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Dans les Lignes de ta Main

Summary:

C’est cette main qui le conduira à sa damnation, c’est cette douce chaleur qui l’écarte du chemin de Dieu et c’est son cœur qui en veut toujours plus.

Salieri n’avait aucune envie d’être ici et la nouvelle lubie de Mozart pour la chiromancie n'est que la cerise sur le gâteau de cette horrible soirée

Notes:

Rien de mieux qu'un fandom mort et enterré pour me remotiver à écrire des fanfictions alors que je ne l'avait pas fais depuis longtemps. Tous ce qui est imagerie religieuse arrive au milieu je vous le promet. Si vous avez une remarque, une critique quoi que ce soit n'hésitez pas je suis preneuse.
Merci à TsuniTsuni de m'avoir servit de béta lectrice parce que sans elle je n'aurait jamais osée poster quoi que ce soit.
J'ai vraiment fais des recherche sur la chiromancie pour cette fic pour au final ne pas les utiliser mais c'est pas grave on garde la sourire.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Antonio Salieri n'avait aucune envie d'être ici, c'était clair comme de l'eau de roche. On pouvait ajouter à son air renfrogné, qui bien que habituel semblait plus appuyé qu'à l'accoutumé, ses épaules tendues et son regard qui se promenait avec lassitude sur la pièce, s'arrêtant sur chaque portes comme s'il voyait en elles un possible plan d'évasion. Il était assis sur un sofa, aussi loin de Rosenberg qui lui était humainement possible. Ce dernier parlait avec aisance à une bande de nobles avides de ragots. Et dieu sait que l'intendant n'en tarissait jamais et son auditoire semblait assez amusé pour continuer à l'écouter geindre, se plaignant de chaque personne qui avait le malheur de lui déplaire. C'est d'ailleurs sur le sujet principal de ses dernières pleurnicheries que Salieri posa les yeux :Wolfgang Amadeus Mozart.

Au grand damne du Maestro italien le jeune homme était fidèle à lui même, des vêtements criards qui n'était pas sans rappeler un paon se pavanant sur une terrain qui lui était déjà conquis, une voix qui portait chaque mots avec une aisance et un naturel qui était bien rare de voir à la cour Viennoise et ce rire. Ce stupide rire qui lui donnait des airs de séraphin, ce stupide rire qui finissait ponctué d'un gloussement que Salieri s'évertuait de trouver disgracieux. Malgré lui, il était fasciné par cette façon que le jeune compositeur avait de capter l'attention de tous, où qu'il soit, quoi qu'il fasse. Il y avait dans ses mouvements quelque chose qui captait le regard, comme une aura, un rayonnement qui continuait de l'éblouir depuis leur première rencontre.

Même sans le chercher, Salieri ne put s'empêcher d'écouter ce que le jeune Salzbourgeois racontait avec entrain au groupe qui l'entourait.

"-Mais je vous le promet, tout est dans les lignes de votre main. Votre passé, présent et même votre futur. Je peux même vous le prouver, donnez moi votre main."

La jeune femme à qui parlait Mozart gloussait, clairement amusée par l'énergie dont le musicien faisait preuve. Salieri leva les yeux au ciel en entendant cela. Il n'était pas surpris que Mozart s'intéresse à quelque chose d'aussi futile et stupide que de la chiromancie, c'était tellement… "Mozart"

"-Voyons mon ami, vous ne me connaissez que trop bien pour que je puisse être comptée comme une preuve. Il nous faudrait quelqu'un de plus discret, une personne dont la vie est un véritable mystère.
-Oh mais s'il vous plaît ma chère, pour me faire plaisir."

Dit-il avec une de ses grandes et ridicules révérences dont lui seul avait le secret. La jeune femme esquissa un sourire avant de lui tendre la main, la paume de celle-ci tourné vers le plafond.

"-Alors mon chère Wolfgang, que vous dis ma main?"

Salieri réalisa qu'il ne connaissait pas le nom de cette jeune femme, pourtant son visage lui était bien familier. Elle devait être proche de Mozart pour se permettre de l'appeler par son prénom.

Mozart souris, prenant la main qui lui était offerte, ses doigts agiles suivant chaque chemin sinueux que ces fameuses lignes traçaient, s'attardant sur certaines, laissant ses ongles, qu'il gardait court pour pouvoir jouer, glisser contre la peau de la jeune femme. Et malgré lui, Salieri ne put s'empêcher d'imaginer ces sensations sur sa propre peau. La chaleur de la main de Mozart qui tiendrait la sienne, le frisson dont il serait pris si les doigts du musicien passaient au creux de sa main. Il se demanda si le plus jeune avait les mains douces, s'il serait assez proche pour sentir son souffle sur chacune de ses phalanges.

C'est un rire haut perché qui le fit sortir de sa rêverie..

"-Ce que les lignes de votre main me disent Madame…"

Avant qu'il ne finisse sa phrase Mozart retourna la main de son interlocutrice pour y poser un baiser, son regard levé vers elle avec un air amusé.

"-C'est que vous êtes l'une des plus belle créatures qui m'ait été donné de voir."

La jeune femme et celles qui les regardaient rirent toutes ensemble devant ce manque flagrant de bonne manière et de pudeur. Mozart n'était pas étranger à ce genre de coup d'éclat, comme un enfant qui chercherait à attirer l'attention par tous les moyens. Et ces mœurs plus que… légères étaient bien connues de tous ceux qui le côtoient.

"-Et vous, vous n'êtes qu'un vil flatteur Monsieur. Un vil flatteur qui n'a rien prouvé.
-Il est vrai Madame, mais ce sont vos charmes qui m'ont déconcentrés. Vous aviez parfaitement raison, je vous connais trop bien pour que quoi que ce soit que je vous dise soit une preuve. C'est pour cela que je vous propose une nouvelle expérience" Dit-il en tournant sur lui même son regard voyageant sur ceux qui les entourait ses yeux ne s'arrêtant sur aucun d'eux "Choisissez quelqu'un dans cette pièce, n'importe qui et je vous direz ce que je découvrirais dans les lignes de leur main."

En entendant cela Antonio fronça imperceptiblement les sourcils. Mozart allait se tourner en ridicule, mais après tout, quelle importance? Salieri se demanda si Mozart savait qu'il était déjà le sujet d'innombrables railleries et qu'il n’y avait aucune raison de rajouter à cette longue liste un penchant pour l'ésotérisme. Pourquoi un tel génie s'évertuait il à se créer une image d'imbécile heureux ? Salieri ne le comprendrait jamais. Un homme si brillant qui jouait au fou de la cour. Cette image lui collait tant à la peau que beaucoup ont fini par la croire réelle. Que le jeune compositeur n'était qu'un gamin prétentieux qui avait eut la chance de naître avec un tel talent. Mais Salieri savait que c'était faux, que Mozart était bien plus que ce qu'il laissait paraître. Il l'avait observé, suivi du regard à chacune de leurs rencontres, brûlant chacune de ses manies, le moindre de ses mouvements dans sa rétine. Il l'avait vu lorsqu'il travaillait tard le soir alors que tous les autres avaient déjà rejoint leurs maisons. Mozart était d'un tel génie que chaque personne qui tentait de se rapprocher de son style semblait n'être qu'une pâle copie, une sombre blague sans chute.

Voir ce génie inatteignable, cet être hors du commun, qui joue à l’idiot pour impressionner une cours qui n'hésiterait pas à le piétiner dès l'hors qu'ils se seraient lassé de lui, laissait un goût douce-amère dans la bouche de l'italien. Personne ne semblait le comprendre comme lui le comprenait. L'étendue des ses talents, ses arias, ses symphonies ne seraient rien sans Mozart et ce génie qui ne serait rien sans son travail.

"-Mes chers amis, Maestro Mozart" Il fit une nouvelle révérence, un grand sourire ornant son visage "Va nous faire une démonstration d'un de ses nombreux talents. Et pour cela, j'aurais besoin d'une main innocente" Dit la jeune femme, ses yeux glissant sur la foule avant de s'arrêter sur la pauvre âme qui allait subir cette humiliation aux cotés de Mozart. Ses yeux étaient tombés sur Salieri. Et alors qu'un sourire décorait le doux visage de la jeune femme, l'italien pria pour que quoi que ce soit, une intervention divine peut-être, le sauve de cet enfer.

"-Heer Salieri venez ! S'il y a bien quelqu'un de discret ici, c'est vous."

Avant même qu'il est eut le temps de répondre, ou même de tenter de s'échapper, la jeune femme l'avait saisit par le bras, le tirant de force vers Mozart qui avait l'air tout autant confus que lui. Les deux compositeurs étaient face à face et pour la première fois de la soirée, Mozart semblait ne pas savoir où se mettre. La simple proximité de l'italien le déstabilise grandement. Salieri pensa qu'il devait bien mal le considérer si sa simple présence le faisait réagir de cette façon.

Les yeux sombres du plus jeune qui jusqu'à là virevoltaient sur chaque personnes présentes dans la salle glissèrent avec révérence dans ceux de Salieri, leurs regards se fondant l'un dans l'autre. Salieri avait toujours pensé que les yeux de Mozart étaient noirs, mais maintenant qu’il les voyait de plus près, que ses iris étaient la seule chose à laquelle il pouvait se rattacher pour éviter de penser à tout ces yeux qui le fixaient, il se rendit compte qu'elles étaient marrons.

"-Maestro, puis-je?" demanda Mozart en tendant sa main vers Salieri, le mouvement le sortant de sa rêverie, forçant à nouveau un air sévère sur son visage.

"-Faites, que l'on en finisse au plus vite."

Un léger sourire étira les fines lèvres du plus jeune, sa main frôlant celle de l’italien avec une telle délicatesse que Salieri aurait pu douter de sa présence si ce n'était pour la chaleur qui émanait de cette paume lovée contre le dos de sa main. L’aîné déglutit, sa gorge devenant soudainement sèche. Mozart l'avait-il entendu? Il priait que non.

Mozart se pencha sur cette paume, son souffle frôlant cette main qui lui était tendue. Du bout du pouce, il ouvrit un peu plus la main de Salieri pour mieux observer ses fameuses lignes. Il ne s'était pas autant rapproché de la jeune femme, il n'avait pas pris sa main avec tant de… révérence. Ses doigts frôlaient chacun de ces sillons comme s'il avait peur que le plus âgé enlève sa main si son touché se faisait trop insistant. Salieri sentait que ses paumes devenaient moites, que sa respiration se faisait de plus en plus profonde et il pria une nouvelle fois pour que rien de tout cela ne soit visible.

"-Ma fois Salieri votre main est… passionnante.
-Ma main, vraiment?" dit-il avec un rictus moqueur, ce simple échange lui permettant de retrouver un peu de sa contenance.

"-Et bien qu'il y a t'il de si intéressant, mon ami?"

Demanda la jeune femme qui se pencha elle aussi légèrement vers la main du musicien. Salieri sursauta au rappel de sa présence, il avait complètement oublié qu'ils avaient un auditoire. Pendant ces quelques instants il n'y avait eu que cette main contre la sienne. Il n'y avait eu que lui et Mozart. Mais ce moment intime ne l'avait jamais vraiment été et ils étaient tous les deux au centre de l'attention d'une horde de nobles qui étaient pendus aux lèvres de du plus jeune.

"-Déjà pour ce qui est de votre passé, je vois une ligne de vie assez profonde et le trait est irrégulier. Je pencherais plutôt pour une enfance compliquée." Il appuyait ses propos en traçant du bout de l'ongle ladite ligne. Un frisson parcourut le dos du plus vieux, mais il resta impassible, scruté par cette ribambelle d'yeux qui l'épiaient, le brûlait de par en par. "Mais je perçois un soutien… Un frère peut-être?"

Salieri fronça les sourcils, surpris. Mozart disait juste. Comment? Il ne lui avait jamais parlé de tout cela.

"-Ai-je vu juste Maestro?" Questionna le plus jeune, ses yeux fixant ceux de Salieri, à croire qu'il pouvait directement récolter ses informations à travers la fenêtre de son âme. Salieri se redressa, replaçant sa mèche d'un mouvement de tête, essayant de chasser le malaise qui commençait à l'envahir.

"-J'ai bien un frère, et je ne m'attarderais pas sur le reste de vos affirmations.
-J'ai donc vu juste." Mozart souriait de plus belle alors qu'il continuait à jouer avec les doigts de son interlocuteur "Mais je vois aussi que vous êtes quelqu'un qui réfléchit grandement à chacune de ses actions, vous vous laissez guider par votre raison et non pas par votre cœur."

Salieri fut rassuré par ces déductions vagues, qui ressemblaient bien plus à une simple analyse de sa personnalité qu’à un quelconque don de voyance. Peut être que sa première divination n’était rien d’autre qu’un coup de chance. Mais malgré cela, l’auditoire semblait captivé, s’extasiant sur la véracité et la précision des paroles de Mozart.

“-Comme c’est impressionnant. D'autres révélations de ce genre?” Demanda-t-il d’un ton qui aurait presque pût sembler taquin si l’on ne connaissait pas le musicien.
“-Je peux vous parler de votre futur si cela vous intéresse plus?
-Faites donc, avec de telles observations je pourrais presque apprendre quelque chose.”

Mozart se contenta de sourire avec amusement à cette réponse pourtant acerbe de son aîné. Cette façon dont le Salzbourgeois prenait tout avec humour le fascinait. Non pas que Mozart était un idiot qui ne se rendait pas compte que l’on se moquait de lui, non. Mozart se moquait en retour et passait à autre chose, comme si le mal était déjà effacé, comme s’il ne l’avait jamais vraiment atteint. Salieri avait beau le malmener, le chasser, Mozart revenait toujours.

“-Je vois que votre ligne du succès est assez marquée, vous avez un grand avenir, cela ne fait aucun doute…” Dit-il, et malgré lui Salieri ne put s’empêcher de se pencher pour voir de plus près cette fameuse ligne qui le destinait à un grand avenir. “Et ici, vous voyez c’est votre ligne de cœur. Regardez comme elle est traversée par la ligne marquant votre succès.” Mozart se rapprocha, se plaçant à côté de Salieri, presque trop près, la chaleur émanant du compositeur se glissant contre Salieri. Il déglutit avec difficulté, ce corps si proche du sien le brûlant alors que Mozart continuait son jeu, car c’était tout ce que cela était pour lui, un jeu du chat et de la souris, un jeu où il testait les limites de son aîné. Ses doigts se faisant de plus en plus insistant, appuyant contre cette fameuse ligne.

“-Et qu'est ce que ce croisement vous dit?” Demanda Salieri, ses yeux braqués sur sa propre main que l’autre musicien prenait un malin plaisir à malmener.
“-Et bien, que votre talent et votre vie amoureuse sont intimement liées mon chère…”

L'italien laissa échapper un rire presque essoufflé, la panique lui montant à la tête et l’exclamation de surprise qui parcourut la foule ne l’aida pas le moins du monde. Ils ne prenaient tout de même pas ces paroles jetées en l'air au sérieux?

“-Ma vie amoureuse, vraiment?
-Eh bien quoi votre vie amoureuse Maestro? Vous n’êtes pas entièrement fait de glace, que je saches.”

Mozart avait l'air amusé, bien trop amusé du malaise qui continuait de se répandre chez Salieri. Sa maudite main qui continuait de jouer avec chacun des ses doigts n’aidait en rien. Ses doigts qui glissaient sur chacune des ses phalanges comme sur les touches d’un piano.

“-Il s'agit de quelqu’un en rapport avec la musique, une chanteuse peut-être?
-Mozart…”

Le plus jeune semblait presque vibrer tant il s’amusait. Savait-il ce qu’il était en train de dire, ce qu’il sous-entendait. Et ces yeux fixés sur lui, sur chacun de ses gestes, chacun de ses sursauts quand Mozart se rapprochait. Il essaya de se concentrer sur quelque chose d’autre, quoi que ce soit qui puisse l’aider à respirer ne serait-ce qu'un instant.

“-Alors une chanteuse? Non, quelqu'un de plus proche de vous, quelqu'un de votre trempe.
-Mozart, c’est assez…” Sa tête tournait, sa voix faible presque suppliante.
“-Allons, mon ami nous venons seulement de commencer. Aidez-moi un peu.” Dit-il en penchant un peu plus contre lui, sa main libre frôlant avec délicatesse le dos du brun. Mozart était maintenant si proche que Salieri pouvait sentir son souffle sur sa peau. Sa bouche sèche ne lui permit pas de répondre quoi que ce soit quand au creux de son oreille Mozart susurra: “Ou peut-être s’agit-il d’un autre compositeur? Alors ai-je vu juste Maestro?”

Salieri sentit son cœur tomber dans sa poitrine, ses oreilles sifflaient. Comment? Il n’avait jamais rien laissé paraître sur ses penchants. Mais Mozart avait-il raison ? Ce dédain mêlée à l’admiration qu’il portait à sa musique cacherait elle quelque chose d’autre? Quelque chose de plus sombre qu’il aurait préféré ne jamais découvrir. Quelque chose qu’il aurait préféré laisser pourrir, à l'abri des regards.

Il fallait qu’il fuit, vite et par n’importe quel moyen. Ses vertiges ne s’étant pas calmés, ses mains contre les siennes le brûlaient, des fourmis envahissant chacun de ses membres. Il repoussa Mozart, faisant de son mieux pour cacher sa panique.

“-Mes félicitations Mozart, votre coup d’éclat est réussi. Mais je vous prie de bien vouloir m’excuser j’ai mieux à faire que contribuer à de telles inepties.”

En partant Salieri avait senti ses yeux le suivre, ces yeux qui se moquaient de lui, qui se riaient de son mal-être étaient collé à son dos qui s'éloignait rapidement. Mozart savait ce qu'il faisait et Salieri crut vomir.

 

 

 

 

 

 

 

Une semaine était passée depuis cette soirée fatidique. La nuit qui suivait Salieri n’avait pas pu fermer l'œil de la nuit. Il s'était tourné et retourné, tentant de chasser le souvenir du toucher de Mozart. Chasser ses doigts contre sa peau, la brûlure qu’ils avaient laissée sur leur passage. Mais ils restaient là, gravés dans sa mémoire, marqués au fer rouge dans sa chair. Et la nuit suivante, le même manège recommença, lui volant son repos sans le moindre scrupule. Après une journée passé enfermé chez lui à travailler, fuyant toute les personnes qui l’avaient vu se ridiculiser, Morphée lui avait encore une fois refuser de lui ouvrir ses bras.

Ce n'est que la troisième nuit que, emporté par la fatigue et bercé par l’absinthe qu’il avait bu, qu’il fut capable de fermer les yeux. Seulement quelques heures où son esprit agité semblait s’évertuer à lui refuser le repos dont il avait tant besoin. Suivi par ce démon jusque dans ses rêves, son corps le suppliant de retrouver ses mains, ses doigts agiles, mais il ne devait pas, il ne pouvait pas. Cette fascination, cette envie n’étaient rien d’autre qu’un péché, une maudite graine plantée dans son esprit par ce satané Mozart.

Après cette nuit, il commença à utiliser l'alcool comme un moyen de soulager ses démons, son esprit embrumé ne lui permettant plus de nourrir les pensées obscènes qui lui avaient dérobé de tout bon sens. Ses journées s’enchaînant dans un flou d’heures dont il n’arrivait plus à faire sens. Il attendait que quelqu’un, quelque chose le sauve. Le sauve de son esprit, de ce corps qui le trahissait.

C’est au bout d’une semaine de réclusion dans sa demeure et de nuits blanches qu’il reçut de la visite. Mozart était là sur le pas de sa porte, ce sourire idiot aux lèvres. Ce même sourire qui fondit comme neige au soleil lorsqu’il vit l'état dans lequel était Salieri. Ses cheveux à l’accoutumé attachés en une queue de cheval serré étaient lâchés, frôlant ses épaules. Il était habillé d’une simple chemise blanche aux manches tachés d’encre, tout comme ses doigts. Sa chemise n’était même pas rentrée dans son pantalon noir et il n’était pas compliqué de sentir les effluves d’alcool qui semblaient l’enrober. Ses yeux cernés ne laissaient aucun doute quant à son manque de sommeil.

“-Mon dieu Salieri, que vous est-il arrivé?”

Salieri n’en croyait pas ses oreilles, “que lui était-il arrivé?” et cet idiot de Mozart avait l’impudence de feindre de l’inquiétude comme s’il n’était pas la cause de tous ses tourments. Son esprit engourdis par l’alcool le rendait plus agressif, plus désespéré à en finir une bonne fois pour toute avec ces idioties. L’italien le saisit par le col de son veston, le tirant à l’intérieur pour le plaquer contre le mur avant de fermer la porte. Il le tenait là avec toute la force que ses bras fatigués lui permettaient.

“-Ce qui m’est arrivé? Vous m'êtes arrivé! Et vous avez l’outrecuidance de venir me tourmenter dans ma propre demeure? ”

Son sang ne fit qu’un tour quand il vit que Mozart continuait son petit manège, feignant l’inquiétude.

“-Mon ami…
-Nous ne sommes pas amis.” Le coupa Salieri, la fatigue qui tirait ses traits et son élocution confuse ne donnant sûrement pas un grand impact à sa colère. Mais pendant l’espace d’un instant Mozart sembla blessé et Salieri eut presque le sentiment de regretter ses propos.

“-Maestro… Je vous jure que je n’ai jamais souhaité vous faire souffrir de la sorte…”

Lentement comme s’il tentait d'approcher un chat sauvage, Mozart prit les mains de Salieri dans les siennes, cherchant à lui faire lâcher le col de son veston. Ses grands yeux, plein d’une peine dont le brun ne saurait expliquer la raison, étaient plongés dans les siens. Peut-être se sentait il un minimum coupable de l’état de son aîné.

“-Je ne cherchais qu’à m'amuser, je ne pensais pas à mal…
-En quoi cela vous rend excusable? Vous ne pensez jamais Mozart, vous agissez comme un enfant capricieux qui n’a pas conscience que ses actes ont des conséquences !”

Salieri repoussa ces mains qui brûlaient les siennes, ce touché dont il n’avait profité qu’une soirée et qui était déjà devenu trop familier, trop plaisant. Il avait peur que si la situation se répétait, il ne pourrait plus s’en passer. Il devait le fuir, se fuir à lui-même, fuir cette folle voix dans sa tête qui le suppliait de lui permettre de rester. Cette voix qui le suppliait de porter cette main à ses lèvres, de laisser courir ses doigts contre sa peau.

“-Mozart… Partez…” Sa voix était suppliante, le désespoir et la souffrance débordant de ces deux petits mots alors qu’il sentait ses yeux s’emplir de larmes.
“-Non, s’il vous plaît Salieri. Je veux seulement vous parler.”
Le brun sentit son souffle devenir court sous la colère qui lui enserrait la poitrine alors que Mozart était de son côté de plus en plus agité, voyant que son aîné essayait à nouveau de fuir.
“-Vous avez bien assez parlé, vos mots n’ont aucune valeur ! Vous dîtes bien des choses que vous ne pensez pas.
-C’est faux!” S’exclama Mozart, les yeux de Salieri bien plus ouverts, surpris d’un tel éclat de colère de la part du plus jeune. Lui qui avait été si calme jusqu’à présent, essayant sûrement de ménager son aîné qui était déjà dans un bien piètre état. “Tout ce que j’ai pu vous dire, je le pensais!”

Salieri le fixait, incrédule devant la passion nouvelle de ses mots. Il le voyait maintenant aussi agité que lorsqu’il parlait de sa musique, lorsqu’il défendait son œuvre, lorsqu’il défendait quelque chose de… précieux.

“-Je vous admire Maestro. Depuis notre première rencontre je cherche à vous impressionner, à vous amadouer. Mais vous, vous entêtez à me fuir. J'en ai assez de ce jeu.”

Il se rapprochait un peu plus, ses mains ballantes le long de son corps comme s'il ne savait pas quoi en faire. Savait-il que son simple toucher était une douce torture pour Salieri? Savait-il que l’italien était terrifié de ce qu’il pourrait advenir de lui si cette main effleurait à nouveau sa peau. Avait-il seulement conscience du pouvoir qu’il avait sur son aîné qui s’était pourtant battu corps et âme contre ce démon qui s’était immiscé dans son cœur.

“-Ne vous moquez pas de moi! Vous êtes le seul qui vit cette hérésie comme un jeu. Je ne serais pas la victime de votre nouvelle lubie lubrique.”

Salieri sentait la bille envahir sa bouche, chacun de ses mots emplit d'un venin qu'il ne pouvait plus contenir. Chacune de ses paroles suintant d'une colère qu'il avait trop longtemps enfouie. Le plus jeune le regardait, un air de chien battu collé sur son stupide visage. Salieri devait lui reconnaître qu'il était bon acteur.

“-Maestro, vous n'avez jamais été une simple lubie et si je l'avoue mes pensées se sont souvent égarées je ne veux pas que vous pensiez que cela soit la seule raison pour laquelle vous habitez mon esprit.”

Mozart semblait si sincère, si vulnérable. Ses poings serrés contre le tissu de sa propre veste, ses joues qui se teintaient d'un rose léger sous la colère qui montait en lui. Salieri ne l'avait jamais vu aussi sérieux.

“-Mozart… Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas…
-Et comment savez vous ce que je comprends et ce que je ne comprends pas? Je me connais, je sais que vous me fascinez et je suis fatiguée de prétendre ne pas savoir que vous ces pensées vous habitent vous aussi.”

Salieri sentait qu'une nouvelle vague de panique montait en lui, cette peur lancinante de ne plus pouvoir ignorer ses propres songes pervertis le prenant de plein fouet. Mozart le mettait pied au mur, le forçant à contempler droit dans les yeux ses propres faiblesses, ses propres échecs.

“-Mozart vous oubliez vos manières!
-Mais au diable vos bonnes manières! Au diable votre bienséance! Je vous parle de choses vraiment importantes! Je veux savoir ce que vous pensez , pas ce que les autres pourraient penser, pas ce que votre vertu vous pousse à penser. Ce que vous pensez.”

La colère qui semblait prendre forme en Mozart quelques instants auparavant débordait maintenant, ce flot de parole ininterrompu emportant avec elle toute la colère qu'avait pût ressentir Salieri. La fatigue allait finir par le rattraper, il le sentait, ses yeux brûlants, sa bouche sèche, il n'allait pas tenir bien plus longtemps. Il fallait que Mozart parte

“-Je ne… vous… je ne peux pas.
-S'il vous plaît Salieri. Je sais que je n'ai pas pût imaginer la façon dont vous me regardez, la façon dont vous avez réagi quand je vous ai touché. Je ne peux plus vous mentir et vous ne pouvez plus le faire non plus. Je sais que comme moi vous souhaitez ardemment que certaines de mes prédictions soient vraies. “

L’italien ne savait pas quoi répondre. Mozart ne pouvait tout de même pas parler de ce qui lui avait chuchoté à l’oreille. Le plus jeune se rapprocha, ses mains se dirigeant lentement vers Salieri, lui laissant le temps de se reculer s’il le souhaitait. Il n’en fit rien. Ces mains douces qui avaient envahi ses nuits étaient maintenant contre ses joues. Il lutta avec la tentation de blottir son visage contre cette douce chaleur. Il ne sentait plus rien, ni son cœur qui tapait contre ses côtes, ni ses yeux brûlant de la fatigue qu’il avait accumulé, ni sa bouche rendue sèche par l’alcool. Il ne sentait plus que ces mains contre ses joues.

“-Mozart…” Sa voix était faible, la colère évaporée laissant place à la fatigue.
“-Mon ami… Antonio… S’il vous plaît laissez moi croire que ce sont mes mains qui ont habité vos pensées et non pas un dégoût pour mes paroles. S’il vous plaît laissez moi croire que vous ne me détestez pas.”

“Antonio”, il était rare que quelqu’un l’appelle par son prénom et l’entendre de la bouche de Mozart était presque trop. Il détourna le regard, honteux de la coloration que prenait son visage. Il voulait le repousser, il le devait, mais il était déjà trop tard et la simple idée de quitter cette main qui lui réchauffait la peau lui semblait insurmontable.

“-Je ne sais pas vous détester, j’ai cherché à le faire, à vous haïr. Je n’y arrive pas.”

Et comme s’il s’agissait exactement ce que Mozart attendait d’entendre son sourire gagna ses lèvres, ses doigts effleurant celles de Salieri. Sur la surprise, ses yeux se fixèrent à nouveau sur le visage enjoué du plus jeune. Il sentit sa gorge se sécher de plus belle. Cette douce chaleur à laquelle il commençait seulement à s’habituer se transforma à nouveau en une brûlure dont il ne pouvait plus se passer.

“-J’avais donc vu juste, n'est-ce pas Antonio?”

Ce prénom sur ses lèvres, ce corps qui se rapprochait jusqu’à le pousser de l’autre côté du vestibule… il allait défaillir. Le visage de Mozart était si proche du sien, il lui suffirait seulement de se pencher. Mozart continuait de jouer avec la lèvre inférieure du plus âgé. Il n'était pas dupe et il avait bien vu comment le plus vieux louchait sur ses propres lèvres.

“-Faites le Maestro, je sais que vous en mourez d’envie.” Murmura-t-il, ses lèvres frôlant l’autre bouche à chacun de ses mots. Salieri avait le souffle court, il haletait presque, ses mains moites glissant avec hésitation le long des épaules de l’autre homme pour venir se lover contre sa nuque. Ses mains froides arrachant un soupir à Mozart et cette douce mélodie fut le signal qui manquait à Salieri pour se jeter à l’eau.

Ses lèvres sèches se plaquèrent maladroitement sur celles au combien délicate du musicien. Il eut l’impression de fondre contre cette bouche, ces mains qui l’avaient hanté glissant avec envie jusqu'à la chute de ses reins. Il le tira à lui et Salieri sentit Mozart sourire dans leur baiser. Il garda les yeux fermés, ne se concentrant que sur ce corps contre le sien, sur ces mains curieuses qui exploraient son dos et l’espace d’un instant il s’oublia, il oublia la bienséance, sa foi, ses principes. Il n’y avait plus que Mozart. Mozart qui dévorait ses lèvres comme s’il était affamé, Mozart qui le tenait tout contre lui comme s’il avait peur qu’il ne disparaisse et Mozart qui envahissait son esprit, laissant ses membres engourdis, avides d’en avoir plus.

Le plus jeune s’écarta, le laissant respirer. Salieri ouvrit lentement les yeux, papillonnant des paupières, redescendant lentement sur Terre. Il haletait avec difficulté, ses yeux à moitié ouverts, les lèvres teintées par leur baiser d’un rose subtile. Le rythme de son cœur était maintenant plus proche du vrombissement que du battement et Mozart qui le gardait contre lui, ses mains dans le bas de son dos ne l’aidait en rien.

Mais alors qu’il regagnait lentement conscience de son propre corps, l'angoisse infesta à nouveau son esprit, cette créature perfide le pétrifiant sur place. Ses yeux écarquillés se remplissant de larmes alors qu’il repoussa faiblement Mozart. Ses mains tremblantes, rendues faibles par la fatigue.

“-Je… Nous n’aurions pas dû…”

Ils avaient fait une erreur, un blasphème qui ne pourrait jamais être effacé. Il ne pouvait plus jamais faire marche arrière, il était trop tard, il était pourri jusqu’à la moelle. Ce simple goût de luxure le conduirait en enfer car il savait maintenant qu’il était faible et qu’il ne pourrait plus jamais fuir ses bras, ses mains. Il était pris dans un piège dans lequel il était sciemment tombé. Ce sont les mains de l'autre contre ses bras qui l’ancrèrent dans le présent, Mozart le regardait avec une telle tendresse, comme s’il savait ce que Salieri pensait, comme s’il l’avait lui-même pensé un jour.

“-Antonio, s’il vous plaît ne me fuyez pas. Je ne pourrais pas vivre sans vous après avoir eu un aperçu de mon paradis. Je vous en supplie.
-Non… Mozart ce que vous venez de faire… c’est mal…
-Pourquoi? Je vous veux et je pense que vous me voulez aussi. Alors pourquoi devrions nous souffrir pour une chose aussi belle?”

Mozart semblait presque le supplier, ses mains serrées autour des poignets de l’italien.

“-Je n’ai que faire de la bienséance…
- Mais je ne pourrais pas vivre en sachant que j’ai été la cause de votre âme déchue.
-Je me moque de mon âme, elle ne me sert à rien si je dois taire ce que je ressens. Le paradis ne peut exister que si je me tiens à vos côtés.”

Salieri était confus, pourquoi Mozart était-il si frénétique? Tout cela n’était-il pas un jeu pour lui ? Salieri n'était-il pas simplement la souris de son chat, la chute de sa prochaine blague? Il le pensait mais cette ferveur, ses yeux suppliants, ses mains qui ne le laissaient pas partir, créèrent un doute en lui.

“-Mozart… Pourquoi faites vous tout cela?” Demanda Salieri, sa voix si faible qu’il eut peur que Mozart ne l’ai pas entendu.
“-Vous hantez mes pensées, depuis notre première rencontre. Votre musique… Votre musique Maestro à mis mon cœur en émoi. Je ne peux me passer de vous, je vous veux tout entier, corps et âme. Ce n’est pas Dieu que j’adore mais vous.”

Il hantait les pensées de Mozart? Cette souffrance, cette fascination, cette attraction, elle n’était pas seulement sienne. Les deux musiciens étaient-ils sujets aux mêmes tourments? Les mains de Mozart retrouvèrent leur place contre ses joues, posant ses lèvres contre son front avec une telle tendresse.

“-Est-ce que vous m’aimez Wolfgang?”

C’était la première fois qu’il l’appelait par son prénom, laissant un goût de miel contre sa langue. Les lèvres de Mozart parsemaient des baisers contre la peau de son visage, ses joues, son front, le bout de son nez rien n’était épargné.

“-Plus que tout.”

Salieri pris dans ses mains encore tremblantes le visage du plus jeune avant d'effleurer ses lèvres avec les siennes. Il lui souriait tristement alors qu’il se reculait lentement, pour ne pas briser le charme, garder encore l’espace d’un instant l'illusion que ce qu’ils étaient en train de faire n’allait pas les conduire à la damnation.

“-Je suis terrifié, mais je préfère vivre avec cette peur à vos côtés que de la vivre sans vous.”

Wolfgang lui souriait tendrement, ses mains redescendant lentement dans son dos, laissant dans leur sillons une douce chaleur qui restera à tout jamais accrochée à son corps et son âme. Il acceptera cette damnation, il acceptera une mort qu’il a cherché à fuir toute sa vie. Car quelle valeur pourrait t'elle avoir s’il la passe seul et terrifié de ce qu’il est. Leur crime était le plus doux et il ne pouvait se réduire à laisser partir cet être qui avait bouleversé chacun de ses sens. Il caressa sa joue avec une révérence proche de la dévotion. Et si Dieu le rejetait, s’il perdait son âme, il trouverait une nouvelle foi. Sa dévotion créera un nouvel hôtel et de leur amour naîtra leur propre jardin d'Éden.

“-Avec mes lèvres, de ce baiser j'expie nos péchés.”

Salieri l’embrassa cette fois sur le front, Mozart en fit de même, et de ce baptême leurs âmes déchus se lièrent. Leurs lèvres se retrouvèrent, sans urgence, sans désespoir, car il savait que ce baiser n'était que le début d'une addiction dont ils ne chercheraient jamais à se débarrasser.

 

 

 

 

 

Notes:

J'espère que ça vous a plus encore une fois n'hésitez pas à mettre un commentaire. Si vous avez repérer une faute ou une tournure de phrase un peu foireuse dite le moi, la dyslexie et moi somme en guerre et la plus part du temps c'est elle qui gagne.
Encore merci à mon amie pour son aide.
Je devrais publier d'autre fic sur ce ship bientôt, parce que j'ai besoin de nourrir mes addictions du moments de manière constructive.