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Joyeux Noël

Summary:

L'hiver et les festivités de la période ont enveloppé Piltover.

Et Jayce et Viktor vivent ce Noël ensemble.

Notes:

Deux petits textes tout doux pour vous souhaiter un joyeux Noël !

Work Text:

Le laboratoire était plongé dans un silence doux, familier, à peine troublé par les coups de crayon et la respiration paisible de Viktor. La lumière de début de soirée perçait à peine à travers la fenêtre opaque, baignant la pièce dans une atmosphère voilée, dans une semi-obscurité à laquelle le scientifique s'était habitué et qu'il ne changerait pour rien au monde.

Ce fut sûrement pour cette raison qu'il grimaça lorsqu'une lueur jaune jaillit dans son champ de vision, de concert avec le grincement de la porte. Viktor lâcha son crayon et s'étira. Son dos craqua, ses os protestèrent et semblèrent appeler à l'aide, mais il refusa de les écouter et il se pencha de nouveau vers son établi. Les feuilles de papier recouvertes par son écriture le narguaient. Le travail était encore long. Les calculs à vérifier s'amoncelaient, les expériences à effectuer se multipliaient...

C'était peut-être parce que l'hiver avait enveloppé Piltover dans une couverture neigeuse glaciale, que la ville paraissait tourner à la fois au ralenti et à toute vitesse, figée par le froid et emportée par les festivités, et que les habitants vibraient au rythme de cette effervescence, mais Viktor se sentait plus épuisé qu'à son habitude, et les bâillements qui lui décrochaient la mâchoire étaient toujours plus bruyants.

Lorsqu'il s'extirpa de ses pensées, la porte s'était refermée et deux tasses de chocolat chaud avaient atterri à côté de ses doigts crispés. Viktor se redressa et tourna la tête. Jayce lui souriait, de ce sourire réconfortant plus utile encore que les mots.

Viktor haussa un sourcil.

— Tout ce temps passé hors du labo pour ramener du chocolat chaud..., commenta-t-il, taquin.

Jayce pouffa avant de lui tendre une tasse.

— Je prends très à cœur ma mission.

— Ta mission ?

— Prendre soin de Viktor, fanfaronna Jayce avec espièglerie.

Deux sourires étirèrent leurs lèvres. Un éclat passa dans leurs prunelles qui se croisèrent furtivement.

Viktor avait saisi sa tasse et observait son contenu d'un air presque méfiant. La douce effluve de cacao s'immisça dans ses narines et l'apaisa immédiatement. Le soupir qu'il poussa souffla l'air chaud qui s'échappait de la boisson. Son palais semblait le supplier de lui accorder le droit de goûter au chocolat appétissant.

Jayce ne l'avait pas quitté des yeux. Son expression rayonnante aurait pu faire concurrence au soleil lui-même, soleil qui ne daignait pas témoigner sa présence ces derniers jours. 

La lumière qui émanait de Jayce mit du baume au cœur de Viktor, qui décida enfin d'avaler son breuvage.

La deuxième tasse quitta l'établi pour trouver les lèvres de Jayce. Le silence revint, comme une évidence. Les deux partenaires dégustèrent leurs boissons, leurs joues rougies par la chaleur qui enveloppait leurs corps. Le bruit régulier de l'horloge derrière eux accompagna leurs gestes. 

Jusqu'à ce que Jayce reposa sa tasse et dévisage Viktor avec insistance, à l'instar d'un enfant facétieux. Viktor leva les yeux au ciel sans prononcer un seul reproche. Il savait pertinemment que lorsque Jayce avait une idée derrière la tête, il était impossible de lui résister. Le chocolat chaud était probablement la première étape de son plan...

— Il serait peut-être temps de faire une pause, non ?

Viktor serra les dents. Sa tasse rencontra la surface métallique avec un claquement sec. Jayce se pencha un peu plus et planta ses iris noisette dans les siens.

— Viktooooor, s'il te plaît !

Sa moue innocente acheva de le convaincre. Ce n'était pas très compliqué, il devait le reconnaître. La fatigue devait être la première responsable. Elle pesait sur ses épaules, lui comprimait les poumons. Et faisait disparaître ses barrières.

— D'accord, souffla-t-il simplement.

Jayce n'hésita pas une seule seconde. Il glissa sa main dans celle de Viktor pour le guider vers le canapé vieilli qui trônait au milieu du laboratoire. Viktor s'agrippa à sa canne et suivit son ami, son pas lourd et lent réveillant les douleurs de ses muscles engourdis. L'autre paume de Jayce trouva refuge dans son dos. Ils avancèrent tous les deux, et s'installèrent entre les coussins aux couleurs délavées.

Le laboratoire, autrefois lieu uniquement dédié au travail, s'était métamorphosé avec l'initiative de Jayce, poussé par l'envie subite d'en faire une pièce chaleureuse et pleine de vie, en prévision des longues journées d'hiver qu'ils allaient passer dans celle-ci sans voir la lumière du jour. 

S'ils n'allaient pas chercher les festivités dans les rues de Piltover, ce serait les festivités qui viendraient à eux.

Alors Jayce avait accroché maladroitement quelques guirlandes, placé un poêle au fond du laboratoire pour les réchauffer, et construit un petit sapin métallique, composé de pièces détachées et de morceaux de tissus. Tout cela devant le canapé en cuir qu'il avait déniché et ramené quelques jours auparavant, un sourire immense étiré jusqu'aux oreilles.

Viktor devait avouer, malgré ses protestations, que le résultat était d'un réconfort certain. Et d'une beauté particulière mais intéressante, originale. Le laboratoire avait revêtu un charme qu'il n'expliquait pas mais qu'il acceptait, lové contre le cuir et les couvertures moelleuses.

Mais cela, bien sûr, il ne l'avouerait pas à Jayce.

Le feu qui brûlait face à eux massa les membres de Viktor et chassa le froid qui avait la fâcheuse tendance à geler ses doigts. Ce n'était qu'une petite flamme, ce n'était qu'un peu de chaleur, mais c'était suffisant. Viktor sentit ses paupières devenir lourdes. Le bras de Jayce frôla le sien. Viktor batttit des paupières et redressa les épaules.

— Tu sais quel jour on est ?

Jayce lui lançait un regard en coin. La malice n'avait pas quitté son regard si rassurant. Viktor fronça les sourcils.

— Hum... Non, je ne sais pas.

Il devait reconnaître que les dates sur le calendrier étaient l'une de ses moindres préoccupations. C'était futile. De simples nombres et des lettres sans importance. Les mois défilaient, les heures aussi, et il était tant plongé dans son travail qu'il ne prêtait pas attention aux jours qui se succédaient. 

Le mois de décembre était bien entamé, c'était évident. Mais c'était tout ce que son esprit las était capable de lui indiquer.

Jayce ne répondit pas immédiatement. Un froissement se fit entendre tandis qu'il plongeait sa main dans sa poche, puis une petite boîte apparut dans le creux de sa paume. L'expression interrogatrice de Viktor fit grandir le sourire qui illuminait son teint hâlé.

— Joyeux Noël, Viktor.

Le concerné entrouvrit la bouche, interloqué. Ses prunelles ambrées passèrent de l'écrin à Jayce à plusieurs reprises, avant qu'il réussisse à articuler une exclamation faussement indignée.

— Jayce ! C'est... c'est...

Jayce déposa la boîte entre les doigts de son ami. Leurs peaux se frôlèrent. Une ombre de sourire peignit les lèvres de Viktor. L'éclat dans ses yeux témoignait de son émotion. Il n'avait pas encore ouvert ce cadeau, pourtant, il était touché.

Ce qu'il découvrit dans l'écrin en mousse lui vola toutes les remarques sarcastiques qu'il aimait tant prononcer.

Un rouage.

Un rouage si simple, si futile, au premier abord. Une pièce métallique qui scintillait dans la lueur lointaine des flammes. 

Un rouage.

Pas n'importe lequel. 

Le premier objet touché par l'Hextech. Un rouage qui s'était envolé avec eux lors de l'expérience qui avait prouvé qu'ils étaient capable de réaliser de grandes choses.

Les mots se dissipèrent sur la langue de Viktor. Les larmes, compagnes inconnues qu'il ne croisait jamais, s'étaient immiscées et menaçaient de glisser sur ses joues pâles.

C'était sûrement l'épuisement qui exacerbait ses émotions. 

— Je n'ai rien pour toi...

Viktor se raccrocha aux faits. Aux attentions qu'il ne témoignait pas envers Jayce, alors que lui faisait tellement pour lui. La culpabilité lui noua la gorge. 

— Je n'ai besoin de rien, Viktor.

La sincérité dans ses paroles le convainquirent. La douceur sur ses traits faisait fuir le moindre doute. 

Jayce souriait. Encore et toujours. Et il contemplait son ami. Ses pommettes, ses grains de beauté, ses cheveux châtains ébouriffés.

Oui, Jayce n'avait besoin de rien.

Au fond de lui, il pensait que le plus beau cadeau qu'il pouvait avoir, c'était cette expression sur le visage de Viktor.

Mais cela, il ne lui dirait pas.

Pas tout de suite.

Piltover s’était parée d'un manteau de neige. Les flocons virevoltaient dans le ciel obscur, portés par une légère brise, qui glaçait tout de même les peaux qui avaient l’audace de s'exposer aux éléments. 

Jayce et Viktor avançaient en silence dans la rue, au rythme de l’effervescence contagieuse qui les enveloppait. Les guirlandes lumineuses clignotaient, les décorations de Noël plantaient des étoiles dans leurs yeux, et le monde entier semblait plus vivant, plus beau, plus magique.

Emmitouflés dans leurs vêtements chauds, le nez plongé dans leur écharpe, les doigts protégés par leurs gants, tous deux savouraient cet instant figé.

Cet instant de paix.

Seule la sérénité régnait. Il n’y avait plus de recherches à effectuer, d’expériences compliquées, de secondes qui s’égrénaient.

Il n’y avait qu'eux, Jayce et Viktor, et leur pas lent, régulier, leur respiration douce, les sourires qu'ils échangeaient, les anecdotes qu'ils soufflaient du bout des lèvres. 

Un gobelet de chocolat chaud réchauffait leurs mains. Les effluves réconfortantes s’immisçaient dans leurs narines et les faisaient saliver. La boisson chaleureuse chassait le froid à chaque gorgée. 

Viktor la dégustait, presque avec minutie. Il tenait à savourer chaque aspect du breuvage. Jayce, quant à lui, l’engloutissait, trop friand de chocolat pour laisser une chance à celui-ci de geler à cause du froid ambiant.

Jayce se débarrassa alors bien vite de son gobelet. Viktor continuait à marcher dans l'allée déneigée, sa paume crispée sur le pommeau de sa canne, l'autre envahie par la chaleur qui pulsait à travers son propre récipient. Il ne faisait que peu attention à Jayce, il écoutait les sons de la nuit et des festivités, et se perdait dans la contemplation des scintillements à la surface de la poudreuse.

C'était une soirée unique, rare et précieuse. De celle qui restait gravée au fond de soi. Une soirée qui faisait oublier tout le reste ; les doutes, le temps, les douleurs, les obligations, les responsabilités. 

Une soirée ensemble. Une soirée comme aucune autre. Une soirée qui ne faisait que renforcer ce lien déjà si fort qui les rattachait l’un à l'autre.

Le chocolat chaud de Viktor fut terminé à son tour. Sa main gauche se délesta du gobelet. Mais avant de pouvoir retrouver sa place dans la poche de son manteau gris, il y eu un frôlement. Un autre gant glissa contre le sien. Et les doigts s'entremêlèrent maladroitement.

Viktor sentit ses joues rougir derrière son écharpe. Un regard bref sur le côté lui indiqua que Jayce semblait tout aussi gêné.

Mais il avait osé. 

Une vague de chaleur gonfla dans la poitrine de Viktor. Son cœur battit un peu plus fort, et ce fut comme si le froid de l'hiver s’était dissout dans ce geste si simple.

Viktor répondit à l’étreinte. 

Le sourire timide de Jayce parla pour lui. Il se réfléchit sur le visage de Viktor. Les prunelles se croisèrent, se séparèrent.  

Leur balade se poursuivit. Dans le silence apaisant de l’évidence. Dans la douceur de ce moment partagé, secret. 

— Joyeux Noël, Jayce, murmura Viktor.

La prise sur ses doigts se raffermit encore. Viktor ne put que sourire à nouveau.

Les mots fondaient sur leur langue. Mais peut-être n’étaient-ils pas nécessaires, finalement. 

Ils se comprenaient. 

Ils étaient liés.

Les deux faces de la pièce.

Deux âmes sœurs qui débutaient une histoire, dans cet hiver pourtant semblable à tous les autres. 

Deux scientifiques qui avaient enfin trouvé la personne qui leur manquait. 

Partenaires.

C’était de cette manière qu’ils s'étaient définis lors leur rencontre.

Partenaires, oui.

Mais…

C’était peut-être un peu plus que ça, finalement.

Ils étaient peut-être un peu plus que ça.