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Elle n'eut pas le temps de faire un pas de plus que la porte d'entrée s'ouvrit.
Prise de panique, elle resta planté au même endroit tandis que Karadec entra dans l'appartement, les yeux écarquillés par sa présence.
- Morgane ? Qu'est-ce que vous faites là? Il lança, surpris mais aussitôt son visage se durcit, marqué par de la colère. Vous m'espionnez, encore ?
– Non mais le culot ! Faites comme si c'était moi le problème alors que c'est vous qui me mentait droit dans les yeux depuis des semaines, elle s'offusqua d'une voix aiguë tout en faisant de grands gestes exagérés.
Il pouvait apercevoir du stress, de la fureur dans ses yeux mais aussi de la tristesse, ce qui brisa le cœur d'Adam.
Avant qu'il puisse rétorquer, Thea apparut de nul part depuis l'espace cuisine et lui dit maladroitement :
– Ouais alors, pour sa défense, c'était une idée d'Elliot et moi, Maman ne voulait pas qu'on fouille dans vos magouilles mais on en a fait qu'à notre tête.
Pourtant, elle était quand même là, se dit-il dans sa tête. Mais est-ce qu'il pouvait vraiment lui en vouloir ? Est-ce qu'il aurait fait pareil ?
Karadec hocha lentement la tête, assimilant l'information.
Il garda les yeux sur Théa qui se tenait toujours au milieu de la cuisine.
Se sentant de trop, elle continua :
– Je vais vous laisser hein.
Tandis que la porte se claqua derrière lui, les laissant tous les deux dans un lourd silence, Adam posa son sac, qui commençait à embaumer l'appartement d'une odeur de nourriture asiatique, sur la table adossée au mur.
Alors qu'il se tourna vers Morgane et ouvrit à peine la bouche pour s'expliquer, elle le devança :
– Vous attendez quelqu'un ?
– Non.
– Donc c'est moi, souffla Morgane.
– De ?
L'air paumé de Karadec agaça la consultante.
– C'est moi qui vous dérange, Karadec. On vous dérange.
– Mais non, je—
– N'essayez pas encore de mentir Karadec, vous me l'avez déjà fait comprendre la fois devant la crèche et maintenant ça.
Il soupira.
– Ce n'est pas ce que vous pensez...
– C'est très bien ce que je pense, Karadec, elle répondit sèchement tout en croisant ses bras sur sa poitrine.
Il secoua la tête.
Il mourrait d'envie de tout lui dire mais aucun mot ne sortit. Il en était incapable par peur de ne pas trouver les mots justes et de la perdre.
Mais à se taire, n'était-il pas aussi en train de la perdre ?
Elle le fixa, les larmes lui montant aux yeux.
Ne voyant aucune réaction de sa part, elle comprit qu'elle avait raison.
– Je vais vous laisser tranquille.
Elle avait prononcé ces mots d'un ton tellement ambiguë qu'il comprit immédiatement qu'ils cachaient un double sens.
Elle allait le laisser tranquille ici mais aussi dans sa vie.
À cette pensée, son cœur rata un battement.
Il ne pouvait pas la perdre.
Pas encore.
Il paniqua et se mit devant elle pour lui parler face à face.
– Il faut qu'on parle Morgane, la voix empreinte d'une douceur fragile.
À ces mots, les insécurités de Morgane refirent surface et ces quatres mots résonnèrent en elle d’une manière familière et douloureuse tel un "C'est terminé".
Elle baissa les yeux et acquiesça alors qu'elle avait le regard rivé sur le sol.
Alors qu'il ouvrit la bouche, cherchant les mots justes, morgane le devança et lui avoua :
– Vous savez, j'peux même pas vous en vouloir de tout ça, en faisant montrer l'appartement du doigt, laissant un Karadec confus.
Elle le dévisagea, les larmes aux yeux, abattue. Elle continua après quelques secondes de lourd silence :
– Mais pourquoi m'avoir menti alors qu'on s'était fait la promesse de repartir sur des bases saines et honnêtes ?
Il baissa la tête, honteux.
Il se souvenait parfaitement de cette promesse.
C'était durant la première nuit, après le retour de Morgane de la maternité. Ils s'étaient tous les deux retrouvés par hasard dans la cuisine en pleine nuit, incapables de dormir.
Ils avaient commencé à papoter de tout et de rien, passant de leur petit miracle à leur futur retour au travail.
Puis, d'une voix fragile, elle lui avait demandé s'il lui pardonnerait un jour sa trahison.
Il s'était alors dévoilé à elle, en lui disant qu'il lui avait pardonné depuis longtemps, qu'il avait compris pourquoi elle l’avait fait.
Il lui avait ensuite dit qu'il désirait plus que tout qu'ils fassent des efforts pour communiquer parce qu'ils s'étaient perdus, éloignés et blessés plus d'une fois à cause de ça et qu'il ne voulait plus jamais ça.
C'est alors à 3h58 qu'ils firent la promesse du petit doigt en laquelle ils y croyaient vraiment.
– Et pourquoi ne pas m'avoir dit qu'on vous dérangeait ? J'aurais très pu comprendre que j'étais devenue trop chiante, trop pénible, trop envahissante... J'ai l'habitude maintenant. Termina Morgane d'une voix enrouée, elle tourna du regard vers l'appartement pour ne pas qu'il la voit se retenir de pleurer.
Le cœur de Kara se serra.
C'était exactement tout ce qu'il avait fait pour éviter ça, et pourtant, ils étaient là dans un appartement qu'il louait, avec une Morgane au cœur brisé et aux bord des larmes.
Le pire dans tout ça était qu'il était incapable de dire un mot tellement sa gorge était nouée.
Il était condamné à voir la femme qu'il l'aimait souffrir en face de lui tandis que son cerveau refusait de faire quoi que ce soit.
– Je me sens si conne... Elle se mordit la lèvre inférieure pour tenter de se retenir de pleurer, si conne d'avoir pensé que...
Il s'approcha vers elle mais elle fait immédiatement un pas en arrière. Il poussa un soupir.
– Vous n'êtes pas p2nible, chiante et envahissante.
T'es con ou quoi, Adam ? T'avais pas mieux ? Pensa-t-il.
– Pourtant vous me l'avez déjà dit, et pas qu'une fois.
Il secoua la tête et souffla :
— Je tiens à vous Morgane.
Un rire triste sorti de sa gorge.
— Vous tenez tellement à moi que vous me fuyiez et me mentiez dès que vous en avez l'occasion.
– J'ai menti pour vous protéger. Pour éviter tout ça.
Elle acquiesça d'un geste triste du menton, déçue..
Devant sa réaction, il poussa un soupir empreint de douleur, il détestait plus que tout la voir souffrir.
Elle pensait toujours qu'il lui avait menti parce qu'il en avait marre d'elle. Il fallait qu'il rattrape le coup avant de la perdre pour de bon.
C'était maintenant ou jamais.
– J'ai menti parce que j'avais peur de vous perdre, Morgane. Il lui dit calmement d'une voix tremblante tandis que les larmes lui montaient aux yeux.
Elle remarqua qu'il l'a regardait avec des yeux suppliants, le même regard qu'elle avait alors qu'ils étaient enfermés dans le bureau à l'hôpital au bord de la mort.
Sauf que, elle, quand elle lui avait dit cela, elle voulait lui prouver qu'elle avait menti pour ne pas qu'il n’ait de problèmes à cause d'elle mais aussi, parce qu'elle avait vraiment très peur de le perdre.
Tandis que lui, il lui avait menti parce qu'il n'avait pas le courage de lui dire qu'il en avait marre de l'avoir dans ses pattes, pensa-t-elle.
Elle hocha la tête, une larme coula sur sa joue.
Ce moment dont elle redoutait tant était arrivé, elle était devenue de trop pour lui, elle allait se retrouver à la rue et en prime, elle allait le perdre.
– Je… Je vais passer la nuit chez ma mère, comme ça vous serez tranquille ce soir. Je viendrai récupérer nos affaires avant demain soir, si… si ça vous va.
— Morgane, ce n'est pas pour ça que je prends cet appartement.
— Je ne comprends pas Karadec, c'est quoi alors le problème ?
— Le problème est que j'étouffe, Morgane !
Elle hocha la tête, ce qui lui fit couler une larme, puis une autre et encore une.
– J'ai compris, Karadec. J'ai compris.
Elle commença à faire un pas pour le contourner et partir mais Adam comprit et attrapa doucement son bras.
– J'étouffe d'être si proche de la femme que j'aime, et pourtant si loin à la fois.
— Qu...
— Vous êtes partout à la maison. Chaque pièce me fait penser à un souvenir avec vous. Chaque recoin de la maison est embaumé de votre parfum. À chaque pas que je fais dans notre maison me fait penser que je vous veux, entièrement, et que je ne peux pas parce que vous ne ressentez pas la même chose.
– Karadec, je—
– Laissez-moi finir s'il vous plaît sinon, je n'y arriverai plus.
Lorsqu'elle hocha légèrement la tête, il continua :
– Pour tout vous avouer, les premières fois que j'ai loué cet appartement, j'avais en tête de vous inviter ici pour se retrouver en tête à tête, pas uniquement pour... voilà, mais surtout passer du temps rien que... vous et moi. Mais comme vous l'avez dit après notre première nuit, tout ça n'était rien de sérieux pour vous. Alors... venir ici de temps en temps m'aide, c'est un peu une sorte de refuge émotionnel, même si vous ne quittez jamais mes pensées, peu importe où que j'aille et quoi que je fasse.
Il expira de soulagement d’avoir pu enfin s’exprimer ce qu’il pensait et ressentait.
Plus rien ne serait comme avant.
Il ne savait comment leur relation allait évoluer maintenant qu'il lui avait avoué ses sentiments à sens unique.
A vrai dire, il était terrorisé.
Il ignorait ce que le futur lui réservait, si elle resterait chez lui, juste un peu, le temps qu'elle trouve quelque chose ou si elle partirait dès ce soir comme elle l'avait prévu, pour éviter toute gêne mais une chose était sûre, il aimera cette femme jusqu'à son dernier souffle, peu importe l'avenir.
Un index tapotant sur son torse le fit sortir de ses pensées.
– Mais vous êtes pas culotté, vous ! C'est vous qui m'avez dit que c'était une connerie !
– Quoi ?? Mais c'est VOUS qui avez dit que c'était une connerie, j'ai fait que suivre ce que vous disiez pour ne pas foutre en l'air notre relation !
– C'était une question Karadec ! Il fallait bien que quelqu'un parle en premier et pis, je ne savais pas quoi dire, j'ai paniqué, vous ne disiez rien, je...
Un lourd silence s'abattit dans la pièce.
Il voyait Morgane essayant d'assimiler l'information, peut-être un peu trop lentement pour son HPI, tandis que son regard bleu fixait ses yeux et ses lèvres, à tour de rôle.
Puis, d'un ton déterminé, Adam susurra :
– Et puis merde.
Morgane n'eut pas le temps de comprendre quoi que ce soit que les lèvres de Karadec étaient déjà les siennes, pour son plus grand plaisir.
