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Dans mes rêves, Naruto n’est pas Naruto. Ses yeux sont pourtant de l’azur qui me consume, ses pensées de la douceur de l’été, ses mots du bruit des vagues s’échouant sur mon corps. Il existe dans mes rêves comme sa version la plus sincère ; celle que je perçois, celle qu’il incarne auprès de moi. Mais il n’est pas.
Une nuit, un étang m’est apparu. Il s’est dessiné au pied de ma porte, il a noyé les fleurs que mon cœur hébergeait. Le monde était terriblement calme alors. Le vent ne soufflait qu’une brise que les roseaux détournaient, aucune mélodie ne parvenait à mes oreilles, j’étais sourd à ce rêve que Naruto, sur la berge d’en face, maintenait debout. Je n’ai pas pris la peine d’enfiler de chaussures. J’ai plongé mes pieds dans l’eau, avant que mes genoux et mes cuisses ne disparaissent dans cet océan que rien ne faisait trembler. Bientôt, mon ventre s’est enfoncé dans l’obscurité à son tour. J’étais capable de discerner Naruto quelques pas plus loin, éclairé par le faisceau théâtral sous lequel le plaçait la lune. Il ne me regardait pas. La vie semblait suspendue. J’ai traversé l’étang, sans jamais expirer l’air que mes poumons contenaient. Le moindre souffle l’aurait peut-être envoyé valser. Naruto était assis devant moi, les yeux levés vers le ciel de mon rêve, décoré de la lune et d’une étoile qui lui tendait la main, sans jamais la toucher. Mes mains se sont écrasées sur le sol, m’ont soulevé, et permis de rejoindre Naruto. Malgré la traversée, mes vêtements amples ne collaient pas à ma peau. Je me suis installé auprès de lui, nos corps, demeurant séparés par le poids de son silence. J’ai à mon tour délaissé la terre afin de contempler le ciel. L’étoile tristement me souriait.
Mon regard s’est posé sur Naruto, dont l’épaule droite était légèrement dénudée. Sa peau oscillait entre la douceur argentée du ciel, l’obscurité que mon rêve dessinait, et les teintes bleutées qui coloraient l’herbe et l’étang. Ses traits paraissaient brouillés, dissolus dans mon rêve à l’odeur d’été, et au son morne d’absence de baisers.
Quelques mèches de ses cheveux retombaient sur son oreille droite, seule exposée à mes yeux. Je retenais mon souffle. Je tentais de m’inclure dans cette image, qui m’offrait peut-être enfin le droit de m’approcher de Naruto et de sa beauté.
Naruto ne disait mot. Il se contentait d’exister dans mon rêve, au bord de cet étang, sous la lune et comme un reflet dans mes yeux. Peut-être préférais-je même qu’il ne parle point. Comment Naruto pourrait-il rester calme, sans que ses paroles ne soient dévastatrices ? J’ai scruté le décor qui nous accueillait. Les roseaux semblaient vaciller, l’herbe sous mes pieds doucement se désagrégeait. Naruto disparaitrait bientôt.
- Je disparaitrai bientôt.
Je me suis tourné vers lui. Il continuait d’admirer la Lune et son étoile, sans jamais flancher.
- Tu…
- J’aime être ici. Ton esprit a beau être plongé dans l’obscurité, tout y est beaucoup plus calme.
- Tu n’es pas Naruto.
Il m’a regardé. Et le monde a tremblé.
- Je suis là.
- Tu n’es pas. Tu l’as dit toi-même, bientôt, tu disparaitras.
Ses yeux se sont assombris, avant qu’un sourire apparaisse sur ses lèvres.
- Quel est ce rêve ?
- Le trente-deuxième.
- Tu les comptes ?
Je ne souhaitais répondre. Son regard plongé dans le mien m’en intimait.
- Je compte le nombre de fois où tu m’as échappé.
- Et, quand était-ce, la dernière fois ?
- Tu étais allongé sous un arbre, dans le désert. C’était la nuit, le froid me transperçait. Tu avais les yeux fermés. Je me suis approché, j’ai tenté de te toucher, tu as disparu avant même de découvrir où tu étais apparu.
Il s’est détourné de moi. Une brise est arrivée, des remous se sont formés à la surface de l’étang. L’étoile tendait toujours la main à la lune dans mon ciel. Elles ne se rapprochaient point.
- Naruto…
Sa main, à présent posée sur son genou, ramené près de son torse, se fondait en lui.
- Naruto, je t’en prie…
En un éclair, ses lèvres se sont trouvées à la portée des miennes. Je ne respirais plus. Quant à lui, était-il seulement capable de respirer ?
Nous ne nous touchions point. Nos souffles ne pouvaient même pas se mélanger.
- Haha, ça me rappelle quand nous étions petits. Mais nous étions encore plus proche que cela.
- A quoi joues-tu ?
Je percevais les quelques arbres qui formaient les murs de mon rêve à travers ses yeux. Ses cheveux blonds n’avaient pas d’odeur, sa peau non plus. Peu à peu, il n’existait plus.
- Essaie de me toucher.
Je ne parvenais pas à détacher mes yeux des siens. Je retraçais d’une ligne les contours de son visage, en partant de son nez, en m’attardant sur les traits de sa mâchoire, en m’arrêtant enfin sur sa bouche, qui avait perdu de ses couleurs.
- Je…je refuse.
Il n’a pas semblé surpris par ma réponse.
- Aurais-tu peur ?
- Si tu étais Naruto, je ne te l’aurais avoué.
- Eh bien, j’en ai de la chance.
- Vas-tu rester longtemps aussi proche de moi ?
Il n’a semblé réfléchir qu’une mince seconde.
- Jusqu’à ce que tu tentes de me toucher.
- J’ai déjà essayé dans plusieurs de mes rêves, l’oublierais-tu ?
- Rappelle-moi ce qu’il s’est passé.
J’ai senti comme un souffle s’égarer sur mon visage. Mon cœur semblait vouloir sortir de ma poitrine. Mon corps me criait de me rapprocher de Naruto, mes lèvres brûlaient d’envie de s’écraser sur les siennes. Pourrais-je, à mon tour, me fondre en lui comme le décor derrière et sa nuit ? Cette question torturait mon esprit.
- Je ne peux pas, je ne veux pas.
Naruto a porté sa main droite à proximité d’une mèche de mes cheveux qui retombait sur mon oreille. Il a fait semblant de la replacer derrière elle, avant de reposer sa main sur le sol. Pouvait-il sentir la douceur de l’herbe ? Ou était-il responsable de sa désintégration ?
- Nous nous retrouverons dans ton trente-troisième rêve, ne t’en fais pas, je ne suis jamais bien loin.
J’ai vu, à travers ses cheveux transparents, la lune commencer à tomber dans son dos. Cela signifiait-il la fin du monde ? Non, non, je ne pouvais l’accepter.
- Je ne veux pas que tu disparaisses.
- Je finirai par disparaitre, que tu le veuilles, ou non. Alors, ne laisse pas passer l’occasion. Essaie, Sasuke.
Je me suis laissé emporter. J’ai cherché à coller mon front contre le sien, en même temps, à attraper sa main, et sentir ses lèvres sur les miennes.
Le monde a tremblé.
La lune s’est décrochée. L’étoile est restée seule dans le ciel.
Les roseaux se sont écroulés sur eux-mêmes.
L’herbe n’était plus que poussière.
Et je n’avais pu toucher Naruto.
Je me suis mis à le chercher désespérément autour de moi. Ce rêve était loin de se dérouler comme les autres. Il se devait d’être différent jusqu’à la fin. Cette fois-ci, je n’allais pas me réveiller dans mon lit, hurlant de douleur, avant d’avoir pu le retrouver.
- Naruto !
J’ai hurlé de toutes mes forces. Pouvait-il revenir ? L’espoir me maintenait dans mon rêve bientôt à l’état de ruine.
- Naruto, je t’en supplie, reviens-moi !
J’ai plongé dans l’eau de l’étang, qui se faisait aspirer. L’eau ne m’arrivait plus qu’aux genoux, et à présent, les vêtements me collaient à la peau.
- Je suis là Naruto, je ne partirai pas tant que tu ne seras pas là, toi aussi.
Je sentais l’envie de pleurer m’envahir, la peur ankylosait mes muscles. Je cherchais en vain à attraper sa main dans l’obscurité.
- Sasuke !
Je me suis retourné, une lueur flottait sur la berge où se trouvait l’entrée de ma maison.
- Naruto, je suis là ! Attends-moi !
- Viens, Sasuke, viens !
Je tentais de me démener, mes pieds s’enfonçaient dans la vase. L’adrénaline me redonnait la force que je pensais avoir perdue.
- J’arrive Naruto, je t’en supplie, attends-moi…
J’ai escaladé les quelques résidus de terre que mon rêve avait placés devant moi afin de rejoindre Naruto. Je laissais derrière moi un monde rongé par les ténèbres et le chaos, je me dirigeais vers la lumière. Et je l’ai vue, la main de Naruto, tendue à moi à travers cette sorte de portail qui l’absorbait. Je me suis jeté sur lui, dans l’espoir que cette fois-ci, je puisse l’accompagner dans un autre monde, dans l’espoir que, cette fois-ci, sa présence ne se dérobe sous mon toucher.
Une chaleur réconfortante m’a enveloppé.
Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai découvert un décor qui n’avait plus rien à voir avec celui que je venais de quitter. J’étais dans une maison, le sol était chaud sous mes pieds. Je ne pouvais voir à l’extérieur, un voile flou obstruait les fenêtres. En observant autour de moi, j’ai constaté que la maison, elle aussi, tombait en ruine. De la moisissure ornait les murs qui, d’ailleurs, s’effritaient par endroits. Le lieu semblait vide. Je cherchais à entendre un bruit, à discerner la présence de quelqu’un. La présence de Naruto.
- Naruto ?
Ma voix a failli ne pas vibrer dans la pièce. Ma gorge était serrée par l’angoisse qui m’envahissait. J’ai commencé à m’aventurer dans la maison, les planches du parquet craquaient sous mon poids. Ce n’était pas mon imagination, encore quelques pas, et les planches se briseraient, tentant de me dévorer.
- Naruto !
J’étais pris de panique. Dans ce lieu inconnu, l’impression d’avoir déjà foulé ce sol perturbait mes sens. Je ne reconnaissais pas ma maison. Les tableaux, les cadres, les coussins près de la table…il n’y avait rien. Ce n’était pas chez moi. Et pourtant, mon sentiment se renforçait, à mesure que les murs de la maison s’effondraient.
Pour la première fois, j’étais seul dans un de mes rêves. Où était passé Naruto ?
Une porte s’est ouverte devant moi, alors que j’étais sur le point de laisser la maison m’ensevelir sous ses décombres. J’ai relevé la tête, Naruto se tenait de l’autre côté. Il me regardait, et mon corps tout entier répondait à son appel. Mes pieds se sont précipités vers lui, je fuyais la mort et la destruction. Il n’était pas question que je me réveille. Pas maintenant.
Dans ma course effrénée, j’ai tenté de me jeter sur lui, de l’attraper, de l’empêcher de m’échapper une fois de plus. Mais, au moment où j’ai passé l’encadrement de la porte, le monde a changé. Je suis tombé. J’ai essayé de reprendre mes esprits le plus vite possible, Naruto devait être devant moi. Il le devait. Une fois encore, il avait disparu. J’étais seul. Mes jambes ne supportaient plus mon poids. Je me suis effondré au milieu de ce champs qui m’accueillait. Des tournesols se penchaient sur moi, le soleil m’aveuglait. Je ne ressentais aucune brise sur mon visage, aucune brise qui atténuerait la chaleur qui inondait mon corps. A la manière du rêve près de l’étang que j’avais quitté il y a peu, tout le décor semblait figé. Alors, cette fois, j’ai pu prendre le temps d’observer, et de me rappeler. Oui, j’ai su où je me trouvais. J’étais plongé au cœur de mon deuxième rêve avec Naruto. Si la maison me paraissait familière, c’était pour cette raison. J’y avais rencontré Naruto pour la première fois. Nous y avions échangé quelques mots, avant que je ne me réveille. Cependant, les murs ne s’étaient pas effondrés ainsi. Tout y était paisible. Je revivais mes rêves, et ils se détruisaient, un par un. Je devais fuir.
Je me sentais toujours faible, je ne parvenais à me relever. Au milieu de ce champs, sous la chaleur écrasante, j’étais terriblement petit. Seul, à nouveau.
Un pétale s’est posé délicatement sur ma main. Bonne nouvelle, je ne me fondais pas dans le décor comme Naruto. Soudain, un deuxième pétale est venu à ma rencontre, avant qu’un troisième ne le suive, ainsi qu’un quatrième, un cinquième… Les tournesols pourrissaient. Tous mouraient autour de moi. A mon tour, je mourrais bientôt.
- Sasuke, cours !
- Naruto ?
Une bourrasque s’est abattue sur le décor. Le soleil perdait de son éclat. Il fallait que je fuisse.
Mes jambes ont recouvré leur force. Je pouvais désormais courir. Les fleurs devenaient noires derrière moi. J’avais terriblement peur, et il me tardait de retrouver Naruto pour le lui avouer.
Les feuilles des tournesols griffaient mon visage. Je faisais attention à ne pas trébucher, sous peine d’être englouti par ce rêve que j’avais un jour aimé. La voix de Naruto sifflait à mes oreilles. Je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu’il me disait, bien trop concentré à survivre ; mais je pouvais sentir son désir de me voir sauf, ainsi que son désir d’être touché.
Je courais, toujours plus vite, toujours plus fort. Le sol s’effondrait sous mes pieds, mais je ne devais pas abandonner. La voix de Naruto se faisait plus claire à mesure que je m’approchais de la sortie. Je l’entendais prononcer mon nom, hurler mon nom. Puis je l’ai crié à mon tour :
- Naruto !
Une pression s’est exercée autour de mon poignet, le soleil a disparu, les tournesols à leur tour, laissant place à une herbe humide et dense. La forêt dans laquelle j’avais, pour la première fois, approché d’un peu trop près Naruto.
- Sasuke, suis ma voix, rejoins-moi.
Mon objectif était à présent très clair. J’allais devoir traverser chacun de mes rêves, afin de retrouver Naruto. Je n’ai pas perdu une seconde de plus. Je me suis aventuré à travers la forêt, dont les arbres s’effondraient. Naruto me guidait dans ce labyrinthe par la seule force de sa voix. Et j’ai réussi à échapper à la destruction.
Mes rêves s’écroulaient les uns après les autres. Naruto et moi avions passé toutes ces nuits à nous raconter ce que jamais nous n’aurions pu nous avouer. Enfin, Naruto ne me racontait pas tant de choses, n’est-ce pas ? Mon esprit construisait dans mes rêves les conversations dont j’avais tant de fois rêvées avec lui.
- Sasuke, ne t’arrête pas.
Je suis passé de la forêt, à notre village, à un restaurant où nous avions échangé pendant un long moment. Tous les instants que nous n’étions en mesure de partager lorsqu’il était là, je tentais de les vivre ici. Je tentais de combler le vide que Naruto laissait en moi, et qu’il ne voyait pas.
Je lui ai lu des lettres dont jamais il n’avait entendu parler, je me suis confié à lui, j’ai enfin osé déclamer tous les sentiments qui me hantaient, qu’il ne comprendrait.
- Sasuke, je suis là.
Il ne m’a fallu que peu de temps avant que je n’atteigne mon rêve dans le désert. Cependant, Naruto n’était pas sous l’arbre qu’il avait si bien connu lorsque j’avais bâti ce rêve pour la première fois. Dans ce désert, je ne savais vers où me diriger. Aucun chemin ne me semblait juste. J’attendais que la voix de Naruto s’élevât dans le décor et me guidât. Etrangement, le monde ne s’effondrait pas aussi vite que les fois précédentes. J’ai pu profiter de ce moment pour reprendre mon souffle. Soudain, Naruto m’a appelé :
- Sasuke, plonge.
- Plonger ?
Devais-je chercher une source d’eau ? Je ne me rappelais pas en avoir vu une lorsque nous avions atterri ici la première fois. J’ai scruté les alentours à la recherche de la source qui me permettrait de retrouver, enfin, Naruto.
J’ai vu, à quelques pas de l’arbre, ce qui ressemblait à une flaque d’eau. Je me suis approché. Comment plonger…dans une flaque ?
J’ai regardé mon reflet se disperser à la surface de l’eau. Il a laissé place à celui de Naruto.
Il me souriait tendrement. Il semblait m’indiquer que j’avais atteint la fin de ce long parcours. J’allais le retrouver. J’ai tendu ma main, et l’ai plongée dans la flaque. Le reflet de Naruto en a fait de même. Nous avons fermé les yeux. Le monde pouvait bien s’effondrer à présent.
Lorsque j’ai rouvert les yeux, la lueur de la lune s’est écrasée sur mes rétines. Une étoile se tenait à ses côtés, lui tendant la main. Elles semblaient sur le point de se toucher. Je me suis redressé. Une légère brise faisait danser les roseaux au bord de l’étang, à la surface duquel se dessinaient de timides cercles. Ce monde ne s’était-il pas désintégré ? Et où se trouvait Naruto ?
Une lueur est apparue de l’autre côté de l’étang, près de ma maison. Naruto m’attendait. Il ne pouvait s’éloigner bien plus. J’ai inspiré profondément. Oui, nous y étions. J’allais le toucher. J’allais enfin sentir son odeur, sentir sa main sur la mienne, sentir ses lèvres parcourir mon visage. J’ai traversé l’étang à la nage. L’eau froide a transpercé violemment mon corps. Je ne quittais pas Naruto des yeux. Il ne m’échapperait pas une fois de plus. Je ne pouvais l’accepter. Mes bras ont soulevé mon corps frêle, l’herbe humide est venue chatouiller mes pieds. Et Naruto n’était plus qu’à quelques pas de moi. Sa peau était teintée de bleu, ses traits vacillaient. Pourquoi avais-je l’impression que l’obscurité, bientôt, l’absorberait ?
- Naruto…
- Bonsoir, Sasuke.
Mon corps ne cessait de s’avancer. Je m’approchais toujours plus de lui. Je voulais sentir son souffle, sa chaleur, entendre son cœur battre. Je voulais qu’il soit.
- Naruto, laisse-moi te toucher, l’ai-je supplié.
- Sasuke, laisse-moi te poser une question.
Lentement, d’un geste presque lourd, je tendais ma main vers son visage. Son nez, ses lèvres, ses paupières. Je souhaitais sentir glisser sous mes doigts les états de sa peau. J’avais désespérément besoin de lui, fondu en moi ; de moi, fondu en lui.
- Pourquoi t’acharnes-tu à vouloir être avec un homme qui ne fait qu’exister dans tes pensées ?
J’ai mis fin à mon mouvement.
- Tu ne comprends pas.
Le monde s’est mis à trembler.
- Sasuke, rejoins-le. Tu te laisses mourir ici, alors que tu pourrais vivre entre ses bras.
Et la lune s’est décrochée.
- Naruto, je ne peux pas, il ne peut pas.
Et l’herbe s’est enflammée.
- Sasuke, tu ne peux pas vivre dans un rêve éternellement.
Et les roseaux se sont noyés.
- Je mourrai de ses mains.
Et l’étang s’est asséché.
- Mieux vaut mourir avec lui que mourir ici-bas.
Et le monde s’est écroulé.
2h56.
Naruto n’existait plus. Mes rêves l’avaient consumé.
Je m’enfonçais dans mon lit. Le vide et le silence me pesaient. Je…je n’étais plus sûr de rien. Que penser ? Que faire ? Que ressentais-je ?
J’avais essayé de toucher Naruto, il avait disparu. Tous mes souvenirs avec lui étaient à présent anéantis.
Je regardais le plafond blanc qui se dressait au-dessus de ma tête. Je ne parvenais plus à rassembler des idées cohérentes. Je sentais mon cœur se serrer vivement dans ma poitrine, je sentais un nœud se créer dans mon ventre, et des larmes perler au coin de mes yeux.
Dans mes rêves, Naruto n’est pas. Dans mes rêves, Naruto n’était pas. Alors, où aurait-il pu bien être ?
Je me suis levé, le sol ne menaçait pas de se dérober sous mes pieds. Un infime espoir m’envahissait. Il fallait que ses yeux bleu azur me consumassent, que ses pensées de la douceur de l’été se mêlassent aux miennes. Il fallait que je me fondisse en lui.
J’ai trainé mon corps dans la maison. Mes yeux se posaient sur les quelques photos que je conservais des moments que j’avais passés avec Naruto. Je désirais bien plus que cela. J’avais besoin de le sentir, de plonger mon regard dans le sien. J’avais besoin qu’il soit là.
J’ai ouvert la porte, et suis sorti, sans prendre le temps d’enfiler mes chaussures. La nuit était calme, un vent frais caressait mon visage que le désir consumait. Je me suis dirigé vers la maison de Naruto. Il ne dormait jamais bien tôt, j’avais espoir qu’il m’accueillît. Le désir brûlait mon corps tout entier, il m’animait, il était tout ce dont j’avais besoin pour me confier à Naruto.
Quand je suis arrivé chez lui, j’ai constaté que la lumière de son bureau était encore allumée. Mon cœur ne pouvait plus le supporter.
J’ai toqué à la fenêtre.
Les rideaux se sont ouverts. Naruto était là. Il me regardait avec un tel désarroi que le sol aurait pu s’effondrer sous mes pieds.
Il m’a indiqué d’un geste de la main la porte d’entrée. Je l’ai vu s’éloigner de la fenêtre, j’ai copié ses gestes. Lorsque je suis arrivé devant la porte, Naruto m’attendait. Je voulais m’accrocher désespérément à lui, humer l’odeur que j’avais si longtemps imaginée, toucher ses lèvres, et être touché de ses mains. Je pourrais mourir ensuite, plus rien n’avait d’importance. Je ne voulais plus rêver que dans ses bras.
- Sasuke, que viens-tu faire à cette heure-ci ? Hinata et les enfants dorment.
Je pourrais mourir ensuite, plus rien n’avait d’importance. J’étais avec lui.
Je me suis approché, j’ai tendu la main, attrapé la sienne, glissé l’autre le long de son bras, effleuré son cou, retracé sa mâchoire, senti son cœur exploser dans ses aortes, je l’ai regardé, lui, son nez, ses yeux, ses lèvres.
- Sasuke…
Et je l’ai embrassé. Ses mains ont glissé instantanément dans mes cheveux et s’y sont accrochées fermement. Depuis combien de temps attendait-il cela, lui aussi ? Il m’a attiré chez lui. La peur m’a envahi lorsque j’ai passé le pas de sa porte. Allais-je me retrouver dans un nouveau décor ? dans un nouveau rêve ? Les lèvres de Naruto ne lâchaient les miennes, son corps attirait le mien au plus près de lui. Naruto ne disparaitrait pas cette fois.
Il m’a guidé dans la seule pièce allumée, a fermé la porte, s’assurant que personne ne nous entende, m’a soulevé et m’a fait m’asseoir sur son bureau, jonché de quelques feuilles que j’ai balayées d’un revers de la main. Mes pieds ne touchaient plus le sol. Il a éteint instinctivement la lumière, tout en continuant à m’embrasser, passant sa main son mon pyjama bien trop ample. Pourquoi aucun de nous deux n’avait-il daigné toucher l’autre ainsi ? Pourquoi avais-je dû attendre que le Naruto que j’avais façonné dans mes rêves me pousse à agir ? Pourquoi un amour aussi passionnel que celui-ci ne devait être découvert qu’un soir de printemps, vingt ans après le commencement ?
- As-tu une idée du nombre de décors que j’ai traversés pour te retrouver ?
- Je ne sais plus. Mais je suis heureux qu’ils t’aient conduit à moi.
Ses lèvres se posèrent sur mon cou, mes mains cherchaient à dévorer chaque parcelle de sa peau, mon corps souhaitait s’imprégner de son odeur, se fondre en lui, et brûler avec lui. Il a ôté mon haut, j’ai ôté le sien. J’étais terrifié à l’idée qu’il disparaisse. Nous étions ensemble, nous étions dans les bras l’un de l’autre, et pourtant, mes rêves me rattrapaient. Je sentais le silence inonder la pièce, je le sentais s’évaporer à mon toucher. J’enfonçais toujours plus mes doigts dans sa peau, l’ancrant dans la terre, dans la réalité. J’avais terriblement peur. Je devais le lui avouer.
- Naruto, ai-je soupiré.
- Oui, Sasuke.
J’ai repris mon souffle avant de parler :
- Je pensais que mon âme resterait vide, que jamais tu ne viendrais la combler.
- Je suis là.
- Je pensais être seul.
- Sasuke, je suis là.
- Je dois te l’avouer Naruto, je suis terrifié.
- Moi aussi, Sasuke. Moi aussi. Mais plus jamais je ne disparaitrai.
Naruto a plongé son regard dans le mien, avant de prendre mon visage dans ses mains, et m’embrasser. Mes pieds sont retombés sur le sol. Mon dos n’a pas tardé à heurter un mur. Le torse de Naruto s’est collé au mien, son cœur tambourinait dans sa poitrine. Mes doigts s’accrochaient à sa nuque, et attirait tout son corps plus proche du mien.
- Mon corps se souviendra du tien, et je mourrai dans tes bras Naruto.
Et le monde resta silencieux.
