Chapter Text
Il y avait une brûlure acide qui s'était nichée dans ses poumons, elle comprimait l'oxygène et accélérait sa respiration. C'était le type de brûlure qui pouvait seulement être attribuée aux litres de chlore présents dans une piscine. Elle brûlait sa poitrine alors qu'il s'étouffait, alors qu'il essayait désespéramment de survivre, tentant de se raccrocher à n'importe quoi, n'importe quoi qui ne serait pas de l'eau – envoyant des bulles remplies d'oxygène vers la surface dans un essai triste d'appeler à l'aide.
Sauvez mon âme, plaidait-t-il. Sauvez mon âme.
Il était mourant à ce moment-là, ses mains battant au travers du liquide qui semblait plus épais avec la gravité qui était satisfaite de le voir sombrer. Il essayait de bouger ses jambes, son genou droit bougeant dans un mouvement instinctif, qui était bien trop lent. Ça lui rappela un rêve – peu importe combien tu cours, et cours, et cours, pendant quelques secondes, quelques minutes, heures, à la fin, tu te rendras compte que tu n'as jamais bougé.
Il se noyait.
Il y avait une ancre qui avait la forme d'un garçon attachée à son cou. Ses doigts creusaient sa chair et ne la déchirait pas, seulement parce que les ongles du garçon étaient courts, mordillés à sang pendant les leçons (dans le siège à côté de lui, avec ses pieds croisés sous son bureau, avec sa tête juste assez penchée afin de masquer son œil droit-), mais ça piquait quand même.
Le garçon, il pouvait le voir de sous la surface, avait le visage tordu par une grimace de justification. Comme si ce n'était que justice. Comme s'il pensait qu'il faisait ce qui devait être fait. Comme si-
Comme si Ajax devait mourir.
Il avait un regard convaincu et qui disait : tu n'es pas ce que tu aurais dû être.
Qui disait : je ne peux pas supporter de te voir.
Qui disait : tu le mérites.
Il portait un maillot de bain rouge, qui remontait jusqu'à ses hanches, et Ajax ne pouvait arrêter de le fixer, et c'est pourquoi il se noyait.
Il aurait dû fixer des jambes longues et douces, et la façon dont le maillot de bain se collait à sa peau.
C'était presque amusant, d'une certaine façon, parce qu'il n'avait jamais été plus proche de lui qu'à cet instant, avec ses doigts enroulés autour de son cou et il aimait presque ça – et c'était pourquoi il était mourant.
Parce qu'il aimait la façon dont il ricanait de lui, parce qu'il aimait le regard de contemplation dans ses yeux, parce qu'il aimait ses hanches, ses lèvres, les taches de rousseur autour de son nez, l'un de ses doigts qui était légèrement tordu, la cicatrice sur son épaule, le creux dans son cou-
Ah, c'était son erreur à lui, il le savait.
C'était sa faute parce qu'il avait essayé de flirter avec le faucheur, parce qu'il avait voulu danser avec ce garçon, parce qu'il avait voulu danser avec la mort. Parce qu'il avait voulu toucher ses lèvres et parce que c'était clair dans ses propres yeux, parce qu'il ne pouvait pas cacher assez bien le fait qu'il n'avait jamais préféré les jambes longues et douces plutôt que les jambes dures et rugueuses.
Parce qu'il n'avait pas été fait correctement.
Il s'étouffait et crachait face à la charge, l'eau tentant de s'infiltrer au travers de sa bouche, son nez, ses yeux. Ses mains étaient engourdies alors qu'elles essayaient de s'accrocher à quelque chose contre les carreaux bleus et blancs.
Il y eu un bruit au-dessus de lui qu'il ne put pas reconnaître, ses oreilles étant toujours submergées.
Ajax n'osa pas relever son regard, pas sur lui, ou n'importe qui d'autre. Il laissa sa tête tomber contre les carreaux et ferma ses yeux et prétendit qu'il aurait aimé ne plus être en vie. Il pouvait sentir les doigts sur son cou, se tendant et agrippant alors qu'il s'étouffait.
Il avait trompé la mort, et d'une façon ou d'une autre, d'une façon ou d'une autre c'était encore pire.
Il se sentait comme un mort vivant.
IIIII
Ajax avait quatorze ans lorsqu'il se noya dans une piscine.
Malgré ce qu'on aurait pu croire, malgré son cœur qui continuait de battre dans sa poitrine, malgré la façon dont ses joues rougissaient dans le froid et ses poumons qui se gonflaient et dégonflaient en rythme.
Malgré tout cela, Ajax savait que lorsqu'il avait quatorze ans et qu'il s'était noyé dans une piscine, il n'était pas revenu.
IIIII
Quand Ajax eu dix ans, une marque apparut le long de son bras.
C'était un nom.
L'écriture était longue et élégante et Ajax la trouvait jolie. Il dit le nom à haute voix, testant le mot sur ses lèvres.
Il sourit, loin du petit déjeuner à table, retraçant les lettres avec son index à la place de plonger sa cuillère dans son bol de céréales.
Son père le remarqua.
Ajax offra son bras à l'homme, à son père, pour qu'il puisse voir le joli nom qui avait été tracé dans sa peau.
« Papa, regarde, » dit-t-il, impatient, ses yeux écarquillés et sincères, brillants. « Ce matin je me suis réveillé, et c'était là. »
Son père prit son bras dans ses grandes mains et caressa la marque.
« C'est étranger je pense, » dit Ajax en se tendant un peu, alors que son père continuait de regarder. « Un de mes amis a dit que ça voulait dire que j'allais la rencontrer quand je serai plus grand, c'est vrai ? », l'espoir s'entendait dans sa voix.
« Papa ? »
IIIII
Ajax n'avait pas appris l'existence des âmes sœurs comme ses camarades de classe l'avait appris, pas non plus de la même façon que ses frères et sœurs plus âgés, et pas non plus comme ses frères et sœurs plus jeunes l'apprendrai.
Sa mère ne l'assit pas sur ses genoux, retraçant sa marque du doigt en lui expliquant. Elle ne lui sourit pas en lui racontant la légende comme quoi quelqu'un t’était destiné, que peu importe ce que tu feras, peu importe qui tu deviendrai – quelqu'un resterai à tes côtés, au travers des problèmes et des difficultés, quelqu'un qui prendrai ta main et ne la lâcherai plus jamais. Sa mère ne rit pas avec lui en lui souhaitant le meilleur, ne lui dit pas qu'un jour il créerait sa propre famille. Sa mère ne fit pas tout cela.
A la place.
Ajax appris l'existence des âmes sœurs au travers de la douleur brûlante d'un couteau déchirant sa peau. Il apprit l'existence des âmes sœurs au travers des ongles de son père griffant son bras et d'un métal plongeant dans la plaie jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un bordel ensanglanté et méconnaissable. Il apprit au travers de larmes coulant sur le sol de la salle de bain et d'un bandage recouvrant un nom qu'il n'était pas destiné à rencontrer.
Ajax ne l'apprit pas comme les autres.
IIIII
C'était impossible de se débarrasser d'une marque d'âme sœur. C'était imprimé sur l'âme après tout, et jusqu'au jour où tu cesserai d'exister elle resterai présente.
Sa peau guérit et le nom revint, aussi joli et immaculé qu'il l'avait été.
Cette fois, Ajax fût celui qui enfonça une dague dans sa chair.
Et il le ferait de nouveau, et encore, et encore.
IIIII
Il avait quatorze ans et son bureau était recouvert de mots. Des mots mal écrits et des écritures clairement enfantines, certains avaient une encre fraîche tandis que d'autres étaient plus anciens, tous adressés à son égard.
Ça disait : on te déteste.
Ça disait : tu n'es pas comme nous.
Ça disait : tu es dégoûtant.
Ajax tenta de passer sa main sur les mots, les traçant et les regardant alors qu'il aurait dû se concentrer sur le tableau, sur les équations mathématiques comme tout le monde.
Au début, il avait essayé de les effacer, il avait passé des heures tôt le matin avec une éponge, essayant désespéramment d'effacer les lettres, les phrases, les déclarations qui disait qu'il n'était pas désiré. Son front avait été recouvert de sueur et ses coudes l'avait brûlé de fatigue.
C'était toujours écrit avec des marqueurs permanents.
Maintenant, il les fixait juste. Il fixait, et observait, et regardait.
Il considérait les mots, ce qu'ils voulaient dire, les intentions derrière tout ça avec un point de vue distant, il faisait comme s'il n'était pas lui et que ces mots n'étaient pas pour lui, et alors, c'était plus facile de comprendre. Alors, il pouvait imaginer que c'était lui qui écrivait ces mots. Alors, il pouvait croire que tout ça était vrai.
Maintenant, il venait plus tôt à l'école, avec un marqueur dans sa main et il écrivait sur le bureau comme si ce n'était pas le sien.
IIIII
Quand il avait dix ans, les bandages sur son bras encore frais, il s'était assis à côté de sa mère, la tête penchée sur le côté, timide et confus, sa voix craqua légèrement alors qu'il disait-
« Je ne comprends pas. »
Parce qu'il ne comprenait vraiment pas. Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait bien pu faire de mal, et il ne pouvait pas comprendre pourquoi.
Sa mère caressa un instant ses boucles, et il pencha sa tête pour l'appuyer contre la paume de la main de sa mère.
« Tu ne dois jamais rencontrer ton âme sœur, » lui dit-t-elle.
Pourquoi ?
Pourquoi ce n'était que lui ?
Ses lèvres tremblèrent et elle dû le remarquer puisque ses ongles s'enfoncèrent dans son cuir chevelu et relevèrent violemment sa tête. Il pouvait seulement la regarder faire, les larmes aux yeux.
« Tu n'es pas ce que tu étais censé être, Ajax. » lui confessa-t-elle, « et tu dois le cacher. Cache le jusqu'à ta mort. Personne ne doit voir la vérité, d’accord ? »
Ajax acquiesça, même s'il ne comprenait toujours pas. Pas encore. Il n'arrivait pas à comprendre. Ne trouvait pas ce qui était étrange chez lui. Pourquoi les ongles de sa mère s'étaient-t-ils aiguisés ? Avait-t-elle toujours eu des serres ? Y avait-t-il toujours eu des crocs derrière son sourire ?
IIIII
Ses frères et sœurs plus âgées ne lui parlaient plus. Plus vraiment. Ils le regardaient de loin quand il descendait de l’étage ; leurs portes étaient toujours fermement fermées ; les dîners en famille ne semblaient plus être...
En famille.
Tout était de sa faute, et il ne comprenait pas pourquoi. Mais c'était sa faute. Il avait tout ruiné et ne pouvait le réparer, ne savait pas où tout avait commencé, quand tout avait commencé, mais tout était de sa faute.
C'est le nom sur son bras et ça voulait dire bien plus que ça mais personne ne voulait lui dire pourquoi.
IIIII
Il comprit éventuellement.
IIIII
Il eut un petit frère, qui le regardait comme Ajax aurait dû l'être.
Il s'asseyait sur ses genoux et écoutait attentivement avec des yeux émerveillés les contes qu'Ajax lui racontait et il était tout ce qu'Ajax n'était pas.
Ajax n'avait jamais autant détesté une personne.
IIIII
Il avait quinze ans quand il mit le feu à sa salle de classe.
Il vint plus tôt avec des allumettes et un cœur vacillant alors qu'il illuminait la pièce.
Il observa les murs peler, et les cendres se diffuser dans l'air.
Il se tint à sa place et regarda le feu prendre.
Amusant, malgré le bois noirci et brûlant, les mots étaient toujours visibles.
Amusant.
IIIII
Son père posa un sac dans ses paumes froides.
Il lui dit : tu dois partir.
Il lui dit : ta présence n'est pas désirée ici.
Il lui dit : je n'arrive plus à te regarder.
Il déclara, « C'est pour ton bien, fils. »
IIIII
Ajax avait quinze ans lorsqu'il s'assit dans un train, avec un sac sur les genoux et un vide trop profond dans le regard.
Ajax avait quinze ans lorsqu'il regarda la neige tomber derrière la vitre, et regarda sa maison s'éloignant de plus en plus.
Ajax avait quinze ans lorsqu'il ferma les yeux, et lorsque Tartaglia se réveilla.
IIIII
L'armée ne fût pas la punition qu'elle aurait dû être. Mais, les choses ne prenaient jamais le chemin qu'elles devaient avec lui.
Tartaglia s'épanouissait.
Il n'y avait que de la soif de sang dans son esprit, et elle s'épanouissait, infectant tout le reste, infectant ses bras, ses jambes, ses mains et ses pieds.
Il voyait le rouge plus que n'importe quelle autre couleur et le rouge était magnifique.
IIIII
(Et chaque nuit, il continuait à gratter sa peau, malgré que son père ne le fixât plus. Il prenait toujours un couteau pour faire disparaître le nom qui finissait toujours par réapparaitre.)
IIIII
« Tu vis pour ça, n'est-ce pas ? » Remarqua un de ses camarades, ses yeux le regardant d'un air perturbé.
Tartaglia sourit, « Je meurs pour ça. »
IIIII
Il y avait quelque chose d'indescriptible dans l'acte de prendre la vie de quelqu'un d'autre, dans la chaleur de la bataille. C'était fascinant, c'était un pouvoir s'approchant du divin, d'être au-dessus de quelqu'un et de les regarder dans les yeux et de voir dans leur regard qu'ils savent que tu vas leur prendre la vie. Que tu étais le vent et qu'ils n'étaient rien de plus que la faible flamme d'une bougie. Que tu pouvais les souffler et tous les réduire en cendres. Qu'ils ne pouvaient t'arrêter et que tu savais qu'ils savaient. Tu pouvais le voir dans leurs yeux, la peur, la peur imbécile et tu pouvais te voir dans leurs yeux, tu pouvais voir ton sourire, ton impatience à leur fin.
Tartaglia trouvait de la divinité dans la mort.
Il était immortel sur le champ de bataille.
IIIII
Tartaglia était dévoué à la Tsaritsa, à leur impératrice.
Elle était la seule justification dont il avait besoin et elle ne discriminait pas, elle vainquait tout le monde et tuerait quiconque se tiendrait sur son chemin. Elle le tuerait si elle en ressentait le besoin et il l'adorait pour ça, l'adorait pour ça.
Il s’agenouilla, et jura de dévouer sa vie pour sa cause, elle regarda dans ses yeux et sût qu'il ne pouvait pas être dressé, que la soif de sang en lui était plus forte, l'avalant tout entier et elle savait qu'il essaierait de la tuer s'il en avait un jour la chance.
Elle sourit et lui demanda de s'approcher.
IIIII
Tartaglia monta les échelons plus rapidement qu'aucun autre soldat, et il fût le plus jeune soldat à jamais atteindre le rang d'Exécuteur. Il était le Onzième et il était le plus craint, le plus imprévisible de la pire des façons.
IIIII
Alors que la guerre arrivait à sa fin, la Tsaritsa envoya ses soldats en congés.
Elle envoya Tartaglia à Liyue avec l'ordre de devenir familier avec ce peuple, puisque leur tour était le prochain sur la liste.
IIIII
Liyue était...
Elle n'était pas ce à quoi s'était attendu Tartaglia.
Ce n'était pas les ordres et commandes froids de Snezhnaya.
Tartaglia voulait détruire cette nation.
IIIII
Il y avait deux garçons, et ils se tenaient la main alors qu'ils couraient le long du Port et Tartaglia ressentait le besoin de les abattre là où ils se tenaient. Il s'imagina pousser leurs deux têtes dans l'eau jusqu'à ce qu'ils s'étouffent et suffoquent et se noient et perdent la vie puisqu'ils ne la méritaient pas.
« Très mignons, n'est-ce pas ? » Sourit une femme qui se tenait à côté de lui, prenant son regard fixe comme de l'attendrissement.
Il répondit par un simple son, ne manifestant ni son accord, ni son désaccord, tournant sa tête alors qu’il les observait, alors qu'il considérait leur environnement, l'acceptation silencieuse et entière résonnant tout autour d'eux.
C'était aussi facile que ça, n'est-ce pas ?
Ça le fît rire.
IIIII
Malgré son dédain pour le pays, Tartaglia appréciait la chaleur. Il aimait voir le soleil se lever, se tenant au-dessus des montagnes. C'était magnifique d'une façon artificielle, enfantine et stupide. De la même façon qu'il avait dessiné des tournesols dans le coin de ses cahiers lorsqu'il était enfant, de la même façon qu'il avait l'habitude de rêver éveillé de-
C'était une beauté si facile à briser, et si inutile.
Mais c'était quand même joli.
« Le coucher du soleil est l'une de mes parties préférées de Liyue, » déclara une voix derrière lui.
Tartaglia se tourna, et il y avait un homme.
Il souriait en direction du ciel derrière et Tartaglia ne pouvait pas s'empêcher de le regarder parce qu'il était-
Parce que-
« Je suppose que vous êtes un étranger ? » Continua-t-il, « Votre teinte de peau est trop pâle. »
« Snezhnaya, » répondit-t-il, pour lieu de salut.
« Ah, j'ai entendu dire que c'était plutôt froid là-bas, le climat n’est autre qu’une neige éternelle, non ? »
Tartaglia soupira, riant légèrement, « Oui, plutôt froid, » c'était une sous-estimation complète.
« Eh bien, j'espère que vous appréciez votre séjour à Liyue, je suis sûr que c'est impossible de la comparer à votre pays d'origine mais de façon factuelle, Liyue est l'une des nations les plus appréciées pour le tourisme. »
Il acquiesça.
« Je ne me suis pas présenté, mes excuses, » l'homme inclina sa tête, « Je suis Zhongli, un consultant d'un salon funéraire ici : le Salon Funéraire de Wansheng, pour être précis. »
Tartaglia resta silencieux.
« Et vous ? »
Il hésita, « Childe. »
« C'est un plaisir de faire votre rencontre, Maître Childe. »
« De même, » dit-t-il, assez abrupt, époussetant sa veste, « Je devrai y aller, je vous reverrai peut être un de ces jours. »
Et quand Tartaglia se tourna pour partir, il ne jeta pas un seul regard en arrière.
Il n'avait jamais prié auparavant, pas une seule fois. Ne croyant pas aux dieux et autres déités. Sachant qu'ils ne le croiraient jamais. Mais ce jour-là, il pria.
Il pria de ne jamais recroiser le chemin cet homme.
IIIII
Et bien sûr, comme le destin semblait l'avoir décidé, il le rencontra de nouveau, et encore, et encore.
Il était partout où Tartaglia espérait qu'il ne soit pas.
« Oh, Maître Childe, voulez-vous me rejoindre pour un dîner ? » Dit-t-il un soir et Tartaglia avait une excuse sur le bout de la langue.
« J'ai l'impression d'avoir fait quelque chose qui vous a vexé, s'il vous plaît laissez-moi m'excuser, » Zhongli baissa la tête, un sourire serein sur le visage et pas le moins du monde nerveux.
Tartaglia ressentit l'urgence de grogner et de se frapper la tête plusieurs fois sur le mur.
L'homme stupide en face de lui le regarda avec un regard innocent et sans la moindre arrière pensée.
« Où voudriez-vous aller ? » Céda-t-il.
IIIII
Zhongli avait oublié son porte-monnaie.
Tartaglia soupira d'exaspération.
Comment un tel homme pouvait exister ?
IIIII
Il apprit que l'homme enseignait l'histoire comme travail à temps partiel, qu'il était une personne vivante qui débordait de faits et histoires inutiles à raconter et qui semblait rêver éveillé toutes les dix minutes.
« Mr. Zhongli ? » Il claqua ses doigts devant l'homme.
Les yeux de l'homme s'éclaircirent, clignant de confusion, « Oh, je suis désolé, ai-je loupé quelque chose ? »
Il roula des yeux, « Tu allais rentrer dans un lampadaire tellement tu étais perdu dans tes pensées. »
Le sourire taquin qu'il reçut en retour lui dit que c'était déjà arrivé à l'homme.
IIIII
« Est ce que tu sais que ces fleurs ne fleurissent que dans... »
Tartaglia écouta à moitié le monologue de l'homme, qui parlait, et parlait, et parlait.
Il reposa son menton dans sa paume alors qu'il observait l'homme, alors que ses pupilles frôlaient ses cils, la façon dont certaines mèches de ses cheveux collaient à son front à cause de la chaleur, la façon dont sa lèvre inférieure luisait lorsqu'il la léchait, et la douce couleur rose de ses joues.
Tartaglia voulait le tuer.
Il pouvait sentir la dague dans sa poche, s'imaginait la glisser le long du cou de l'homme. Imaginait voir la vie s'échapper lentement de son regard, imaginait le sang tâchant ses doigts et le sourire qu'il arborerait. Il pouvait presque le sentir.
Il voulait Zhongli mort.
« Maître Childe ? Tout va bien ? »
Il laissa un son d'assentiment sortir de sa gorge, les yeux prudemment neutres.
IIIII
(Chaque nuit, il prenait la dague et la plongeait dans sa peau. Il la plongeait de plus en plus profondément chaque nuit de plus qu'il passait à Liyue.)
IIIII
« Et vous ? » Demanda Zhongli, le regardant par-dessus les brochettes de nourriture, « Que faîtes-vous ? »
Tartaglia pensa à lui expliquer en détail comment il aimait tuer ses proies, comment il aimait les garder proche de lui jusqu'à leur dernière, et agonisante expiration, jusqu'à ce qu'il se sente presque immortel. Comment il aimait les effrayer, les faire pleurer, comment il aimait la façon dont elles le suppliaient pour de la pitié, pour du pardon, comme s'il en avait en lui. Comment il aimait la couleur du rouge qui était si spécifique au sang, plus que n'importe quoi d'autre.
À la place, il haussa les épaules, « Rien d'intéressant. »
IIIII
Il ne comprenait pas pourquoi Zhongli continuait de revenir, pourquoi il continuait à graviter autour de lui. Il ne comprenait pas pourquoi l'homme ne l'avait pas abandonné, comment il semblait ne pas voir la lueur dans ses yeux et la façon dont il ne semblait pas réaliser qu'il y avait quelque chose de terriblement étrange avec Tartaglia.
Tartaglia détestait ne pas comprendre. L'abhorrait.
IIIII
« Pourquoi m'appréciez-vous ? » Demanda-t-il un soir, le regard acéré et froid alors qu'il observait l'homme par-dessus son verre.
« Hmm ? » Zhongli ne sembla pas surpris par la question, levant seulement un sourcil, alors qu'il buvait une gorgée de son propre verre.
« Pourquoi continuez-vous à me poursuivre ? »
« Vous poursuivre ? » sourit Zhongli, se moquant presque de lui.
Les joues de Tartaglia – à sa propre horreur – commencèrent à le brûler.
« Je – oui, pourquoi vous – »
« Demandez-vous pourquoi j'ai décidé de devenir ami avec l'un des touristes le plus... » Zhongli réfléchit pendant un moment, comme s'il cherchait un mot particulier, « un des touristes les plus irritables ? »
« Je ne suis pas irritable, » protesta-t-il immédiatement, de façon enfantine. « Je suis – je suis parfaitement amical, et charismatique. »
« Oh oui, j'en suis sûr, quand vous avez décidé de l'être, » sourit Zhongli.
Tartaglia n'aimait pas ça. Ça ne pouvait pas avoir tourné ainsi. Il n'avait jamais voulu emmener l'homme dans – dans quelque chose. Il ne se sentait étrangement plus à sa place, comme si les rôles avaient été inversés.
L'homme divaguant et perdu avait disparût, laissant place à un inconnu portant les mêmes traits.
« Que voulez-vous dire ? » Sa voix sonnait peu sûre d'elle, comme s'il était de nouveau un adolescent.
« Et bien, tu es celui qui joue un rôle, n'est-ce pas Childe ? » Et la façon dont il dit son nom, c'était comme – comme s'il savait.
« Hein ? »
« Oh, mon Dieu, je ne t'ai jamais vu autant chercher tes mots, ça ne te ressemble vraiment pas. »
Il était ébahi. Il ne pouvait pas–
« Mais pour répondre à la question qui te brûle la langue, je t'ai trouvé attachant, » admit Zhongli, baissant son verre pour le regarder directement, d'un regard perçant.
Ce n'était pas – ce n'est pas – ça n'aurait pas dû se passer comme ça.
Donc pourquoi... ?
Pourquoi son cœur battait-t-il aussi vite ?
Et alors, comme si un interrupteur avait été actionné, l'homme gagna de nouveau ce visage serein et commença à expliquer comment ce vin particulier qu'ils étaient en train de déguster avait été créé.
Tartaglia en fût étourdi.
IIIII
Il n'y avait de la place pour rien d'autre que la soif de sang dans l'esprit de Tartaglia, dans son cœur.
Donc pourquoi est-ce qu'il avait l'impression que Zhongli s'était creusé une place pour lui, comme s'il avait ouvert les entrailles de Tartaglia pour le voir, nu et sans atour, et se reposer là.
Pourquoi Tartaglia n'arrivait pas à l'arrêter ?
IIIII
(Le voulait-t-il vraiment de toute façon ?)
IIIII
Il était un loup dans la peau d'un mouton au milieu des Liyuéens. Aux côtés de Zhongli.
Ses mains se crispèrent pour attraper sa dague, et alors que l'homme était assis avec lui, pointant du doigt des points spécifiques du paysage d'un œil avisé, Tartaglia voulait le tuer.
Il ne pouvait pas s'en empêcher.
Il voulait découper l'homme vivant, voulait le faire supplier, et qu'il réalise alors que Tartaglia n'était qui il semblait être, qu'il était pire que les monstres dont parlent les manuels d'histoire et qu'il n'avait pas de regret, pas de sentiment autre que la haine et un besoin profond de l'assouvir. Il devait être assouvi.
Il avait besoin que Zhongli réalise. Il avait besoin que Zhongli court loin avant qu'il ne puisse le blesser.
« Childe ? Est-ce que je t'ennuie ? Je suis désolé. »
Ses yeux se recentrèrent, ses mains qui s'étaient crispées pour ses dagues se relaxèrent.
« Désolé, désolé. Je pensais juste à autre chose, » répondit-t-il en forçant un sourire sur son visage.
« Tu es troublé, » déduit l'homme.
Tartaglia détourna le regard.
L'homme réfléchit un instant, « tu es troublé à cause de moi ? »
Il se tendit.
« Je ne suis pas ce que tu penses que je suis, » dit-t-il à la place.
« Et comment peux-tu le savoir ? »
Tartaglia se tourna vers lui, le regard dur. « Tu ne serai plus là si tu savais. »
« Tu es toujours empli de suppositions, n'est-ce pas ? » sourit Zhongli.
« Je ne suis pas une personne avec laquelle tu devrais être ami. »
« Vraiment ? » Et ça sonnait comme si l'homme se moquait de lui. C'était enrageant. C'était- c'est-
« Childe, je crois que tu n'as pas bien compris, » Zhongli pencha la tête, « Je peux le voir dans ton regard, que tu as été blessé. Que ç'a t'as laissé des cicatrices. »
Tartaglia détourna de nouveau le regard alors que le regard de Zhongli le brûlait presque maintenant. Il essaya de mettre plus de distance entre eux mais Zhongli ne faisait que se rapprocher.
« C'est ok, » dit l'homme calmement, « je t'acceptes tout entier, comme tu es, » promit-t-il. Si facilement, juste comme ça.
« Tu- tu ne peux pas- »
« Je ne peux pas quoi ? Je ne te jugerai jamais, Childe, pour tout ce que tu es, et tout ce que tu deviendras. Je le promets, » l'homme sourit de nouveau et Tartaglia se consuma, il avait l'impression d'être dans un incendie, son cœur tressaillait, et tressautait et brûlait et il ne pouvait pas-
« Tu es un putain d'idiot, » hoqueta-t-il, incapable de détourner ses yeux de cet homme idiot, vraiment idiot qui semblait trouver ça si facile d'aimer un meurtrier.
Zhongli rigola.
IIIII
Ils se rencontrèrent. Encore, et encore, et encore.
Zhongli lui souriait comme s'il y avait quelque chose d'adorable, comme s'il était quelqu'un à aimer et Tartaglia ne pouvait s'empêchait d'imaginer le nom sous les manches de l'homme, sachant déjà quelles lettres apparaîtraient et il se demandait si Zhongli savait. Si Zhongli avait toujours su.
Tartaglia ne pouvait s'empêcher de baisser sa garde autour de l'homme, que ce soit en s'asseyant juste un peu plus près, ou en rigolant de façon un peu plus honnête, ou en souriant un peu plus. Il ne pouvait s'en empêcher.
IIIII
La Tsaritsa rappela ses soldats pour la guerre.
Il y avait une embuscade sur Snezhnaya.
IIIII
« Je dois y aller, » dit-t-il à Zhongli. « Il y a une guerre, et je suis un soldat, et je dois y aller. »
Zhongli hocha la tête, était-t-il jamais surpris ? Tartaglia ne l'avait jamais vu décontenancé.
« Fais de ton mieux, » dit l'homme à la place, « et je te verrai après. »
« Oui, » Tartaglia acquiesça, « Je te verrai après. »
IIIII
Tartaglia fît ce qu'il faisait de mieux, et il tua. Il tua et poignarda, et tira et c'était comme une seconde nature et il se sentait chez lui d'une horrible manière. C'était l'endroit auquel il appartenait.
Et entre chacune des batailles, dans le silence des camps, dans les pauses entre les missiles, il écrivait.
Il écrivait à une seule personne.
IIIII
(Il leva sa dague, et la reposa. Il laissa les lettres guérir.)
IIIII
Au milieu des batailles, Tartaglia considérait une vie sans combat. Il ne l'avait jamais fait auparavant. Il n'y avait pas de maison l'attendant dans la neige, il n'y avait pas de vieux camarades de classe auxquels rendre visite et il n'y avait pas de frères et sœurs qui l'attendaient la peur au ventre.
Mais il y avait un homme.
Il y avait un homme qui l'avait attendu, peut être sa vie entière. Peut-être qu'il avait attendu juste comme Tartaglia.
Peut-être qu'il avait attendu, exactement comme le petit garçon assis seul dans la salle de bain, avec les bras recouverts de bandages et un cœur en morceaux.
La vérité était, que Tartaglia était un monstre même avec tout ça, il voulait tuer et tuer et tuer. Le champ de bataille était l'endroit auquel il appartenait. Mais, il y avait quelqu'un qui s'en fichait. Il y avait quelqu'un qui voulait voir à l'intérieur, qui voulait ouvrir en grand sa poitrine et voir son cœur battre et penser qu'il méritait d'être aimé quand même.
Il y avait quelqu'un qui voulait tenir sa main malgré la personne qu'il était devenu, qui il allait devenir, qui il avait été.
IIIII
Au milieu de la bataille, il y avait une lettre dans la poche de Tartaglia, sécurisé juste à côté de son cœur.
Au milieu de la bataille, Tartaglia tomba et ne se releva pas.
