu’allait faire naître en lui le rejet de son Projet Hélium-3.

(Ô paradis)

(Cent fois retrouvé) (reperdu)

Elle avait appris l’importance de la photographie dès son plus jeune âge. Son père, lui aussi militaire de métier, elle avait hérité ça de lui, leur demandait souvent de poser, elle, sa mère, ses frères et sœurs, pour une photo de famille qu’il affichait alors sur la cheminée, ou emportait dans sa poche, ou son portefeuille. Elle avait appris l’importance de la photographie dès son plus jeune âge, elle avait posé à de nombreuses reprises pour son père. Certains clichés la dégoûtaient d’elle-même, certains autres, quand elle rentrait au domicile familial, quand sa main tournait les pages de l’album, la rendaient nostalgique.

(Le jour de sa naissance)

(Sa mère souriait) (le regard fatigué)

(Son premier jour d’école)

(Ses genoux étaient déjà écorchés)

(Sa première prise de chasse)

(Elle avait du sang) (sur le revers de sa manche)

(Son quinzième anniversaire)

(Son sourire) (était faux)

Des photos avec sa mère

Des photos avec son père

(Le bal de promo du lycée)

(Sa première photo) (avec Xeno)

(Son nouvel uniforme chatoyant)

(C’était bien avant) (qu’elle ne commence à tuer)

(Thanksgiving) (Noël en famille)

(Déjà l’écart dans son apparence) (se faisait sentir)

(Xeno et elle dans leur jardin)

(Il avait bien fallu) (que son père y consente)

Des photos avec son frère

Des photos avec sa soeur

Mais avec Xeno, trop peu. Bien trop peu.

“Ne me dis pas que tu as encore cette vieille photo avec toi ?” bien sûr que si, mon amour, et je la garderai jusqu’à ce que le temps (ou le feu) (ou le sang) n’efface ton si beau visage “C’est vrai qu’elle a quelques années, je suis sûr que je ne m’y ressemble plus.”

Pour moi

c’est l’heure de foutre à la poubelle

Mon cœur en bois

et pour de bon

[Tais-toi] [mon cœur]

[Tais-toi] [mon cœur]

C’est le crâne

serti d’étincelles

Que je viens donner

ma démission

[Tais-toi] [mon cœur]

[Tais-toi] [mon cœur]

“Bien sûr que si” elle lui sourit, porta une cigarette à ses lèvres “Ton premier jour à la NASA” l’alluma, en inhala la fumée avec un petit soupir d’aise “Je veux pas oublier.”

Elle avait appris l'importance des photographies dès son plus jeune âge et son père, alors qu’elle avait quitté le domicile familial, lui avait offert un appareil pour qu’elle puisse prendre ses propres clichés, pour qu’elle puisse fixer ses propres souvenirs. Elle l’avait chéri, cet appareil, elle en avait pris soin, et elle ne comptait plus le nombre de films qu’elle avait usés, gaspillés parfois, à prendre des photos plus ou moins réussies, de sa famille, par moments, de Xeno, pour la plupart. Elle l’avait chéri, cet appareil, elle avait tout appris, la focale, la luminosité, la distance avec son sujet, le traitement et le développement des pellicules. Elle avait tout appris, par moments, ça ressemblait au nettoyage d’une arme, et chaque geste lui était familier. Elle l’avait chéri, cet appareil, jusqu’au moment où 

Si vous vous mettez

en colère

Ne péchez

point

Que le soleil ne se couche pas

sur votre colère

Un jour, un soir, elle s’était mise en colère, comme ça lui arrivait parfois, comme ça lui arrivait souvent, quand elle était à bout et que les mots, les cigarettes, les caresses de Xeno, tout ce qui la soulageait alors se dérobait à elle. Un jour, un soir, elle s’était mise en colère, et elle avait tout envoyé valdinguer dans l’appartement, dans leur chambre, parce qu’elle n’en pouvait plus, parce que c’était le seul moyen de ne pas s’en prendre à elle-même, ou à celui qu’elle aimait. Un jour, un soir, elle avait pété les plombs, elle avait tout envoyé valser, l’appareil photo y compris, l’objectif s’était tordu, la lentille s’était fêlée, le compartiment arrière ne fermait plus, il était devenu inutilisable.

(Il y avait des photos)

(sur le film) (à l’intérieur)

(Il y avait des photos)

(de Xeno) (qui souriait)

(Il y avait des photos)

(qu’elle n’avait pas eu le temps de développer)

Le compartiment arrière ne fermait plus, le film avait pris la lumière, tout était perdu. Xeno lui avait bien expliqué le processus chimique, plus d’une fois d’ailleurs, mais elle ne s’en souvenait plus, mais elle avait oublié. Tout ce qu’elle savait, c’est que la lumière avait grignoté ses heureux souvenirs.

Allez

les oiseaux de mon corps

Fermez

vos belles gueules à passion 

[Tais-toi] [mon cœur]

[Tais-toi] [mon cœur]

Les accidents

d’amour à la pelle

Ne m’ont pas toujours

donné raison

[Tais-toi] [mon cœur]

[Tais-toi] [mon cœur]

La lumière avait grignoté ses heureux souvenirs. Et Xeno

“Pardonne-moi, ma douce” il était en retard au restaurant, ce jour-là, et le rouge de ses joues contrastait avec l’élégance de sa tenue (il avait couru) (il s’était dépêché) “J’ai fait au mieux, mais il y avait un tel trafic.”

Forcément, mon cœur, en ce jour de 4 juillet, tu t’attendais à quoi ? 

(La lumière)

(a grignoté) (mes souvenirs)

(Mais la seule lumière)

(qui) (m’importe)

(C’est celle qui brille)

(dans tes grands yeux noirs)

“C’est rien” elle leva une main, secoua la tête (elle n’avait pas attendu) (tant que ça) (juste le temps d’un verre de whisky) “Tu m’as dit que t’avais un truc à faire, non ?” (juste le temps) (de penser à lui) (encore un peu) “Tout s’est bien passé ?”

Pourvu qu’elle brille, tant qu’elle peut

La lumière, dans tes yeux

“Oui, tout s’est parfaitement déroulé” il souriait, quand il s’assit à leur table, d’un sourire doux et malicieux (elle le connaissait bien) (ce sourire) “Ne t’en fais pas.”

Elle le connaissait bien, ce sourire. C’était celui qu’il arborait quand il lui préparait une surprise. C’était celui qui naissait sur ses lèvres à chaque fois qu’il essayait de lui faire plaisir.

(La lumière)

(a grignoté mes souvenirs)

(Mais tes yeux)

(sont deux trous noirs)

(Mais tes yeux)

(captent toute la lumière)

Et si je m’en vais, loin d’ici, je reste là, invisible.

“Ce n’est pas grand-chose” il commençait toujours ses phrases ainsi, quand il s’apprêtait à lui faire la plus belle surprise du monde, et elle allait en être émue (même si ça ne se verrait pas) (ça ne se voyait jamais) (sur son visage) “Mais toujours est-il que j’ai pensé que cela te ferait plaisir” elle en serait émue, certains, à sa place, en aurait probablement pleuré (mais pas elle) (les émotions) (la fuyaient toujours) “Et je pense que tu aurais bien envie de l’utiliser aujourd’hui, ce serait très approprié.”

Elle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, quand elle se saisit du paquet. Avec Xeno, tout était possible, du cadeau hors de prix jusqu’à la babiole sans intérêt, mais sur laquelle elle avait flashé, sur laquelle il l’avait vue flasher. Elle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, mais le paquet était plus lourd, bien plus lourd, que ce qu’elle n’aurait cru, quand elle s’en saisit (Étrange) (Xeno était petit) (Xeno était fragile) (Il n’aimait pas porter de lourdes charges) (Ça l’épuisait) (Qu’est-ce que) (cela pouvait-il être) Elle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, mais à ce cadeau-là encore moins.

Son appareil photo

Pas un nouveau, mais bien le sien

Son appareil photo

Celui que lui avait offert son père 

Son appareil photo

Celui avec lequel elle fixait ses précieux souvenirs

(La lumière)

(La lumière)

Elle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, mais, clairement, elle ne s’attendait pas à ça. Xeno n’était pas très doué pour ce genre de trucs, le bricolage, ça le dépassait, ça l’agaçait même, il était un excellent physicien, il était un excellent théoricien, mais quand il fallait faire quelque chose de ses mains, de l’assemblage, du travail de précision, il était passablement maladroit, quand il n’était pas purement incompétent (Ce n’était pas grave) (Ça aussi) (Ça faisair partie de son charme) (Ça aussi) (C’était Xeno) Xeno n’était pas très doué pour ce genre de trucs, alors quand elle pensait, alors quand elle l’imaginait, dans son laboratoire, seul, le soir, à des heures tardives, quand tout le monde était parti (parce que) (bien sûr) (il n’avait demandé de l’aide à personne) (il avait sa fierté) (il avait son orgueil) penché sur le petit appareil, à se concentrer, à faire au mieux, pour que tout s’aligne, pour que tout soit adéquat, pour que tout remarche et que Stanley puisse repartir avec de précieux souvenirs, elle ne put s’empêcher de sourire.

Pourvu qu’elle brille

tant qu’elle peut

La lumière

dans tes yeux 

Et si je m’en vais

loin d’ici

“Xeno” elle battit des paupières, manipula l’appareil avec précaution (la lentille) (était neuve) (l’objectif) (tournait aisément) (le boîtier) (fermait hermétiquement) elle ne voulait pas le casser à nouveau “Vraiment, t’aurais pas dû” elle aurait pu pleurer, elle aurait voulu pleurer (lui montrer) (une quelconque émotion) “Ça a dû être du travail.” 

Je reste là

invisible

“Pas tant que ça” il mentait, elle le savait bien, il avait cet air satisfait qu’il arborait quand il savait que son cadeau avait fait mouche (et cette fois) (il avait bien de quoi) “Les calculs n’étaient pas si compliqués, après je n’ai eu qu’à assembler les différentes pièces, rien de bien sorcier” rien de bien sorcier, sauf que tes mains sont peu hardies, maladroites (je le sais bien) (après toutes ces années) (après) “J’en déduis que tu apprécies le geste, n’est-ce pas, ma douce ?”

Plus qu’apprécier, elle en était ravie. Plus qu’apprécier, son cœur valsait dans sa poitrine. Mais ça ne se voyait pas, sur son visage, ça ne se voyait jamais. Mais ça ne se voyait pas, dans le sourire qui se dessinait sur ses lèvres, ça ne se voyait jamais. Plus qu’apprécier, elle l’aimait. Elle l’aimait tant, elle aurait voulu qu’il le sache.

(La lumière)

(a grignoté mes souvenirs)

(Mais tes yeux)

(sont deux trous noirs)

(Mais tu sais)

(comment capter la lumière)

Elle ne savait pas quoi répondre, elle ne savait jamais comment répondre, dans ce genre de situation, les mots lui échappaient sans cesse, et elle essayait, elle essayait pourtant. Elle ne savait pas quoi répondre, elle ne savait jamais comment répondre, alors elle se saisit de l’appareil photo, une nouvelle fois, alors elle ouvrit le boîtier, machinalement, par habitude.

Vide

Un gouffre béant

“J’ai bien essayé de développer le film qui était à l’intérieur” tu n’avais pas à aller aussi loin, mon amour “Mais il avait complètement pris la lumière, entre le choc et mes manipulations” tu aurais simplement pu m’en racheter un nouveau (mais) (tu ne l’as pas fait) “Impossible d’en sortir quoi que ce soit de potable, je suis désolé” tu n’as pas à t’excuser, c’était à moi de faire attention à mes affaires “Mais je t’ai acheté quelques films, je ne suis pas parvenu à me souvenir exactement lesquels tu utilisais” et ce fut une ribambelle de petites boîtes noires qu’il aligna devant elle “Alors je t’ai pris un peu de tout.”

De toute façon, les photos, là-dedans, c’était (sans doute) pas grand-chose. De toute façon, les photos, là-dedans, c’était (sans doute) encore et encore des portraits de toi.

(Elle étudia les boîtes)

(se saisit du film)

(Elle ouvrit le boîtier)

(ouvrit la pellicule)

(Elle la plaça) (l’arma)

(enclencha le mécanisme)

Exactement comme un flingue, et les gestes lui étaient familiers.

[Clic]

[Clic]

Elle s’en souviendrait de ce 4 juillet, elle n’en doutait pas. Elle s’en souviendrait, et il faudrait du temps, bien du temps, avant que les détails ne disparaissent de sa mémoire. Elle s’en souviendrait, un tel cadeau, il y avait bien peu de chances qu’elle l’oublie si facilement. Elle s’en souviendrait, et pourtant, elle ne pouvait pas s’en empêcher. Chaque pression sur l’obturateur, chaque petit déclic de la gâchette, et c’était une nouvelle photo de Xeno, qui la regardait, et c’était une nouvelle photo de Xeno, qui lui souriait. 

(C’était Xeno)

(en rouge) (en bleu) (en blanc)

(C’était Xeno)

(qui lui souriait) (au restaurant)

(C’était Xeno)

(qui saluait) (devant le drapeau américain)

(C’était Xeno)

(qui lui faisait un petit geste de la main)

(C’était Xeno)

(Il illuminait) (Il irradiait)

La lumière a grignoté mes souvenirs. Mais c’était sans compter sur toi, pour les raviver, mais c’était sans compter sur ta science, pour les faire renaître.

[Clic]

[Clic]

“Stan” sa petite main était douce dans la sienne, et elle ne l’avait pas vu aussi heureux depuis bien longtemps “Stan, dépêche-toi, sinon on n’aura pas une place assez convenable, pour voir les feux d’artifice.”

Elle s’en souviendrait de ce 4 juillet, elle n’en doutait pas. Parce qu’il était si beau, parce qu’il était magnifique, parce qu’elle aurait plein de photos pour le lui prouver, pour le rappeler à elle. Elle s’en souviendrait de ce 4 juillet, elle n’en doutait pas. Parce qu’elle aurait son si doux visage, et l’éclat de son sourire, à emporter avec elle sur le champ de bataille.

(Avant que le feu) (ou le sang)

(ne les emportent)

(Avant que le temps)

(ne les efface)

(Xeno)

(Toi) (Tu es)

[Clic]

[Clic]

Le 4 juillet, Xeno, ça n’avait jamais été son truc. Les barbecues avec de la viande de mauvaise qualité, la bière à outrance, les blagues de mauvais goût, ce n’était pas son genre, et elle avait toujours eu du mal à potentiellement l’imaginer dans un environnement qui, elle, avait été son quotidien, quand elle était chez ses parents. Le 4 juillet, Xeno, ça n’avait jamais été son truc. Il n’était pas patriote, pour lui, seule la science, seul le savoir importaient et il avait du mal à saisir ce qu’il considérait comme un attrait ridicule pour des institutions qui entravaient les génies de son acabit. Le 4 juillet, Xeno, ça n’avait jamais été son truc. C’était pour ça qu’ils fuyaient toujours, à l’abri de la foule, dans des restaurants. Sauf le soir. Le soir, il aimait bien. À cause des feux d’artifices. 

(C’était Xeno)

(en rouge) (en blanc) (en bleu)

(C’était Xeno)

(et les étoiles qui se reflétaient) (dans ses yeux)

(C’était Xeno)

(qui se serrait contre elle) (qui lui prenait la main)

(C’était Xeno)

(qui souriait) (sans peur du lendemain)

(C’était Xeno)

(et il avait capté) (toute la lumière)

Elle devrait regarder le ciel, les déferlantes imaginatives des artificiers, le miracle chimique de la poudre qui explose en une myriade de couleurs. Elle devrait regarder le ciel, elle ne pouvait regarder que Xeno. Xeno, et l’arc-en-ciel de sentiments qui se reflétait dans ses grands yeux noirs. Elle prit une nouvelle fois son appareil, et pressa la détente.

[Clic]

[Clic]

La photo serait floue, il était trop près, il faisait trop nuit. La photo serait floue, elle s’en fichait. Seul importait le geste, seul importait l’objet. Seul importait la sensation de son doigt qui appuie sur le bouton, et le déclic familier de l’obturateur. La photo serait floue, qu’importe. Le sourire de Xeno, lui, serait bien net, derrière ses paupières closes, et pour les années à venir.

(Avant que le feu) (ou le sang)

(ne les emportent)

(Avant que le temps)

(ne les efface)

(Tu es mien)

(Et ce pour l’éternité)

[Clic]

[Clic]

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