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Le dimanche 15 août 1751
"Charles-Henry, peignes-toi la frange et descends. Tout de suite." ordonna Anne-Marthe.
Charles-Henry obéit sur le champ, se demandant ce que cet ordre pouvait signifier. Quand il fut au bas des escaliers, sa grand-mère alluma un bougeoir et lui fit signe de la suivre dans le salon. Le nouvel apprenti exécuteur trouvait jolie cette pièce avec son carrelage en pierre de liais. Il s'assis sur une des chaises placées devant le foyer.
"Nous allons bientôt recevoir un invité. dit la matriarche
-Je...Je vais partir alors, répondit Charles-Henry. Habituellement, il n'était pas sensé interagir avec ceux-ci.
-Non. Je veux que tu restes."
Le petit n'en croyait pas ses oreilles. Après un certain temps, un homme entra dans le salon. C'était un homme dans la fleur de l'âge, au visage encadré de cheveux épais et duveteux.
Anne-Marthe et Charles-Henry se levèrent par politesse. L'invité s'inclina légèrement devant Anne-Marthe. "Bonjour, ma cousine." dit le nouveau venu.
"Bonjour, maître Soubise." répondit la vieille dame d'un ton froid.
Elle l'invita à s'asseoir. "À ce que je vois, ce gamin, c'est votre petit-fils. Le bonjour à lui." hypothèsa Soubise d'un ton las.
"Charles-Henry, je te présente le maître tourmenteur-juré de Rouen et aide de celui de Paris. expliqua Anne-Marthe
-Enchanté, maître Soubise. dit Charles-Henry.
-Bonjour, petit monsieur.
.-J'ai vu votre réclâme sur la place du Parvis...Avez-vous trouvé des clients ?
-Quelques uns, tous très contents de mes services depuis que j'ai baissé mes tarifs. Les derniers ont une fille, une jeune fille toute belle, avec un teint rendu cadavérique par mes soins. Elle me manquera quand ses pères et mères n'auront plus besoin de mes services." répondit le questionnaire d'un ton enjoué.
Charles-Henry dut réprimer une grimace de dégoût. Il savait bien que la réclâme dont il s'agissait était faite pour ses services de corrections, offrant de battre de verges les enfants de ses clients monnayant finances. Le garçon avait une désagréable impression que s'il ne devait pas arrondir ses fins de mois, il offrirait ses services gratuitement.
Sentant la tension monté, Anne-Marthe dit : "Nous vous avons préparé quelques pâtés. Venez-donc dans la salle à manger."
Les trois se rendirent à la salle à manger, pour l'instant vide. Seule la plus petite des tables était couverte, avec en effet, à son centre, un pâté. À côté, il y avait une carafe de vin coupé de tisane qui empestait. Velour les attendait et les servit, d'une bonne part de pâté et de vin chacun. Au goût, Charles-Henry trouva ce pâté délicieux avec sa généreuse garniture de cresson conservé au beurre clairifié et parfumée à la menthe, et la croûte était délicieuse mouillée au blanc sec. Il ne tarda pas à découvrir l'origine de l'odeur désagréable du vin : la tisane utilisée pour le dillué c'était une tisane de valérianne. Le goût parvenait à être pire que l'odeur, et il fallait toute la volonté de Charles-Henry pour ne pas recracher sa gorgé au goût infâme. Mais Soubise semblait beaucoup apprécier son verre qu'il dégustait lentement. "Madame, vous savez me soudoyez comme personne. Mes compliments à la cuisinière. Qu'attendez-vous de moi ?
-Je veux simplement que vous fassiez en sorte que mon petit-fils ici présent ne vous craigne pas trop. Ceci limitera les bavures quand mon fils lui montrera la question.
-Limiter les bavures. Ça ne devrait pas être trop difficile, car j'arrive à obtenir l'obéissance de brigands endurcis. Petit, est-ce que vous dormez de temps en temps parmis les ustencils ou sur la table de dissection ?
-Oui, m'sieur, répondit Charles-Henry
-C'est bien. Je sens que nous allons nous entendre."chantonna Soubise d'un ton enjoué. "Puis, vous n'avez pas à me craindre, je ne vous fouetterais que si j'en reçois l'ordre....Et il ne sera pas exécuté avant que je ne sois payé. On m'a dit que vous êtes intelligent, et je suppose que vous ne seriez pas tenté de faire le méchant en les messieurs du Parlement. Je suppose aussi que tu ne seras pas assez sot pour faire l'étourdi devant le procureur Pasquier."
Soubise but une autre gorgée. "Charles-Henry Sanson, vous n'avez pas à avoir peur de moi."
