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La pluie tombait sans discontinuer depuis l'arrivée d'Obi-Wan sept jours plus tôt, des gouttes fines et drues qui vous transperçaient les os. L'humidité imprégnait tant l'air que la température plutôt agréable en devenait glaciale. Il y avait quelque chose d'insidieux, dans cette pluie, qui donnait la sensation d'être une montagne qu'on érodait lentement mais sûrement.
Ou peut-être qu'Obi-Wan avait tant d'eau dans les oreilles qu'elle avait fini par se mêler à son liquide céphalo-rachidien. Les habitants de Zeir'b 5, à la peau écaillée, continuaient à vivre leur vie comme si de rien n'était, comme si le Jedi qui aurait dû partir depuis trois jours déjà ne se noyait pas une goutte après l'autre. Sa cape sentait la fourrure de wookie mouillée et il avait renoncé à la mettre depuis plusieurs jours déjà. Ses cheveux étaient plaqués misérablement sur son crâne et il songeait sérieusement à raser sa barbe complètement avant qu'elle moisisse.
D'aucun trouverait qu'il exagérait un tantinet, mais d'aucun n'avait pas ses vêtements collés à la peau.
S'il avait su ce qui l'attendait, il aurait échangé sa place avec Kit Fisto dont la nature amphibienne aurait bien mieux supporté la situation. Il ne se souvenait pas d'avoir été aussi mouillé depuis sa découverte de Kamino.
Il aurait dû être déjà reparti, une fois la cérémonie de transmission de pouvoir effectuée, toutefois un orage magnétique particulièrement violent, et apparemment assez courant, empêchait les navettes transatmosphériques de rejoindre la base spatiale où se trouvaient les vaisseaux diplomatiques. Seuls les transporteurs de marchandise ayant les autorisations adéquates étaient autorisés à quitter la planète et la courtoisie zeir'bonne n'aurait souffert qu'il reparte dans de telles conditions. Obi-Wan était d'avis que la courtoisie était de céder aux préférences de ses invités qui préféraient être au sec sur la base spatiale en attendant que la circulation reprenne, toutefois l'argument n'avait pas été reçu.
L'orage pouvait encore durer une semaine. Obi-Wan craignait qu'on le retrouve noyé.
Malgré ses récriminations intérieures, il souffrait en silence, témoin porté volontaire des tribulations gouvernementales : bien entendu, il s'était retrouvé « invité » à assister aux sessions du parlement planétaire. Tout ce dont il avait toujours rêvé.
La séance fut enfin levée, la députée Gannmorrima se saisit de son bras, lui souriant de ses dents extrêmement nombreuses et pointues. Elle lui tournait autour depuis deux ou trois jours, et Obi-Wan n'arrivait pas tout à fait à savoir si elle essayait de le mettre dans son lit ou de le manger. Peut-être les deux.
Il cherchait une énième excuse acceptable pour essayer de se dépêtrer d'elle lorsque son comlink vibra contre sa ceinture.
— Toutes mes excuses, députée, dit-il avec un sourire contrit, en se dégageant souplement.
— À trrrès bientôt, cher Maîtrrre, trilla-t-elle sans cligner des paupières.
Obi-Wan s'éloigna promptement pour s'isoler et décrocher. Ce fut la voix inattendue, tellement bienvenue, d'Anakin qui l'accueillit.
— Anakin ?
— Je suis au spatioport, annonça-t-il
Les couloirs du parlement étaient constitués d'une série de petites alcôves qui débouchaient sur un grand hall ouvert sur l'extérieur, dans l'indifférence absolue de la pluie qui rendait le sol glissant. Obi-Wan, n'ayant pas vraiment de pieds ni de chaussures adhérentes, utilisait la Force avec un soin particulier pour réussir à garder sa dignité.
Dans sa joie et sa surprise, il faillit perdre le contrôle et finir sur les fesses au passage. Une main contre le mur, l'autre cramponnée à son comlink, il chercha au-delà de toutes ces signatures de vie dans la Force celle qui lui était si chère, celle qui n'aurait pourtant pas dû être là. Il trouva sa douce chaleur, la caressa, se sentit caressé à son tour, bonjour, bonjour, tu m'as manqué.
Que faisait-il là ? Comment était-il arrivé ? Autant de questions dont l'intérêt se révélait secondaire au bonheur qui picotait ses terminaisons nerveuses, l'éclairant de l'intérieur comme un soleil.
— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il quand même, ne serait-ce que pour entendre à nouveau sa voix. Comment es-tu arrivé ?
— Je suis chargé de te ramener, déclara Anakin d'un ton très satisfait de lui-même.
Il ajouta sans s’expliquer plus :
— Je t'attends ou je viens te chercher ?
— Attends-moi, répondit Obi-Wan avec des bulles de vin pétillant dans les veines. Pour l'amour de la Force, ne quitte pas ce spatioport, qui sait si on nous laisserait repartir ?
Cette fichue courtoisie ralentit de façon significative son départ, car il aurait été inacceptable qu'il ne soit pas escorté. Quand il arriva enfin, enfin au spatioport, Anakin l'attendait comme promis dans la salle d'embarquement des navettes personnelles. Il se leva de son siège, grand et élégant dans sa tenue sombre.
L'air merveilleusement, merveilleusement sec.
Encore que ces quelques heures dans l'humidité ambiante avaient suffi à transformer les ondulations de ses cheveux en véritables boucles. Il vint à leur rencontre, s'arrêta devant Obi-Wan.
— Maître Kenobi, le salua-t-il, les yeux pétillants.
— Maître Skywalker, répondit Obi-Wan en essayant de contrôler son expression.
Anakin esquissa un sourire en coin. Obi-Wan salua son escorte, les remercia de leur accueil, puis tourna les talons et traversa la passerelle jusqu'à la navette.
Jamais il n'avait autant apprécié l'odeur d'oxygène recyclé qui collait toujours un peu aux parois des vaisseaux. Obi-Wan se débarrassa immédiatement de sa cape. Il aurait fait de même avec son tabard et sa tunique s'il n'y avait pas encore ceux qui observaient leur départ et risquaient de l'apercevoir en train de se déshabiller.
— Chargé de venir me chercher ? dit-il quand Anakin passa à son tour dans la cabine. Par qui ?
— Par moi-même, répondit-il en s'installant à son siège de pilotage. Tu avais l'air tellement malheureux dans ton dernier holo que j'ai décidé de faire un détour avant de rentrer.
— Et comment est-ce que tu as eu l'autorisation d'atterrir sur la planète ? interrogea Obi-Wan en prenant place à son tour.
— Oh, R2 m'a ajouté à leur liste de pilotes qualifiés en cas d'orage magnétique.
— Anakin.
— Je suis qualifié, je n'allais pas laisser un détail administratif me bloquer.
Et Obi-Wan aurait vraiment, vraiment dû protester un peu plus, mais Anakin ne l'aurait de toute façon pas pris au sérieux, et il était bien trop heureux de partir. Il posa la main sur sa cuisse. Anakin la pressa brièvement, puis lança le processus de décollage.
Il était focalisé sur le tableau de bord, un pli entre les sourcils qui trahissait qu'il avait vraiment besoin de se concentrer. Obi-Wan garda alors le silence, savourant sa présence toute proche, physiquement et dans la Force.
Le point de saut dans l'hyperespace avait été déplacé bien plus loin dans le système le temps de l'orage. Ils mettraient deux bonnes heures à l'atteindre, alors une fois qu'ils furent sortis de l'atmosphère, Obi-Wan déboucla sa ceinture et se leva.
— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Anakin sans pour autant détourner les yeux de ses instruments. Où est-ce que tu vas ?
— Pas bien loin, répondit Obi-Wan, amusé. Je vais me changer.
— Te changer ?
Au lieu de répondre, il déposa un long baiser sur sa tête et s'éloigna, suivi par la vibration agréable qu'émettait un Anakin satisfait.
Il ne prit même pas la peine de chercher dans son propre sac, il alla directement fouiller dans les affaires de son compagnon, lui vola une tenue sans remords et entreprit de retirer ses vêtements humides avec un plaisir quasi obscène. Avant de se rhabiller, il passa par la douche sonique et en ressortit délicieusement sec.
Enfiler les habits lui demanda un petit moment d'adaptation, ils étaient un peu trop longs par endroits, pas assez larges par d'autres. Le confort restait on ne peut plus parfait, ne serait-ce que par l'idée que ce tissu touchant sa peau avait aussi touché celle d'Anakin.
Il en aurait presque fredonné de contentement, de bonheur parfait : il était au sec, il rentrait au temple, Anakin était auprès de lui et ils auraient quelques jours rien qu'à eux avant leur arrivée, que demander de plus ?
Retournant dans la cabine, il s'assit à nouveau à côté de son pilote inespéré qui lui adressa un coup d’œil en coin, prenant quelques instants pour l'admirer ouvertement.
Obi-Wan en noir lui faisait toujours de l'effet, ou peut-être était-ce qu'il porte ses vêtements. Dans tous les cas, c'était très agréable.
— Tu as tout ce que tu veux ? interrogea Anakin avant de reporter son attention à l'extérieur.
Il gardait soigneusement ses distances avec l’énorme vaisseau de marchandises qui les précédaient, calculant sans doute en silence les différentes forces de gravité sans aucun effort.
— Pas tout à fait, répondit Obi-Wan.
Il posa à nouveau une main sur la cuisse de son compagnon, un peu trop haut pour être convenable, et commença à la caresser doucement du pouce.
— J'aurai tout ce que je voudrai lorsque nous serons enfin dans l'hyperespace et que je pourrai te prouver toute ma gratitude.
Oui, c'était toujours, toujours si agréable de sentir l'aiguillon de son désir dans la Force, qui se changeait en grésillement à l'effet quasi physique sur le corps d'Obi-Wan. Il sourit de contentement, Anakin grogna d'irritation.
Quand vous aviez affaire à quelqu'un d'impatient, il y avait un plaisir particulier à le faire attendre, surtout quand il avait les mains liées.
Et une fois que l'impatient s'était libéré, eh bien.
Tout le monde était gagnant.
(fin)
