Work Text:
Lorsque la sonnerie de son téléphone retentit à travers la chambre plongée dans le silence du petit matin, Emily était en train de rêver. Un de ces rêves impossibles à décrire, impossibles à raconter parce qu’ils ne faisaient aucun sens, même pour elle. Et, sitôt que la mélodie stridente émit ses premières notes, brisant ainsi l’illusion et la tirant d’un lourd sommeil bien mérité, elle oublia l’univers dans lequel elle était encore plongée une seconde auparavant.
Seule restait cette sensation de bien-être qui ne la quitta pas tout à fait, semblable à une couverture épaisse et moelleuse enroulée autour de ses membres engourdis. Un sentiment de flottement, comme si elle avait volé au-dessus des nuages et qu’une partie de son esprit était restée là-haut.
À l’aveugle, elle balança son bras en direction du bruit pour le moins indésirable et tâtonna sur la table de chevet à la recherche de l’appareil fautif. Lorsque ses doigts le rencontrèrent enfin, elle s’en empara et le colla à une poignée de centimètres de son visage, un unique œil entrouvert et plissé pour parer à la luminosité agressive de l’écran qui lui indiquait impatiemment qu’il était 7h30.
Elle fit glisser son index pour, finalement, le faire taire et le silence retomba comme une chape de plomb sur la pièce immobile.
Malgré l’heure matinale, la lumière naturelle de l’aube filtrait entre les rideaux mal tirés, éclairant faiblement la chambre soigneusement rangée et décorée où elle repéra le petit tas de ses vêtements de la veille sur le fauteuil dans le coin.
Un autre tas de vêtements, bien plus éparpillé, jonchait le tapis sur le sol et créait un chemin qui conduisait tout droit au lit.
Un sourire étira ses lèvres en se remémorant sa soirée – et sa nuit – et comment elle avait atterri ici, dans ce petit appartement chic de New York qui n’était pas le sien mais qui lui était devenu nettement plus familier que le sien au fil des dernières semaines. Et comme pour accompagner ses doux souvenirs dont elle sentait encore la trace sur sa peau, le drap remua sur ses bras et le corps, jusqu’alors parfaitement immobile à côté d’elle, s’étira lentement, telle une fleur émergeant de sa torpeur aux premiers rayons du soleil effleurant ses pétales.
Emily ouvrit les yeux pour de bon en même temps qu’elle détournait le menton pour apercevoir les traits marqués de sommeil d’Olivia, ses longs cheveux bruns en pagaille sur l’oreiller et sur son front et une de ses mains se frottant le visage.
« C’est déjà l’heure ? marmonna cette dernière d’une toute petite voix presque enfantine, bien éloignée de celle, autoritaire, qu’elle ne manquait jamais d’utiliser devant les membres de son équipe. »
Emily ricana pour elle-même en rabattant le drap sur son épaule et étendant son bras pour trouver la taille de la Capitaine de l’Unité Spéciale. D’un geste empli d’une possession qu’elle ne chercha pas le moins du monde à dissimuler, elle l’attira à elle, se collant tout contre son dos pour profiter à la fois de la chaleur naturelle de son corps et de l’odeur de sa peau et de ses cheveux tandis qu’elle enfouissant son nez sur sa nuque. Probablement encore à moitié assoupie, Olivia ne rechigna pas et se laissa faire, posant même sa main sur celle d’Emily pour emmêler leurs doigts.
« Désolée, Livia. Ce n’est pas encore ce matin qu’on récupérera nos heures de sommeil.
– Si tu nous avais laissé dormir un peu cette nuit…, râla-t-elle tout en écrasant un bâillement sur le revers de sa main.
– Je ne me souviens pas t’avoir entendu te plaindre, répliqua Emily avec un petit sourire, sa bouche déposant presque malgré elle, comme un automatisme, une pluie de baisers sur l’épaule d’Olivia.
– Mmmh. On risque d’entendre mes voisins se plaindre par contre. »
Emily gloussa contre sa peau, où une vague de frissons émergea et qu’elle observa se répandre le long de son bras et sur sa poitrine. Malgré ses paroles, Olivia n’avait pas l’air inquiet plus que de raison. Elle avait refermé les yeux et, à sa respiration, la Cheffe de Bureau du BAU devinait qu’elle était à deux doigts de se rendormir. Et, quand bien même elle aurait adoré la regarder plonger dans les bras de Morphée et la laisser dormir le reste de la matinée avant de lui apporter un petit-déjeuner au lit, elle savait que la Capitaine avait des obligations tout comme elle-même devait se mettre en route pour rejoindre sa propre équipe.
Ses nuits avec Olivia, aussi douces et passionnées et magiques soient-elles, n’étaient qu’une parenthèse au cœur de leur quotidien empli de noirceur et de crimes qu’elles tentaient tant bien que mal de combattre.
Elle porta donc leurs mains unies à sa bouche afin d’embrasser une à une les phalanges de son amante, puis le revers de sa main et son poignet, où elle portait le petit bracelet en or qu’elle lui avait offert quelques jours auparavant. Elle l’embrassa plusieurs fois, comme si ce simple geste pouvait gorger le bijou de tout ce qu’Emily ressentait pour Olivia et ainsi le lui transmettre tout au long des journées qu’elles passaient éloignées l’une de l’autre. Elle remonta ensuite sur son bras, dans l’intérieur de son coude, et revint à son épaule, où elle laissa ses lèvres traîner durant de longues secondes.
Tout contre elle, Olivia remua à peine. Juste assez pour lui assurer qu’elle ne s’était pas endormie. Juste assez aussi pour lui permettre de se pencher et d’embrasser, enfin, le coin de sa bouche. Sous la sienne, elle sentit un sourire se dessiner sur le visage d’Olivia.
« Si tu continues comme ça, non seulement on sera fatiguées, mais en retard, la prévint-elle, même si elle ne fit pas le moindre geste pour l’arrêter ou se dégager de son étreinte.
– Je ne vois pas de quoi tu parles.
– Je suis déjà arrivée en retard la semaine dernière, il est hors de question que ça devienne une habitude.
– Bien reçu, Capitaine, plaisanta Emily d’une voix plus grave et en faisant claquer un baiser sur la joue rose d’Olivia. »
Cette dernière rit doucement et se retourna enfin pour lui faire face. Du bout des doigts, Emily éloigna ses épaisses mèches de cheveux de son front, caressant et esquissant le contour de ses traits qu’elle ne se lassait jamais d’admirer, surtout de bon matin.
Elle savait dors et déjà que cette image la poursuivrait pour le reste de la journée et que, chaque fois qu’elle fermerait les yeux, elle verrait le beau visage serein et détendu d’Olivia apparaître derrière ses paupières.
« J’ai déjà envie de te revoir, chuchota Emily, aussi bas qu’elle le put, comme si elle-même avait peur d’entendre ses propres mots sortir de sa bouche.
– C’est soirée pizzas ce soir avec Noah. Viens.
– Tu es sûre ? C’est votre soirée à tous les deux, je ne veux pas m’-
– Ça sera notre soirée à tous les trois, interrompit Olivia, sa main attrapant le poignet d’Emily et le déplaçant afin de déposer un baiser sur sa paume. Noah demande tout le temps après toi. »
Le cœur d’Emily se gonfla de joie dans sa poitrine. Entre son propre emploi du temps et celui d’Olivia, les occasions de rencontrer l’adolescent étaient rares, mais Emily avait apprécié chacune de leurs interactions et n’avait pu s’empêcher de souhaiter les voir se multiplier pour continuer à apprendre à le connaître et à noter toutes les ressemblances entre la mère et le fils.
Savoir que son engouement était partagé et que lui aussi désirait la revoir lui fit l’effet d’un baume réconfortant.
« Tu veux dire que je suis adoptée par les deux Benson ? plaisanta-t-elle pour mieux dissimuler le léger trouble sur sa vision.
– Ne prends pas la grosse tête, répliqua Olivia en levant les yeux au ciel et en faisant mine d’être exaspérée, mais avec un sourire au coin des lèvres qu’Emily ne put s’empêcher d’embrasser. »
Le baiser, pourtant chaste, aurait évolué et se serait transformé en quelque chose qu’aucune d’elles n’aurait été capables d’arrêter, si ce n’était pour le téléphone d’Olivia, qui se mit à sonner pile à ce moment-là, leur rappelant ainsi que le temps continuait de s’écouler et le monde de tourner.
À contre-cœur, elles se détachèrent et Emily plongea ses yeux dans ceux d’Olivia.
Olivia, en retour, battit lentement des cils et Emily sut qu’elle avait compris.
Il y avait des mots que seul le regard savait exprimer et que seul le cœur savait entendre. Des mots qu’un jour peut-être leur bouche saurait prononcer.
