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Un joli soleil de printemps faisait briller les pavés dans la rue du café La Petite Tanière. Nallena hésitait encore à y entrer. Les mains dans le dos, elle se balançait, sa petite queue touffue frétillante d'appréhension. Ses longs cheveux, en se louvoyant avec elle, laissaient voir ses mèches bleues et roses, alternativement, un coup les unes, un coup les autres.
La brune inspira un grand coup et augmenta un peu le volume de la musique dans son gros casque audio. Ce n'était qu'un café, même si elle s'y trouvait, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Au pire, elle se comporterait comme une cliente parfaitement normale. Une cliente avec des oreilles de lapin et de grosses loches, mais à par ça parfaitement normale.
"Non, ce ne serait pas le pire," pensa soudain Nallena en se mordant la lèvre inférieure. "Le pire serait qu'elle ne soit pas là…"
Elle soupira et se secoua. C'était encore plus bizarre de rester là sur le trottoir, finalement. Elle traversa la rue d'un pas déterminé. Chacun de ses pas faisait claquer ses semelles bicolores, faisait vibrer les poils de sa queue douce, faisait balancer ses longues oreilles, faisait rebondir sa poitrine. Elle remonta ses lunettes un peu plus haut sur son nez et passa la porte de La Petite Tanière.
Le cœur de Nallena bondit comme un lapin si fort qu'il sembla à la brune qu'il avait tenté de s'échapper du terrier de son corps. Elle était là. Elle était là ! Hanamarou, la seule et l'unique Marou, tellement rayonnante qu'elle rendait les autres serveuses ternes.
Elle servait un chocolat chaud à un homme laid, mais malgré sa laideur elle lui souriait et, Nallena n'en avait aucun doute, elle lui parlait gentiment. Elle était si belle ! Les rayons du soleil semblaient vouloir la mettre en valeur encore davantage : ils passaient justement par la fenêtre d'à côté et l'illuminaient toute entière. Ses longs cheveux blonds brillaient comme de l'or. Nallena rêvait de passer ses doigts dans cette toison qu'elle imaginait plus douce que l'intérieur des oreilles d'un lapin angora. Marou se redressa tout en continuant à parler à l'homme qui ne réalisait même pas qu'un ange descendu du ciel s'adressait à lui. Sa robe de maid froufrouta et Nallena ne put s'empêcher de regarder les dentelles qui caressaient ses genoux. Elle se sentait brûler de l'intérieur.
Hanamarou se tourna enfin vers elle. Nallena sentit ses yeux turquoises se poser sur elle comme un ange qui bénit un humain. Elle était convaincue que Marou savait déjà tout d'elle… il était au moins certain qu'elle n'avait qu'à demander pour obtenir tout ce qu'elle voudrait d'elle !
Nallena cilla. Marou avait bougé les lèvres, mais elle n'avait rien entendu. Marou agita la main. Nallena sursauta soudain et arracha son casque de sa tête avec tant de violence et de précipitation qu'il s'envola et traversa la salle pour finir dans un pot de fleurs.
- Je… je… je… balbutia Nallena qui aurait voulu disparaître et que Marou l'oublie à tout jamais.
Hanamarou éclata de rire, un rire cristallin qui n'avait rien de méchant, tout au contraire. Il rendit instantanément ses esprits à Nallena.
- Je suis vraiment désolée, dit-elle en joignant les mains.
- Allons, ce n'est rien, dit Marou avec un grand sourire. Certains ne prennent même pas la peine de le retirer, vous savez.
- Ah ? répondit la brune.
- Reprenons, si vous le voulez bien. Bonjour, madame, bienvenue à La Petite Tanière.
- Bonjour, dit Nallena avec, enfin, un sourire.
- Vous venez pour prendre un café ? demanda Marou.
- Un chocolat carotte, corrigea Nallena sans réfléchir.
Marou gloussa, et encore une fois Nallena trouva que ce rire était le plus beau son qu'elle ait jamais entendu.
- Asseyez-vous, madame, je vous l'apporte.
Nallena la regarda s'éloigner sans bouger. Et soudain l'ordre la percuta et elle obéit, choisissant une petite table près de la fenêtre, là où le soleil pourrait transformer Marou en ange de lumière à chaque fois qu'elle s'approcherait. Son coeur cognait si fort qu'elle en avait mal aux oreilles. Et pourtant, elle avait l'habitude de passer ses nuits à streamer ses jeux préférés à sa communauté, les Bunn-es, elle avait souvent du bruit dans les oreilles, elle devrait être plus résistante !
Mais est-ce que Marou n'est pas ma kryptonite ? se demanda-t-elle. Ma… Bunn-e-ptonite ?
Elle sourit à cette pensée. Oui, Hanamarou était un joyau, fait d'ambre et d'or plutôt que de vert luisant. Et elle désirait très fort avoir ce trésor pour elle toute seule. Elle en prendrait grand soin, elle le savait, elle le jurerait. Elles passeraient leurs journées ensemble, à rire aux blagues qu'elles inventeraient, elles construiraient un futur ensemble, où elles auraient une maison et un stream commun, où les Bunn-es seraient les témoins de leur mariage et où lors de la nuit de noces…
Nallena rougit si fort que ses mèches roses virèrent à l'écarlate et les bleues au violet. Il valait mieux ne pas penser à ça, ça lui faisait beaucoup trop d'effet !
- Et voilà pour vous, madame, annonça Marou en déposant une grosse tasse blanche recouverte de chantilly devant la brune. Bonne dégustation !
- Je m'appelle Nallena.
- Ah ?
- Je préfère Nallena à "madame".
- Oh, je comprends, répondit Marou avec un sourire.
- Comme je viens souvent… commença à se justifier Nallena.
- Je sais, dit la blonde avec un sourire entendu. Je vous reconnais.
Elle lui offrit un dernier sourire avant de s'éloigner servir un autre client. Nallena se sentait fondre dans son fauteuil. Elle inspira profondément et expira lentement. Ses doigts étaient enfoncés immodérément dans ses cuisses - probablement pour les tenir tranquille. Ses instincts lapinesques avaient tendance à vouloir la faire sautiller sur place quand ses émotions étaient intenses… autant dire que c'était le cas.
Nallena porta enfin son attention sur son chocolat. Elle remarqua qu'il était mieux garni que d'habitude. Il y avait une vraie petite montagne de chantilly, double ration de vermicelles oranges, et un petit sucre en forme d'ourson. Si Nallena n'avait pas déjà été rouge de son échange précédent avec Marou, elle aurait pris feu à cet instant. Ce petit ourson n'était pas dans la recette de ce chocolat. Marou l'avait ajouté volontairement. Pour elle. La brune leva ses yeux roses et chercha du regard la blonde qui réchauffait son cœur. Elle était debout, quelques tables plus loin, rayonnante. Elle ne sembla pas se rendre compte tout de suite que Nallena l'observait, mais quand elle le réalisa, elle lui lança un joli sourire. Nallena se promit alors de lui demander son numéro de téléphone avant de sortir de ce café.
Trois heures passèrent sans que Nallena ne trouve ni le courage de le lui demander, ni la lâcheté de sortir pour revenir une autre fois. En revanche, elle avait déjà bu et mangé une quantité de boissons sucrées et de pâtisseries qui valait son pesant de subs.
Marou vint alors poser son plateau sur la table devant Nallena, qui sursauta en faisant rebondir sa poitrine généreuse. La blonde se pencha vers elle et la brune dut se concentrer de toutes ses forces pour ne pas laisser ses pupilles roses se tourner vers le décolleté de maid qui s'approfondissait à toute vitesse. Mais rester concentrée sur le turquoise infini des yeux de Marou sans baisser les paupières réclamait au moins autant de volonté.
- Tu vas encore manger quelque chose ? demanda-t-elle alors, sur un ton qui laissait clairement sous-entendre qu'elle attendait que la brune fasse autre chose.
Nallena hésita. Peut-être voulait-elle qu'elle paye et s'en aille enfin ? Mais l'ourson en sucre… Non. Nallena se rengorgea et se redressa, approchant son visage un peu plus de celui de Hanamarou.
- Je peux avoir ton numéro ? demanda-t-elle de sa voix la plus suave.
Marou sourit, d'un sourire différent. Mais elle secoua la tête, faisant pétiller les reflets d'or dans ses cheveux.
- Non, pas maintenant, chuchota-t-elle. Mais mon shift finit dans quinze minutes, si tu as une autre question.
- Tu… Je peux… Tu veux aller… boire un verre ? Avec moi ?
Le sourire de la blonde devint plus profond encore. Elle ne répondit pas avec des mots, mais ses yeux acceptèrent le date. Nallena était aux anges. Et Marou était un ange. Nallena était aux Marous. Et c'était un sentiment incroyable.
Les deux jeunes femmes avaient marché côte à côte pendant au moins une heure. La discussion était fluide, leurs blagues les faisaient rire de plus en plus fort. Dans le ventre de Nallena, des papillons avaient remplacé le rocher d'anxiété. Elle se sentait légère et trotillait tel un gai lapinou… qui était aussi un peu gay, aujourd'hui. En même temps, qui ne deviendrait pas un peu gay en ayant un tel angle de vue sur Hanamarou ? Nallena la dépassait d'une bonne tête, elle avait donc une vue plongeante sur ses cheveux brillants, ses oreilles rondes d'oursonne et, surtout, son décolleté. Marou portait toujours son uniforme de travail, cette robe de maid couleur miel plutôt que noir. Elle n'était pas aussi généreusement pourvue que Nallena, mais la brune avait quand même envie d'y plonger.
A présent, elles commençaient un peu à fatiguer et à avoir faim.
- Sushis ? proposa Marou en pointant du doigt un bar asiatique à quelques mètres devant elles.
- Bonne idée !
Elles bifurquèrent et entrèrent dans le restaurant.
- Bonjour et bienvenue, les salua un serveur.
- Bonjour, répondirent-elles en chœur.
- Pour deux ?
- Oui, s'il vous plaît.
- Par ici.
Il leur indiqua une petite table entre deux grandes plantes vertes. L'endroit était plutôt mignon, parfaitement coordonné à la mignonnesse de Marou. Elles commandèrent quelques plateaux de sushis et makis à partager et il s'avéra très vite que leurs préférés étaient juste ce qu'il fallait de similaires et compatibles.
Leurs regards se croisèrent, une fois, deux fois, un nombre incalculable de fois, de plus en plus longtemps, jusqu'à ce que le turquoise et le rose ne puissent plus se décrocher les uns des autres. Nallena se mordit la lèvre inférieure, ses petites incisives de lapin creusant un peu sa chair. Marou repoussa une mèche couleur miel derrière son oreille en rougissant.
- Tu as un peu de riz sur la joue.
Nallena se tapotait la joue droite, juste là où se trouvait un grain de riz égaré sur celle de Hanamarou. Cette dernière frotta sa serviette sur la mauvaise joue.
- Ici ? Comme ça ? Et là ?
Nallena éclata de rire, son rire fort et gras qui explosait de joie communicative.
- Attends.
Elle tendit la main et la posa sous le menton de Marou. Avec son pouce, elle repoussa délicatement le grain de riz qui essayait de masquer la beauté de la jolie blonde.
Elles ne remarquèrent pas tout de suite qu'elles avaient gardé la position. Nallena caressait gentiment la joue de Marou. Celle-ci, rouge pivoine, avait les yeux rivés sur la lapine et la bouche entrouverte. Les pupilles roses de Nallena se baissèrent, remarquèrent les lèvres de l'oursonne, puis se posèrent à nouveau sur les iris turquoise.
Elles ne disaient rien avec des mots mais leurs yeux communiquaient abondamment. Nallena se pencha un peu vers Marou, parcourant la moitié de la distance qui les séparait, comme une question en suspens. Hanamarou releva légèrement le menton, juste ce qu'il fallait pour s'aligner avec la brune plus grande qu'elle. Nallena esquiva un sourire avant de fermer tout espace entre elles.
Les lèvres de la lapine se posèrent sur celles de l'oursonne.
Elles avaient un goût de miel.
