Chapter Text
Prologue
C’était une tempête telle qu’on n’en avait jamais vu, même sur cette île hostile qui abritait Azkaban. Elle faisait rage depuis plusieurs jours sans jamais faiblir. Même les Détraqueurs, raffolant habituellement du mauvais temps qui désespérait leurs captifs, s’étaient retranchés derrière les murs de la prison pour résister aux rafales. L’eau se déversait sans discontinuer dans les cellules. Elle franchissait les fenêtres, suintait des murs et inondait le sol. Les hurlements de folie de Bellatrix Lestrange se noyaient parmi les cris désespérés des autres prisonniers.
Il n’y avait qu’une geôle silencieuse au milieu de ce vacarme : celle de l’un des prisonniers les mieux gardés. Cet homme restait muet, comme à l’accoutumée. De tous les détenus, il était celui qui parlait le moins depuis son incarcération, et c’était le seul vestige de son caractère particulièrement obstiné. Son mutisme lui permettait de ne pas devenir fou. De se raccrocher à une idée, une minuscule idée qu’il n’avait pas le droit d’oublier. Il était le seul, désormais, à connaître la vérité. Lui seul pourrait rétablir la justice. Alors il restait là, silencieux et immobile, attendant le jour où il pourrait déposer son fardeau.
Il s’était cependant recroquevillé comme les autres dans un coin de sa cellule pour échapper à la pluie battante et à l’eau qui ruisselait de toute part. L’éloignement des Détraqueurs était un soulagement pour son esprit : cela lui permettait de retrouver des bribes de pensées heureuses enfouies depuis des années. Des bribes qu’il conserverait tant que la folie des autres ne l’attraperait pas à son tour. Mais ces souvenirs ravivaient son désespoir, désespoir entretenu par les courants d’air et d’eau. Chaque bouffée de bonheur lui enfonçait dix lames glacées dans le cœur.
A l’aube, la tempête se calma légèrement, mais cela n’apaisa pas les cris de ses codétenus. Au contraire, ils redoublèrent, car les prisonniers savaient que les Détraqueurs se jetteraient bientôt sur leurs proies. Lui s’y préparait, résigné, jusqu’à ce qu’un mince filet de lumière transperce les nuages. Comme un brin d’espoir, et c’en fut trop : il cria aussi, d’une voix étranglée par des années de silence.
- Oh, James…
Pour la première fois depuis douze ans, une larme roula sur sa joue.
- Si seulement… si seulement tu n’étais pas mort !
Illuminée par le rayon de soleil, la larme prit une teinte arc-en-ciel.
