Actions

Work Header

Did I cross the line?

Summary:

Viktor et Jayce se font face dans la dimension astrale.

Notes:

Je vous propose un texte basé sur la chanson "The Line" de Twenty One Pilots ; comme une retranscription à l'écrit du sacrifice de Viktor et Jayce à la fin de la série.

Work Text:

My body’s on the line, now

Viktor était immobile dans l'immensité de ce ciel étoilé. Ce paysage astral dans lequel il évoluait, marchait, libéré de son enveloppe charnelle, de son corps trop faible, trop fragile, trop humain.

Il n’y avait plus que l’obscurité. Plus que les étoiles qui brillaient de leur lueur claire, presque irréelle. Cet apaisement au fond de son cœur. Son cœur qui n’existait même plus, finalement. 

Il n’y avait que son esprit qui flottait, que son âme qui s’élevait dans cette étendue onirique, insaisissable.

I can’t fight this time, now

Le masque s’était brisé. Son armure s’était envolée. Ne restait plus que l’homme. Il n’y avait plus de Héraut, il n’y avait plus de scientifique qui s’était laissé aveugler. Il n’y avait plus que lui, Viktor, même si ce corps n’était plus le sien, même si la magie pulsait dans chacune de ses veines. 

I can feel the light shine on my face

Son regard se perdait dans les étoiles autour de lui. Il les voyait enfin. Il les sentait enfin. Ces étoiles, et ces silhouettes enveloppées de lumière, ces êtres qui peuplaient le monde, ces humains auxquels il était relié. Ces humains qu’il avait tenté de dominer. D’améliorer. De faire évoluer.

Mais la Glorieuse Évolution avait échoué.

Did I disappoint you?

Jayce était immobile face à lui. Astral, parfait, magnifique . Sa peau irradiait. Les marques sur son front semblaient briller plus fort encore. Il était là, si pur, si grand, si rassurant. Il flottait. Et dans ses yeux se dessinaient l'inquiétude, les regrets, mais aussi l’espoir. Cet espoir si puissant qui s’étirait dans le silence qui régnait entre eux.

Will they still let me over

Viktor le voyait enfin. Jayce. Son ami. Le scientifique qui l’avait accompagné durant toutes ces années. Ce traître. Cet ennemi. Son partenaire. Il le voyait enfin, et c’était comme si toutes les barrières se brisaient, comme si la réalité le heurtait, comme si Viktor revenait à la vie, reprenant sa place, reprenant son esprit, reprenant son corps.

Oui, il n’y avait plus de Héraut. Oui, il n’y avait plus d’adversaire. Mais il y avait encore le monstre.

If I cross the line?

Les mots ne déferlèrent pas. Il n’y eut que les émotions. Prisonnières des cœurs, puissantes mais si timides encore. Ils s'étaient affrontés, comme s’ils ne se connaissaient pas. Et c'était Viktor qui était au centre de tout, Viktor qui s'était laissé envahir par cette folie, cet appel de la grandeur. 

Viktor était allé trop loin. 

Take a seat, but I'd rather you not be here for

Jayce fit un pas en avant – ou plutôt, il glissa dans le ciel, jusqu'à lui. Viktor eut un mouvement de recul. Il ne savait même plus comment Jayce avait pu le rejoindre dans la dimension astrale, il ne savait même plus comment lui, lui, Viktor, avait délaissé son corps divin pour redevenir à moitié lui-même. Ses souvenirs entraient en collision ; explosion de lumières et de sons. C'était une autre vie. C'était le Héraut.

Mais c'était lui, pourtant, tout au fond.

What could be my final form

Son monde avait basculé le jour où la salle du Conseil avait explosé. Son monde s’était voilé, teinté de noir, et ses yeux s’étaient fermés à jamais. Au milieu de la poussière, des débris brûlants, des cris et des gémissements. Viktor avait poussé son dernier souffle, douloureux, entravé par ses côtes brisées, sa colonne vertébrale fracturée. Ses poumons s’étaient vidés, et sa vie s’était terminée.

Stay your pretty eyes on course

Mais c’était sans compter Jayce. Jayce qui ne l’avait pas lâché du regard, qui s’était précipité sur lui, qui avait refusé de le perdre. Jayce et sa détermination, son instinct de sauveur, son désir d’aider, de protéger . Le Cœur Hextech grondait, sa lumière s’infiltrait dans les veines de Viktor, et Jayce s’en était emparé, sa raison enfouie sous ses émotions, ses pensées paralysées par la peur dévastatrice de perdre son ami.

Il ne voulait pas perdre Viktor. Et il y avait eu l’explosion, il y avait eu la magie, il y avait eu la souffrance, l’énergie, la puissance .

Et Viktor s’était réveillé.

Keep the memories of who I was before

L’Arcane liée intrinsèquement à son corps, à sa peau, à chacun de ses organes. Il n’était plus humain. Le froid n’était qu’un mot lointain, les sentiments semblaient voilés par la voix qui pulsait au fond de lui. Viktor s’était réveillé, mais plus rien n’était comme avant. Il avait repris vie – mais il n’était pas vivant . Pantin guidé par l’Arcane. Perdu dans son propre corps, sa propre existence. Peau métallique, cœur vide, esprit froid, distant.

Tout était plus clair. Viktor voyait tout. Il sentait tout. Il savait.

Mais ce n’était pas lui, ça. Ce n’était plus lui.

La bombe l’avait détruit. Jayce l’avait réparé. Mais le prix à payer avait été bien trop lourd.

So, stay with me, because

Viktor n’était pas resté. Ses pas tremblants avaient résonné dans le laboratoire, au son de son bâton, sec et dur sur le sol, comme pour briser cette relation, ce lien entre eux, corde effilochée qui se résignait enfin à craquer.

Viktor avait fui. Parce qu’il n’était plus celui que Jayce connaissait. Parce que sa place n’était plus à ses côtés.

L’enveloppe corporelle de Viktor vivait, se mouvait, mais ce qui grondait au fond de lui, ce n’étaient plus les rêves d’un Zaunite plein d’ambition. Ce n’étaient plus l’espoir, la recherche de la grandeur.

C’était autre chose. Quelque chose de plus insaisissable, de plus sauvage, de plus féroce.

Un besoin insatiable, un désir intense, divin. Celui de changer. De faire changer. De faire évoluer . Non plus la recherche de la grandeur, mais de ce qu’il y avait au-dessus. Devenir un visage rassurant, un messager. Celui qui pouvait aider et protéger. Rendre meilleur.

Devenir le Héraut des Machines.

Et créer sa propre Communauté. Aider chacun à s'élever.

La Glorieuse Évolution.

My body's on the line now

Pour la première fois depuis un temps qu’il ne pouvait plus quantifier, ces pensées lui laissèrent un goût doux-amer sur la langue. Un goût. Une sensation. Les prunelles noisette de Jayce pesaient lourd sur ses épaules. Sur sa peau astrale, cette toile de couleurs, presque transparente. Jayce pouvait-il traverser les étoiles pour voir ce qu’il dissimulait derrière ? Jayce voyait-il les regrets, les remords, la réalité qui s’enroulait autour de sa gorge, qui l’étranglait, qui déchirait son cœur ?

Jayce pouvait-il comprendre le combat qui se jouait dans l’esprit de Viktor ? Les souvenirs qui se fracassaient, le passé qui brûlait, le présent destructeur, et le futur si incertain, terrifiant.

I can't fight this time now

Quand la main de Jayce entra en contact avec la sienne, ce fut comme si l’humain reprenait le pas sur l’être divin. Il s’extirpait enfin complètement de sa prison. Les paupières de Viktor battirent, à l’instar des ailes d’un papillon qui s’envolait trop vite, dans la hâte de rencontrer le ciel plein de promesses.

C’était le monde de Viktor qui chancelait. Le monde qui s’éclairait. Ce n’étaient pas les étoiles, c’était Jayce. Jayce et son sourire timide, cette ligne rassurante sur son visage. Viktor serra les doigts de son partenaire en retour. Il ne pouvait plus se battre. Il avait été sauvé. Il était sauvé. 

I can feel the light shine on my face

La lumière. Rayon intense dans l’obscurité. Jayce. 

Did I disappoint you?

Mais Viktor n’avait pas le droit de se laisser envahir par cette lumière. Elle était si pure, si bienveillante. Ce n’était plus la magie néfaste, le pouvoir dévorant, l’Arcane insidieuse. C’était l’espoir. C’était Jayce.

Will they still let me over

Une larme se logea dans le coin de son œil. Elle ne glissa pas – pas immédiatement. Elle attendit un instant, un battement de cils, puis elle glissa et s’évapora. Sans qu’il puisse la retenir ou l’apercevoir. Elle s’envola devant lui, portée par l’air inexistant de ce milieu astral qui refusait les règles terrestres. Il n’y avait pas de larmes, pas de sons. Leurs voix, seulement, et leurs silhouettes flottantes, mais tous deux restaient silencieux, comme si les mots allaient briser ce début de confiance qui renaissait, tel un bourgeon fragile à la recherche de soleil.

If I cross the line?

Viktor était allé trop loin. Il avait franchi la limite, posé les pieds au bord du gouffre, mais au lieu de s’écrouler, de tomber dans l’obscurité glaciale, il s’était rattrapé. Non , il avait été rattrapé. Et peut-être qu’il était à présent possible de tout réparer. Reconstruire pas à pas.

Honestly, I thought I was fully prepared for

La mort ne l’avait jamais effrayé. Le temps de Viktor était compté depuis son plus jeune âge, et le tic tac régulier de l’horloge avait toujours été pour lui la source de sa détermination pour réaliser les projets qui le hantaient à chaque fois que le sommeil cherchait à le cueillir. La nuit devait être utile, Viktor devait avancer, au risque de se mettre en danger, de s’épuiser, de sombrer . Les rouages de son esprit s’emballaient, son désir de marquer l’histoire lui empoisonnait les veines. Course contre la montre. Cercle vicieux. 

The threshold in store

Viktor était prêt à mourir. Mais il ne s’était jamais préparé à revivre. Et pourtant. Du temps supplémentaire, un pouvoir mystique, une vision plus claire, plus lucide. Une nouvelle voie qui s’ouvrait devant lui. Viktor s’était donné une mission, celle de guérir, d’être plus. 

Et la mort l’avait heurté encore une fois. Creux dans la poitrine, vide incandescent, puissance d’un marteau arcanique tenu par celui qu’il considérait toujours comme un ami.

Stay your pretty eyes on course

Le regard de Jayce, ce jour-là, dans la Communauté. Cette rage flamboyante, ce désespoir abyssal. Qu’avait-il pu observer ? Qu’avait-il retenu de ce Viktor aux cheveux longs, aux prunelles infestées de magie, qui l’avait dévisagé, impassible, résigné face à son sort. Comme si c’était ce qu’il attendait depuis qu’il avait repris connaissance dans le cocon de magie incrusté dans le sol du laboratoire.

I guess I never really faced my fears before

Viktor n’avait pas peur de mourir. Il avait longtemps pensé que ses peurs étaient inexistantes, qu’elles n’étaient que futiles dans ce monde où prendre le temps de réfléchir à qui il était était un luxe qu’il ne pouvait se permettre. Les faits. La science. Le travail. Il n’y avait que ça. Pas de place pour les sentiments, les émotions, les pensées. Alors Viktor avait refusé d’accepter cette peur de n’être qu’une ombre aux côtés de Jayce qui brillait de plus en plus, qui grimpait les échelons, qui trouvait sa place au Conseil de Piltover. 

Mais les lianes de la peur s’étaient enroulées autour de ses poignets, de ses chevilles, de son cou. La peur qu’il n’y ait que Jayce. Que son nom à lui s’envolerait avec le temps, alors que son travail resterait à jamais gravé dans le marbre. Que celui de Jayce rayonne pendant des années, qu’il capture toute la lumière. Jayce Talis . Et Viktor… Viktor, ce pauvre estropié venant de la Basse-Ville. En qui personne n’avait jamais cru. Il avait été idéaliste de croire en une quelconque renommée. 

En la possibilité de connaître une quelconque renommée.

Viktor s'était uniquement montré capable de se fourvoyer, d’échouer.

So, stay with me, because

Jayce n’avait pas fui. Malgré le rejet, malgré leur affrontement, malgré la guerre, malgré l’énième résurrection de Viktor, dans ce corps de métal divin, porté par sa propre Glorieuse Évolution. Malgré la violence, les coups, les mots acérés. Malgré tout, Jayce n’avait pas reculé, et il s’était offert au toucher du Héraut. 

Il avait accepté.

De devenir un pantin, lui aussi. Mais le masque avait été brisé, Jayce s’était libéré, et Jayce était venu le sauver. 

Et Jayce était là, face à lui. 

My body's on the line now

Une lumière plus intense surgit dans son champ de vision. Jayce l’avait lâché et ses doigts s’étaient plongés vers son propre poignet. Dans sa paume brillait une rune. La rune. La rune flamboyante qui semblait vouloir s'échapper, qui tremblait, mue par une force inqualifiable, inconcevable.

Jayce la tendit à Viktor, et Viktor comprit. C'était une évidence. La rune comme commencement. La rune comme fin. La boucle se fermait, l’Arcane hurlait parce qu'elle voulait vivre, parce qu'elle voulait exister, mais la rune était son ennemie, et Viktor savait à présent qu’il était de son devoir de mettre un terme à cette folie.

Détruire l’Arcane par la magie, par un pouvoir plus grand, plus pur. Se sacrifier. Disparaître avec elle. 

Tout réparer.

Ne pas échouer.

Pull the blanket tight now

Le corps de Jayce se rapprocha et leurs peaux entrèrent de nouveau en collision lorsqu’il déposa la rune dans la main de Viktor. Son regard plongea dans le sien. Réconfortant, rassurant, comme une couverture protectrice.

I can feel the light shine on my face

La rune était un incendie. La paume de Viktor était dévorée par les flammes. Mais il n’y avait pas de douleur, il n’y avait que la lumière, que ce sur quoi ses yeux pouvaient se poser.

Did I disappoint you?

La peau de Viktor scintilla et un éclair s’élança vers le ciel. Le faisceau s’étendit au-dessus d’eux et les aveugla. Viktor s'agrippa à la rune comme à sa dernière chance, sa chance de rédemption.  

Will they still let me over

Peut-être qu’il pouvait se rattraper, corriger ses erreurs, agir pour le meilleur. 

If I cross the line?

Viktor ramena son bras contre sa poitrine. Il ramena la rune éclatante vers lui.

Please, don't let them see me

Son sacrifice était nécessaire. Il était prêt. Plus rien ne pouvait l'en empêcher, sa décision était prise. 

Sure there's nothing left to try

Le regard de Viktor accrocha celui de Jayce. Il y décela la peine, le regret, et l’affection qu’il n'avait jamais cessé de lui porter. Mais le corps de Viktor devait se dissoudre avec l’Arcane. L’Anomalie, l’Hextech, la magie. Il était temps de tourner la page. Plus rien ne pouvait le sauver, il n'y avait pas d'autre solution, il n'y avait qu'une seule échappatoire.

La fatalité le prenait à la gorge. Mais il continuait. Il avançait. Il s'éloignait de Jayce, il se laissait flotter.

I can feel the light shine on my face

Paupières closes. Souffle lent. La magie le brûlait mais le coin de ses lèvres s'était relevé en un sourire timide. Le sourire d'un homme qui soufflait adieu au monstre, et qui touchait enfin la paix du bout des doigts.

Did I disappoint you?

Une main sur son épaule. Le contact si familier qu’il avait l’habitude de refuser. Viktor écarquilla les yeux. Jayce était face à lui, son enveloppe astrale si proche de la sienne. Il n’y avait pas d’hésitation dans son regard. Seulement une demande implicite, évidente. Celle de le laisser partir avec lui. De partager le sacrifice.

Will they still let me over

Viktor voulut hurler, repousser Jayce, le convaincre de ne pas payer ce prix trop élevé, mais Jayce restait Jayce et l’assurance dans ses yeux étoilés perçait l'univers tout entier.

If I cross the line?

Jayce ne cueillit pas la rune dans la paume de Viktor. Il posa simplement la sienne par-dessus pour contenir le pouvoir qui s’échappait, incontrôlable, mystique, grandiose, extraordinaire. C’est toi et moi, Viktor, semblait-il dire à travers son visage baigné d'émotions plus fortes les unes que les autres. Si humaines. Profondes. Vivantes .

If I cross the line

Et Viktor eut un hochement de tête imperceptible. Une approbation silencieuse, pleine d’un soulagement qu'il ne pensait pas être capable d’éprouver. Jayce était à ses côtés jusqu'à la fin.

C'était ensemble qu'ils allaient sauver ce monde fragilisé par leurs fautes.

If I cross the line

Leurs fronts se rencontrèrent, et leurs cœurs, leurs souffles, leurs âmes, s'unirent pour se lier à jamais dans la lumière qui explosa entre eux.

Un éclair. Une déferlante de pouvoir. L’Arcane qui emportait avec elle les deux hommes qui l'avaient fait grandir. 

Tout prit fin dans un silence solennel. L’immensité nocturne se vida de ses occupants, et s’éclipsa pour s’effacer à jamais.

Viktor et Jayce n'avaient pas senti la vie les quitter. Ils n’avaient pas senti la brûlure, ils n’avaient pas senti la douleur de ce sacrifice prodigieux.

Il n’y avait eu que la beauté de leurs corps entrelacés, cette complémentarité et cette évidence renversante, ainsi que cette chaleur rassurante qui les avait enveloppés.

Il était même possible que leurs lèvres se soient rencontrées. Et qu’ils avaient fermé les yeux à jamais dans une étreinte éternelle, comme deux faces d'une même pièce, intimement liées. 

L'écho de leurs rêves et de leur amour immortel transcendant le temps et l'espace.

 

In all timelines, in all possibilities,

only you can show me this.