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Français
Stats:
Published:
2025-12-25
Words:
4,811
Chapters:
1/1
Comments:
2
Kudos:
4
Hits:
48

Fleurs des Bois

Summary:

Hiroshi est à deux doigts d'une crise d'angoisse, et Lucien n'avait rien de mieux à faire que d'aller le voir...

Les personnages appartiennent à Cobalt. Le lien de téléchargement pour Danganronpa Weeping Rebellion est disponible sur Discord. Si vous ne pouvez pas y jouer, allez regdarder sur YouTube, ça vaut le coup, c'est sympa !!

Notes:

Je le redis ici :
Les persos de DRWR sont la propriété de Cobalt uniquement.
JE SPOIL TRES FORT LE CHAPITRE 2, DONC SI VOUS L'AVEZ PAS FAIT, OUSTE
Et sinon, amusez-vous bieeeeeen

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

« Hiroshi, mon meilleur pote ! »

Hm ?

Lucien venait d’interpeller Hiroshi, tout en s’installant à ses côtés, sur l’un des bancs du jardin. Le jeune homme n’avait au départ pas prévu de discuter avec Hiroshi. Il avait essayé d’initier des conversations avec les filles, mais la plupart refusaient de lui parler ou coupaient rapidement court à la discussion. Quant aux autres garçons… Suba était occupé à faire dieu sait quoi dans l’infirmerie, Ary était déjà occupé à discuter avec Junko, Arcadian l’énervait, et il n’avait rien à dire à Kazo et Cobalt. Et bien entendu, Herschel n’était plus vraiment en état de communiquer. Hiroshi avait donc été son dernier recours pour passer le temps.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Hiroshi le regarda dans les yeux, une pomme à moitié dévorée dans la main.

— Je mange. Et je réfléchis. Et toi, alors ? Tu t’ennuyais et t’as décidé de venir me voir ?
— Bof. Si j’avais pu, je serais avec une de ces demoiselles, mais elles m’ont rejeté. Tant pis pour elles, je réessaierai plus tard.
— Ah.

Hiroshi détourna la tête et regarda le sol, quelque peu déçu. Il ne s’était pas attendu à ce que Lucien veuille être son ami, mais il avait tout de même espéré un peu de sympathie, ou qu’on s’intéresse à lui, quelque chose, en somme. Mais ce n’était pas le cas. Soit, il y était habitué de toute manière.

« Ah, non mais t’inquiètes, maintenant je suis là alors je t’écoute, raconte moi ta vie, bro. »

Hm…

Hiroshi ne savait pas vraiment si Lucien était sérieux ou s’il se moquait de lui, mais il n’avait pas vraiment mieux à faire, de toute manière. Et puis, s’il le demandait…

« Bah j’étais sorti pour chercher un peu d’inspiration, mais sans succès. Je meurs d’envie de reprendre mon travail, mes créations, et des clients attendent après moi, mais je peux rien faire… Et par dessus tout, plus je passe de temps ici, plus ma créativité s’envole. On est libre de faire ce qu’on veut, mais vivre en cage c’est pas vraiment être libre. … Et qu’est-ce qu’on va penser de moi si j’arrive à sortir d’ici ? Tout le monde va trouver que je suis un raté, incapable de créer de nouveaux designs, et par-dessus tout, incapable de tenir mes deadlines. Plus personne voudra travailler avec moi, je vais finir fauché et à la rue, et je serais incapable de me nourrir, ou pire, on va me tuer, et- »

Un torrent de larmes dévalait les joues d’Hiroshi en cascades. Maintenant qu’il le regardait de plus près, Lucien remarqua qu’Hiroshi avait déjà les yeux rouges et gonflés, signe qu’il avait déjà passé un certain temps à pleurer avant son arrivée.

Reniflant et essuyant ses larmes avec sa manche à mesure qu’elles coulaient, Hiroshi termina sa pomme avant de se baisser pour en attraper une autre. Lucien suivit son mouvement des yeux et constata, surpris et quelque peu confus, que sous le banc se trouvait un panier, rempli de pommes et de trognons. À en juger par leur nombre, Hiroshi en avait déjà mangé dix et il venait de terminer sa onzième.

— Mec, ça va ?
— Oui… Oui, oui, t’inquiètes pas, dit-il en reniflant et en tentant un sourire peu convaincant.
— Mouais. T’as pas plus gros comme mensonge ?
— Non mais je t’assure, tout va bien.
— J’ai jamais vu un mec qui va bien et qui bouffe autant de pommes.
— ...
— Bon, en vrai, j’ai jamais vu un mec bouffer autant de pommes tout court, mais t’as capté.
— ...

Hiroshi soupira. Bien sûr qu’il mentait, et bien sûr que cela se voyait. Mais qu’était-il supposé faire ? Il n’avait aucun autre moyen de déstresser qu’en mangeant. Et…

— Au départ, je voulais juste ronger mes ongles et ma peau comme je le fais d’habitude, mais Suba m’a vu et m’a engueulé. Alors j’ai demandé à Cobalt de me faire des trucs à grignoter, mais Suba a encore fini par l’apprendre, et a refusé que je mange ‘autant de saloperies’ quand je suis stressé. Mais j’avais pas le choix… Il m’a bien filé des médocs, et j’ai suivi les idées de tisanes relaxantes de Vivi, mais rien n’y fait. Alors Suba a accepté de me laisser manger autant de pommes que je veux quand je suis stressé…
— Ah ouais, gros stress pour manger autant de pommes, quand même.

Hahah… Si encore c’était que du stress... Mais qu’est-ce que je peux y faire ? Qui serait assez patient pour me supporter dans cet état ? Déjà qu’on me supporte pas dans mon état normal… Après, Shiraka ou Kazo seraient assez sympa pour m’écouter, mais…. Je peux pas les déranger à chaque fois que je panique. Même eux finiraient par me détester. Et ce serait hyper égoïste de ma part de toujours me reposer sur eux alors qu’eux aussi doivent gérer la même pression, la même angoisse… Voir peut-être même pire ! Qu’est-ce que je connais de leur vie ? … Je…. Je peux me débrouiller seul… Je me suis toujours débrouillé seul…

Un silence pesant s’installa entre les deux jeunes hommes. Hiroshi était toujours en train de manger la pomme qu’il venait de récupérer, tout en pleurant, et Lucien, lui, ne savait pas comment réconforter Hiroshi. Ce n’était pas vraiment son fort. Et encore, si Hiroshi avait été une femme, il l’aurait sûrement enlacé pour le réconforter, mais cela n’étant pas le cas et enlacer les hommes étant un peu trop pour Lucien, ce dernier ne fit rien.

La conversation finit toutefois par reprendre lorsque Hiroshi termina sa dernière pomme.

— Dis, Lucien,-
— Lucien.
— ...

La blague de Lucien fit légèrement sourire Hiroshi.

« Dis, tu voudrais pas que je design les meubles de ta chambre ? Je devrais pouvoir les adapter au style que tu veux. S’il te plaît. Je t’en supplie… »

Lucien n’était pas sûr d’avoir réellement entendu la dernière phrase d’Hiroshi, et il s’était apprêté à refuser, mais sa voix brisée lorsqu’il lui dit ‘S’il te plaît’ parvint à le convaincre. Pourquoi pas, après tout ? De toute manière, Lucien n’était pas vraiment pressé de partir, et il devait bien admettre que la décoration de sa chambre n’était pas exactement à son goût.

Entendant la réponse positive de Lucien, Hiroshi releva la tête, des étoiles brillant au fond de ses yeux embués par les larmes.

— C’est vrai ? Pour de vrai, vraiment vrai de chez vrai ?
— Euh… Ouais ? De toute façon, j’ai rien de mieux à faire, et t’as l’air d’en avoir besoin.

Pour la première fois depuis qu’il était arrivé, Lucien put voir un sourire éclore sur les lèvres d’Hiroshi. Et, à cet instant, il ne put s’empêcher de lui trouver un petit côté mignon.

« Tu viens dans ma chambre ? Ça sera peut-être plus simple pour toi de visualiser ce que tu voudras faire avec ce que je te dirais ? »

Hiroshi hocha vivement la tête et suivit Lucien jusque dans sa chambre, des idées plein la tête.

Cependant, une fois devant la porte de Lucien, Hiroshi s’arrêta.

— Mec ? demanda-t-il, confus de ce soudain arrêt.
— ... Je viens de capter qu’on a rien pour faire de la déco…
— Ah. Ouais. C’est pas faux… Bah, on a qu’à appeler Monorisu ?
— Tu penses qu’il va venir ?
— On saura pas avant d’avoir essayé, dit Lucien en haussant les épaules.

Sur ces belles paroles, Lucien prit une grande inspiration avant de hurler le nom de Monorisu. La créature mécanique ne tarda pas à arriver.

— Qu’est-ce que vous me voulez tous les deux ? On vous a jamais appris qu’un meurtre ça se fait dans le silence ?
— Quoi ? Non, mais, attends, dit-il en secouant la tête pour se remettre les idées en place, on est pas là pour ça. On voulait juste te demander s’il serait possible d’avoir du matos pour faire des designs, parce qu’Hiroshi-
— Non, mais vous vous êtes crûs à la crèche ou quoi ? Est-ce que j’ai l’air d’être votre nounou ? Si c’est tout ce que vous avez à me demander, moi, j’me casse !

Monorisu disparut avant que l’un des deux jeunes hommes n’ait le temps de réagir.

« Bon bah, je suppose que ça tombe à l’eau, h-... Ouais, ça va vraiment pas, toi. »

Voyant la mine désemparée d’Hiroshi, Lucien décida de continuer à chercher un moyen de divertir le jeune homme. Et lui-même, par la même occasion.

« Tu sais… C’est pas parce qu’on a pas de matos pour faire des designs qu’on peut pas aller dans ma chambre. Allez, viens, je t’invite ! »

La proposition de Lucien rendit Hiroshi nerveux.

Dans ta chambre ? Juste toi et moi ? Je…. C’est un piège, pas vrai ? Tu vas me tuer et… Mais tout le monde nous a entendu crier… Enfin, ceux qui sont dedans…. M-mais même ! Tu vas me tuer ou me menacer ou-.... Mais on est amis, pas vrai ? Donc je devrais pas douter de toi… Mais si ça se trouve, tu fais semblant depuis le début pour mieux m’avoir par surprise et-... Mais c’est Junko la comédienne, pas toi…. À moins que t’aies menti sur ton Ultime ? Mais ça voudrait dire qu’elle aussi… Je suis peut-être pas très doué en maths, mais ça me paraît quand même peu probable que deux personnes mentent sur leur Ultime, et que par chance, le mensonge de l’un soit la vérité de l’autre… Mais… Est-ce que je peux te faire confiance, Lucien ? Est-ce que tu serais assez sympa pour vouloir que je vive, et pour vouloir passer autant de temps avec moi ? Je-

Voyant qu’Hiroshi était perdu dans ses pensées, Lucien ouvrit la porte de sa chambre et le poussa gentiment dedans, avant de refermer derrière eux…

Le fait d’avoir été poussé ramena Hiroshi à lui. Il observa la chambre avant de soupirer. La décoration était identique à sa chambre et à celle de Kazo. Pas de quoi s’émerveiller, donc. Au moins, Lucien n’avait pas l’air de vouloir sa mort.

Lucien alla s’asseoir sur son lit et invita Hiroshi à faire de même en tapotant la place à côté de lui. Suivant son conseil, Hiroshi se leva, marcha jusqu’au pied du lit… Et s’installa au sol sous le regard surpris de Lucien.

— Mec ? Tu sais qu’il y a la place pour que tu t’installes à côté de moi ?
— Mhm ! confirma-t-il avec un hochement de tête.
— Et tu t’installes quand même au sol ?
— Ouep !
— ... Au sol ?
— Bah… Oui ?
— ... Tu sais qu’un lit c’est plus confortable que le sol ?
— Oui, oui, je sais !
— ... Et tu préfères quand même le sol ?
— Ouais ! dit-il avec un grand sourire.
— ...
— ...
— ... Hiroshi ?
— Oui, Lucien ?
— T’es bizarre ! Tu préfères un sol archi dur à un lit bien moelleux !
— Bah ouais mais le sol il est confortable !
— Mais c’est pas possible, le sol est DUR !
— Je sais ! Mais c’est quand même plus confortable !
— Je vois pas dans quel monde-
— Bah, j’ai la place de m'installer comme je veux, de changer de position aussi souvent que je veux… En plus, le sol est frais, c’est super agréable ! Puis je sais pas, je m’y sens bien !

Lucien ne répliqua rien à cela. Tant mieux si Hiroshi trouvait le sol confortable, il n’allait pas le forcer à s’installer sur le lit… Mais il ne pouvait simplement pas comprendre comment quelqu’un pouvait préférer s’installer sur un carrelage dur et froid, alors qu'un lit confortable et moelleux se trouvait juste à côté.

« Bon, sinon, pourquoi tu pleurais ? »

Hiroshi porta ses doigts à sa bouche, mais fut vite rappelé à l'ordre par Lucien.

« Te bouffe pas les doigts. »

Hiroshi hésita pendant une fraction de seconde avant de finalement baisser la main… et de lever l'autre immédiatement après.

Lucien lui jeta un regard accusateur et Hiroshi baissa enfin la main. Il était cependant évident qu'il prenait énormément sur lui pour ne pas recommencer.

« Sérieux, pourquoi tu stresses autant ? C'est à cause de la tuerie ? À cause du mobile de l'autre écureuil, là ? »

Hiroshi joua distraitement avec le haut de sa veste, comme si des cheveux si trouvaient et qu'il y passait ses mains machinalement.

« Ça me manque parfois d'avoir les cheveux longs… Mais bon, c'est mieux comme ça… au moins je peux plus les manger et finir malade… » murmura-t-il.

Lucien fronça les sourcils. Hiroshi, avec des cheveux longs ? L'idée était surprenante, pourtant, il pouvait assez facilement se l'imaginer. Hiroshi, avec ses magnifiques longs cils, des cheveux longs… son visage si doux, ses- Lucien fronça les sourcils d’autant plus fort.

Bordel, mais à quoi je pense, moi ?! Non, attends, plus important,

« Tu bouffais tes ripes ?»

Hiroshi hésita avant de répondre à l'affirmatif.

« Oui… … À force de les manger quand j'étais stressé, j'ai fini par être malade et devoir aller à l'hôpital pour une opération. »

« Wow. » fut tout ce que Lucien trouva à dire. Avaler assez de cheveux pour se retrouver avec les entrailles bouchées et nécessiter une opération… Il ne s'y était pas attendu.

— … Pardon, je sais que c'est dégueu et que je devrais pas parler de ça, et-
— Non, c'est bon, je m'en fous. Par contre, t'as vraiment pas de truc anti-stress à part bouffer tout ce qui te tombe sous la main ?
— …
— Même pas des clopes ? De l'alcool ?
— … J'ai pas envie de me ruiner la santé…
— …
— … La musique… d'habitude ça m'aide à me calmer… mais depuis qu'on est ici, plus de musique…
— Donc t'es retourné sur ce qui fonctionnait : manger…

Hiroshi hocha timidement la tête pour confirmer les propos du blond.

Lucien soupira et s'allongea sur son lit après avoir glissé son fusil sur son torse.

Tu parles d'une après-midi fun… Entre les filles qui me foutent des stops, et les autres marioles qui sont trop occupés ou aussi intéressants que des cadavres, et maintenant lui, bon… J'suis servi, moi, ici. Après, je pourrais bien essayer de tuer Suba, mais… … euh, attends, je fais quoi si ma vidéo est la prochaine à sortir ? Je serais dans une de ces merdes…

Le chasseur jeta un coup d'œil à Hiroshi qui avait ramené ses jambes contre son torse et posé sa tête sur ses genoux.

Et lui, ça peut être quoi sa vidéo, son secret ?

Trop curieux pour son propre bien, Lucien se décida à poser la question.

— Hiroshi ?
— … Mh ?
— C'quoi ta vidéo ?
— …
— Ouais, j'aurais dû m'en douter, personne voudrait-
— Je comprends pas pourquoi tout le monde a si peur des secrets… C’est pas comme si ça allait pousser qui que ce soit à tuer, alors… Je peux bien te le dire si tu veux…
— Ah ? Euh, bah-
— Y'a probablement pas grand chose sur ma vidéo… probablement rien. J'ai une vie chiante, nulle, pas intéressante et vide… … Enfin, si, Monorisu aurait peut-être récupéré des vidéos de cette fois-là, va savoir comment…
— Quelle fois ?
— La fois où j'ai dormi dans un cimetière. Enfin… les fois où j'ai dormi dans des cimetières…
— ?!

Lucien s'assied d'un bond et tourna si rapidement sa tête vers Hiroshi qu'il s'en fit mal à la nuque.

— Ouch. … Attends, pardon ?! Tu dors dans des cimetières ?!
— …
— Mais c'est hyper chelou !
— … Je sais…
— Attends, me dis pas que t'es le genre de gars qui-
— Non ! s’exclama Hiroshi, horrifié.

Il reposa sa tête sur ses genoux et murmura quelque chose d'inintelligible.

— De quoi ?
— …
— Roh, aller ! Je vais pas te virer d'ici juste pour ça. Crois bien que je l'aurais déjà fait si je l'avais voulu.
— … C'est juste que… Les cimetières c'est calme, c'est beau, c'est relaxant-
— Relaxant ?!
— …
— Ahem. Ouais, bon, pardon, continue.
— … c'est relaxant, et c'est solitaire… je suis sûr que les fantômes aussi se sentent seuls… je veux juste leur apporter un peu de réconfort… et… à moi, aussi… … tu sais, des fois, je me demande si je suis pas un fantôme moi aussi… dit-il avec un sourire forcé et des larmes roulant en cascades le long de ses joues.
— Hiroshi…
— Pa-pardon, je sais que je devrais pas dire ça, que c'est pas vrai… mais…
— … C'est pour ça que t'es autant à fond sur les fantômes ?
— …

Hiroshi ne répondit rien. Quant à Lucien, pour une raison qu'il ne pouvait s'expliquer et sans qu'il ne puisse les contrôler, ses lèvres se mirent à murmurer des mots.

— T'aimes les cadavres ?
— …
— J'veux pas dire dans ce sens ! Juste… en tant que tel… genre, t'en penses quoi ?

Le designer releva timidement la tête, les joues mouillées par les larmes et les yeux rouges.

— J'aime pas quand c'est nos amis… voir le cadavre d'Herschel, ça m'a fait mal au cœur… pareil pour la mort d'Anatolia… mais… peut-être à cause d'une curiosité morbide… je trouve ça fascinant. M-mais pas dans le sens d'un psychopathe ! Je veux tuer personne ! C'est juste que… y'a quelque chose de fascinant dans la mort… plein de designs à travers le monde, les cultures, les régions et les époques ont essayé de la représenter… pourtant, personne a jamais vraiment réussi à bien la retranscrire… je trouve ça un peu cool… puis, la mort c'est lié aux fantômes et tout ça… … je sais pas… les cadavres c'est un peu cool, mais aussi très triste…
— …

Ce fut au tour de Lucien d'hésiter. Une part de lui voulait, pour une raison inconnue, en dire plus à Hiroshi, mais l'autre part savait que le jeune homme était un moulin à paroles, un idiot, et probablement mauvais pour garder des secrets. Pourtant, la discussion lui donnait l'impression qu'il pouvait faire confiance à celui que Kazo surnomme « fraise tagada ». Décidant alors de n'écouter que son instinct, comme il en a l'habitude, Lucien reprit la conversation.

— Et, les meurtriers ? Genre tu dirais quoi à un meurtrier si tu pouvais lui parler ?
— … Je sais pas trop… dans notre situation, je pourrais comprendre que n'importe qui tue… dans une autre situation…
— Et si j'étais un meurtrier ?

Lucien posa la question en retenant son souffle. Hiroshi, lui, l'observa sans rien dire. Un silence pesant s'installa avant qu’il ne se décide enfin à parler.

— T'as déjà tué quelqu'un ?
— … Peut-être ?
— … Intentionnellement ?
— … Peut-être ? … oui ?
— Par envie ou par nécessité ?
— … Peut-être un peu des deux…
— Ah.

C'est tout ? Un simple « Ah. » ?! Je lui dis que j'ai buté des gens, parfois de sang-froid, et lui il me répond juste « Ah. » ?! Mais qu'est-ce qui va pas chez ce gonze ?

— … Si tu le pouvais, tu me tuerais ?
— Hein ?
— Si tu le pouvais, tu-
— Ouais, non, je t'ai très bien entendu la première fois. Mais c'est quoi cette question ? T'as des envies suicidaires ?
— … Non… enfin je crois. J'ai pas vraiment envie de mourir, ça fait peur. … mais…
— … Maiiiiis…?
— Mais parfois quand je suis trop anxieux, quand les crises d'angoisse sont trop fortes, je me dis qu'au moins tout serait plus simple si je pouvais mourir…
— Oulah, euh, c'est si violent que ça une crise d'angoisse ?

Hiroshi éclata en sanglots, tentant de les étouffer contre ses genoux. Il répondit, sa voix cachée de par sa position.

— Mhm… c-c'est… c'est horrible… c'est comme être conscient et inconscient à la fois, comme si tu te voyais depuis un autre point de vue… comme si t'étais un fantôme qui regarde son corps sur auto-pilote…
— Ah, euh-
— C’est horrible sur le coup… et quand tu sais que ça va arriver et que tu peux pas éviter la situation… après, ça passe… mais c’est surtout… c’est… … toute cette situation…
— Le fait de rien pouvoir créer et surtout de pas pouvoir respecter tes deadlines ?

Le designer se mit à trembler à force de pleurer et de retenir ses sanglots. Voyant l’état de son… ami ? Lucien n’était pas vraiment certain de ce qu’il pensait d’Hiroshi. Mais une chose était sûre, il n’aimait pas le voir dans cet état. Prenant alors une profonde inspiration et expirant lentement, Lucien glissa à nouveau son fusil dans son dos avant de se lever et de s’approcher du jeune homme assis sur le sol froid. Il se mit alors à genoux près de lui et l'enlaça doucement.

— Ça va aller, mec. On est filmés h 24 par des caméras. C’est forcément retransmis quelque part, donc tes clients savent sûrement que t’es ici et que tu peux pas bosser. Puis, même s’ils ont pas accès à la retransmission, on est des Ultimes, notre disparition a dû faire la une des journaux ou comme ça. Donc t’inquiètes la fougère, tes clients savent que tu peux pas bosser et que tu peux pas respecter tes deadlines.
— Oui, mais-
— Pas de « Oui, mais », s’ils le savent, ils auront peur pour toi et seront désolés pour toi. Et si c’est le cas, c’est pas ça qui les empêchera de te recontacter pour travailler pour eux dans le futur. De t’façon, t’es littéralement l’Ultime Designer, ils trouveront pas plus doué ailleurs.
— Je-
— Et s’ils osent dire que c’est pas une raison suffisante, tu m’appelles et je leur fou du plomb dans la gueule. S’ils sont pas capables de comprendre que quelqu’un peut pas bosser dans notre situation, c’est qu’ce sont juste des mecs qui pensent qu’à eux, et ils méritent pas d’avoir quelqu’un comme toi qui boss pour eux. Ils seraient capables de t’en vouloir si tu tombais dans un coma et que tu pouvais pas travailler. Tu serais qu’un numéro pour eux, même pas une vraie personne, juste une machine à faire ce qu’ils ont demandé. Et des mecs comme ça méritent rien.
— …
— Alors souffle, dis-toi que tes clients comprennent la situation et qu’ils t’en voudront pas, et que si jamais ils t’en veulent, c’est juste des fils de putes et tu devrais te débarrasser d’eux. Zou, ouste, raous ! Bon débarras ! Hasta la vista.

Une fois de plus, Hiroshi releva timidement la tête vers Lucien. Il changea de position pour se blottir contre lui. Le blond, gêné, avait éloigné ses bras pour laisser le designer faire. Mais maintenant, il n’était plus sûr de savoir quoi faire de ces derniers.

— Oulah, euh…
— Merci Lucien.

Hiroshi avait relevé la tête vers Lucien, un petit sourire sincère aux lèvres, avant de frotter sa tête contre son torse et de l’enlacer à son tour. Cela fit rougir le chasseur.

On dirait un chat comme ça… Il est plutôt mignon… Je suis team chien, mais je pense que je vais faire une exception pour cette fois.

Il enlaça à nouveau Hiroshi, plus timidement cette fois.

Après quelques minutes et quelques paroles échangées, Hiroshi quitta la chambre de Lucien, tout sourire.

Cependant, plus tard dans la journée et plus précisément dans la soirée, Monorisu montra une seconde vidéo mobile aux élèves toujours en lice. Après que personne n’ait réussi à deviner à qui elle appartenait, il en montra une seconde. Celle de Lucien, cette fois.

Après la diffusion de la deuxième vidéo, l’atmosphère se fit encore plus pesante. Lucien se vit confisquer son fusil et tout le monde partit au lit, non sans crainte de ce que pouvait faire l’Ultime Chasseur de Prime.

Néanmoins, lors du déjeuner du lendemain matin, Hiroshi proposa de passer la journée avec Lucien. Une fois tout le monde partit, il alla immédiatement lui parler.

— Encore merci pour hier !
— De rien… ? Mec, tu te souviens de ce qu’il s’est passé hier soir ?
— Bien sûr ! T’es l’Ultime Chasseur de Prime ou un truc du genre, non ?
— Ouais, justement, et-
— C’est trop cool !
— Attends, quoi ?
— Bah ouais ! T’étais trop stylé sur les images d’hier soir, hehe.

Lucien pinça l’arête de son nez, quelque peu agacé devant tant de nonchalance.

— J’ai buté des gens et ça te fait ni chaud ni froid ?
— Bah, c’est sûr, c’est pas cool, mais je les connaissais pas, moi… Puis c’est pas comme si on en avait pas discuté hier !
— … Alors, je veux bien que t’aies pas eu peur hier entre ton état et juste l’info que j’ai déjà fumé des gens… Mais là, tu sais que je suis un CHASSEUR DE PRIME, et tu t’en fous ?
— Bah, logique ?
— ?!
— Bah, je suis pas ta cible, c’est Suba, non ? Et puis même, qui voudrait me tuer ?
— T’es beaucoup trop naïf, Hiroshi…

Content de voir que tu vas mieux, au moins…

— MAIEUH ! Je suis pas si naïf que ça…
— …
— Allez-euhhhh, Lucieeeeen !

Hiroshi ouvrit grand les yeux et fit la moue. Une tête de chien battu, en sommes. Cela suffit cependant à amadouer Lucien qui soupira mi agacé, mi amusé.

— Mouais. Bon. T’es pas siiiii naïf que ça…
— OUAI-
— Y’a Lamy avant toi.
— Bah super.

Hiroshi fit une moue boudeuse, faussement blessé. Cela ne dura qu’un instant, mais parvint tout de même à faire sourire le blond.

— Allez, viens, Lulu !
— Lulu ???
— Bah oui ! Aller, viens, viens, j’ai eu tout plein d’idées hier soir, j’ai presque pas réussi à dormir hehe.

Les deux jeunes hommes passèrent la journée ensemble à discuter, ne retournant dans le réfectoire que pour manger vers 12 h 30, avant de sortir et d’aller dans le bois, avant le pont. Le duo s’était installé dans l’herbe et s’était mis à discuter. Durant les trente dernières minutes, Hiroshi avait entrepris la création d’une couronne de fleurs avec des pâquerettes et autres fleurs sauvages poussant dans les environs.

— Mais du coup, le client à trop aimé l’idée, et depuis j’ai souvent des appels de sa part pour me demander des designs !
— J’ai vraiment du mal à imaginer qu’un vieux trampoline puisse faire un lit confortable…
— Ah, si, si, je t’assure ! Si tu veux, je peux te réexpliquer pourquoi-
— NON, ça ira, merci.
— … Maieuh, rabat-joie… Bon, sinon, regarde ça, tadaaaaa !

Hiroshi montra fièrement sa couronne de fleurs à Lucien. L’accessoire n’était pas des plus beaux ni des plus bien faits, mais au moins le designer y avait mis tout son cœur. Il se rapprocha de Lucien, lui retira sa casquette, et y déposa la couronne de fleurs à la place. Il l’arrangea un peu avant de faire quelques pas en arrière, à genoux, pour admirer son œuvre.

« Bon, c’est pas parfait, mais ça te va bien, dit-il avec un grand sourire. »

Lucien tenta immédiatement de l’enlever, pestant contre le fait que la couronne lui donnait un air ridicule. Mais le designer lui supplia de la garder.

« S’il te plaît… elle te va vraiment bien en plus… promis ! Et puis c’est la première fois que j’en fais une, je sais qu’elle est pas super, mais j’ai fait tout ce que j’ai pu…! »

AHHHHH, putain, mais il est adorable, le con ! Je dois faire quoi moi, dans cette situation ? J’ai pas envie de garder ça sur la tête, mais en même temps… putain, mais il est vraiment trop-... AAAAAAAAAHHHHHHH, MAIS TA GUEULE, LALA, JE T’ENTENDS PAS !! … Ça sert à rien, regarde sa bouille, t’as juste envie de le prendre dans tes bras et de le faire ronronner- PUTAIN ! Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Faut vraiment que j’aille consulter l’autre, là. Parce qu’y a vraiment un truc qui va pas chez moi.

— Aller, garde la et je te fais un nouveau design trop cool pour ton fusil dès qu’on sort d’ici ! proposa Hiroshi avec un clin d'œil malicieux.
— Mouais, bon. Pourquoi pas. Mais avant ça faudrait déjà que je récupère mon fusil.
— Mhhhh si tu veux, on peut aller le ch-

PAN

— Euh… C’était quoi ça ?
— … MON FUSIL !
— Ah… c’est pas bon signe ça… T’es sûr que c’était le tien ?
— Je reconnaîtrais mon fusil entre mille, c’était le mien pour sûr.
— Ah…

PAN

Lucien jeta sa couronne de fleurs, reprit sa casquette et se releva en vitesse avant de partir en courant. Hiroshi resta derrière pendant quelques secondes.

Il se trouvait idiot avec… Si quelqu’un la trouve, ils vont penser que c’est lié à un meurtre, et on va devoir expliquer pourquoi y a cette couronne. Mais il aimerait probablement pas qu’on sache qu’il l’avait sur la tête… Et il aimerait pas non plus qu’on pense que c’est lui qui l’a faite pour moi… Je vais la cacher.

Après avoir rapidement caché la couronne de fleurs derrière un buisson, Hiroshi s’élança à la poursuite de Lucien.

Une fois le temps dédié à l’investigation passé et l’annonce de Monorisu faite, tout le monde se dirigea vers l’ascenseur. Passant de nouveau devant l’endroit où Hiroshi et lui avaient passé la majorité de leur après-midi, il ne put s’empêcher de repenser à la couronne. Il tenta de gagner un peu de temps en s’étirant, pour laisser les autres passer devant lui. Hiroshi avait tenté de l’attendre, mais Lucien lui avait dit de partir sans lui. Hésitant, le designer avait fini par accepter.

« Bon, maintenant, où est-ce qu’il a bien pu la foutre ? Derrière un buisson peut-être ? »

Fouillant derrière quelques buissons, le chasseur retrouva enfin la couronne de fleurs, dans un piteux état. Son allure de base n’était déjà pas des plus élégantes, son créateur ayant eu des difficultés pour la fabriquer, pour autant, Lucien s’en voulait de l’avoir autant détériorée. Il arracha délicatement la plus jolie des fleurs restantes, se releva et courut vers Hiroshi.

— Hey, Hiroshi, t’as deux secondes ?
— Hm ?

Lucien leva la main avec un sourire, attendant que le designer fasse de même. Lorsqu’Hiroshi répliqua son mouvement, Lucien lui tapa dans la main avec la main qui tenait la fleur, puis referma délicatement le poing d’Hiroshi. Il lui chuchota alors « Elle était sympa ta couronne de fleurs. Et, merci de l’avoir cachée. » avant de rapidement rejoindre les autres.

Hiroshi regarda le blond partir, confus, avant de reporter son regard sur son poing. Il l’ouvrit et, voyant la fleur, un sourire illumina son visage.

« Merci, Lucien. »

Notes:

Merci d'avoir luuuuuuuuu
J'espère que vous avez bien aimé... Au cas où ça se serait pas vu, j'adore Hiroshi.
(Cette fanfic mijotte depuis la sortie du chap 2, mon inspiration arrêtait pas de partir en vacances, c'était un CALVAIRE
Mais all good maintenant :thumbsup: