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Contrejour

Summary:

L'erreur d'Anakin avait été de croire qu’une conversation pouvait tout régler.

Notes:

Ce one-shot s'insère chronologiquement entre les deux dernières scènes de Diffraction (Iridescence).

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Qui-Gon avait souvent reproché à Anakin de se reposer sur ses lauriers, de se satisfaire de ses victoires sans en prendre en compte le contexte et les conséquences éventuelles. 

Et l’apaisement de sa relation avec Obi-Wan avait été une victoire, sans équivoque. 

Son erreur avait été de croire qu’une conversation pouvait tout régler. Que les épaules détendues de son padawan, sa présence dans l’appartement au réveil d’Anakin et cette fichue brioche étaient la preuve que tout allait bien. 

Il n’y avait pas que ça, bien sûr. Ils tâtonnaient encore un peu, mais quand deux personnes étaient aussi déterminées à se rapprocher, tout en devenait facilité.

Il y avait leurs duels d’apprentissage si satisfaisants qui laissaient entrevoir un jour où Obi-Wan deviendrait un adversaire dangereux même sans l’adrénaline, les conversations qu’ils avaient sur la banquette, les discussions autour des cours et leur différence d’opinions sur l’intérêt de ceux-ci.

Il y avait les échanges d’anecdotes prudentes, hésitantes, sur leur temps passé avec Qui-Gon, les informations parfois déroutantes qu’Anakin récoltait comme autant de pièces du puzzle qui constituaient son apprenti. Celui-ci avait appris à tirer comme un chasseur de prime lors de cette longue mission dans le secteur mandalorien, l’histoire du vol de la navette était plus complexe qu’il l’avait laissé sous-entendre et lui avait permis de rencontrer le propriétaire du meilleur fast-food auquel Anakin avait eu accès de ce côté-ci de la galaxie. Il avait été sincèrement honoré qu’Obi-Wan le lui fasse découvrir. 

On ne partageait pas les lieux qu’on aimait avec n’importe qui. 

Obi-Wan était volontiers volubile, désormais, et d’une bonne humeur gratifiante presque tout le temps, et lorsqu’il ne l’était pas, c’était dû à un détail facilement réglable, une frustration qu’une discussion ou un entraînement résolvait. Qui-Gon avait eu raison : il avait la réplique et la critique faciles, mais était tout aussi prompt à se reprendre.

Son erreur avait été celle-ci : celle de s’être laissé éblouir par tout ce qu’Obi-Wan disait et de pardonner ses silences, les transgressions que son padawan pensait secrètes et qui paraissaient si anodines. Lui non plus n’avait pas tout dit à son maître, et il avait fait bien pire que de céder à son perfectionnisme en refusant de renoncer à son emploi du temps trop chargé, malgré les demandes d’Anakin. À un moment, Obi-Wan finirait par faire une erreur qui lui permettrait de déclarer « je t’avais prévenu ».

Deux mois après avoir repris de zéro, ils n’avaient pas encore créé de lien d’apprentissage, mais Anakin se souvenait de l’étrangeté qu’avait été son absence après la dissolution du sien avec Qui-Gon, n’imaginait pas ce que sa disparition brutale et inattendue avait pu être pour Obi-Wan.

Malgré tout, il n’avait pas non plus oublié le fiasco du titre de « maître » et, jugeant qu’assez de temps s’était écoulé, il avait prévu d’en parler à Obi-Wan ce soir-là, au calme chez eux, de lui demander ce qu’il souhaitait faire à ce sujet.

C’était pourtant un hasard qui l’avait envoyé à la recherche de son padawan à ce moment-là. Il avait aperçu l’apprentie de Ferus, Siri Tachi, de loin, en train de rejoindre Bant Eerin et Garen Muln, formant ainsi la petite communauté des amis proches d’Obi-Wan. Manquait à l’appel Quinlan Vos, en mission avec Aayla, mais ce dernier ne faisait pas partie du même groupe, Obi-Wan et lui formaient une entité à part. 

L’absence de son padawan parmi eux le fit s’interroger sur le lieu où il se trouvait. Anakin aurait pu techniquement aller déranger ce trio rassemblé de façon si pratique, mais malgré l’amélioration indubitable de sa relation avec Obi-Wan, il se savait encore assez peu populaire auprès d’eux. L’implacable politesse d’Eerin avec lui n’était pas sans rappeler Obi-Wan lui-même à son plus passif-agressif, Muln ne lui avait pas encore adressé la parole, n’y ayant pas été contraint et forcé, et Siri le détestait avec tout le mépris dont une jeune femme de dix-neuf ans était capable.

Aucun d’entre eux n’était pire que Quinlan Vos qui travaillait activement dans le sens contraire des intérêts d’Anakin. Ce dernier n’avait pas oublié que c’était en discutant avec son ami qu’Obi-Wan avait pris la décision de renoncer à son apprentissage. Néanmoins, si Anakin allait leur demander où se trouvait leur membre manquant, il y avait cent pour cent de chances qu’on l’envoie dans la direction opposée.

Peu importe, il n’avait pas besoin d’eux. À une heure où Obi-Wan n’avait pas de cours, s’il n’était ni avec eux ni avec Vos, alors il se trouvait aux Archives ou dans une salle d’entraînement. 

S’il était aux unes, Anakin irait l’en tirer de gré ou de force ; s’il se trouvait dans l’autre, il se joindrait à lui. Il commença par vérifier quelles étaient les salles réservées et par qui et trouva tout de suite sa proie, probablement en train de répéter ses enchaînements de Soresu inlassablement.

Ce serait un plaisir d’aller le déranger.

 


Les salles d’entraînement individuelles se verrouillaient de l’intérieur. Il existait un code d’urgence qu’Anakin décryptait aussi régulièrement qu’on le changeait, aussi il n’eut aucune difficulté à entrer discrètement. 

Une fois dans le petit sas s’ouvrant sur la zone de combat, il fit un pas pour y pénétrer, puis s’arrêta net.

Peu de temps après les événements tragiques de Naboo, le duel de Qui-Gon et Obi-Wan contre le Sith avait été recréé avec toutes les images qu’on avait pu en trouver. Un hologramme d’entraînement du Sith existait donc dans l’objectif d’étudier son style martial afin d’en tirer des informations.

Il ne se souvenait pas d’avoir donné l’autorisation à Obi-Wan d’y accéder.

Il ne le lui aurait jamais permis.

Pourtant, son padawan rejouait le combat contre Qui-Gon au ralenti, consciencieusement, avec le même sérieux avec lequel il écoutait Maître Billaba.

Dans le rôle du Sith.

Ses mouvements n’étaient pas ceux de quelqu’un qui s’essayait à un exercice. C’était ceux de quelqu’un qui les avait répétés des dizaines de fois déjà, qui en maîtrisait presque chaque étape, et semblait ainsi recréer à l’envers le style de leur ennemi, la version traditionnelle de la Forme VII, en commençant par les éléments les plus compliqués. 

Anakin réussit à maîtriser son horreur parce qu’Obi-Wan exécutait ce Juyo perverti par le Côté Obscur sans aucune passion, sans la violence émotionnelle contrôlée qu’il exigeait. C’était un découpage, une autopsie froide. Ce qui ne rendit pas moins épouvantable le moment où il exécuta le geste qui avait mis fin aux jours de Qui-Gon, sans une hésitation, avant d’enchaîner sur la suite du duel, celle où il avait lui-même affronté le Sith. 

Mais à la fin, au moment de cette décision qu’il avait prise en une fraction de seconde de se jeter contre son adversaire, il ne respecta pas la lenteur et la surprise du Sith. Il réagit comme l’aurait dû faire ce dernier s’il avait été moins arrogant. 

Obi-Wan exécuta le coup qui aurait pu, dû, le tuer quelques mois plus tôt, avec autant de froideur que durant tout l’enchaînement.

Et, incidemment, il se retrouva face à Anakin.

Il se figea. Anakin profita de ces précieuses secondes pour se remettre de son choc, reprendre un semblant de sang-froid.

— Obi-Wan. 

— Ce n’est pas ce que vous croyez, souffla-t-il d’une voix inégale qui essayait si fort de rester calme, la voix de quelqu’un qu’on a pris la main dans le sac et qui cherche à gagner du temps pour se justifier. 

— Tu n’es pas en train de recréer le duel contre le Sith dans le rôle du Sith ? demanda Anakin, lui d’une voix bizarrement neutre. À l’aide d’un hologramme auquel tu ne devrais certainement pas avoir accès ? Dis-moi que ce n’est pas le padawan Vos qui te l’a obtenu. 

— Quinlan n’a rien à voir là-dedans, rétorqua Obi-Wan vite, trop vite, et qu’il mentait mal quand on le regardait dans les yeux ! 

Aayla en entendrait parler. Anakin se contrefichait que Vos ait piraté le système informatique de l’Ordre, il l’avait fait lui aussi, s’attendait à ce que tout padawan un tant soit peu doué pour la technologie ait essayé à un moment ou un autre. 

Mais que quelqu’un se prétendant l’ami d’Obi-Wan l’ait encouragé dans cette reconstitution monstrueuse…

— Il ne savait pas ce que j’allais en faire, se corrigea Obi-Wan, conscient que son argument ne tenait pas. Je lui ai dit que je voulais voir ce qui s’était passé avec du recul. Et d’un certain point de vue…

— D’un certain point de vue, recréer la Forme VII, dont l’apprentissage est strictement interdit sans l’accord du Conseil et l’accompagnement constant d’un maître, et telle qu’exécutée par un adepte du Côté Obscur, en plus, c’est prendre du recul ? 

— Ce n’est pas ce que je fais ! Je n’apprends pas le Juyo ! J’essaie juste de comprendre. 

— Comprendre quoi ? 

— Ce qui a pu arriver ! Comment Maître Qui-Gon a pu perdre, ajouta Obi-Wan plus bas.

Il ajouta, presque suppliant :

— Si je comprends ce qui s’est passé, si je maîtrise la façon de se battre du Sith, je pourrai…

— Obi-Wan, tu rejoues en boucle un duel qui appartient au passé, que tu n’auras jamais à revivre, et ce n’est pas en le recréant encore et encore que tu vas avancer. Tu n’évolues pas. Tu n’apprends pas. Tu essaies de réécrire ce qui est déjà arrivé.

Anakin le contemplait avec horreur, son padawan si lumineux, si mature, entraîné dans la spirale infernale de cette victoire qu’il avait toujours considéré comme une défaite.

— Si ! répliqua Obi-Wan. Regardez. 

Et sans une hésitation, il relança la simulation, ramena à la vie la créature qui leur avait volé leur maître et prit la position d’ouverture du Soresu. Puis il reconstitua le duel, au ralenti, mouvement après mouvement, indiquant où la maîtrise tranquille de la Forme III aurait été le brise-lame du chaos de la Forme VII.

Et Anakin, de plus en plus horrifié, revit à la hausse le nombre d’heures qu’il avait passé à recréer son cauchemar.

 


Il s’était bien demandé pourquoi Obi-Wan avait choisi d’étudier le Soresu. Basé sur la patience, la défense et l’objectif d’épuiser son adversaire, cet art martial était de loin le moins populaire, surtout parmi les plus jeunes qui le jugeaient ennuyeux à mourir. Peut-être qu’Obi-Wan avait été l’exception confirmant la règle et que Qui-Gon ne lui en avait pas encore laissé la possibilité, voulant d’abord s’assurer sa maîtrise de l’Ataru.

Une maîtrise largement prouvée. Malgré ses interrogations, Anakin avait été déterminé à être encourageant, à ne pas donner l’air de remettre en question les choix de son padawan. Il ne laissait pas son Ataru se détériorer de toute façon, l’entretenait au cours de ces séances organisées par Maître Pira-Karn ; Anakin et lui faisaient régulièrement des duels d’apprentissage pour qu’ils apprennent à se connaître, et permettre à Obi-Wan de trouver un équilibre dans sa nouvelle voie martiale. Il y ajouterait le Niman quand Maître Billaba le jugerait prêt.

En attendant, Anakin avait demandé la mort dans l’âme qu’on leur confie des missions plus diplomatiques que guerrières. Une négociation ayant mal tourné tourna au pugilat, et ce fut dans le cadre de ce combat inattendu qu’il avait compris. 

Il n’avait pas eu le temps d’admirer le travail, mais il en avait senti les conséquences, la pression diminuée autour de lui. Il s’était toujours battu seul, même accompagné de quelqu’un. Ce n’était pas une absence de collaboration, juste une entente tacite : à ses côtés, on combattait en parallèle plutôt que dos à dos.

Leurs adversaires n’étaient pas de taille, Anakin aurait pu s’en charger seul sans trop de difficulté. Une difficulté encore diminuée par la présence de son padawan qui, après trois mois d’apprentissage intense du Soresu, formait un mur honorable entre lui et le danger qu’auraient pu poser des ennemis plus redoutables.

« Prends soin d’Anakin », lui avait dit Qui-Gon. 

Prends soin d’Anakin, une instruction injuste et vague qu’Obi-Wan avait gravée en lui et qui se traduisait par des brioches le matin et, apparemment, l’apprentissage d’un tout nouvel art martial.

— Ton Soresu se développe bien, lui avait dit Anakin de l’air le plus dégagé possible. 

Son padawan s’était éclairé comme un soleil à ce compliment. 

— Maître Billaba dit que j’avance bien. 

Oui. Oui, Anakin le savait, Depa Billaba lui avait rapporté qu’Obi-Wan était un élève concentré et déterminé, que c’était un plaisir de lui enseigner cet art martial négligé. « Peut-être un peu trop déterminé », avait-elle ajouté délicatement. Anakin l’avait perçu, et avec justesse, comme un rappel à réfréner quelque peu les ardeurs de son apprenti avant qu’il s’effondre d’épuisement. 

Mais la détermination d’Obi-Wan n’était peut-être pas tant due à son perfectionnisme qu’à son engagement envers une mission qui n’aurait jamais dû lui revenir. 

« C’est au maître de prendre soin de son padawan. » Apparemment, ça, Obi-Wan ne l’avait pas gravé en lui.

Anakin l’avait observé, observé son rapport à son art martial, s’assurant qu’il ne se torturait pas et qu’il prenait un plaisir sincère à son apprentissage. Ça semblait être le cas, même si on n’aurait su déterminer si c’était le Soresu ou la satisfaction de la réussite qui portait Obi-Wan.

Anakin avait craint qu’il s’agisse d’une obligation. 

Il aurait dû se demander si ça ne venait pas simplement d’une obsession.

 


Obi-Wan s’arrêta et se tourna vers Anakin, triomphant.

Obi-Wan, oh, Padawan.

— Obi-Wan. Obi-Wan, tu te bats contre les mouvements figés d’un adversaire que tu n’affronteras plus jamais. Ce n’est pas évoluer, pas à ton niveau. Tu le sais, Padawan. Dis-moi que tu le comprends.

— Mais il a un maître.

Obi-Wan baissa son sabre laser, le triomphe ayant laissé place à un désir anxieux de convaincre. 

— Quelqu’un lui a enseigné le Juyo. Et si je suis incapable de battre l’apprenti dans des conditions normales, je n’ai aucune chance contre son maître. Alors si je comprends comment il se bat, si je peux contrer ses coups…

Anakin sentit une main glaciale l’étrangler. Bien sûr qu’Obi-Wan s’attendait à affronter le maître Sith. Ils n’en avaient jamais parlé mais la conclusion était évidente. Il aurait dû le savoir. Il aurait dû comprendre que cette peur se serait logée en lui, aurait créé la tumeur qui l’avait entraîné dans cet exercice insensé.

— Tu crois vraiment que je le laisserais t’approcher ? gronda-t-il. 

Il avait cherché à rassurer, mais sa voix avait été sèche, brusque.

— Mais je ne veux pas que vous me protégiez ! cingla Obi-Wan contre toute attente. Je ne veux pas ! Je n’ai pas oublié ce qui s’est passé quand mon maître a décidé que me protéger était plus important que de vaincre un adversaire ! La prochaine fois, il n’aura pas ce choix à faire. Vous n’aurez pas à le faire, répéta-t-il pour lui-même. 

Est-ce qu’il accusait Qui-Gon d’erreur de jugement ? Pourquoi, par… attachement ? Maître Qui-Gon Jinn?

— La mission d’un Jedi est de protéger la vie avant tout, rappela Anakin, incrédule.

— Pas si son ennemi est un Sith. Pas si son partenaire est un autre Jedi, qui aurait dû être capable de le soutenir plutôt que d’être un poids.

Sans même s'en rendre compte, Anakin l’avait rejoint. Il le saisit par le bras.

— Tu penses donc que ta vie vaut si peu ?

— Elle a en tout cas moins d’importance que de vaincre un Sith. Et elle n’en a certainement pas plus que celle de Maître Qui-Gon, ni que la vôtre. On pourrait affirmer qu’elle en a moins, parce que je n’ai pas votre expérience, je ne peux pas apporter à l’Ordre, à la galaxie, toute la richesse de votre connaissance. Mais, ajouta-t-il très fort avant qu’Anakin cède à l’envie de le secouer, je peux respecter la décision de Maître Qui-Gon en faisant tout ce que je peux pour la justifier.

— Non. 

— … Non ? répéta-t-il, pris de court.

— Non. Tu n’es pas là pour atteindre un objectif flou et, te connaissant, inaccessible. C’est fini. Ces petites séances sont terminées. Je t’ai demandé de renoncer à deux modules d’enseignement minimum, et je sais que tu ne l’as pas fait. Je sais que le padawan Vos te les fournit, ceux-là aussi. Tu vas arrêter de bourrer ton emploi du temps, et s’il faut que je m’installe dans ta chambre pour être certain que tu dors la nuit au lieu de réviser, je le ferai. 

— Vous…

— Et, l’interrompit Anakin, si j’apprends que tu as encore une fois mis les pieds dans la section consacrée à la Guerre Sith, je demanderai à Maître Nu de t’interdire intégralement l’accès aux Archives sans supervision. C’est clair ? 

— Vous ne pouvez pas faire ça, souffla Obi-Wan, les yeux écarquillés. 

— Tu es mon padawan. Tu as accepté de suivre mon enseignement et parfois, ça signifie aussi suivre les directives que tu n’aimes pas. Tu as un apprentissage à terminer. Affronter le maître Sith n’en fait pas partie.

Parce que je l’exécuterai avant qu’il touche à un seul de tes cheveux. Parce que c’est mon destin.

— Je suis un Jedi !

— La mission de l’Ordre ne se résume pas à éliminer les Sith, et si cet objectif en fait partie, c’est parce qu’ils menacent la vie. Faut-il que je te renvoie suivre les cours des initiés pour te rafraîchir la mémoire ?

— Qu’est-ce que vous en savez ? Vous n’avez pas été initié, rétorqua Obi-Wan, une réplique bien faible venant de lui, à la limite d’ad hominem, et à laquelle il ne se serait jamais abaissé en temps normal. 

— D’autant plus embarrassant pour toi. 

Il s’empourpra, se dégagea brutalement et sortit de la salle d’entraînement d’un pas furieux. 

Anakin resta là, désemparé, le bras encore à moitié tendu et les doigts se rappelant celui d’Obi-Wan entre leurs phalanges. Il ferma les yeux, regrettant violemment que Qui-Gon ne soit pas là, de ne pas pouvoir lui demander quoi faire. 

Mais si Qui-Gon avait été là, il n’aurait pas eu ce problème.

Il se dirigea vers la console de projection et en arracha brutalement la copie de l’hologramme, toujours figé dans cette expression de surprise qu’avait montrée le Sith quand Obi-Wan lui était rentré dedans lors de leur duel. 

Il lâcha l’enregistrement par terre et l’écrasa sous son talon, puis pressa très fort les paumes contre ses yeux. 

Et maintenant ?

 


Obi-Wan revint quelques heures plus tard à leur appartement, les traits tirés mais calmes. Quand la porte se referma derrière lui, il s’inclina, profondément. 

— Maître, je vous présente toutes mes excuses. Mon comportement était inacceptable et immature.

Maître. Anakin sentit un pincement d’angoisse disparaître. 

Maître. Une acceptation renouvelée,  encore, malgré leur dispute, une ouverture par laquelle il s’engouffrerait. Il s’était excusé trop de fois auprès de Qui-Gon sans en penser un mot pour se contenter des paroles d’Obi-Wan. Parce que son padawan s’excusait de sa dernière réplique, pas du temps passé à affronter l’hologramme. Anakin se leva de la banquette, s’assit par terre en position de méditation et dit :

— Viens. 

C’était une main tendue, une demande de lui accorder sa confiance. L’hésitation d’Obi-Wan fut douloureuse, même si prévisible. Enfin, à pas lents, hésitants, il vint s’installer face à lui. Anakin tendit les paumes ; une nouvelle hésitation.

Ce ne serait pas la première fois qu’ils méditaient ensemble, loin de là. Mais ce serait la première fois qu’ils se toucheraient, peau contre peau, la première fois qu’ils s’ouvriraient l’un à l’autre aussi grand. Anakin attendit, cachant combien la décision d’Obi-Wan lui importait. Il la respecterait. Il ne la forcerait pas. 

Mais parfois, il craignait combien ce serait facile. Ce serait pour son bien, n’est-ce pas ? 

Ce serait pour son bien. 

Obi-Wan s’agenouilla devant lui et, après une inspiration presque irritée, il appuya les mains contre les siennes, les paumes d’abord, puis chaque doigt, un nouveau point de contact et de chaleur, une nouvelle preuve de confiance. 

Anakin devrait probablement méditer plus tard sur le sentiment de triomphe qu’il ressentit à cet instant. 

Il attendit qu’Obi-Wan lève les yeux de leurs mains jointes pour dire :

— Montre-moi le duel. 

— Vous l’avez déjà vu, répondit-il avec une petite torsion de la bouche. 

— Non. Montre-le-moi de ton point de vue. 

Je veux le vivre à travers tes yeux. 

La demande aurait été cruelle, si Anakin n’avait pas vu son padawan se forcer à le revivre en boucle. Obi-Wan rentra les épaules, baissa la tête, ses doigts se replièrent. Presque une caresse, mais seulement parce qu’il avait les ongles courts. Des griffes auraient ouvert la chair exposée. 

Anakin écarta légèrement les siens et les entremêla avec ceux d’Obi-Wan, lui pressa les mains, je suis là, je te tiens, tu n’es pas seul, je ne te lâcherai pas. 

Obi-Wan leva à nouveau les yeux, croisa son regard et, enfin, redressa les épaules. Il répondit à la pression des doigts d’Anakin, puis ferma les paupières. Après une seconde à contempler son visage cherchant l’apaisement, Anakin l’imita et le rejoignit dans la Force. Ils flottèrent ensemble, comme ils le faisaient si souvent, trouvant une sérénité simple à la présence de l’autre, un calme instinctif. Dans ce type de méditation, Qui-Gon avait été un roc serein dans la tempête. Anakin n’était pas capable d’offrir cette même stabilité à son padawan, doutait qu’il le serait jamais, mais il pouvait ballotter avec Obi-Wan et à deux, ils atteignait un équilibre, un moyen de se laisser porter.

Quelque chose changea. Obi-Wan, soudain, s’ouvrit à lui une nouvelle fois, sembla le saisir par le bras et l’entraîner dans un autre courant. 

Et.

Le Sith.

Le froid. La violence. Le désir de destruction qui le prend à la gorge. 

Le Côté Obscur, comme il ne l’avait jamais connu, la compréhension soudaine de ce qu’était se voir disparaître en échange de puissance, du plus de puissance possible, de se soumettre en croyant dominer… Non, non, non pas encore, pas tout de suite. D’abord : 

Le froid. La violence. Le désir de destruction de l’adversaire qui prend à la gorge. 

La peur qu’on chasse et le combat qui commence, la force des coups, mais Maître Qui-Gon est là, tout ira bien, Maître Qui-Gon est serein. 

Non. 

Maître Qui-Gon n’est pas serein. Maître Qui-Gon, petit à petit, s’éloigne, dans la Force, dans le combat, Maître Qui-Gon cesse de compter sur sa présence et se met en travers et… 

(Du choc et de l’incompréhension et de l’amertume et de la peur de la peur de la peur et…)

Le Sith frappe. Maître Qui-Gon tombe. 

DOULEUR. FUREUR. 

Le froid. La violence. Le désir de destruction qui le prend à la gorge. Puissance, plus de puissance, j’ai besoin de plus de puissance, je te tuerai je le vengerai je me vengerai…

Le Côté Obscur, comme il ne l’avait jamais connu, la compréhension soudaine de ce qu’était se voir disparaître en échange de puissance, du plus de puissance possible, de se soumettre en croyant dominer…

(Ce n’est pas moi)

Un silence dans la Force, une seconde de clarté, de Clarté. Le rictus moqueur du Sith et, tout au fond, derrière le simulacre de son pouvoir, derrière sa satisfaction : de la souffrance et de la peur.

(Ce que je deviendrais si)

Mais le Sith doit être maîtrisé. (Je ne suis pas assez fort.) Alors le Sith doit être éliminé. (Je ne suis pas assez fort.) 

Acceptation. (S’il faut mourir, alors je mourrai.)

Puis. La chute et l’adrénaline, je suis en vie, je suis en vie, où est Maître Qui-Gon où… 

Le lien d’apprentissage, toujours si vivant, si fort alors que la présence de Maître Qui-Gon s’affaiblit, son corps lourd, ses yeux qui cherchent à se focaliser, la douleur qu’il n’arrive pas tout à fait à cacher, non non non non… Et soudain, si fort et si clair et tant de conviction dans cette voix à nouveau ferme : « Prends soin d’Anakin. »

Incompréhension. « Anakin ? »

(Furtivement, il apparaît, lumineux et immense et puissant et lointain oh si lointain et disparaît aussi vite)

« Il faut que tu prennes soin d’Anakin. » (Ce n’est pas à moi qu’il parle, il ne sait pas à qui il parle.) « Il le faut, Obi-Wan. » Désarroi. Mais d’accord d’accord d’accord mais ne me laissez-pas, ne… Le doigt de Maître Qui-Gon sur sa joue, et…

(Plus rien. La Force 

soupire 

Le lien

disparaît

Je suis seul.)

Puis : « C’est 

Moi (lumineux et immense et puissant et si lointain)

qui finirai ton apprentissage. »

(Oh.)

La scène s’effaça vite, bien vite, Obi-Wan qui refermait la porte de son âme dans un élan de panique. Anakin le rattrapa avant qu’il retourne à la réalité du sol sous leurs genoux, de leurs paumes jointes. 

Montre-moi, exigea-t-il. 

Désarroi. (Pourquoi est-ce que je ne comprends jamais ce qu’ils…)

Montre-moi ce que tu cherchais. Montre-moi ce qui aurait pu être différent.

Une pause. 

Et soudain, ce fut Obi-Wan dans la Force Cosmique, percevant tous les fils qui avaient raccroché ce duel fatidique à une multitude d’avenirs désormais brisés, ce fut Obi-Wan remontant péniblement chaque fil coupé jusqu’à un moment où tout aurait pu changer, ce fut Obi-Wan allant à contre-courant de l’ordre des choses, scrutant chaque possibilité disparue comme s’il pouvait la changer.

Anakin se connectait rarement à la Force Cosmique. La Force Vivante était bien trop bavarde, bien trop exigeante, il se passait bien trop de choses maintenant maintenant maintenant. L’effort qu’exigeait de lui de se fermer à ce vacarme pour percevoir le Tout de l’existence n’en valait pas la peine, et les rares fois où elle avait spontanément frôlé son âme, ses messages avaient été inutiles.

Sa mère était morte quand même.

Obi-Wan a du mal à se connecter à la Force Vivante, avait dit Qui-Gon, sans préciser que c’était parce que son (leur) padawan touchait bien plus naturellement l’immensité du Tout. Comment se concentrer sur ici et maintenant quand vous aviez l’insaisissable temps à portée de méditation ? Comment profiter de l’instant quand les voies de l’avenir étaient si nombreuses, les voies du passé si fascinantes ?

(Plus insidieux : pourquoi se soucier de la vie d’aujourd’hui, alors qu’elle était insignifiante dans l’infini de l’existence ?)

Il travaille dur pour y remédier, avait aussi dit Qui-Gon, et le résultat était là : Obi-Wan, au sein de la Force Cosmique, qui ne cherchait pas à décrypter l’avenir, mais qui appliquait les règles de la Force Vivante à un événement du passé, le revivant en boucle comme s’il était ici et maintenant, car quelle valeur avait le temps ? Quel était le sens du présent, que pouvait-il être d’autre que le moment où était née la douleur persistant ici et maintenant ?

Anakin contempla tous ces minuscules points de rupture durant le duel, tous ces fils qu’Obi-Wan cherchait à démêler pour savoir lequel aurait sauvé Qui-Gon, et ressentit un soulagement immense à l’idée que ce soit la Force Vivante qui lui parle ainsi. 

Perturbé comme il l’avait été chaque fois que les voies de l’avenir avaient frôlé sa conscience, il ne saurait quelle créature il serait devenu s’il avait eu si facilement accès à toutes ses possibilités. 

Était-il possible de réparer ces fils ? De changer le présent ?

(Non, bien sûr. Mais il n’était pas n’importe qui. Lui, lui l’enfant de la Force, en avait-il la possibilité ? Et s’il en avait la possibilité, ne se devait-il pas…)

Et s’il se retournait, s’il portait son regard derrière eux, là où leur destin se dirigeait, que verrait-il ? Pouvait-il le décrypter, dans cette méditation commune, en se servant de la connexion d’Obi-Wan, ou était-il limité à là où se portait l’attention de son padawan ?

(Sa mère était morte quand même.)

La bulle de leur méditation trembla, prête à éclater. Il revint à ici et maintenant.

Car déjà, Obi-Wan avait oublié sa présence, déjà, il reprenait son travail de titan, se tendait vers une possibilité et cherchait à la suivre.

Anakin ramena son attention à lui, à eux deux, unis dans la Force et dans le physique, lui rappela leurs mains unies et leur souffle si proche, lui rappela qui ils étaient et ce qu’ils vivaient à cet instant, et se le rappela à lui-même par la même occasion.

Oui, mais…, protesta Obi-Wan.

Dans les limites de leur méditation commune, Anakin se plaça derrière lui, posa la main sur ses yeux, cacha à son regard trop aiguisé les fils qui le tourmentaient. 

Cherche avec les doigts. Saisis le fil qui nous a menés jusqu’ici. Tu le sens ?

Oui, ils étaient vifs et habiles, les doigts d’Obi-Wan, ils suivirent sans une hésitation ce fil jusqu’à l’instant de la mort de Qui-Gon, et continuèrent à le remonter, plus lentement, plus nerveusement, cherchant les nœuds que ses yeux lui avaient montrés, les intersections qu’Anakin voyait encore. 

Mais pour lui, elles n’avaient à nouveau plus aucune valeur. Elles n’étaient que le fantôme d’événements fantasmés, les restes fragiles d’une toile d’araignée balayée par la naissance du présent, de l’ici et du maintenant. Il sentit la panique d’Obi-Wan monter de plus en plus, il le sentit chercher à repousser sa main pour Voir à nouveau. Alors Anakin le serra de toutes ses forces contre lui, car il la connaissait si bien, cette panique : celle du moment où l’on se retrouvait face à son impuissance. Où l’on comprenait que tous les si j’avais pusi j’avais été n’avaient aucune importance. Parce que l’on n’aurait pas pu. L’on n’aurait pas été. 

Apprendre des erreurs du passé ne signifie pas les laisser t’emprisonner. Est-ce que tu comprends, Obi-Wan ? Est-ce que tu comprends, Padawan ? Tu n’aurais rien pu faire. 

Et il fallait qu’il l’accepte. 

Obi-Wan se débattit encore un peu, car non, il y avait forcément eu quelque chose, quelque chose qu’il avait fait mal et s’il l’avait fait mal, cela signifiait qu’il aurait pu le faire bien. Et si dans l’une de ces voies, une version de lui avait fait les choses bien, il fallait qu’il le sache, il fallait qu’il le sache, il fallait… 

Enfin, la compréhension de l’étendue de son impuissance frappa Obi-Wan, son désespoir se répercuta autour d’eux en écho. Anakin vit le moment où il l’accepta : les nœuds disparurent. Il retomba comme une marionnette aux fils coupés, tous ces fils qui l’avaient déjà été et qu’il avait maintenus tendus à la seule force de sa volonté.

Mais il ne retombait pas contre rien. Il s’affaissait contre Anakin qui le tenait, le seul lien qui comptait. Le seul lien qui était.

Lentement, il les fit sortir de l’état méditatif, se prépara physiquement et rattrapa Obi-Wan lorsqu’il ouvrit les yeux et qu’il voulut reculer, partir panser ses plaies. 

Anakin l’attira contre lui, l’emprisonna dans ses bras comme il l’avait fait dans la méditation, jusqu’à ce qu’Obi-Wan accepte son étreinte et s’affaisse contre lui, physiquement, cette fois. Un temps infini s’écoula, fait de leur respiration, de son bruit et sa sensation sur leur peau, de l’apaisement qu’ils retrouvèrent petit à petit. 

Ce n’était pas désagréable d’être le roc auquel Obi-Wan se raccrochait. 

Lorsqu’Anakin sentit que celui-ci avait retrouvé son calme, il dit tout bas :

— Plus de duels, sauf avec moi ou Maître Billaba, et ce jusqu’à nouvel ordre. Hologrammes inclus. Tes amis inclus. Concentre-toi sur les combats contre adversaires multiples pour le moment.

Il n’y eut même pas de temps mort avant qu’Obi-Wan hoche la tête, son front frottant contre l’épaule d’Anakin. 

— Est-ce que tu veux vraiment apprendre le Soresu ? Si ce n’est pas le cas, arrête. On te trouvera une autre spécialité. Je suis sûr que tu serais très gracieux au Makashi.

Encore connecté à lui, il sentit son amusement fragile. Son padawan prit une longue inspiration, puis la relâcha et se redressa doucement. Anakin le laissa faire à regret, réconforté de le percevoir encore, de le savoir complètement ouvert à lui. 

— Je n’en avais peut-être pas envie au début, reconnut Obi-Wan d’une voix rauque. Mais… J’aime vraiment bien. C’est apaisant. 

— Je te crois sur parole. 

Un petit sourire naquit au coin de ses lèvres. Anakin le scruta, attendit quelques secondes, puis prononça les paroles qu’il aurait dû dire depuis bien longtemps : 

— C’était une victoire, Obi-Wan. Tu l’as vaincu. Ta forme martiale était irréprochable et tu irradiais de Lumière dans la Force. Tu peux être fier de toi, Padawan. Je suis fier de toi.

Obi-Wan écarquilla les yeux, immobile, puis des larmes inondèrent ses joues d’un coup. Il se replia sur lui-même. Une fois de plus, Anakin l’attira contre lui, le laissa cacher son visage contre ses genoux. 

S’il versa quelques larmes lui aussi, si ses épaules tremblèrent de chagrin et de gratitude envers Qui-Gon de les avoir guidés l’un vers l’autre, seul Obi-Wan le savait. 

Seul celui qui comprenait. 

Seul celui qui comptait.

 


Ce fut plus tard ce soir-là, alors qu’Obi-Wan s’était endormi d’épuisement et qu’Anakin composait encore dans sa tête un discours bien senti à Aayla au sujet de Quinlan, qu’il le réalisa : il percevait encore son padawan, sa présence tranquille, apaisée, sans qu’il ait besoin de se tendre vers lui de façon spécifique dans la Force. 

Il était toujours plus facile de trouver quelqu’un que l’on connaissait bien. Mais il fallait le chercher. 

Obi-Wan était… là. Avec lui. 

Le lien d’apprentissage s’était formé, naturellement, si naturellement qu’ils ne s’en étaient pas rendu compte.

 


Le lendemain matin, il fut réveillé par une sensation de… tiraillement. Une voix silencieuse qui l’appelait, des doigts curieux qui tapaient contre son épaule. Il projeta son exaspération, perçut un sursaut surpris, comme en réaction à un événement qu’on n’attendait pas, puis le crépitement agréable de la joie, des gouttes d’eau fraîches sur la pierre brûlante du désert. 

Malgré lui, il sourit sans ouvrir les yeux, envoya aussi clairement que possible l’image d’une brioche. Après une nouvelle pause surprise, il reçut en retour l’équivalent d’un à vos ordres moqueur, étonnamment compréhensible.

Un peu trop compréhensible, peut-être.

Il se ne rendormit pas. Il guetta le bruit doux des déplacements d’Obi-Wan dans l’appartement, ses pas légers, la mise en route de la machine à caf, de la bouilloire et, lorsque la porte d’entrée se ferma, il le suivit dans les couloirs du temple. 

Le lien ne pourrait pas rester en l’état. Il faudrait qu’ils posent des limites, qu’ils créent les boucliers nécessaires. Mais en attendant… 

En attendant, Obi-Wan s’éloignait de l’appartement sans s’éloigner d’Anakin, le cœur léger, une Lumière dans la Force qui était sienne, rien qu’un peu.

 

(fin)

Notes:

Un truc dont on parle rarement, c'est que dans L'Attaque des clones Yoda aurait pu empêcher Dooku de fuir, mais il a choisi de sauver Obi-Wan et Anakin à la place.

Je ne promets pas de date pour la vraie seconde et dernière partie de la série, mais j'y travaille !

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