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Quelle chaude et magnifique journée ! Anárion appréciait toujours les premières chaleurs de l’année ; il pouvait retourner se baigner dans son lieu préféré et surtout prendre un bon bain de soleil. Autant il adorait Rómenna pour tous ces navires et ces chantiers, autant il aimait bien s’en éloigner par cette chaleur. Il avait découvert une rivière à plusieurs minutes de marche bien enfoncée dans la nature que personne ne semblait connaître. Cet endroit exceptionnel ne semblait être connu que par lui. Il s’en réjouissait d’ailleurs de se retrouver seul dans la plaine proche des montagnes pour bronzer et accueillir le soleil comme il se devait, avant le solstice.
Pas besoin de crème de protection, le soleil ne brûlait pas la peau du prince, cadeau précieux de la part des Valar. Anárion se sentait si heureux à l’approche de ces jours si ensoleillé et surtout retrouver son petit plaisir de sentir le soleil sur sa peau et sur ses vêtements. Il avait choisi son petit coin près de la cascade et où les rochers pullulaient de partout à l’intérieur de la rivière. Le son de l’eau le ravissait déjà. Sa tunique en lin blanche et orangée lui collait déjà à la peau alors que le trajet avait été court. La sueur coulait sur son front, ses bras nus, mais aussi sur ses jambes dévoilés par cette version de l’habit masculin arrivant tout juste en haut des genoux. Même si le soleil n’avait pas d’impact sur sa peau si ce n’est que de la rendre encore plus brune qu’à l’accoutumé, son corps subissait les mêmes désagréments que les autres Núménórééns : sueur, l’envie de boire constante et une grande fatigue.
Heureusement, il était arrivé et n’avait plus à s’inquiéter de dégouliner de sueur ou encore de marcher sur ce sol aride et poussiéreux. Anárion déposa son linge sur un gros rocher avec son petit sac en cuir en plein soleil avant de commencer à se dévêtir. Il retira sa ceinture en cuir tenant sa tunique avant de retirer cette dernière pour se retrouver avec son pagne blanc. Il apprécia un instant la chaleur du soleil sur presque toute sa peau et ainsi commencer à méditer et ne plus penser aux tracas de sa vie quotidienne.
Le petit fils d’Amandil ferma les yeux et ses premières pensées se dirigèrent vers son ainé, Isildur et sa petite sœur Eärien. Les deux lui manquaient véritablement. Il espérait que tous deux reviennent à la raison comme leur père, Elendil, un homme d’honneur. Il adorait passer du temps avec Amandil, surtout pour une cause juste, pour défendre sa foi envers les Valar, se battre pour les Fidèles, être le porte-parole dont ils avaient besoin dans leur lutte, mais sa famille lui manquait. Il avait des contacts réguliers avec Isildur sous forme de lettre, rien de plus, pas un mot à Elendil. Leur relation demeurait au point mort. Anárion espérait secrètement que la venue d’un elfe sur les côtes de la capitale puisse bousculer toutes les croyances d’Elendil et surtout accepter d’embraser son côté Fidèles, de les rejoindre. Encore plus si cet elfe était un éminent membre d’une grande famille des elfes, pourquoi pas un Ñoldo. Puisse la mer apporter des réponses à son père, la mer a toujours raison.
Quel plaisir de sentir la chaleur sur sa peau et surtout un calme parfait pour se ressourcer après les heures à passer pour organiser leur prochaines révolte, mais aussi le départ de certain des Fidèles vers les colonies en Terre du Milieu. Il aidait le plus de personnes possible à échapper à l’influence croissante et inquiétante de Pharazôn. Il chassa toutes les pensées pour les Fidèles de sa tête : cet endroit n’était pas dédié à leur peine et leur problème, seulement à lui et sa détente. L’homme brun retira enfin sa pagne blanc pour se retrouver nu face au soleil. Il s’agenouilla sur le linge tendu, tourna la paume de ses mains vers le soleil.
Devant toi je m’incline,
Ô Arien, porteuse du Soleil,
Toi dont la chaleur jamais ne cède,
Enveloppe-moi de ton feu divin,
Répands la sérénité à travers ta lumière,
Béni sois-tu de la chaleur donnée par le fruit de Laurelin,
Accepte ce noble présent comme remerciement,
Pour la vie que tu crées en chacun de nous,
Béni sois-tu pour la dévotion auprès du Soleil
Bénis-moi de ta lumière,
Bénis-moi de ta force et de ton énergie,
Grande Arien, bénis-moi
De par ta chaleur éternelle, embelli mon quotidien
Anárion prit la fiole remplie de miel de son sac pour le laisser couler sur ses mains et les tendre aussi haut que possible dans le ciel. Il regarda quelque instant le soleil avant de plonger directement dans l’eau. La fraicheur de l’eau entra en contact avec sa peau chaude gorgée de la chaleur du soleil. Il accueillit avec un grand plaisir cette différence de température sur son corps, même s’il aimait avoir chaud, la présence de l’eau était réconfortante. La rivière permettait de s’ancrer à lui-même et à ses émotions comme les rayons du soleil, mais aussi détendre ses muscles d’une certaine façon. Il adorait ce moment hors du temps et de béatitude dans cette merveilleuse nature, en tête à tête avec soi-même. Les oiseaux piaillaient dans les frênes et tilleuls pendant que le bruit de l’eau chassait toute pensées contrariantes de l’esprit d’Anárion. Il était si bien ici, en paix avec lui et le monde tournant autour de lui. Une pause s’imposait quand le monde devenait beaucoup trop rapide et fou pour soi. Voilà, ce que représentait cet instant unique dans cette petite rivière.
Caladis avait décidé d’emmener ses deux plus jeunes sœurs, Culinië et Nénië, tenter de calmer leur impatience de rester enfermer par une chaude journée de printemps. Elles avaient toujours rencontrées des difficultés à comprendre pourquoi il fallait absolument se terrer à l’intérieur de la maison alors que maintes choses étaient à faire comme des promenades dans le port, admirer l’avancement des navires et tout simplement danser en plein soleil. L’ainé espérait vraiment que cette promenade dans son coin secret favori allaient les calmer. L’eau de cette rivière parmi de grand rochers, était réputée pour calmer les plus angoissées et turbulant des hommes. Elle était persuadée que Uinen aimait y passer du temps à l’abri des regards car il fallait mériter l’accès à cette rivière, entre le sol poussiéreux et montagneux des alentours. Culinië et Nénië n’arrêtaient pas de pialer et se prendre d’intérêt pour n’importe quel arbre ou élément de l’environnement, impossible pour les jumelles de s’arrêter de parler. Pourvu que les eaux d’Uinen calment ces deux chipies.
Le soleil tapait toujours aussi fort et Caladis se cachait bien de ce dernier avec son châle rose. Elle cachait même son visage pour éviter les horribles coups de soleil même si elle avait protégée sa peau avec une crème adéquate. La chaleur la « tabassait » et elle avait hâte d’arriver pour se rafraîchir pour avoir de nouveau les idées bien claires. Même si son nom signifiait chaleur, elle doutait sérieusement de l’humour des Valar et de ses parents ; elle haïssait ce temps si chaud et ce soleil maltraitant avec ses rayons. D’ailleurs, elle préférait une peau bien blanche plutôt qu’une teinte dorée, voir même brune comme la plupart des Núménórééns. Sa peau était déjà d’une extrême blancheur à cause de la rousseur de ses cheveux.
Enfin arrivée à proximité de la rivière, Caladis fut choquée d’apercevoir un homme se tenant en plein soleil, comme si l’astre n’avait pas d’impact sur lui et appréciait réellement un bain de soleil. Craignant d’être vue, elle se cacha derrière un gros rocher, pour observer l’homme en question. Elle ne voulait aucunement le déranger, mais en même elle ne pouvait pas nier que la vue de cette mystérieuse personne était agréable. Elle se retint de crier lorsqu’elle constata à qui elle avait affaire devant elle et surtout qu’il était dans le plus simple appareil. Anárion, le petit fils d’Amandil, seigneur d’Andúnië, la tête pensante des Fidèles, rien que ça ! Caladis rougit à son comportement et surtout admirer ainsi une figure si importante au sein de leur communauté. La rousse se maudissait de son comportement car elle ne pouvait pas éloigner son regard de ce corps telle une statue.
Anárion ruisselait de gouttelettes d’eau sur toute sa peau nue, cela rajoutait quelque chose à plus à cette vision déjà forte plaisante de ce corps. Les yeux de Caladis glissèrent d’abord sur les muscles du dos, du cou avant de descendre sur ce torse brun, scintillant au soleil avec les reflets de l’eau additionné à la sueur. La lumière jouait avec l’or de ses grands bracelets aux poignet, mais aussi au niveau du biceps ainsi qu’avec ses perles dans les cheveux. Cela mettait encore plus en valeur sa belle peau brune.
Il avait les jambes écartées uniquement les chevilles jointes : il appréciait vraiment les rayons de soleil nu, sans se soucier des brûlures qui pouvaient en résulter. Comment était-il aussi inconscient ? S’appeler le fils du soleil n’était pas une raison suffisante pour avoir ce genre de comportement. Il l’énervait en même temps qui la fascinait. Sa peau halée donnait envie de la toucher et de sentir ses muscles si chaud sous ses doigts.
Caladis était hypnotisée, peu importe si elle essayait de rompre le contact avec Anárion, par les Valar ! La chaleur montait et la faute n’était pas la raison de l’orbe lumineux dans le ciel, mais bien un homme. Son comportement méritait un châtiment divin, pourvu que l’objet de son attention ne sente pas observé et se retourne.
— Caladis ! Tu fais quoi caché comme ça à regarder un homme tout nu ? Tu n’as pas honte ?! hurla presque Nénië.
— Mais en plus c’est le petit-fils du seigneur d’Andúnië !
—- Chut ! Chut ! Vous allez vous taire les deux petites commères ? chuchota Caladis.
Elle avait eu le temps d’attraper chacune de ses sœurs par le bras d’une telle violence que cette acte précipité les fit taire, enfin un moment. Caladis avait réussi à les pousser de nouveau derrière les rochers, pourvu qu’Anárion ne les avait pas entendus ! Nénië et Culinië étaient impatientes de parler et surtout taquiner leur sœur sur ce moment de voyeurisme. L’ainée était déjà terriblement gênée de n’avoir pas su dériver son regard de ce bel homme. Elle ne se souvenait pas l’avoir vraiment croisé une seule fois, même s’ils habitaient la même ville, surtout l’importance d’Anárion au sein des Fidèles. Une telle stature telle les rois de Númenor elle s’en souviendrai, bien sûr qu’il avait un port royal dans son attitude puisqu’il était de la famille royale de Númenor, un des descendants du Semi-Homme, Elros.
— Tu penses que son frère aîné, Isildur est comme lui ? Je veux dire aux dernières rumeurs, il n’a personne en vue à ce qu’on raconte au sein de la capitale, murmura désormais Nénië.
— Ils ont peut-être des cousins ou d’autres frères dont on ne connait pas leur identité ? espéra Culinië.
— Pourquoi parler de se marier ? Je ne comprends rien à vos piaillements, râla Caladis.
— Oh alors tu as apprécié ce que tu as vu, chère sœur ? J’avoue que ce corps brillant grâce à l’eau et aussi les veines de ses bras ou encore son cou !
— Puis les poils bruns couvrant son torse, une magnifique toison sur laquelle se reposer, si tu veux mon avis.
— Je me demande pourquoi je vous ai emmené avec moi, vraiment…
— Tu nous remerciera plus tard, grande sœur ! Tu sais ce qu’il te reste à faire, nous comptons sur toi et maintenant la famille aussi pour épouser ce beau prince de lignée royale ! conclut Nénië.
Caladis se focalisa encore un instant sur la vue plutôt que sur les paroles de ses sœurs, mais Anárion avait disparu. Plus personne sur son rocher, mais seulement son linge son sac en cuir et ses sandales. Où était-il passé ? Elle regardai aux alentours : pas une seule trace de ses deux sœurs intrépides. La végétation était luxuriante sur tout le long du cours d’eau ; les chênes ainsi que les oliviers se dressaient fièrement exposant leur feuille si vertes, de parfaites cachettes pour ses deux chipies de sœurs. Mais cela ne résolvait pas la disparition d’Anárion…Se cachait-il également parmi les arbustes et l’espionner à son tour ? Cela serait le juste retour des choses. Elle l’appréciait encore plus, cet esprit joueur et malicieux, une facette qu’elle n’aurait pas imaginée pour Anárion. Caladis le voyait toujours si passionné dans la lutte contre les hommes de Ar-Pharazôn et contre les nouvelles traditions, un vrai leader. Il méritait un jour de devenir roi de son propre peuple. Qui sait ce que deviendrai Númenor dans les prochaines années ?
— Bonjour, commença-t-il. Je suis étonné de voir une autre personne ici. Je pensais être le seul à connaître cet endroit. Trop tard pour me retrouver seul avec moi-même…Mais je pensais que deux autres femmes vous accompagnaient, vos sœurs, il me semble, Caladis ?
Merde, bien évidement avec leur sang mêlé à ceux des elfes, Anárion avait pu entendre leur petite discussion derrière le rocher, il savait même quand elles étaient arrivées. Elle avait tendance à sous-estimer les capacités physiques des descendants d’Elros, le premier roi de Númenor, à moitié elfe et humain, certains racontars disaient même la lignée bénie par les Valar et nul autre par Melian, une de leur ancêtre. Impossible de lui conter un mensonge ou autre, autant lui exposer la vérité, puis elle n’avait aucune envie de démontrer son talent pitoyable pour le mensonge devant un si bel homme. Heureusement qu’il avait revêtu sa tunique et ne se tenait pas nu devant elle.
— Bonjour, Anárion. Je me demande où elle sont parties ces petites fouines désirant savoir tout sur tout. Les pires petites sœurs. Et je me demande où elles sont parties.
— Je ne crains qu’elles se soient enfuies, vous laissant seule avec moi. Cela vous dérange-t-il, chère Caladis aux cheveux de feu ? Carnelótë ? (Fleur écarlate)
— Oh non à dire vrai, je préfère votre compagnie que les incessants jacassement de mes sœurs. Elles sont suffisamment grandes pour se gérer elle-même. J’ai qu’une envie de me rafraîchir de ce temps horriblement chaud.
— Me joindrez-vous à moi pour une bonne baignade fraiche dans ces eaux claires ?
Caladis le regarda encore un peu avant de donner sa réponse. Il était si beau et charmant, presque un prince tombé du ciel. Même s’il l’avait clairement grillé dans son voyeurisme, il restait intègre. Après tout la nudité n’était pas honteuse sur l’île beaucoup moins que ne l’était les elfes dans les récits qu’elle pouvait entendre de la part des Fidèles. La beauté des corps surtout des hommes était célébré et aucune raisons de se sentir mal à l’aise à la vue d’un autre corps nu. Sauf peut-être s’il s’agissait du fameux Anárion… Il était encore plus beau de près avec cette peau si brune, et quelques taches de soleil couvrant ses bras et ses jambes. Il la regardait avec ses grands yeux marrons, presque suppliant, comment résister à une telle expression ?
— Comment résister à cette eau rafraîchissante et curatrice de nos angoisses, de nos peurs et de nos pensées intrusives ?
— J’en suis heureux de passer un peu plus de temps en votre compagnie, il est toujours bon d’apprendre à connaître nos consœurs dans notre lutte. Mais aussi partager du bon temps avec, répondit Anárion en souriant.
— Ne m’en voulez donc pas d’avoir dérangé votre sérénité et votre communion avec Arien, la soleil ?
— Aucunement, Carnelótë. Les moments sont faits pour partager et il semble que nous soyons les gardiens de ce petit havre de paix. Je serai bien égoïste de ne pas vous laisser vous baigner surtout par cette chaleur, presque insupportable.
— Vous avez bien raison, Prince Anárion…
Merde, pourquoi prince ? Officiellement, l’homme en face d’elle n’était qu’un seigneur même s’il était d’ascendance royale, quel impair ! Elle essaya de garder une posture digne, de ne pas se décomposer suite à cette erreur, en vain. Anárion l’impressionnait grandement et encore plus au vu de leur proximité, d’à peine cinq centimètres.
Anárion se contenta de rire doucement sans pour autant se moquer de Caladis, quel doux son aussi beau que l’eau ruisselante dans une rivière. Encore un autre point pour lequel il était impossible de résister. Après tout, elle se sentait en sécurité à ses côtés, paisible et une impression d’être chez elle, quelle agréable sensation. Sa joie de vivre la détendit un peu, il n’avait pas mal pris cette remarque, heureusement qu’elle ne l’avait pas appelé roi…
— Vous avez une très haute opinion de moi, avança Anárion. Il est vrai que j’appartiens à la haute noblesse de Númenor, mais je suis uniquement un seigneur et pas un prince. Ce jour n’arrivera pas, de même que la fonction de roi, même si je crois en un destin exceptionnel me concernant.
Caladis s’approcha un peu plus de lui pour lui toucher l’avant-bras gauche pour ensuite essayer de regarder dans ce regard si marron et pétillant de douceur.
— J’ai un certain sentiment que vous deviendrez un jour un grand roi, Anárion, j’ignore s’il s’agit de notre royaume de Númenor au vu de sa déchéance ou au sein de la Terre du Milieu.
Anárion posa sa grande main chaude sur celle de Caladis, et son cœur rata un battement. Parler avec le grand Anárion était déjà un honneur, mais maintenant avoir un contact physique avec lui était tout autre…Si doux dans ses gestes, presque sensuel… Sa peau brûlait de ce toucher, mais elle ne voulait aucunement que cette main quitte la sienne.
Que ces mains m’étranglent.
Mais pourquoi subitement de telles pensées ? Très sûrement la chaleur et le soleil tapant un peu trop sur son cerveau, oui il s’agissait sûrement de ça. Reprenons un peu de sérieux, pourvu qu’elle se baigne dans peu de temps et puisse retrouver un peu de dignité devant ce merveilleux homme.
— Avez-vous le don de voyance, Caladis ? demanda Anárion, surpris par une telle révélation.
— Non, pas du tout, je suis uniquement une femme pessimiste et je n’ai pas beaucoup d’espoir pour le règne de notre reine Tar-Míriel avec son cousin qui tourne autour. Cet homme ambitieux ira plus loin que d’observer et je sens le vent étrangement tourner. Ce ne sont que des intuitions que j’éprouve depuis un moment déjà. Et je ne sais comment les interpréter, alors je les laisse de côté, car rien n’est alarmant concernant notre situation.
Caladis baissa la tête pour ne plus affronter le regard d’Anárion. Elle se sentait un peu ridicule d’avoir tant de doute concernant sa patrie, surtout devant un dirigeant de leur peuple. Mais tout lui avait semblé si simple pour lui confier ouvertement ses doutes, sans méfiance, comme une confiance aveugle en cet inconnu, pourtant l’intuition de déjà le connaître. De son autre main, Anárion posa son index et son majeur sur le menton de Caladis afin de remonter son visage et à nouveau pouvoir admirer ses yeux verts. Elle tomba de nouveau devant ses yeux si profond et presque suppliants, avec une once de tristesse.
— S’il vous plait, même si vous n’avez pas le don de clairvoyance, ne sous-estimez jamais vos intuitions. Je pense cela comme des pensées envoyées des Valar et elles sont importantes, puissiez vous-même être une simple pêcheuse ou travailleuse des champs. Toutes les voix comptent, vous le savez bien. Et je vous remercie de partager vos doutes avec un inconnu tel que moi, ses pensées ne seront pas oubliées.
— Mais vous n’êtes pas un inconnu, contesta Caladis. Je le sens au plus profond de mon cœur que je peux vous faire confiance, fils du Soleil, après tout vous êtes le dirigeant de notre peuple avec votre grand-père.
— Je vous en remercie, Carnelótë, pour m’avoir accordé votre confiance. Et cela me conforte dans l’idée que j’ai eu raison de vous déloger de votre cachette. Allons, nous baigner, ce bain à ciel ouvert nous tends les bras !
Caladis ne préféra pas répondre uniquement d’acquiescer. C’est vrai, même s’ils se trouvaient debout à l’ombre, elle mourrait de chaud. De plus, elle voyait très bien la sueur couler sur la peau d’Anárion : au niveau de son cou et de sa veine apparente, mais aussi de ses bras musclés et poilus ou encore au niveau de ses jambes. Ne surtout pas plus se focaliser…La chaleur avait définitivement atteint son cerveau…
Anárion était subjugué par la personnalité si solaire de cette femme aux longs cheveux roux et bouclés. Ses intuitions n’étaient pas non plus à prendre à la légère et il voulait en connaître encore plus sur ses pensées, connaître aussi ses origines, son environnement. Son esprit refusait de s’arrêter et surtout apprécier le moment présent, surtout de se sentir aussi bien avec quelqu’un, un sentiment qu’il n’avait plus connu depuis son départ de la capitale pour ses convictions, pour ses choix politiques, pour une meilleure vie, tout en embrasant son héritage de haut seigneur. Il retrouvait de ce bonheur d’être de nouveau chez lui entouré d’Isildur, d’Eärien et d’Elendil. Le visage de sa mère, Aldariel, lui traversa également l’esprit. Carnelótë était une très belle femme, il ne pouvait pas le nier. Même s’il a déjà eu des attirance pour le genre opposé, jamais le jeune seigneur ne s’était senti si en confiance auprès d’une âme, en étant presque serein de lui confier son corps et son être, sans rechigner. Était-ce là le sentiment de rencontrer son âme sœur, sa moitié au premier regard ? Comme ce qui était conté dans la plus belle des légendes de ses aïeux, Beren et Lúthien ?
Cette impression de connaître Caladis depuis toujours refusait de partir. Il lui souriait tendrement pour communiquer encore plus sa joie d’être en sa présence. Comme il aurait aimé qu’Isildur soit présent pour lui confier tous ce qu’il ressentait présentement et surtout recevoir ces jugements chamailleurs tel un grand frère protecteur sur cet amour lui étant tombé dessus. Il espérait cet amour inconditionnel et cette manière de tomber à la merci des sentiments d’une autre personne. Peut-être était-ce déjà le cas ?
Perdu dans sa tempête de sentiment et de pensées, Anárion n’avait pas vu Caladis retirer son voile et ainsi dévoiler ses cheveux tenu dans une coiffure complexe avec des rubans dorées. Le soleil éclairait ses boucles de magnifique reflets cuivrés et dorée, comme le feu. Il l’avait si bien surnommé après tout, Carnelótë lui correspondait si bien, encore une évidence de lui donner un propre nom dès leur rencontre.
Lui aussi en profita pour se dévêtir de sa courte tunique ainsi que son pagne protégeant son entrejambe. Dans le même élan, Caladis retira aussi sa longue robe ainsi que sa tunique protectrice. Anárion se retint de ne pas la scruter de haut en bas, un regard très mal venu et surtout pas galant du tout, il voulait qu’elle se sente en sécurité avec lui et non pas comme un bout de viande, une proie. Mais cela n’était pas grave aussi tentant que cela puisse être de détailler son corps nu, ses yeux verts étaient magnifiques comme son visage rempli de tache de rousseur sur cette peau si laiteuse comparé à la peau dorée par le soleil d’Anárion. Il craignait même qu’elle devienne rouge comme une écrevisse à trop s’exposer au soleil, mais avait-il vraiment le choix au sein de Númenor ?
— Tout va bien, vous ne cramez pas trop ? Cela doit être très compliqué avec une peau si blanche que la vôtre de vivre sur notre île.
Caladis s’assit sur un rocher dans l’ombre avant de gentiment placer ses pieds dans l’eau. Elle le regardait toujours aussi intensément. Anárion était presque certain qu’elle éprouvait la même difficulté que lui pour rester dans un échange cordial et surtout ne pas se laisser à leur impulsivité. L’eau leur tendait les mains. Par contre, il ne refusait pas l’invitation de Caladis à venir s’asseoir à côté d’elle pour continuer à discuter tout en se rafraîchissant. La tension et la chaleur montaient entre les deux. Elle riait de nouveau.
— Habituellement, je reste dans ma maison, patientant que le soleil décline. Puis, une bonne grosse dose de crème pour me protéger. Je me demandais la même chose vous concernant, enfin plutôt l’inverse. Vous semblez si peu enclin à vous protéger du soleil ou et même à chercher ses rayons. Je sais que ma question peut vous paraître stupide surtout concernant notre nom, fils du Soleil.
— Non, il est vrai que cela peut être déroutant et une partie de la réponse se cache dans la question. J’ai un certain lien depuis toujours avec Arien, notre chère Maia transportant notre astre lumineux. Et je dois dire que je n’ai jamais brûlé de ma vie à cause des rayons du Soleil, peu importe les heures que je restais prélassé dehors. Une vraie bénédiction des Valar.
— Il y en a qui sont plus avantagé par les Valar que d’autres à ce que je vois, plaisanta Caladis.
— Je ne dirai pas non plus ça. A mes yeux, vous êtes très belle. De plus, je suis persuadé qu’ils vous ont donné un don de clairvoyance. Tout le monde est exceptionnel aux yeux des Valar et surtout d’Eru Illuvatar.
— Merci, Anárion, vos compliments me vont droit au cœur.
Anárion hocha la tête avant de tenter un simple contact en posant sa main sur l’épaule de Caladis de soutien. Elle rougissait, mais son sourire se démarquait sur ce si beau visage.
Elle s’agenouilla d’un coup pour s’asperger son corps peu à peu d’eau : sur la nuque, sur les bras ou encore sur les jambes. Anárion suivit les mains de Caladis, impossible de détourner le regard, de si belle mains. Ses gros bracelets argentés s’entrechoquaient à chacun de ses mouvements ; une douce mélodie pour l’homme brun. Il suivait les courbes de sa peau touché par ses doigts et voulu également la toucher, mais se retint. L’admirer nue lui suffisait déjà amplement. Il suivait même les gouttes sur sa peau chaude, presque aussitôt évaporée. Son regard passa de l’entre sein, à ses tétons et sa poitrine pour passer sur le ventre rebondi et ses belles courbes au niveau de ses hanches. Oh qu’il aimerait tant être entre ces fortes cuisses et les embrasser.
Caladis entra alors dans l’eau, confiante, heureusement pour Anárion, il n’aurait pas à lui cacher son début d’érection, bien qu’il n’eût aucunement honte de son corps. Ce n’était pas le lieu, ni le moment pour engager un quelque conque rapprochement physique. Il voulait avant découvrir son esprit avant la chaleur de son corps. Il répéta les mêmes gestes que Caladis pour éviter un choc de température et sauta dans l’eau bien froide et agréable de la rivière. Son regard suivit Caladis, impossible de se focaliser autre part. Elle nageait sur le dos, une position laissant sa poitrine à vue, magnifique, aussi belle qu’une sirène et tout autant envoutante.
Anárion se cala sur la rive de la rivière entre plusieurs pierres pour apprécier le moment présent, sans l’utilité de la parole, un agréable moment en compagnie de l’autre gardienne de ce lieu. Quelle meilleure après-midi de regarder une magnifique femme rire et nager nue dans la rivière avec les magnifiques rayons du soleil sur sa peau ? Rien d’autres, puisse ce genre de moment, ne jamais se terminer. Caladis…sa belle fleur cuivrée.
