Chapter Text
« J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer. (…)
Tant qu'il respirera je ne vis qu'à demi. »
Britannicus, IV. 3, Racine
12 du Printemps, an 503.
Une claque.
« Pour qui te prends-tu, Jimin ? »
Une deuxième.
« Je te demande, pour qui te prends-tu ? »
Comme aucune réponse donnée n’aurait été la bonne, une troisième claque survint. Jimin releva la tête, assez lentement pour que son père ne l’interprète pas comme une énième effronterie. Le visage du roi n’était jamais tordu de colère, seulement plissé par des rides de vieillesse. Il fallait être un habitué pour déceler dans son regard toute la haine et le mépris qui y rampaient.
« Si je te reprends, quatre, une seule fois, cinq, à accomplir ce genre de bassesse, je ne suis pas sûr que je me contenterais d’une main. »
Sa propre paume vint se poser sur la violence fantôme qui brûlait sa joue. Rien de grave n’avait été commis, mais l’encre renversée volontairement sur les livres que son père faisait étudier à Namjoon s’écoulait comme du sang sur le sol. L’encrier vide était au sol, son contenu dévorant de noir les pages blanches, maintenant illisibles. Jimin avait prévu que l’autre se fasse réprimander pour sa maladresse, mais Namjoon avait à coup sûr rapporté le mauvais tour au roi, ce fayot.
L’intéressé se tenait là, le visage baissé et ses mains tâchées de noir, probablement satisfait de voir Jimin recevoir la monnaie de sa pièce.
Son père l’observa un moment, comme s’il se demandait si cela valait la peine de lui administrer une sixième claque, puis se retourna vers Namjoon.
« Et toi… » L’un des livres posés sur la table fut saisi et l’objet rencontra violemment la joue du jeune garçon. « Apprends à imposer ton respect, garçon. Un futur roi ne subit pas une farce et s’en plaint encore moins, il sévit avec sa propre loi. Je ne tolère pas une pareille faiblesse » Sur ces mots, l’homme quitta la salle en coup de vent, les laissant se regarder en chiens de faïence, leur deux joues arborant un rouge vif.
Jimin n’aurait jamais fait ce mauvais tour si lui aussi avait le droit aux leçons, à apprendre ce que cela signifiait de devenir roi. Il était facile pour Namjoon d’être l’enfant sage, il avait déjà toutes les faveurs du père de Jimin, alors que rien ne les liait. Si une quelconque justice existait, il garderait plus longtemps la marque de sa punition, car tout était de sa faute.
C’était lui le responsable de tout ça.
Il passa en coup de vent près du garçon en sifflant : « Tu m’écœures. » et se précipita là où personne n’irait le trouver. Une fois arrivé dans sa chambre, il se blottit sous l’étreinte des épaisses couvertures de son lit qui le recouvraient jusqu’à la tête.
Joyeux anniversaire Jimin, se murmura-t-il dans le noir en essuyant une larme.
Lui ne versait jamais que de l’encre.
