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Damian ne l’aimait pas. Et ça posait problème. Il avait ses raisons de ne pas l’aimer bien sûr, Anya n’avait pas oublié qu’elle l’avait frappé dès son premier jour d’école. Mais son père comptait sur elle pour se lier d’amitié avec lui – C’était ça ou récolter huit stellas, et Anya avait vu suffisamment de films d’espionnages pour savoir différencier une mission compliquée d’une mission impossible. Elle devait se lier d’amitié avec Damian pour être invitée chez lui et que leurs pères puissent se rencontrer. Mais elle devait d’abord faire un geste, un premier pas pour enterrer la hache de guerre qui menaçait de les décapiter tous les deux depuis leur rencontre.
L’uniforme de l’académie Eden était très strict, mais les bijoux étaient autorisés, Anya l’avait vite remarqué. Surtout, elle avait remarqué des groupes d’amis qui se baladaient tous fièrement avec le même bracelet, parfois achetés avec beaucoup d’argent, parfois fabriqués avec beaucoup de patience, pour symboliser leur amitié. Becky lui en avait offert un, similaire à celui qu’elle-même portait, une fine chaîne dorée achetée en double par ses parents. Damian et ses amis n’en portaient pas, mais Anya avait souvent capté le regard qu’il portait sur les poignets des autres élèves. Elle avait parfois intercepté ses pensées et elle savait que, s’il affirmait être au-dessus de ces considérations puériles, il y accordait tout de même de l’importance.
Elle n’avait pas d’argent pour acheter des bracelets en or comme ceux de Becky, mais elle avait des idées et du temps. Elle expliqua son projet à sa mère qui accepta de l’emmener dans une mercerie où elle choisit différents fils et tissus, et elle se mit au travail. Ses premiers essais étaient catastrophiques et n’étaient qu’un enchevêtrement de fils. Quand, après une journée entière d’essais plus ratés les uns que les autres, son père la retrouva en larmes recouverte par des bouts découpés de fils multicolores, il lui demanda ce qu’elle avait en tête :
- Je voulais faire à Damian un bracelet de l’amitié, pour m’excuser de l’avoir tapé et qu’on soit à nouveau amis, mais j’y arrive paaaaaaas ! expliqua-t-elle avant de fondre à nouveau en larmes.
Le regard de son père se figea. Le fait que sa fille devienne amie avec Damian était un critère de réussite indispensable à sa mission.
- Calme-toi ma chérie, tu vas y arriver ! Si tu veux, je peux voir si j’ai des collègues de l’hôpital qui sauraient faire ce genre de bracelets pour t’aider ?
C’est ainsi qu’une semaine plus tard, Loid ouvrit la porte à une grande femme rousse avec des lunettes.
- Handler ? s’étonna Loid. Quand je t’ai demandé du renfort, je ne pensais pas…
- Aucun agent n’était disponible et l’opération Strix était en jeu, expliqua-t-elle calmement. De plus j’ai passé des heures à confectionner des bracelets quand j’avais l’âge d’Anya, je dois pouvoir m’acquitter de cette mission.
A la fin de la journée, Anya montra fièrement à son père les deux bracelets noirs et dorés, soigneusement tissés pour rappeler les couleurs de la famille Desmond.
- Wahou, souffla Loid. Vous vous êtes surpassées.
- Sylvia elle m’a tout aidé et m’a tout montré comment en refaire, je vais pouvoir en faire plein pour toute la famille après !
- Merci Handler, souffla Loid, je te revaudrais ça.
- Avec plaisir. J’aimerais que toutes les missions soient aussi simples et plaisantes à débloquer, ajouta-t-elle avec un sourire. Bonne chance agent Twilight.
- Bonne chance à toi aussi.
Anya choisit le dernier jour avant les vacances de Noël pour offrir son cadeau à Damian. Elle remarqua que, pour une fois, celui-ci n’était pas avec ses acolytes. Mieux, il semblait tout faire pour les éviter et traîner seul à la recherche de quelqu’un.
- Où est-elle ? capta Anya dans ses pensées. Ses cheveux roses se remarquent depuis l’autre bout de l’école d’habitude…
Damian la cherchait également ? Pour quoi faire ? Peu importe. Elle devait saisir son occasion.
- Eh, Damian !
Celui-ci sursauta en se retournant vers elle mais parut subitement sur la défensive.
- Qu’est-ce que tu me veux ? lança-t-il, ses joues rougissant violemment.
- Je… Enfaitjevoulaist’offrirça, expliqua-t-elle très vite avant d’avoir le temps de se dégonfler.
Elle lui tendit le petit paquet et Damian fronça les sourcils.
- C’est pour moi ?
- Oui ! Pour me faire pardonner pour t’avoir tapé et… Et espérer qu’on reparte sur de bonnes bases tous les deux.
Damian déballa le paquet grossièrement emballé et ses joues achevèrent de s’enflammer lorsqu’il sortit le bracelet.
- Il est magnifique ! Et avec de telles couleurs je suis assuré que mon père m’autorisera à le porter…
- C’est un bracelet d’ami, expliqua Anya. J’ai le même. Comme ça on pourra se dire qu’on ne s’en veut plus pour nos disputes du début et savoir que même si Becky, Emile ou Ewen ne sont pas là, on a quand même un ami dans l’école.
A ces mots, le rouge des joues de Damian se propagea à son front et son cou mais il se contenta de hocher la tête.
- C’est aimable à toi, considère que tu es pardonnée.
Malgré son air grincheux et fuyant, Anya capta sans mal dans ses pensées qu’il était plus que ravi de son cadeau qui le touchait au plus haut point.
- En fait… reprit-il. J’ai aussi quelque chose pour toi.
Anya se souvint qu’il la cherchait, pour une raison qu’Emile et Ewen ne devaient pas connaître.
- Pour moi ?
- Oui, c’est… Voilà.
Damian lui tendit un paquet qu’elle déchiqueta rapidement.
- Un livre ?
- Un livre de révisions, spécialement édité pour les programmes de l’école Eden. C’est grâce à lui que mon frère a eu ses huit stellas en aussi peu de temps, et moi désormais je le connais par cœur. Et comme je sais que tu as du mal dans certaines matières je… Je me suis dit que si au moins ça pouvait t’éviter de te prendre un autre tonitrus à cause de tes mauvais résultats…
Damian se perdit en bafouillements et Anya dut à nouveau lire dans ses pensées pour comprendre le fond de sa motivation : Il l’appréciait trop pour accepter de la voir être renvoyée de l’école et avait décidé de l’aider, à sa manière.
- Merci ! C’est trop trop gentil de ta part ! Est-ce que… Ça veut dire qu’on est amis ?
Damian hésita, longuement.
- Oui je suppose, finit-il par souffler. On peut dire ça.
Anya avait imaginé ce jour de nombreuses heures auparavant. Celui où Damian la considérerait comme une amie, où elle pourrait s’acquitter de cette mission et annoncer fièrement à son père qu’elle était invitée à jouer chez lui. Mais à cet instant, elle ne pensait plus à la mission, ni à son père. Damian l’appréciait et c’était ce seul fait qui la rendait folle de joie.
