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Pour les dix premières années de la vie de Sanji, le mot père est une insulte. C'était un mot pire que n'importe quelle injure, un mot qu'il refuse de dire malgré toutes les insultes qu'il a pu dire. Il ressent la même chose pour papa ou un autre mot faisant référence à un possible paternel. Il en allait de même pour le mot frère. En ce qui le concernait, Sanji était orphelin. Et cela lui allait. Il était même heureux. Ils ne lui manquaient pas, peu importe à quel point il désirait avoir quelque chose à manquer.
Puis le Ororo se fit attaquer par des pirates et soudainement il se retrouva à se reposer sur la bonne volonté d'un étranger. Sanji pensa à tuer l'homme et faillit le faire, jusqu'à ce qu'il se retrouve face à l'horrible réalité que cet homme, Zeff, avait sacrifié sa jambe et son rêve pour lui. Il ne comprenait pas. Pourquoi quelqu'un comme Zeff se souciait de son sort, jusqu'à jeter son rêve aux oubliettes pour lui ? Il n'était personne, il n'était rien. Si sa propre famille pensait qu'il était un moins que rien, pourquoi un étranger se soucierait de lui ?
Une fois hors du rocher, Sanji fut perplexe quand il comprit que Zeff le voulait avec lui et il comprit ce qu'il devait faire. Une vie entière à travailler dans une cuisine était loin d'être suffisant en échange d'un membre et d'un rêve abandonné, mais Sanji n'avait rien d'autre à donner à l'homme qui était devenu son père. Oh, il ne l'appelait jamais ainsi, pas en face. Il n'était pas entièrement sûr de sa réaction s'il le faisait. Il se contentait d'un Sale Vioc, Le Vieux et occasionnellement il se permettait un Pauvre Sénile, mais l'intention derrière ces mots étaient la même. Zeff était plus un père que Judge avait pu être.
Il avait une dette envers Zeff tellement importante que tout l'or du monde ne pourrait pas le rembourser, alors il resta au Baratie et travailla encore et encore et encore parce qu'il devait montrer sa gratitude. Il resta parce qu'il savait que la culpabilité le rongerait s'il partait. Il ne quitta pas le restaurant, jusqu'à ce qu'un garçon au chapeau de paille envoie un boulet de canon dans le toit et change sa vie.
Pendant un moment, tout allait bien. Ils se battaient, riaient, pleuraient et ils le faisaient ensemble. Enies Lobby lui fit se demander jusqu'où ils seraient prêts à aller pour lui. Il n'était pas Robin. Il essaya de ne pas y penser, essaya d'ignorer les souvenirs qui le hantaient à chaque fois qu'il essayait de dormir. Puis arriva Sabaody, il se retrouva coincé à Momoiro et il sentit cette vieille haine qu'il ressentait envers lui-même revenir dans sa vie (elle n'était jamais partie). Il se détestait pour aimer les robes et les jolies choses, alors il se déchainait. Iva le regardait avec un regard qui semblait en savoir beaucoup trop et Sanji les détestait tous pour être libres comme lui ne pourrait jamais se permettre de l'être.
La photo d'Ace, gisant par terre face au sol avec un trou béant dans le torse le secoua au plus profond de son être. Ils n'avaient pas été là. Comment pouvait-il se prétendre être le nakama de Luffy alors qu'il n'avait pas été là ? La seule chose à laquelle il put penser fut qu'il n'était pas là quand son capitaine avait le plus besoin de lui, alors il cuisina, travaillant la viande encore et encore, bien plus qu'il ne pourrait en manger. L'île entière s'extasiait devant sa cuisine, mais tout avait un goût de cendre dans sa bouche.
Les deux années passèrent lentement puis tout s'enchaîna.
Luffy ne les détestait pas, il ne leur en voulait même pas, et c'était le pire. Sanji savait, au fond de lui, qu'il avait échoué. Puis Bege mentionna les mots Germa et Vinsmoke et il sut ce qu'il devait faire. C'était la seule façon dont les choses pouvaient se terminer.
Il pouvait au moins faire ça pour son capitaine.
(Plus tard, quand il revint sur le Sunny et que l'hématome sur sa joue eut presque disparu, il se demanderait comment il avait pu penser que Luffy le laisserait partir. Il était chez lui. Il était avec sa famille. Il était avec eux, et cela valait tout l'or du monde.)
