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Yue avait pris la liberté de sortir au grand jour. De par son affinité avec la lune, il tendait plutôt à se faire discret quand la chaleur de son opposé enveloppait le monde.
Peut-être était-ce sa rencontre avec Touya qui l’avait poussé à se montrer. Depuis que le frère de Sakura lui avait fait don de ses pouvoirs, il s’était opéré une sorte de résonance. Un léger changement dans l’alignement de sa magie. Une sorte de brèche, par laquelle il jetait parfois un coup d’œil sans trop oser faire plus.
Il sentait en lui toute l’affection que Touya portait à sa forme d’emprunt. Pour sauver un être qui n’existait pas, il était allé jusqu’à renoncer à une partie de lui-même. Pour prolonger une coquille vide, l’aîné Kinomoto lui avait donné la totalité de ses pouvoirs. Yue soupira. Lui qui était d’ordinaire si calme se sentait… perturbé. Tout se bousculait. Sakura était officiellement devenue la nouvelle maîtresse des cartes. Clow Reed – il refusait de l’appeler autrement – était de retour dans ce monde. Touya l’avait sauvé quand la magie qui le maintenait en vie était trop faible pour y parvenir.
Et tout était compliqué. Si compliqué…
Les émotions s’enchevêtraient comme les branches de Wood et s’enracinaient autour de ce cœur dont il ne savait que faire. Tout était plus simple du temps de Clow. S’il avait pu rester… s’il avait pu réellement revenir, aurait-il souri à Yue comme autrefois ? Aurait-il à nouveau posé les yeux et les mains sur lui ? Aurait-il apaisé ses tourments en passant tendrement – si tendrement – ses doigts dans ses cheveux ?
Yue n’avait toujours vécu que pour lui. Clow Reed était le seul maître qu’il désirait. Le seul être qu’il aimait. Sakura était une magicienne prometteuse, pleine d’enthousiasme et de bonne volonté. Elle n’était simplement pas son ancêtre. Yue s’en voulait. Elle n’y était pour rien. Elle éclairait le monde de son sourire, même quand les larmes menaçaient de jaillir. Elle persévérait, soignait, aimait, comprenait. Elle acceptait tout de ses compagnons, des frasques excentriques de Kerberos à ses escapades solitaires au clair de lune.
Lui suffirait-elle un jour ? Serait-elle assez puissante pour surpasser Clow ? Sakura et sa magie étaient de lumière ; celle qui réchauffait les cœurs, qui chassait les nuages et les doutes.
Celle que Yue avait tant de mal à accepter.
Clow Reed était une tout autre personne. Confortable dans la pénombre, il était de ces oiseaux de nuit qui contemplent le monde de loin plutôt que d’en faire partie. Yue avait été créé avec cette part de sa personnalité. Clow l’avait chéri, probablement plus que de raison. Yue le lui avait rendu, et aujourd’hui, il y avait un vide que rien ne parvenait à combler. Rien ?
Le visage de Touya lui revint en mémoire. Cet air inquiet, cette joie lorsqu’il s’était montré à lui pour la première fois… Peut-être était-ce dû à l’ascendance lointaine de Clow qu’il ressentait dans sa magie. Oui. Ce devait être ça. Après avoir pris soin de créer une barrière qui le maintiendrait invisible aux yeux de tous, Yue s’installa sous un immense cerisier. C’était la période de l’année où ils devaient fleurir. Celui-là semblait en retard. Le déjà-vu avait un goût amer. Mais cette année, Clow ne viendrait pas précipiter le bourgeonnement avec sa magie. Cette année, Yue ne verrait pas son sourire insondable sous les frondaisons.
Pas de doute : il y avait bien un vide. Ce vide créait un manque, et avec lui, une aspiration. Au milieu de la douleur résiduelle de l’absence, des émotions contradictoires et tumultueuses, Yue chavirait, et l’image de Touya était tout ce qu’il restait. Enroulant les bras autour de lui-même, Yue serra les dents pour repousser l’afflux, la lame de fond qui menaçait jusqu’à son équilibre interne. Ses ongles s’enfoncèrent dans ses bras. La sensation de vide était suffocante. Il lui fallait désormais faire face sur deux fronts : l’absence de Clow, et la présence permanente de l’affection de Touya par le biais de sa magie.
Une affection qui ne lui était pas destinée.
Yue n’aurait su dire ce qui le faisait tant trembler ; était-ce la réalisation que même un alter ego factice était plus digne d’amour que lui ? Lui, qui pourtant était si près et si opposé à Yukito à la fois… Le juge était désormais replié en deux sur sa douleur, tremblant jusqu’à ses ailes dans une vaine tentative de se protéger du vide qui menaçait de le dévorer.
Mais comment se protège-t-on de ce qui est à l’intérieur ?
Yue ne savait pas quelle réponse il fallait apporter à cette question. Il savait simplement qu’à cet instant, son instinct avait pris le dessus. Il s’était envolé, aussi haut que ses ailes le lui permettaient, par-delà les nuages de son cœur tourmenté. Il s’en était allé trouver celui qui l’avait autant sauvé que condamné. Touya était sur le chemin pour rentrer du lycée. Yue se posa sur le côté et étendit sa barrière jusqu’à l’aîné Kinomoto.
« Touya. »
Sa voix était mal affirmée. Sa détresse était palpable. Yue se détestait. Était-ce donc là l’usage qu’il allait faire des pouvoirs que Touya avait sacrifiés ?
« Ah, Yue. Quelque chose ne va pas ? »
Évidemment. Touya avait perdu ses pouvoirs, mais pas la vue. Et le désarroi de Yue était visible de là où il était.
« J’ai à te parler. »
Sa voix avait retrouvé son calme. Au moins en apparence. Il ne fallait tout de même pas imaginer qu’il allait entièrement se décomposer. Le visage de Touya était fermé par la concentration et sa volonté de déchiffrer les pensées du juge. Il hocha la tête en signe d’approbation.
« Nous pouvons aller chez moi. Sakura a entraînement et mon père rentrera tard du travail aujourd’hui. »
Ils se mirent en route en silence. Touya ouvrait la marche. Yue fixait son dos, et ses pas dans les siens. C’était la première fois qu’ils se voyaient vraiment depuis que Touya lui avait fait don de ses pouvoirs.
C’était la première fois que Yue le regardait vraiment.
Il se demanda alors si ce soudain élan qui le poussait vers le frère de sa maîtresse pouvait avoir un lien avec les émotions de Yukito. Yue étouffa un rire sarcastique à cette pensée : ce serait un comble que cette enveloppe artificielle finisse par avoir des effets sur lui. Yue était la lune ; c’était lui qui influençait les gens, les marées, pas l’inverse. Que sa propre création puisse avoir un quelconque pouvoir sur lui était tout simplement inconcevable.
Et pourtant… Pourtant l’affection de Touya passant à travers lui était suffisante pour le remuer de la sorte.
Yue s’arrêta de marcher.
Qui était la coquille vide, au juste ?
« Yue ? »
Touya s’était tourné vers lui et le regardait sans comprendre. Clow, lui, aurait su. Le juge serra les dents, agacé contre lui-même.
« Ah, pardon, allons-y. »
Yue prit la tête. Il n’était pas sûr de vouloir savoir où ses pensées allaient le mener s’il observait encore le dos de Touya.
« Tu te souviens du chemin. »
Yue lui adressa un regard par-dessus son épaule.
« Yukito l’a pris suffisamment de fois pour que je le retienne. »
Ils passèrent le reste du trajet dans leur silence. L’esprit de Touya dévalait le long de ses pensées et questions. Pourquoi Yue était-il venu à lui ? A quoi pensait-il, là, tout de suite ? Pourquoi Touya ne parvenait-il pas à détacher les yeux de cette main qui restait le long du corps du juge ? Il se demandait aussi ce que Yukito entendrait de leur conversation.
Yue s’effaça pour laisser Touya accéder à la porte. Il leur sembla à tous les deux que le bruit métallique de la clé emplissait tout l’espace entre eux.
« Installe-toi, je vais faire du thé.
— Merci. »
Yue s’assit sur le canapé et regarda Touya s’affairer dans la cuisine. Il se demanda si c’était le thé que buvait Yukito. Cette tasse fumante devant lui : à qui était-elle destinée ? Les attentions de Touya le visaient-elles lui, ou son alter ego ?
« Qu’est-ce qui t’amène ? »
Leurs regards se croisèrent.
« Tu sembles préoccupé, observa Touya tant pour l’aider à trouver ses mots que pour lui signifier qu’il avait pris note de son tourment.
— C’est… je n’ai pas eu l’occasion de te remercier de m’avoir transmis tes pouvoirs.
— Je t’ai dit que je ferais tout ce qu’il fallait pour sauver Yuki. »
Ce diminutif, chargé de douceur et de solennité en même temps. Comment lui dire ? Comment lui expliquer que cette même douceur écorchait sa chair de l’intérieur ? Qu’elle lui rappelait sans cesse ce qu’il avait perdu, et qu’elle ouvrait en lui une brèche qu’il croyait avoir soigneusement fermée depuis la mort de Clow. Qu’il était autant reconnaissant qu’agonisant.
Qu’il lui en voulait autant qu’il le voulait.
« Pourtant… c’est moi qui en bénéficie le plus. Yukito n’en fera jamais usage.
— Et sans toi, Yuki ne serait plus là. Tu es aussi important que lui. »
La surprise se peignit sur les traits d’ordinaire lisses du juge. Il fallait qu’il sache.
« Est-ce que tu perçois encore ta magie chez moi ?
— Hm ? Non, elle ne fait plus partie de moi. Pourquoi, il y a un problème ? »
Yue serra les dents et mit trop de temps à répondre. Suffisamment en tout cas pour que Touya comprenne.
« La magie de Sakura et la mienne ne suffisent toujours pas ?
— Si, bien sûr. Elle gagne encore en puissance. Sakura est impressionnante. »
Touya arrima son regard à celui du juge. Il sentait bien que Yue ne lui disait pas tout, et qu’au contraire il taisait encore le plus important. La proximité entre eux avait pris du relief. Touya s’était assis à côté de lui sur le canapé sans y réfléchir, mais maintenant qu’il en avait conscience, il observait tous les détails. Son port de tête, sa chevelure blanche qui drapait ses épaules, la manière dont sa main se déplaçait de la table jusqu’à ses lèvres. La discrète cassure de son poignet, son cou qui s’allongeait lorsqu’il se penchait pour reposer la tasse sans un autre bruit que celui de ses vêtements, la manière dont sa main revenait se poser délicatement à côté de sa cuisse.
Cette main…
Touya se força à reporter son regard sur le mur en face d’eux.
« Tu as du mal à parler de ce qui te peine, n’est-ce pas ? »
C’était un murmure teinté de retenue. Touya reconnaissait bien les mêmes mécanismes que chez Sakura – à ceci près qu’elle cachait tout derrière un sourire – et il n’était pas dupe. Si Yue tournait autant autour du sujet, c’était par pudeur, sans doute, et par volonté de ne blesser personne, peut-être. Touya soupira.
« Je ne peux pas te forcer à me dire ce qui te pèse. Mais je peux au moins te dire ceci : si tu restes silencieux, ça ne fera qu’empirer. Et si tu es venu me trouver plutôt que quelqu’un d’autre, c’est que tu comptes sur moi, non ? »
Yue ouvrit brièvement la bouche sous la surprise. Ses yeux écarquillés étaient soudain ronds comme deux pleines lunes au milieu de son visage. Son regard était rivé à celui de Touya, qui le soutenait silencieusement, sans flancher. La tension entre eux semblait à la fois s’épaissir et s’alléger, se métamorphoser, se teinter quelque peu, et pour se donner contenance, le juge reprit une gorgée de thé. Touya le fixait toujours.
« Tes mains… »
Il avait pensé à voix haute.
« Ah, je me disais juste qu’elles étaient très différentes de celles de Yuki, ajouta-t-il en se grattant l’arrière de la tête d’un air embarrassé. Je ne sais pas pourquoi ça m’a pris d’y penser maintenant. »
Bruissement d’étoffes. Glissement dans l’air. Yue s’était légèrement rapproché et l’observait avec attention.
« Je croyais qu’on se ressemblait.
— Évidemment, ce n’est pas ton alter ego pour rien. Mais je crois que je perçois de plus en plus ce qui vous différencie. »
Yue s’étonna :
« Tu as l’air de penser que c’est une bonne chose.
— Bien sûr. Vous n’êtes pas la même personne pour autant. Je m’en voudrais de le connaître par cœur et de ne rien savoir de toi. »
La surprise semblait être la troisième entité dans la pièce.
« Tu… souhaites me connaître ?
— Ben… oui ? Tu es quelqu’un d’important pour ma sœur, et sans toi, Yuki n’existerait pas. »
Les mains de Yue se replièrent sur elles-mêmes.
« Est-ce la seule raison ? »
N’était-il voué à exister que par le biais de quelqu’un d’autre ?
« Yue… »
La voix de Touya était douce et implorante. Le juge eut envie de crier. A la place, il amorça un mouvement pour se lever. Sec et sans conteste. Il se figea quand la paume chaude de Touya se posa sur sa main.
Mais ce fut ce qu’il vit dans les yeux de l’aîné Kinomoto qui arrêta définitivement son geste.
« Moi non plus, je ne comprends pas… , souffla Touya, impuissant. Moi non plus, je ne sais plus. Je sais bien que tu n’es pas lui. Pourtant…
— Pourtant ? »
Ils baissèrent tous les deux les yeux sur leurs mains encore jointes. Les mots s’étranglaient, s’écharpaient. Le visage de Touya luttait. Contre quoi, d’ailleurs ? Sa peur ? Sa pudeur ? Il ne sut quoi répondre et se contenta d’entrelacer ses doigts avec ceux, glacés, de Yue. Son regard avait fui. Il sentait, pesant sur sa nuque, celui du juge. Le silence envahissait chacune de leur respiration. Yue voulait, voulait ces doigts autour des siens. Mais il fallait qu’il sache.
« Sont-ce vraiment mes doigts que tu étreins ? »
Ce fut un souffle. Touya aurait pu l’avoir imaginé. Il se retourna vers Yue.
« Tu en doutes ?
— Cela fait si longtemps, admit-il. Je ne sais plus.
— On t’a aimé ? »
Hochement de tête.
« Moins que tu n’as aimé ?
— Peut-être. »
Assurément. Ces quelques mots suffirent à Yue pour se briser. Imperceptiblement, la fissure courait, fendait, ouvrait. Trop tard pour la refermer.
« Touya. »
Trop tard pour reculer.
« Ton affection pour Yukito… elle est omniprésente. Elle imbibe ta magie, et maintenant… »
Et maintenant elle m’imbibe moi.
« Tu la ressens ?
— Dans chaque parcelle de mon être. Elle fait autant partie de moi que de toi. »
Yue ne voulait – ne pouvait – pas s’autoriser à être égoïste. Il n’y avait que Clow qui lui passait ses caprices en souriant. Il n’y avait que Clow qui l’avait accueilli dans son entièreté, et encore : en fin de compte, il était parti. Si le plus grand sorcier de sa génération n’avait pas réussi à aimer une version de lui, que pensait faire ce gamin d’à peine dix-huit ans avec deux ?
« Et tu en souffres. »
Trop tard pour reculer.
« Je sais bien qu’elle ne m’est pas destinée. Elle est là, constamment, sous ma peau, et je ne devrais pas la voir, je ne devrais pas… mais je ne peux m’en empêcher. Je me sens de trop dans mon propre corps. »
Les mots ruisselaient désormais, et Yue n’avait pas la force de les arrêter. N’en avait pas l’envie.
« Je ne sais même pas ce qui me pousse vers toi ; est-ce ma propre volonté ? Est-ce le désir de Yukito ? J’ai hérité de ta magie et depuis, je me sens affamé. »
Touya l’écoutait, médusé. Il regardait Yue se débattre dans la mélasse de leurs émotions mêlées. Il regardait ses joues s’enflammer, ses lèvres trembler, ses yeux s’embuer, ses nerfs qui lâchaient. Les doigts du juge se crispèrent autour des siens. Prise maladroite, mal assurée. Geste malhabile né d’un désir balbutié. D’une voix aussi blanche que les cheveux de Yue, Touya s’entendit lui demander :
« Affamé ? »
La douleur à sa main s’accrut. Yue ne serrait plus : il se raccrochait. Touya encaissa sans ciller.
« De quoi as-tu faim, Yue ? »
Ou devrais-je dire, de qui ? s’autorisa-t-il à penser.
« De ce qui ne m’est pas destiné. J’ai besoin de savoir. »
Est-ce que moi aussi, tu peux m’aimer ?
Trop tard pour reculer.
Frémissante d’envie, captivante d’élégance, la main de Yue s’éleva lentement dans l’air qui les séparait, en une trajectoire oscillant entre appréhension, abandon, et besoin de confirmation. Touya vint à sa rencontre à mi-chemin. Ses doigts se refermèrent délicatement autour de ceux du juge. Sans fioritures, avec toute la sobriété que cela exigeait. Il aida la paume de cet être de toute évidence perdu à trouver sa joue. La chaleur de sa peau fit tressaillir Yue. La fraîcheur de ces doigts lui semblait familière.
L’espace entre eux s’était réduit. Leurs mains entrelacées l’étaient fermement sur le moelleux du canapé. Il n’y avait désormais plus de place pour les mots ; tout juste assez pour leurs souffles tremblants. Touya avait les yeux fermés. Ce contact qui aurait dû soulever tant de questions chez lui sonnait comme une réponse. C’était la réponse qu’il souhaitait apporter aux hésitations lancinantes de Yue : l’acceptation. Il le sentit hésiter et vouloir reculer. Touya resserra doucement ses doigts autour des siens.
« Ne fuis pas. »
Chacun tirait doucement à lui ; gestes invisibles issus d’une lutte sans vraie opposition. Était-ce par égoïsme ou dans une volonté de signifier que l’autre était bienvenu ? Aucun des deux ne voulait se l’avouer. Touya rouvrit les yeux sur ceux du juge. Il y sentit le même tremblement que dans le bout de ses doigts froids. À la différence près que les iris bleus semblaient déborder d’une flamme qui, elle, n’avait de froid que la couleur. Touya n’était pas du genre à être facilement intimidé et pourtant, ce regard avait presque de quoi l’effrayer. Cette faim dont avait parlé le juge s’y lisait sans équivoque.
Lentement, en prenant garde à ne pas bouger trop vite, Touya lâcha la main qui resta là, posée sur sa joue, pour aller explorer à son tour. Bousculer plutôt que montrer qu’il était troublé. Le visage de Yue eut un mouvement de recul et les doigts de Touya se suspendirent.
« Ne fuis pas. »
Et sans autre forme de procès, il fendit les hésitations, leurs appréhensions, apposant sa main là où il le désirait. La peau de Yue était si froide sous la sienne qu’il eut l’impression de se brûler. Les paupières du juge se fermèrent. Sa respiration se heurtait à son émotion. C’était presque inconfortable. Et pourtant si bon… Touya n’était pas Clow.
Il était bien plus que cela.
Il était la guérison.
Il était la douceur sans condition. La tendresse retenue, contenue, la déférence absolue.
Yue soupira.
« Touya… »
Il voulait s’y égarer. Sous ces mains, s’abandonner, se sentir être, enfin, se retrouver. Contre cette peau, être contenu et adoré, découvrir et être exploré.
Aucun des deux ne sut de qui le geste avait émané. Était-ce la bouche entrouverte de Yue ? La prise de Touya qui s’était affirmée ? Ou simplement leur attraction qui les avait poussés à s’enlacer ? Mais la distance était franchie, le silence était brisé.
Leurs lèvres unies.
Leurs souffles emmêlés.
Les murs de la pièce tourbillonnaient. Le canapé chuchota quand Touya fit basculer Yue. Et il sembla au juge que, dans la lumière de l’heure dorée, ces yeux bruns reflétaient le crépuscule.
Le reste de ses considérations s’écrasa entre ses paumes et les épaules de l’homme qui le surplombait.
A l’horizon, le soleil et la lune s’étreignaient.
