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Les Cahiers de Jaguarys

Summary:

Quelques-uns des textes historiques les plus importants de Jaguarys.
Certains viennent des archives royales. D'autres ont été trouvés pendant la perquisition du logement de la prêtresse renégate Sheibah. Ils ont été arrangés par ordre chronologiques afin de retracer l'histoire du peuple jaguarian.

Work Text:

Dossier I: Les Siècles de Sang

Ce livre était à l'origine écrit en Iaguara ancien. Le dernier locuteur de cette langue, Shaeran, l'a traduit en orobanais vulgaire, afin qu'il puisse être transmis aux diverses tribus des montagnes de Lovinah. La présente version a été adaptée en larbosien moderne par Sheibah.

Partie 1 : La chute de Iaguatihuacan

Chapitre 1 : Dernières Paroles de Huentli

Je serais pendu demain matin.
Nul ne me plaindra, tant mon crime est terrible. Ni mes frères d'armes qui m'ont conduit au cachot, ni le page qui recueil mes paroles n'auront osé me regarder dans les yeux. Et pour cause : J'ai assassiné sa sainteté, la grande prêtresse Xa-Kunya.
Ce crime-là, je ne le nie pas. Cela dit, je continuerai de le dire : Je n'ai tué ni son intendante, ni Icauhtli, mon camarade avec lequel je venais escorter sa sainteté pour son sermon public. La première était morte quand nous sommes entrés dans la demeure de la prêtresse. Le second est mort sous mes yeux impuissants, des griffes de sa sainteté Xa-Kunya elle-même. Qui pourrait me croire sans l'avoir vue? Ses yeux hier encore si doux, rouges et parcourus de veines jaunes. Ses lèvres hier encore si délicates, tortues, dévoilant ses crocs acérés et laissant s'échapper un filet de bave. Ses saintes mains qui hier encore bénissaient les fidèles, trempées de sang.
Je n’eus qu'une seconde pour réagir, plus hélas que ce à quoi mon frère d'armes avait eu droit. Par réflexe, je pourfendis ma maîtresse avec le fer par lequel j'avais juré de la défendre.

J'ai péché, je l'avoue; ma mission était de mourir plutôt que de la laisser expirer. Mais ne vous méprenez pas sur ma faute.

Puisse le don de mon sang apaiser les dieux.
Gloire à sa majesté.
Gloire aux dieux.
Gloire à Iaguatihuacan.
Paroles de Huentli, recuillies par Lapkatl

Chapitre 2 : Le Mal

La semaine dernière, je consignais ce que je croyais être... ce que j’espérais être les paroles d'un fou. J'ai vainement cherché dans la voix la trace d'un mensonge, dans les yeux la trace d'une malice, lorsque j'osais enfin le regarder... Mais tout en lui criait son innocence, et ce n'est qu'aujourd'hui que je suis forcé de l'admettre. Loin de calmer les dieux, le sang de Huentli n'a fait qu'amplifier leur colère. Le mal de Xa-Kunya a frappé trois fois depuis son exécution. 9 Iaguaras sont morts aux griffes des malades, lesquels ont été exécutés en secret. Sa majesté Teocuitla a souhaité taire la vérité pour éviter la panique générale, mais le mot court malgré ses efforts.

Gloire à sa majesté.
Que les dieux soient bientôt apaisés.
Gloire à Iaguatihuacan.
Lapkatl

Chapitre 3 : La Pluie de Sang

Seigneur Akamandis, qu'avons-nous fait pour vous offenser ? Notre sang doit-il encore couler longtemps avant d'étancher notre soif?
Iaguatihuacan n'est plus. Sa majesté Teocuitla n'est plus. Le mal de Xa-Kunya a frappé sous chaque toit et le sang a coulé sous chaque porte. Des iaguaras respectable ont tué femme, enfant, frère et sœur. Avant d'être eux-mêmes tués. Ceux qui comme moi ont eu le malheur d'être épargné ont vu tout ce qu'ils aimaient emporté par ce funeste torrent. Je crus qu'Anathos s'était levé, que ses légions avaient jaillis de l'enfer pour reprendre Alysia... Mais tous ces démons avaient des visages familiers. Pourquoi, o dieux ? Pourquoi n'avoir pas fini le travail ? Pourquoi me laisser vivre et porter ces horreurs en ma mémoire ?

J'ai vu au loin d'autres survivants. Prudemment, je m'approcha d'eux. Comme moi, ils n'étaient pas atteints. Nous dûmes décider quoi faire. Il n'y avait que deux chemins par lesquels on pouvait quitter la péninsule du Yukitten: Par la mer, on pouvait rejoindre le contient de Laurysia, et les montagnes de Louinatl où vivaient nos semblables nomades. Par la terre, nous devions passer par Limonmuyay, un pays d'humains. Ils avaient été partenaires commerciaux de Iaguatihuacan tant que nous étions riches et puissant, mais cachaient à peine leur mépris pour les nôtres lorsqu'on voyageait sur leurs terres. Ces vautours nous réduiraient sûrement en esclavage, comme ils l'avaient fair à la tribu de Miaujay. Je fus donc du parti de tenter de trouver un bateau et d'aller au nord. La plupart des réfugiés en firent de même, mais certains préféraient tenter leur chance au près des humains, de crainte que nos semblables de Louinatl ne furent eux aussi frappés du mal de Xa-Kunya. Parmi mes compagnons d'infortune se trouvait une ancienne servante de feu sa majesté Teocuitla. Elle tenait dans ses bras un bébé qu'elle disait être Cihuapilli, la plus jeune fille du roi. Ces deux iaguara étaient les seules survivantes du palais.

Lapkatl

Partie 2: Manuscrits de Lovinah

Chapitre 1 : Ce qu'il nous reste

Voilà bien des siècles que les vies des Jaguarians sont dictées par le chacounia. Un jaguarian sur deux montre les signes de cette maladie dès sa naissance et doit être mis à mort. Nos enfants sont élevés communément, en partie pour protéger la vie rare et précieuse, en partie pour ne pas que les parents cachent des enfants maudits. Ma propre mère était couverte d'étranges cicatrices, donc enfant je n'avais pas le droit de parler. On m'a plus tard révélé que c'était l'œuvre de ma grande sœur: Ma mère l'avait cachée des jours après sa naissance. Il a fallu l'arracher de ses bras alors même que le nourrisson enfonçait ses canines de lait dans la peau de notre mère.
Nous vivons en groupes d'entre 100 et 200 jaguarians. Si nous nous réunissons en groupes plus grands, il y a un risque de résurgence quand on croise un autre groupe.
Les résurgences ont lieu quand plus de 500 jaguarians sont réunis. Alors, comme le jour de la chute de Iaguatihuacan, des individus jusqu'alors épargnés sont atteints du chacounia. Seul un seizième d'entre eux reste immunisé. Si ces immunisés ont des enfants entre eux, ils n'ont qu'une chance sur quatre d'être eux aussi immunisés, et c'est en se reproduisant entre enfants d'enfants d'immunisés qu'on revient à un immunisé sur deux. Cela cause un autre problème: Certains naissent épargnés par le chacounia, mais débiles car leurs parents sont cousins. Pour réduire l'endogamie, à chaque équinoxe, avant de quitter un point d'arrêt partagé, nous laissons quelques jeunes en âge d'être mariés, afin qu'il le soient dans la prochaine tribu occupant le même point. Malgré cela, nos effectifs diminuent et nous semblons voués à l'extinction. Comme si cela ne suffisait pas, les humains, qui jusque-là n'avaient aucun intérêt pour le sol ingrat des montagnes, trouvent désormais inacceptable qu'il existe sur Alysia une parcelle, si pauvre fut-elle, qui échappe à leur contrôle. Ils nous harcèlent incessamment pour nous faire quitter les montagnes, et si possible le monde. Notre force et l'avantage du terrain nous permettent pour l'instant de nous les repousser, mais chacune de leur victime est une perte irremplaçable quand un nouveau-né sur deux doit être tué.
Quand nous quittons un point de d'arrêt, nous y laissons aussi des rouleaux avec des écrits. Traditionnellement, ils sont rédigés en iaguara ancien, langue amenés par les réfugiés de Iaguatihuacan qui ont rejoint les montagnes de Lovinah voilà bien des siècles. Mais je suis un des derniers à maîtriser cette langue et ce système d'écriture. La majorité des jaguarians des montagnes parlaient déjà une forme d'orobanais, à cause de leur proximité aux humains. Cette langue s'écrit maintenant avec un alphabet dérivé du script Doralien. J'ai donc entrepris de réécrire les rares textes ayant survécus de Iaguatihuacan dans ce script orobanais, afin qu'ils continuent d'être transmis.

Shaeran

Chapitre 2: Un espoir ?

Pour la première fois depuis un moment, j'ai trouvé dans un point d'arrêt une tablette portant un texte en iaguara ancien que je n'avais pas écrit moi-même. Les idéogrammes étaient d'une clarté et d'une élégance que je n'avais jamais vue. Mais en lisant, je me rendais compte que la calligraphie était le moindre des talents de l'auteur: Celui-ci, un dénommé Robruz Pwal pensait avoir trouvé une cure au chacounia ! Un accomplissement si incroyable... que je n'y croyais pas. Le chacounia était la volonté des dieux, comment un mortel aurait-il pu le contrer ? Malgré tout, je souhaitait garder l'espoir. C'est pourquoi j'ai passé la nuit à traduire ce texte. Je ne lirai pas la traduction à ma tribu, je ne voulais pas leur donner un faux espoir... Mais je la garderai près de moi. Cas pour moi c'est trop tard: J'ai déjà commencé à espérer.

Shaeran

Chapitre 3: Traité sur le Chacounia

Les dieux ne donnent de la main droite que pour reprendre de la main gauche.
Ainsi, s'ils nous ont dotés d'une force sans égal parmi les mortels, ils ont voulu que nous n'en usions que contre nous-mêmes ; nous regardant sans nous voir, nos cœurs touchés par aucun mot ni sentiments, mais vite pourfendus de griffes. Les dieux comme les mortels jubilent à nous voir s'éteindre de nos propres mains, autant qu'ils trembleraient de nous voir unir nos forces.
Mais notre force et notre malédiction étant de la même source, il faut renoncer à l'une afin d'éteindre l'autre. C'est à ce juste prix que le troisième œil que je t'ai forgé te permettra de regarder tes frères et sœurs et de voir autre-chose que des ennemis. Qu'il puisse permettre notre union, et que la force que nous tiendrons les uns des autres surpasse les cadeaux empoisonnés des dieux.

Gloire au peuple jagurian !
Robruz Pwal

Chapitre 4: Jaguarys

Il l'a fait ! Le génie ! Le fou ! Le héro ! Il a créé le talisman qui guérit du chakounia ! J'avais tord de douter, j'avais raison d'espérer, béni soit ce jour glorieux, béni soit Robruz Pwal !
Le troisième œil fonctionne. Nous sommes plus de mille dans cette même vallée, à célébrer, à dancer, et ces simples talismans à nos cous suffisent à éloigner le malheur ! Plus un nouveau né ne devra être tué ! Le jaguarian ne sera plus une menace pour son frère ! Nous sommes enfin unis, enfin libres de construire ensemble ! Robruz Pwal est là parmi nous. C'est un vieux jaguarian, discret et taciturne, modeste malgré son exploit. Il parle peu,et quand une discussion s'allonge, il laisse sa disciple, la jeune Elga Tito parler pour lui. Elle n'est qu'une enfant, mais ses yeux brillent déjà d'intelligence. Robruz-Pwal n'a pas passé toute sa vie dans les montagnes de Lovinah, il a été un des rares à oser voyager, il a même étudié auprès des humains. C'est donc non faute de connaître l'alphabet orobanais, mais par principe s'il s'obstine à n'écrire toujours quand iaguara ancien ; langue qu'il veut faire vivre coûte que coûte. Mais il a tout de même enseigné les deux systèmes d'écriture à sa disciple, et ne voit pas en mal mon initiative de retranscrire ses textes en orobanais.

Nous avons le jour même entamé la construction de notre nouvelle cité, Jaguarys. D'un avis unanime, nous avons proposé à Robruz Pwal l'honneur de poser la première pière, et à Elga Tito celui de poser la seconde. Mais Robruz Pwal insista pour être précédé par un certain Piti Cha, le chef de sa tribu. Piti Cha était, selon le savant, le dernier héritier d'une lignée remontant aux rois de Iaguatihuacan, il serait donc notre roi à tous. La plupart d'entre nous n'avait jamais accordé une si grande importance aux aux anciennes dynasties jusqu'alors, mais personne ne contredit le sauveur. Après la troisième pierre, nous continuâmes sans ordre particulier, ni même sans plan, nous sommes tous allés chercher nos des pierres à poser, s'exclamant en riant "Ici ce sera un palais !", "Ici une école !", "Ici un hôpital !", "Ici un bordel !". En vrai, on ne savait pas construire des maisons de pierre. Le soir, on a fait des tentes au milieu des piles de rochers anarchiques. Et on a allumé des feux de camps, comme d'habitude... Mais cette fois tous ensembles. Jaguarys ne ressemblait à rien, mais elle était déjà dans nos cœurs.

Robruz Pwal et Elga Tito (enfant) marchant dans les montagnes de Lovina

Shaeran

Dossier II : Miseristes et Robruz-Pwalistes

Chapitre 1 Complément aux Recherches de Robruz Pwal

Une des erreurs que nos sages ont faite a été de se comparer aux humains, quand il faudrait plutôt nous compter au nombre des démons. Qui, ayant témoigné d'une attaque de chakounia en gardant lui-même la raison dirait le contraire ?
Il faut alors étudier de quelle façon les dieux ont historiquement traité nos confrères démoniaques. Si ils ont toujours aimer voir couler leur sang, ils s'y sont rarement salis; préférant faire mourir les gallinas aux mains des chiridirelles, les chiridirelles aux serres des gallinas et nous mêmes à nos propres griffes.
Connaissant notre propre nature, il nous paraît évident que les hommes ne sont pas plus nos frères que les dieux ne sont nos maîtres ; et que se méprendre à ce sujet ne ferait qu'inviter les trahisons les plus perfides.

Paix entre nous, anathème sur les dieux et leurs esclaves !

Elga Tito

Chapitre 2 : Allocution du roi T'fifi Cha

Voilà 20 ans que la première pierre de notre cité fut posée. En vingt ans, nous n'avons eu de cesse de nous battre pour elle. Que dis-je, nous n'avons eu de cesse de nous battre pour survivre depuis des millénaires ! Mais enfin, les dieux ont entendu nos prières. Enfin, Misery, béni soit son nom, nous offre la paix et la sécurité. Grâce à sa corne, nous avons érigé un dome qui nous défendra à jamais des attaques des humains. Tous autant que nous sommes, louons ce miracle divin. Mais pour que notre peuple demeure digne de ce miracle, j'annonce par la même la création de l'église de Misery, cette institution sera dès lors la gardienne de nos meurs et la garante de la bénédiction de Misery.

Gloire à Misery,
Gloire à Jaguarys !

Sa majesté T'fifi Cha

Chapitre 3 : L'Appel aux Armes

Frères, sœurs, camarades. Les dieux n'ont jamais été nos alliés. Tout ce que nous avons accompli, nous l'avons accompli contre eux. Pensez vous que maintenant que nous nous sommes parés contre leurs maléfices, maintenant que nous sommes unis, maintenant que nous avons bâti murs et tours de pierre; seulement maintenant, un dieu nous offrirait sa miséricorde ? Où était cette miséricorde quand nous vivions dans la neige, quand nous étions faibles et isolés, quand on était en proie aux humains et au chakounia ? Qui ce dieu prétend-il protéger ? Nous contre les humains ? Ou les humains contre nous ?
Je vais vous le dire, les dieux craignent que nous fassions la guerre aux humains. Ils le craignent, car nous sommes forts. Et nous pourrions le devenir encore plus. Le katseye élaboré par feu mon maître Robruz Pwal a un potentiel encore à peine effleuré. Nous pourrions non seulement éviter le chakounia, mais le contrôler. Mes recherches sont encore incomplètes, mais même sans cette arme nous avons tenu tête aux humains jusque la. Alors pourquoi courber l'échine ? Pourquoi accepter de d'être confinés dans cette cage qu'ils appelles "protection", pourquoi se laisser museler par cette nouvelle église qui prétend défendre nos meurs ? Accepterons-nous d'être battus, non par le fer des humains, mais par la sournoise éloquence d'un dieux et de les esclaves ? Les mots d'un roi fantoche nous tueront-ils là où les flèches nous ont seulement blessés ? Non. Nous vaincrons. La plus grande erreur de mon maître fut de vouloir restaurer la monarchie. Piti Cha était un roi correcte, mais son fils est un imbécile dont personne n'aurait accepté l'autorité sans cette institution d'un autre âge. Nous corrigerons cette erreur sur le champ. Jaguarys n'a pas besoin de roi !
Gloire à Jaguarys
Mort aux dieux, aux rois et aux esclaves.

Elga Tito

Chapitre 4: Lettre au Roi

À sa majesté T'fifi Cha
Si vous lisez cette lettre, je ne suis plus de ce monde : c'est à cette condition seulement que j'avais chargé Kenayaz de vous la remettre.
Conformément à vos ordres, j'ai enquêté sur les groupes robruzpwalistes de Jaguarys afin de démasquer les coupables et sympathisants de la l'émeute sanglante du dernier solstice. Je vous ai déjà reporté par les voies officielles ceux contre-lesquels j'avais des preuves concrètes, mais je crains que les ultimes suspects aient raison de moi avant que je ne puisse les cerner. Il faut dire que ce complot semble remonter plus haut que nous le pensions ! Mes suspects sont les suivants: Le prêtre Ô-Malè, le colonel Vilama-Tsu, mais celui qui me coûte le plus de devoir vous révéler n'est autre que votre épouse, sa majesté la reine Ademu-Stash.
Il va de soit que de telles accusations nécessitent des preuves à la hauteur de leur gravité ; c'est pourquoi je m'efforce de remplir un dossier des plus incriminants. Mais dans le cas échéant, je vous joins l'état actuel de mes recherches, que ma mort ne renvoie pas l'enquête à zéro.
Je tiens également à vous conseiller dans la suite des mesures à prendre si la situation s'avère aussi sombre que je le crains.
D'une part, une force de police secrète devra être créée pour traquer ces mécréants jusqu'au dernier, sans faire d'impasse ni sur l'armée, ni même sur l'église de Misery. Cette force doit être menée par des personnes de confiance. Je peux me porter garant de Kenayaz ainsi que de Tchi-Zbaga.
Je veux par ailleurs revenir sur une mesure précédemment préconisée par Tchi-Zbaga, celle de faire greffer les kasteyes des individus suspects à leurs fronts afin qu'ils ne puissent pas volontairement entrer en crise de Chacounia comme l'avaient fait certains durant l'Heure Sanglante. J'avais opposé que ce châtiment serait trop fort symboliquement et ferait d'eux des martyrs et de nous des tyrants.
Je pense désormais que cette mesure devrait non seulement être exécutée, mais même étendue à toute la population à titre préventif.
C'est une potion amère à leur faire avaler, mais entre votre charisme et l'influence de l'église de Misery, Elle pourrait passer comme du petit lait. Présentez le non pas comme une punition ou une contrainte, mais comme une libération : Le peuple sera définitivement libéré de la nécessité de se battre, ainsi que du chacounia qui pèse comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.

En espérant que cette lettre n'aura jamais à être ouverte, et que si elle l'est, vous en tirerez les résolutions qui s'imposent.

Gloire au dieu Misery,
Gloire à Votre Altesse,
Et Gloire à Jaguarys.
Chapar Dôr

Chapitre 5 : Journal d'Exil d'Elga Tito

La rencontre la plus marquante de mon exil fut celle du mage Skroa.
L'histoire des galinas et des chiridirelles m'était familière, mais je ne savais pas que je verrais un jour dans l'os un représentant d'une de ces races, que l'ont disait au bord de l'extinction.
Skroa était par ailleurs un illustre mage, d'un génie au moins égal à feu mon maître, Robruz Pwal. J’eus l'honneur d'être brièvement prise comme son apprentie. Si je n'avais aucune chance d'égaler sa puissance magique innée, je pouvais bénéficier de sa connaissance théorique et de son expérience dans les sciences occultes et les enchantements.
Ses dires semblèrent confirmer l'hypothèse que j'élaborais, me basant sur les travaux de mon précédent maître: Les maux de nos peuples avaient une cause commune. La frénésie éprouvée par la majorité des galinas à proximité des chiridirelles et inversement était similaire au chakounia. Comme Robruz-Pwal, Skroa était un des rares immunisés, ce qui lui a permis de s'extirper de la mélée. Il n'a pas pour autant épargné les chiridirelles qui eurent l'infortune de croiser son chemin. C'est en le découvrant que je vint à éprouver autant d'horreur que d'admiration à l'égard du mage.

L'horreur, je la connus pour la première fois dans son laboratoire, quand il me montra une chiridirelle, attachée, mutilée, mais se débattant encore. Je n'osa pas lui demander depuis combien de temps elle était là. Il pratiquait sur elle test après test pour tenter de guérir la maladie démoniaque qui les poussait à ce battre. Quelle ironie qu'un esprit lucide empli de bonnes intention inflige à cette pauvre démone de pires tourments qu'un esprit malade de haine n'aurait pu concevoir.
Skroa accueilla avec grand intérêt le katseye que je lui offris et les manuscrits de Robruz Pwal détaillant son fonctionnement. Mais appliquer son principe au mal des galinas et des chiridirelles serait loin d'être automatique: ce mal était plus complexe, mêlant les natures distinct de deux espèces.
C'est à ce projet que j’assistai Skroa pendant six mois. Mais mon horreur grandissait chaque fois que je posais le pied dans le lugubre laboratoire. C'était une chose de voir la chiridirelle folle de rage, à la voix bestiale et aux yeux injectés de sang quand j'entrais en présence de mon maître. S'en était une autre d'entrer seule et de la voir, lucide; avec plus de douleur que de colère. Marchandant. Implorant.

Je n’eus ni la force de faire taire mon empathie, ni le courage de l'écouter et de libérer la captive. C'est donc ma lâcheté que j'écoutais quand je pris la décision de partir. Je prétexta l'envie de voyage pour quitter le sombre repaire. Skroa ne me retint pas.

Seulement une fois les démons et le laboratoire derrière moi, je fus saisie d'une effroyable pensée: Et si ce lugubre génie c'était pris d'intérêt pour la biologie jaguarian ? Je tressailli, me voyant comme cette chiridirelles attachée dans le laboratoire où j'avais œuvré pendant six mois. Je l'imaginais à mes trousses et me surpris à courir comme si ma vie en dépendait. Mais heureusement, ce n'étais que mon imagination.

Je pense toujours que Skroa est le plus grand génie d'Alysia, et un allié nécessaire pour mettre fin à la tyrannie des humains. Tôt ou tard, les jaguarians devrons s'allier à lui. Mais à titre personnel, je ne pense pas que j'aurais un jour le courage de me présenter à nouveau devant cet être.

Elga Tito

Chapitre 6 : Journal de Sheibah

Que les dieux me pardonnent, j'ai trahi mon serment.
Moi, la prêtresse, celle qui combat l'hérésie, j'ai succombé à l'attrait du savoir interdit.
J'ai tout essayé avant d'en arriver là. J'ai été déçue par tout ce en quoi je croyais. Ni les prêtres ni les médecins n'ont pu guérir mon fils. Ils n'ont pas échoué, mais pire: Ils ont refusé d'essayer.
On nous apprend à créer et greffer les kasteyes, c'est tout. Personne dans Jaguarys ne sait plus sur les principes derrière leur fonctionnement ou la façon exacte dont ils affectent le porteur, ils se contentent de ce qui est nécessaire pour ces deux tâches, et se lavent les mains quand quelque-chose ne se passe pas comme prévu. "C'est entre les mains de Misery maintenant, priez, ma sœur !", voilà tout ce qu'ils peuvent dire. Prier, je l'ai fait toute ma vie, où cela m'a-t-il mené ?

Alors j'ai cherché les réponses qu'on le refusait. La version des traités de Robruz Pwal qu'on trouve dans les librairies est rognée, pour extraire sa théologie hérétique. Quoi d'autre en a été retiré ? Les écrits des mages sont des œuvres complètes dont une partie doit être lue entre les lignes, on ne peut pas séparer la philosophie de la science comme le bon grain de l'ivraie.
Alors par des biais illégaux, je me suis procuré une copie des traités complets. Plus que complets d'ailleurs, puisqu'il contient des annotations d'Elga Tito, la disciples de Robruz Pwal à la sombre réputation. Je n'ai pas encore trouvé les réponses que je cherche, mais je pense que je comprend mieux la nature du chacounia et le genre de solution que je dois rechercher. La répression liée à la possession de ce type d'ouvrage n'est pas aussi importante que sous le règne de Wis-Kas, mais je risque toujours au moins de perdre mon poste... Qu'importe. Si l'hérésie que j'ai grandis en méprisant m'est d'un plus grand secours que le dieu auquel j'ai dédié ma vie, je serais une hérétique.
Je retire ce que j'ai écrit, je ne demande pas leur pardon aux dieux: Ils n'ont pas le mien.

Sheibah

Notes

Bonjour ! C'est moi, LoaExMachina, aussi connu sous le nom d'Ironclaws sur les forums et le serveur discord des Légendaires. C'est la première fanfiction que je poste ici !
Avant de penser aux "Dossiers de Jaguarys", j'avais d'abord pensée à faire une fanfiction plus dans le temps de l'histoire des Légendaires, qui se passerait en partie et Jaguarys et proposerait une version alternative des évènements à Jaguarys pendant l'élypse entre les tomes 10 et 11. Cette fanfiction aurait du s'appeler "Les Damnés d'Alysia". Une des premières scènes que j'avais imaginée était Sheibah et Skroa, étudiant ensemble de vieux manuscrits des archives de Jaguarys. J'ai vite imaginé le contenu du texte, un texte dans le style des vieux traité d'Alchimie, qui mêlaient science, philosophie et religion, mais traitant du katseye. Ce texte, c'est le traité de Robruz Pwal (Dossier I, partie 2, chapitre 3). Pas longtemps après, j'ai senti l'inspiration pour un autre texte, plus militant, en partie inspirée par l'acte d'indépendance d'Haïti: Le complément au traité de Robruz Pwal par Elga Tito (Dossier II, Chapitre 1). En fait, je me suis vite rendu compte que j'étais plus inspiré pour faire ce genre de textes que pour les Damnés d'Alysia. J'ai donc décidé de d'abord faire une fanfiction uniquement composée de ce genre de textes offrant des points de vue différents.

J'ai pensé à un moment essayer d'être très carré, avec une frise chronologique et une carte. Mais je passait trop longtemps à décider où et quand mettre chaque élément, alors j'ai décidé de garder une datation floue avec des périodes vides de durée indéterminée.

Concernant "Les Damnés d'Alysia", je compte bien l'écrire, mais ça prendra plus longtemps comme je pense le faire en format bande dessinée.