Work Text:
Battements de cœur.
Résonnant dans les enceintes de la salle de concert.
Cris de la foule en délire, avant de s’éteindre au premier riff de guitare.
Scène sombre, silhouettes se dessinant dans le noir.
Et, la voix si familière transperça le soudain silence velouté de l’assemblée.
Laisse-moi toucher le bout de tes doigts
Laisse-moi ramper, glisser sous tes pas
Il le savait, que le chanteur et son groupe n'étaient pas qu’énergie pure, folie furieuse et joie exubérante – et qu’un bon équilibre régnait dans la parcimonie de chaque émotion, à travers leurs morceaux.
Alors, le photographe aurait dû s’attendre à une musique plus douce, plus triste.
Mais il ne put anticiper cela.
Ses entrailles qui se serrèrent brusquement, ses mains qui hésitèrent un instant sur son appareil photo.
Ce magnétisme étrange lorsque Jayce Talis, éclairé progressivement par le spot s’allumant au-dessus de lui, exprimait une telle douleur sur son visage, pendant son chant.
La fascination, qui fracassa le crâne de Viktor Reveck, bouche bée.
Dissous-moi au creux de tes yeux
Je ne veux pas te dire adieu
Douleur dans les traits du musicien, ressentie comme feinte pour certains, partagée pour d’autres, les fans la clamaient à l'unisson, accompagnant sa voix grave et insistante dans chacun de ses mots.
Douleur si réelle, pour Viktor, qu’il en perdait le contrôle de ses propres émotions.
Il percevait les regrets, les remords, d’un passé qu’il ignorait.
Jayce s’offrait à son public, son essence, sa voix, son corps, son être, son tout.
Je t’en prie, viens écorcher mon corps
Je t’en prie, blesse-moi encore
Sa voix râcla dans sa gorge de passion, de supplication à chaque parole, sourcils relevés encadrant son regard implorant.
Il radiait pourtant, de cette peine délicate, cette fragilité faisant qu’il semblait brûler, ses iris ambrés fondants et ses membres couverts de sueur criant leur souffrance.
Jusqu’à laisser couler la dernière lueur
Portant ta couleur
Il hurla, reculant brusquement du micro, et Viktor vit ses canines blanches vibrer sous les spots, ses cheveux mouillés voler, comme le tourbillon du désespoir qu’il incarnait.
Les doigts s’activaient avec ardeur sur sa guitare, le pendentif doré en T rebondissant régulièrement sur son torse, tel un pouls effréné.
Le chanteur attrapa un moment le micro de ses deux mains, le médiator luisant sous la lumière artificielle, les doigts cramponnés à l’outil comme s’il pouvait lui transmettre sa détresse.
Même les astres qui brillent dans la nuit
Font naufrage, se meurent dans l’oubli
Jayce ferma les yeux, roulant sa tête sur le côté, emportant avec lui le micro sur pied, le penchant comme un partenaire que l’on accompagnerait dans une danse douce-amère.
La gorge exposée semblait pulser d’adrénaline sous les projecteurs ; les courbes de sa peau, la barbe ébène bien taillée et les boucles d’oreilles noires brillantes s’ajoutaient à cette sensibilité désirable.
Une étoile flamboyante dans la nuit, qui craignait de disparaître dans l’indifférence.
Puis, Jayce rouvrit les paupières, relâcha le manche, reprit sa guitare.
Et se noya dans le chant de son âme.
Raconte-moi, de tes lèvres froides
Ce que tu vois, en moi, oh oh
Battements de cœur.
Résonnant dans sa poitrine.
Chants de la foule en harmonie, coups lointains de batterie tapant dans son thorax, puis plus rien autour de lui.
Jayce, inondé de lumière, inondant le monde de ses plaies béantes, suppliait de l’accompagner, de l’arracher à ses tourments, à ses craintes que Viktor contemplait délicieusement.
Derrière son appareil photo perçant.
Clic.
Et l’obturateur retentit, dans le silence inventé de son esprit.
… Ce serait cette photo-là.
Par Ponet @PonetteDeFeu , source > Post Twitter
