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PREMIÈRE PARTIE :
Première nuit (S3E5) :
La première fois où Lirith prête sont lit à Elliott, elle ne pense pas aux conséquences.
La compagnie revient d’un combat difficile contre une hydre. Une bête énorme et monstrueuse qui a failli les décimer. Mais, plus qu’un combat difficile, c’est son apparence qui garde Elliott dans un état second depuis de longues heures. Il n'est jamais facile de combattre sa famille, encore moins quand celle-ci semble avoir été maudite et transformée en hydre….
Depuis leur sortie, Lirith reste près de lui. Elle ne sait pas quoi faire pour l’aider. Peut-il même être aidé après cette épreuve qui ressemble fort à un cauchemar éveillé ? Alors elle reste silencieuse, comme le reste de leurs compagnons, pendant qu’ils arpentent les rues d’Eauprofonde jusqu’au manoir.
Arrivé sur place, le silence se fait plus pesant : le bois craque, le vent se faufile dans les fissures des murs, la poussière recouvre tout d’une fine pellicule. La bâtisse est une ruine inhospitalière qui les accueille faute de mieux. Les armes et les sacs sont posés dans la poussière avec un soupir, et elle voit Jarek s’éloigner vers le bar, probablement pour une bouteille d’alcool. Elle prendrait bien un verre aussi. À côté d’elle, Pok s’approche d’Elliott puis lui tire la manche plusieurs fois :
- Ça va ? lui demande-t-il de sa voix nasillarde. Vous voulez faire quoi ?
- Moi ? répond Elliott en clignant des yeux. J’aimerais bien me reposer.
- Mais ça va aller quand même ? Insiste Pok sans lui lâcher la manche.
Sachant à quel point Pok peut devenir insistant sans penser à mal, Lirith s’avance et s’accroupit à côté de lui. Elle détache doucement la main de Pok de la manche d’Elliott, tout en lui expliquant :
- Pok, il a besoin d‘être seul…
Le kobold ne se semble pas convaincu, car il insiste encore, d’une voix inquiète :
- Vous voulez que je dorme avec vous ?
- Ça ira… je pense, hésite Elliott.
Lirith a le cœur brisé de le voir si apathique. Elliott est une force de la nature, calme, mais présent dans chacune de leur discussion. Elle ne l’a jamais vu aussi éteint. Elle n’est pas la seule à se faire du soucis, toute la compagnie l’observe alors qu’il fait quelque pas vers le vieux matelas au sol, au milieu de la grande salle. Lirith se rend compte qu’il dort là depuis leur emménagement. La compagnie a acquis ce manoir depuis maintenant quelques jours, mais les nombreuses missions ne leur ont pas permis de discuter de la rénovation. À peine se sont-ils accaparé quelques pièces pour se reposer. Pour la première fois, Lirith se sent égoïste de s’être battu pour l’unique chambre.
- Si vous voulez, intervient Brik tout en réparant son armure, je peux vous prêter un tonneau. J’en ai un libre dans mon atelier.
Lirith soupire face à la proposition du gobelin. Pour lui, cela ressemble au meilleur des lits, pour Elliott, cela serait probablement le pire. L’idée pourrait la faire rire, si le visage d’Elliott n’était pas aussi apathique face à la proposition.
- Ne dites pas de bêtise, Brik. Elliott sera bien mieux dans un fauteuil, avec moi, dans le bureau ! Propose Jarek, un verre d’alcool à la main.
Elliott refuse et elle sent la fatigue qui pèse sur ses épaules s’appuyer de plus en plus sur lui. Son cœur se serre à l’idée qu’il dorme sur un vieux matelas.
- J'ai une grande chambre… vous pouvez l'utiliser, s’entend-elle dire avant même de pouvoir y réfléchir.
Elliott relève enfin la tête et croise ses yeux. Le bleu est entièrement délavé par la fatigue, mais elle pense y déceler une lueur de vie grâce à sa proposition.
- Peut-être que si vous pouvez me prêter votre chambre…. commence-t-il
- Oui, oui allez y ! dit rapidement Lirith.
Elle ne veut pas trop appesantir sur cette idée. Ce n'est pas son genre de sacrifier son confort pour quelqu’un qu’elle connaît à peine. Mais en même temps, c’est la bonne chose à faire, non ? Surtout quand Elliott semble presque lui sourire.
- D’accord. Mais s’il y a une urgence, vous savez où je suis.
Toute la compagnie la rassure tout en le pressant d’aller se coucher.
Avec un temps de retard, Lirith monte les escaliers pour lui présenter la chambre. C’est ce que ferait une bonne hôtesse et peut-être pourrait-elle lui trouver une couverture en plus ? Mais la voilà obligée de s’occuper des bêtises de Pok, qui en tant que kobold peut avoir des mœurs étonnantes et peu adapté à celui des humains….. Elle redescend donc avec lui, laissant Elliott seul dans sa chambre.
Bien plus tard dans la soirée, et après avoir bu quelque verre avec les autres. Lirith monte se coucher. Elle ouvre doucement sa porte et jette un œil à l’intérieur. Elliott n’a pas fermé les volets, laissant la lumière de la lune éclairer la pièce. Elle peut voir son armure posée sur le sol et son épée contre le mur juste à côté du lit, assez proche pour être saisi en cas de problème. Bien entendu, Elliott dort sur le côté du lit le plus proche de la porte. Lirith reconnaît à ces petits détails tout l’entraînement de guerrier dont Elliott leur a parlé. Mais il semble que la fatigue soit plus forte que tout l’entraînement du monde : Elliott dort dos à la porte, en partie étalé sur tout le lit et serrant un oreiller dans ses bras comme un enfant le ferait d’un doudou.
Attendrie, elle entre dans la pièce sans faire de bruit. Elle peut voir qu’il n’a pas osé se mettre dans son lit. Il est couché sur ses draps et a trouvé une autre couverture pour s’enrouler dedans. Lirith pose son armure légère et ses affaires sur la petite table bancale contre l’un des murs et rejoins la salle d'eau pour se débarbouiller. Le son semble perturber Elliott, car lorsqu’elle revient, il est encore plus étalé dans son lit.
Posté devant, les mains sur les hanches, elle essaie de comprendre comment elle va s’en sortir. Elle ne peut pas simplement se coucher dans son lit, il n’y a plus la place. Doit-elle tourner Elliott sur un côté pour se faire un espace ? Oui, mais cela demanderait de se rapprocher de lui, de le prendre dans ses bras pour le faire, ce qu’elle n’est pas sûre de vouloir et surtout pas lorsqu’il est inconscient. Non vraiment elle ne peut pas. Alors à la place, elle le tapote doucement. Une fois. Deux fois. Il ne réagit pas. Elle le tapote plus fort. Une fois. Deux fois. La troisième fois, elle n'est pas loin de lui mettre un vrai coup. Enfin, Elliott grogne dans son sommeil et se retourne. Lirith en profite pour se glisser sous les draps. Installée, elle se tourne vers Elliott, toujours endormis. Ne pouvant s’en empêcher, elle remonte le drap sur son épaule pour ne pas qu’il ait froid, puis ferme les yeux.
Première nuit bis (S3E5) :
Un griffon les a réveillés. Un GRIFFON ! Il a trouvé intéressant de se poser sur leur toit avant d’EXPLOSER ! Rien que ça ! Lirith se demande si la compagnie n’a pas une malédiction. Ce n’est pas possible qu’autant de catastrophes leur tombent dessus ainsi. Il ne peut pas y avoir d’explication rationnelle à ça. Son cerveau fatigué lui envoie des images de soleils avec un visage qui tirerait toutes les ficelles de leurs vies. Elle a vraiment besoin de dormir…
Mais comment dormir alors qu’elle revoit cette maman griffon et qu’elle a encore les yeux rougie par ses pleurs ? Pleurs qui ne veulent pas se tarir dès qu’elle pense à cette pauvre créature. Elle maudit sa sensibilité tout en essuyant ses larmes qui ennuient ses camarades. Alors qu’elle essaie de reprendre contenance, elle entend Pok se dévouer pour s’occuper de l’œuf, ce qui la rassure et l’inquiète à la fois. Le kobold ne semble pas avoir de vraies compétences de dressage, ni la moindre idée dans quoi il s’embarque. Mais il est motivé, et Lirith n’est pas sûr de vouloir assumer l'éducation d’un bébé griffon.
Elle observe Pok installer l’œuf devant la cheminée du rez-de-chaussée et puis se préparer pour le couver. De son côté, Brik décide de créer une poussette pour l’œuf. Jarek interrompt leurs activités pour annoncer à tous qu’il retourne dormir, chacun se souhaite bonne nuit et repart vers son lieu de repos. Elliott se rapproche d’elle, alors qu’elle se dirige vers l’escalier extérieur :
- Lirith… ça ne vous dérange pas si je reprends une partie du lit ? demande-t-il un peu gêné.
- Non, non allez y ! Je ne vais pas vous faire dormir à même le sol !
- Et bah dis donc ! Ils sont inséparables ces deux-là ! S'exclame Jarek en leur lançant des œillades amusées.
- Enfin Jarek ! Intervient Elliott. Vous avez quel âge ?
Mais l’exclamation de Jarek n’est pas passée inaperçu et toute la compagnie se tourne vers eux, suspicieuse. Son petit sourire prouve à Lirith qu’il sait très bien ce qu’il fait, alors que Brik et Pok ouvrent la bouche presque en même temps :
- Vous dormez ensemble ? demande Brik
- Oui, c’est vrai ça, pourquoi vous dormez ensemble ? insiste Pok.
- Et vous ne dormez pas ensemble, vous ? demande Lirith espérant changer de sujet.
- Bah non, je dormais avec Perceval, répond Pok comme si c’était normal.
La réponse n’était pas du tout à quoi s’attendait la tiffeline qui questionne Perceval du regard. Le pauvre baragouine des choses pour se justifier alors que toutes les voix raisonnent en même temps. Lirith se rend rapidement compte que presque tout le monde dort à deux : Pok avec Perceval, Elliott avec elle, et si Jarek dort seul, l’insistance de brik devrait bientôt le faire changer d’avis.
Elliott profite de la confusion pour rejoindre l’étage, non sans prévenir Lirith d’abord qui le suit rapidement. Alors qu'ils sortent de la pièce, ils entendent Jarek - enfin- accepté que Brik dorme dans le bureau avec lui. Les deux échangent un petit regard amusé.
Lorsqu’ils arrivent devant la pièce, la gêne s’installe. C'est quelque chose d’accepter de partager sa chambre avec quelqu’un qui en a besoin et de le rejoindre lorsqu’il est déjà endormi. S'en est une autre de se mettre au lit ensemble.
Elliott ouvre la porte et entre dans la chambre toujours calme, malgré la situation bizarre. Lirith aimerait être comme lui, mais l'appréhension la fait fermer la porte un peu plus fort que prévu.
- Est-ce que ça va si je prends le côté près de la porte ? demande Elliott en s’asseyant sur ce côté du lit et posant l’épée là où elle trônait quelques heures plus tôt.
- Oui, oui bien sûr.
Lirith reste planté devant la porte, les mains tordues cherchant ce qu'elle doit faire. Se recoucher directement ? Tresser ses cheveux qui ressemblent probablement à rien ? Peut-être proposer une autre couverture ? Elliott semble le remarquer et se relève du lit.
- Si vous voulez changer d’avis, ce n'est pas grave. Je comprendrais totalement.
- Non ! répond-t-elle un peu fort. Non. Restez….
Il s'assoit de nouveau, ses yeux bleus sur elle attendant des excitations. Elle prend une grande inspiration et fait le tour du lit pour s’asseoir de son côté, ramenant ses jambes contre sa poitrine. Elle ne le regarde pas alors qu’elle explique :
- Je n’ai juste… plus l'habitude de partager ma chambre avec quelqu’un. Ça fait longtemps que je vadrouille seule. C'est pour ça que j’ai insisté pour avoir celle-ci.
- Je croyais que les druides dormaient souvent ensemble ? demande Elliott toujours au bord du matelas.
- Dans la même pièce, oui, mais rarement dans le même lit. Ou seulement entre amis proches et famille. Et déjà toute petite, je préférais avoir mon propre lit.
Le silence est pesant, Lirith se sent nul. À la fois en tant que tieffeline et en tant qu’ami. Il va croire qu’elle le repousse. Elle finit par tourner la tête vers lui et croiser ses jolis yeux bleus.
- Voulez-vous que je parte ? demande-t-il une nouvelle fois.
Elle hésite. Veut-elle qu’il parte ? Pas vraiment. Cela la stresse qu’il soit ici, parce qu’elle n’a plus l’habitude. Mais c'est Elliott et ce n’est pas à cause de lui qu’elle est stressé. Elle a confiance en lui et surtout, il a besoin de pouvoir dormir correctement, de faire une vraie nuit. Elle voit déjà sur son visage les bienfaits de ces quelques heures de sommeil. Il est plus détendu, il semble reprendre vie. Alors elle répond :
- Non, restez.
Il lui sourit et elle ne se rappelle pas la dernière fois où il leur a souri comme ça.
Ils s'installent dans le lit. Elle sous les draps et déjà moins gênée, lui dessus avec une couverture en plus sur ses larges épaules. Ils se tournent et retournent un peu pour trouver comment se mettre sans bousculer l’autre. Enfin, plutôt Elliott tourne en essayant de ne pas mettre un coup à Lirith. Ils entendent un peu de bruit dans les pièces à côté et cela ressemble fortement aux voix de Jarek et Brik se chamaillant. Lirith ferme les yeux, tente de dormir alors qu’elle est très consciente qu’une personne partage son lit. Il bouge encore une fois et elle entrouvre les yeux et croise son regard. Il ne sourit plus, mais ces traits son détendu.
- Bonne nuit Lirith, chuchote-t-il avant de fermer les yeux.
- Bonne nuit Elliott.
Lirith ferme les yeux et s'endort rapidement.
Deuxième nuit ( S3E6 ) :
Lirith se sent abattue.
Elle s’assoit dans le canapé devant la cheminée, les jambes relevé, les bras autour du corps, elle se fait petite dans l’immense pièce. Sa chambre et son lit sont dans un état pitoyable, les rats et les écureuils ont repris leurs guerres, Luc est lui aussi dans un état pitoyable, un griffon est mort explosé sur leur toit, les membres du guet cherche l'œuf que Pok a décidé d’adopter et une personne est morte après ses soins.
Elle sent poindre un mal de crâne accompagné de larme et se penche en avant, les mains sur les yeux pour tenter de refouler tout cela. À peine a-t-elle fermé les paupières que des images s’imposent à son esprit. Des cadavres démembré, des mare de sang, un cœur qui disparaît alors qu’elle essaye de soigner, des efforts inutiles….
Lirith ouvre les yeux d’un coup et s’enfonce plus loin dans le canapé le cœur battant la chamade. Elle est druide, elle a déjà soigné des blessures horribles, elle a déjà vu des scènes de combats. Elle ne devrait plus être aussi sensible. Mais dans son esprit, c’est comme si tout devenait trop.
Elle sent poindre l’angoisse, sent le poids des responsabilités, de tout ce qui leur tombe dessus. Comment, quelques missions anecdotiques, l’ont amené à ça ? Une ancienne malédiction sur les Velhenard, un manoir à charge, un enfant à charge ! Voir même plusieurs, au vu des comportements de Perceval, Pok et Brik certaines fois.
Lirith ne veut pas de ces responsabilités, elle en a déjà trop. Elle sait ce qu’il peut advenir lorsqu’on prend des décisions. Elle connaît les conséquences. Elle sait comment ça impacte sa vie et celles des autres. Elle a perdu sa famille à cause de certaines décisions. Et elle n’a pas envie que cela recommence.
Lirith hésite à sortir, regarder le ciel nocturne et sentir le vent sur sa peau. Peut-être pourrait-elle voir le soleil se lever sur Eauprofonde, aller faire un tour du côté des docks, observer la mer et respirer les embruns. Cela ferait du bien de ressentir autre chose que cette poussière, cette crasse et l’odeur écœurante du sang qui semble se glisser partout.
Elle cherche l’énergie pour se lever, quand une tasse apparaît devant ses yeux, remplis d’un liquide qui fume doucement. Elle l’attrape par réflexe, puis lève les yeux pour savoir qui le lui apporte.
C’est Elliott.
Lirith sourit à l’attention. Son cerveau se recentre sur le moment présent et elle soupire de soulagement, alors que la chaleur de la tasse se répand dans ses longues mains griffues. Elle observe Elliot qui reste là, une autre tasse à la main, un peu gauche.
- C'est Lif qui les a faites, finit-il par expliquer. Je ne suis pas très doué pour les tisanes….
Elle boit une gorgée sous son regard : de la verveine, de la camomille peut être un peu de menthe et quelques fleurs de mauve. C'est bon, doux et ça la réchauffe de l’intérieur.
- Merci Elliott.
Elle entend Lif faire un bruit de désaccord au loin et se promet d’aller le remercier pour la tisane et tout le travail invisible qu’il fait. Peut-être aussi pour son lit, s'il a fini par changer les draps. Mais pas maintenant. Car maintenant Elliott s’assoit à côté d’elle, un peu plus prêt que d'habitude, une tasse fumant à la main et elle n’a pu l'envie de se lever. C’est comme si le manoir ressemblait un peu plus à un endroit où se reposer, un îlot de chaleur doux, peut-être quelque chose qui pourrait devenir une maison, un jour.
- Vous devriez essayer de dormir, dit-elle. La journée a été longue.
- Vous aussi vous devriez, répond Elliott en la regardant.
Elle hausse les épaules, les yeux concentrés sur sa tasse :
- Ma chambre n’est pas en état…
Elle n’a surtout pas envie de fermer les yeux, seule dans un lit froid avec les souvenirs de la journée en boucle dans sa tête. Mais elle ne l’exprime pas. Et quand elle relève la tête, elle sursaute légèrement. Lif est là, devant les deux être vivant, les mains sur les hanches et une expression peu commode sur son visage semi-transparent :
- Si je puis me permettre, commence-t-il, votre chambre a été nettoyée Dame Lirith.
- Oh ! Merci Lif, répond-elle aussitôt un peu gêné.
Lif repart et elle sent plus qu’elle ne voit Elliott ricaner à côté d’elle.
- Il n’aime pas trop qu’on critique son travail, lui dit-il alors qu’elle le foudroie d’un regard noir.
- Et bien, il apprendra, râle-t-elle. Je rappelle que cette auberge est dans un état horrible.
Puis elle ajoute, voyant sa silhouette fantomatique au loin :
- Mais il est vrai qu’il fait des efforts pour la remettre en état. Et nous n’avons pas beaucoup aidé.
- Il faudrait faire quelque chose, approuve Elliott. Après cette histoire de pierre, de Bâton noire et de mission…. nous pourrions remettre en état le bâtiment.
Lirith est persuadé de voir Lif sourire et briller peut être au peu plus fort à l’autre bout de la pièce.
- Ça pourrait plaire à tout le monde, approuve-t-elle
Elle regarde la pièce et pense maintenant aux améliorations qui pourraient être faites : les murs peints, le chandelier changé, quelques planches réparées. Peut-être pourraient-ils créer un coin tranquille près de la cheminé, avec quelques livres. Peut-être pourraient-ils rouvrir le bar ? Mais qui s’en occupera ? Et puis elle imagine les discussions entre les membres de la compagnie, les dispute pour décider quoi faire.
- Quel bazar cela va être ! s'exclame-t-elle.
Elliott approuve.
- Cela le sera sûrement. Mais je crois que ça pourrait être bien. Peut-être pouvons-nous commencer à chercher des artisans ?
Lirith n’en est pas sûr. Ils argumentent un temps sur la meilleure manière de procéder et finissent par se mettre d’accord : ce n'est pas encore le moment. Ils en parleront plus tard aux autres, lorsque Perceval et Pok ne seront plus aussi perturbé, l’un par des oiseaux rose, l’autre par un dragon.
Ils restent un temps silencieux, écoutant les bruits du matin et la ville réveillée derrière les murs de la bâtisse, alors que le feu se meurt doucement. Elliott se lève pour remettre des bûches dans les flammes et en profite pour poser leurs deux tasses sur le comptoir. Lorsqu’il revient, Lirith lui prête un bout de la couverture qu’elle a étalée sur ses jambes un peu plus tôt. Puis, sans raison apparente elle glousse et demande :
- Que pensez-vous qu’ils pourraient demander ?
- Qui ? Oh les autres... comprend Elliott en croisant son regard pétillant.
Elle voit Elliott s’asseoir dans le fond du canapé pour réfléchir intensément. Il semble trouver, car un petit sourire étire ses lèvres. Lirith se dit qu’il devrait sourire plus souvent. Elle efface l’idée de sa tête lorsqu’il se tourne vers elle :
- Une immense bibliothèque pour Pok ! Avec un lit rien que pour lui au centre.
- Totalement envisageable ! Entre Pok et Perceval, je pense qu’on ne pourra pas y échapper. Mais pensez à quelque chose de plus saugrenu !
Elliott fronce les sourcils avant de secouer la tête de droite à gauche.
- Non, c’est à vous de proposer.
- D’accord, d’accord…
Elle réfléchit, un doigt sur le menton, oubliant le regard d’Elliott sur elle, et puis elle trouve :
- Un tonneau dans toutes les chambres ! Pour que Brik puisse dormir avec chacun d’entre nous.
Il rit. Un vrai rire que ne méritait pas sa proposition, mais qui réchauffe l’espace.
- Non, non, dit-il après s’être calmé. Brik aime trop dormir avec Jarek. Il ne demandera qu’un tonneau permanent dans le bureau qui lui sert de chambre.
Il a raison. Brik semble incroyablement admiratif de “M. Jarjar”. Et étonnamment Jarek semble lui aussi l’apprécier. Elle espère que la relation n’explosera pas avec la découverte de la vérité.
- Pensez-vous que… hésite-t-elle avant de se raviser.
Elliott la regarde, concentré sur ce qu’elle dit, peut être un peu plus détendu qu’en début de soirée. Alors elle se lance :
- Pensez-vous que ça ira quand Jarek saura, vous savez…
Elle mime les grandes oreilles que Brik cache sous son armure. Les yeux d’Elliott se plissent avant de s’éclairer de compréhension. Il reste un instant silencieux et Lirith doute. Le savait-il ? Vient-elle d'ébruiter un secret qui n’est pas le sien ?
- Je ne sais pas, fini par dire Elliott. Jarek n’est pas très discret sur sa haine des gobelins. Mais il adore aussi Brik…. je ne sais vraiment pas…
- Brik va avoir le cœur brisé si Jarek le repousse...
- Je ne suis pas sûr qu’il le repousse… Jarek joue les dur, mais il s’inquiète pour ceux qu’il aime. Et je suis certain qu’il aime Brik, à sa manière.
- J’espère que vous avez raison.
Elliot semble vouloir ajouter quelque chose, mais Lirith se lève d’un bond.
Jarek est là.
Devant le feu à quelques centimètres d’eux.
Elle balbutie quelque chose, mais il ne semble pas l’entendre. Il ne semble même pas conscient de son environnement. Il faut qu’Elliott le secoue pour qu’ils reprennent pied dans la réalité. Heureusement, sa crise de somnambulisme ne lui a pas permis d’entendre la conversation.
Troisième nuit (S3E6 partie 2) :
Ils étaient vivants.
C’est la seule pensée dans l’esprit de Lirith alors qu’elle se prépare à dormir. Ils auraient tous pu y passer, mais ils étaient vivants. Elliott avait survécu malgré ces innombrables blessures et elle aurait pu embrasser Jarek d’avoir réussi à le traîner à l’abri, lors de l’effondrement. Perceval était revenu à la vie, et même s'il était maintenant accompagné de deux oiseaux de mauvais augure, il était là, avec eux. Brik avait chevauché un dragon et s'en était sorti idem, ce qui relevait du miracle. Et Pok avait réussi à éviter toutes les attaques. Ils s’en étaient sortis, face à un flagelleur mentale et un dragon. Cela relevait définitivement du miracle.
Lirith ne rêvait maintenant que de repos : d’un jour entier sans missions ou catastrophe.
Peut-être même une semaine entière.
Elle était prête à accepter des missions de sauvetage de chat et de recherche en bibliothèque. Elle pourrait même se reconvertir en botaniste, si elle n’avait pas conscience du nombre de plantes mortelles.
Un gémissement de douleur l’arrache à ses pensées et elle se retourne pour observer Elliott. Il lui tourne le dos et semble se débattre pour enfiler une chemise propre pour dormir. Malgré les sorts de soin et les potions, son dos est couvert ecchymoses qui ne se résorberont qu’avec du temps et du repos.
- Vous voulez de l’aide ? demande Lirith en s’approchant.
Elliott se fige, comme s'il avait oublié qu’elle était là.
- Je vais me débrouiller, répond-il en continuant d’enfiler la chemise.
Lirith est persuadé qu’il se retient de gémir à chaque mouvement qu’il fait. Elle-même a de grosses contusions sur tout le corps, mais une crème de sa composition l'aide à moins souffrir. Elle sort du lit pour chercher le pot.
- Tenez Elliott, c’est à mettre sur le bleu. Ça aide à atténuer la douleur.
Il lui prend le pot puis enlève la chemise qu’il venait d’enfiler. Lirith reste interdite devant le geste. Elle n’est pas ignorante de la nudité, les druides étant à l’aise avec le concept, mais elle ne s’attendait pas qu’Elliott se sente en confiance ainsi. Peut-être parce qu’ils n’en ont jamais parlé, chacun veillant toujours à se retourner pour laisser de l’intimité à l’autre. Mais là, alors qu’elle voit son dos nu et qu’il s’étale la pommade sur ces nombreuses contusions, elle n’arrive pas à détourner les yeux. Elle se sermonne mentalement, bien entendu qu’il est musclé et agréable à regarder ! C’est un guerrier !
- Lirith, est-ce que cela vous gênerez de m’aider pour le dos ?
Elliott s’est retourné pour la regarder et elle sent le rouge lui monter aux joues. Mais à quoi elle pensait ?
- Non, aucun problème ! s’empresse-t-elle de dire.
Elle s’approche de lui, s’agenouillant sur le lit derrière lui, puis commence à étaler la pommade sur sa peau. Alors qu’elle sent la peau chaude sous ses doigts, Lirith se lance dans une conférence mentale avec elle-même : non, des muscles même agréables au toucher ne devraient pas la perturber, il existe des règles concernant les relations au sein d’une même compagnie. Il faudra qu’elle cherche, mais c’est certain que ça existe et surtout, surtout, tout cela n’est qu’un mirage de son cerveau. Elle est fatiguée et le fait d’avoir presque dû s’embrasser dans une pièce de théâtre n’aide pas. Elle a besoin de dormir, de redevenir responsable et de ne surtout pas penser à la sensation de la peau d’Elliott sous ses doigts.
Lirith se recule d’un coup, comme si elle s’était brûlée.
- Je crois que j’ai fini, dit-elle en se concentrant sur la fermeture du pot.
Il se tourne vers elle, la chemise à la main, les épaules toujours dénudées, le visage plus détendu.
- Merci.
- Vous savez que ce n’est rien.
Lirith s’éloigne pour ranger le pot et finir de se préparer pour la nuit. Lorsqu’ils se glissent chacun sous leurs draps, ces pensées ont retrouvé leurs normalités. Elle souffle la bougie posée sur une petite table puis s’installe confortablement. Elliott est là, face à elle, un bras sous l’oreiller, ses yeux bleu fatigués et soucieux sur elle alors que la pièce n’est éclairée que par les rares lumières de la nuit. Elle évite de réfléchir au fait que cela lui semble de plus en plus normal de partager ce lit avec lui.
- Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas ? ne peut-il s'empêcher de demander.
- Non Elliott, toujours pas.
- D'accord, mais avec le repos que nous prenons, nous devons discuter sérieusement de cette idée de rénovation.
- Nous le ferons, dit-elle, et elle a hâte. Mais demain.
Lirith pense qu’il va se tourner et s’endormir, mais il reste là à la regarder, les sourcils froncés comme si, quelque chose le contrariait. Elle laisse passer un temps, mais voyant qu’il ne se décide ni à dormir, ni à en parler, elle demande :
- Vous voulez en parler maintenant ?
- Hein ? Parler de quoi ? questionne-t-il surpris.
- Des rénovations ? demande Lirith, mais face à son air surpris elle se reprend. Vous aviez l’air pensif, j’ai cru… désolé… je vous laisse dormir.
Elle se tourne, dans l’optique de le laisser tranquille, mais il lui touche doucement le bras et elle revient face à lui.
- Vous avez raison…je… heu , je réfléchissais, explique-t-il hésitant. Je voulais m’excuser.
- Vous excusez ? Si c’est pour le lit, on en a déjà parlé, il n’y a pas de problème !
- Non Lirith, pas pour le lit, pour le baiser. Enfin, le faux baiser, précise-t-il en se tournant vers le plafond comme s'il ne pouvait plus la regarder.
- Oh.
Lirith est surprise et voit à quel point Elliott semble perturbé par le sujet. L’événement était gênant, mais surtout totalement ridicule. Aucun d’eux n’a la moindre compétence en théâtre et toute la compagnie a pu le constater. Mais il fallait le faire pour permettre aux autres de fouiller. Pas que cela a été très utile, si elle en croit les remarques des autres sur leurs performances.
- Elliott, vous n’avez pas besoin de vous excusez. Nous n’avions pas le choix, c’était un bon moyen de faire diversion, le rassure-t-elle.
- Oui, mais… je ne sais pas. J’ai l’impression que ce n’était pas correct pour vous.
- Ca ne l’était pas non plus pour vous. Je vous ai embrassé sans votre consentement, pointe Lirith.
- J’étais d’accord, pour le bisou sur la joue. Un peu moins pour le coup de front en même temps, dit-il en la regardant cette fois.
- Oh, je suis désolé pour ça ! s’exclame Lirith, se rappelant sa maladresse.
Il rit un peu alors qu’elle cache son visage dans l’oreiller. Elle est plus amusée que gêner maintenant que tout ça est du passée. Le silence de la nuit les enveloppe doucement alors que son rire semble continuer à résonner dans sa tête. Ce qui résonne d’autre, c’est la maladresse de la question et la pudeur dont il semble faire preuve. Alors curieuse, elle demande :
- Elliott… pourquoi pensez-vous que ce n’était pas correct ?
Elle le voit prendre une grande inspiration avant de parler, comme si c’était difficile :
- Parce que cela semblait important.
- Quoi donc ?
- Le baisé. Enfin le bisou, mais c’est pareil. Je ne sais pas, j’ai l’impression que cela devrait l’être.
- Ce n’était qu’un bisou sur la joue, fait remarquer Lirith.
- Cela, fait-il une différence ?
- Oui, dit Lirith avant d’hésiter devant son regard. Pour moi, cela fait une différence. Un bisou sur la joue, c’est courant, cela se fait.
- Vous avez souvent embrassé quelqu’un sur la joue ?
- Quelques fois, ma famille des amis. Pas vous ?
Elle le regarde, le voit éviter son regard, froisser les draps sous ses mains. Et d’un coup elle comprend. Elle se relève légèrement sur ses coudes, se penchant un peu au-dessus d’Elliott.
- Vous Elliott Velhenard, vous n’avez jamais embrassé quelqu’un ? Même pas un petit bisou ? s’exclame Lirith même si elle garde sa voix au niveau du chuchotement.
Les yeux d’Elliott s’agrandissent et se rendant compte à quel point elle s’est rapproché de lui, elle recule. Il cligne des yeux avant de répondre en haussant les épaules, comme si ce n’était pas important :
- Non. À quel moment j’aurais pu faire ça ? Et puis quel intérêt ?
- Parce que vous êtes attiré par une personne ? Parce que vous voulez essayer ? Parce que tous les livres qui parlent de romance décrivent comment le premier baiser est incroyable avec la personne que vous aimez ? énumèrent-elle en s’effondrant sur le matelas comme si des souvenirs d’adolescente amoureuse revenaient.
- Pourquoi ai-je l’impression que vous avez lu beaucoup de ces livres ? demande Elliott, taquin avant de continuer plus sérieux. Je ne vois pas où j’aurais eu le temps de penser à ça. Pas avec tous les entraînements puis les missions pour la compagnie. Ce n’est probablement pas pour moi toutes ces histoires.
- Oh ?
Lirith se sent déçu pour lui. Elle qui a grandi en lisant des histoires d’amours et en voyant ses parents et les membres de son cercle se soutenir, n’imagine pas une vie solitaire. En-tout-cas, pas une vie solitaire pour l’éternité.
- Cela ne vous a jamais intrigué ?
- Je ne sais pas, semble réfléchir Elliott. Je voyais bien mes camarades s’intéresser aux filles, faire les beaux. J’en revoit certains qui passaient beaucoup de temps à deux, et ça ne semblait pas qu'amicale. Mais je n’ai jamais voulu essayer ou sortir avec eux. Je préférais les entraînements.
- Cela ne vous intéresse pas en fait.
- Non. Non, pas vraiment.
Ils restent un temps silencieux avant qu’Elliott ne reprenne la parole.
- Je dois vous sembler un peu bizarre.
- Non ! Pas du tout, se dépêche de répondre Lirith voulant le rassurer. Si je suis honnête, je ne le conçois pas vraiment. Mais ce n’est pas parce que moi, je ne vois pas les choses comme ça, ou parce que je ne comprends pas totalement votre point de vue, qu’il n’est pas légitime. Vous avez le droit de ressentir les choses ainsi.
Elliott se tourne un peu plus vers elle, il sourit, et elle apprécie de plus en plus lorsqu’il sourit ainsi.
- Merci, chuchote-t-il.
- De rien, répond-elle tout aussi bas. Mais… au vu de tout ce que vous m’avez dit…. je suis désolé, pour le bisou.
- J’étais d’accord avec ça.
- Je demanderai tout de même la prochaine fois, dit-elle têtu.
- Il y aura une prochaine fois ?
Lirith se sent rougir, mais elle n’a pas le temps de réagir qu’Elliott reprend, bégayant légèrement :
- Excusez-moi. Je ne voulais rien impliquer. Nous devrions dormir.
Il se retourne et elle fait de même. Mais elle ne trouve pas le sommeil et sent Elliott se déplacer régulièrement. Elle finit par chuchoter :
- Elliott ?
- Hum ?
- Bonne nuit.
- Bonne nuit Lirith.
Elle se détend, et ils ne bougent plus jusqu’à que chacun s’endorment.
Première nuit sans Elliott (OneQuest #4) :
La compagnie était bien silencieuse alors que chacun finissait son repas. Voilà deux jours qu’ils avaient vaincus le dragon, et qu’ils avaient presque tous faillit mourir. Tous semblent encore exténués de fatigue. Cela n'empêche pas Pok de poser des tas de questions à Perceval au sujet de ces nouveaux gardes. L'adolescent tente de répondre, mais cela ne semble jamais suffisant pour le kobold. Malgré tout, Lirith ne voit pas de lassitude chez Perceval, comme elle peut elle-même en ressentir face aux questions incessantes de Pok.
De l’autre côté de la table, Brik et Jarek discutent, penché l’un vers l’autre. De ce qu’a pu comprend Lirith, Jarek vient de découvrir que Pok a lui aussi un pistolet. Pour la première fois, Jarek semble vraiment intéressé par quelque chose qu'a construit Brik. De son côté, Brik est extatique, détaillant avec minutie toutes ces réponses. Lirith ne comprend pas la moitié de ce qu'ils racontent, mais pourtant, elle sourit. Cela la rend étonnamment heureuse de voir la compagnie ainsi : réunie dans des choses aussi triviales qu'un repas et heureux.
Elle lève les yeux pour trouver Elliott, la regardant de l'autre côté de la table. Lui aussi sourit. Il fit un petit mouvement de tête vers Pok qui a posé un parchemin entre son bol de soupe et le saladier et est maintenant concentré à écrire. Lirith secoue la tête, amusé et croise à nouveau le regard bleu d'Elliott, pétillant de rire. Il ne se détourne d'elle que quand Noé lui tire la manche pour lui parler du bâton qu'il avait commencé à sculpter en épée sous les instructions de Brik. Lirith les écoute d'une oreille tout en pensant qu'elle devra probablement parler avec Brik de ce qu'il est possible ou pas de faire pour un enfant de sept ans.
Le repas enfin fini, la table débarrassée par Lif et Noé, la compagnie monte les étages pour retrouver chacun son espace de repos. Lirith baille alors qu’elle pousse la porte de sa chambre et c’est dans un état de semi-somnolence qu’elle se prépare à aller se coucher.
Ce n'est qu’assise dans le lit, alors qu’elle tresse ses cheveux pour la nuit, qu’elle se rend compte qu'il manque quelque chose : Elliott n’est pas là.
Pire, il n’y a pas d’épée contre le lit, pas d’armure sur la chaise qu’elle a monté exprès ce matin et sa couverture, habituellement pliée au pied du lit, a disparu. Intriguée, se demandant si Elliott s’est peut-être endormi devant le feu où il s'était posé après le repas, elle sort et descend les escaliers.
Dans la grande salle aux lumières presque toutes éteintes, elle retrouve Elliott. Il s’affaire avec des draps dans les bras, dans un coin de la pièce.
- Elliott ? Que faites-vous ? demande-t-elle en s'approchant.
Il se retourna vers elle et sous la lumière vacillante de la seule bougie encore allumée. Les traces de fatigue sur son visage sont plus prononcées.
- Je fais mon lit, répond-il étonné.
- Oui, ça, je le vois bien, mais pourquoi ?
Elliott la fixe comme si elle était idiote et elle croise les bras en défense, prête à contrer la prochaine bêtise qui sortira de sa bouche.
- Pourquoi me posez-vous cette question Lirith ? botte en touche Elliott, très conscient de la dispute qui s'annonce.
- Parce que vous avez un lit tout fait en haut et bien plus confortable que ce vieux matelas !
Elle pointe le matelas posé sur le sol, probablement trop petit pour Eliott et dont on peut voir la paille ressortir par endroit malgré le drap posé dessus.
- C’est votre lit, contre Elliott calmement.
- Et je vous ai dit que vous pouvez l'utiliser, alors que faites vous ici ?
Lirith essaye de garder sa voix basse malgré sa colère. Elle ne veut pas ameuter toute la compagnie pour une histoire aussi bête. Surtout pas Jarek qui semblait se faire de fausses idées sur sa relation avec Elliott.
- Je ne vais pas dormir dans votre lit tous les soirs, ce n'est pas correct, argumente justement Elliott.
- Et si je vous dis que vous pouvez ?
- Vous m'avez aussi dit que vous appréciez votre intimité. Que vous avez toujours préféré dormir seule. Je ne vais pas vous imposer ma présence.
Il a raison. Bien sûr qu'elle préfère avoir un lit confortable et une chambre pour elle toute seule. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle va le laisser dormir par terre ! De plus, elle n'a jamais aussi bien dormi avec quelqu'un, qu'avec Elliott. Mais ça, elle ne peut décemment pas lui dire.
- Vous n’avez pas de chambre, argument-elle. Je ne vais pas vous laisser dormir par terre ! Soyez raisonnable et venait vous coucher, enfin !
Elliott semble hésiter, mais il finit par attraper un coussin et se diriger vers le matelas.
- Allez vous coucher aussi. Bonne nuit Lirith.
- Rooh que vous êtes tout têtu dans cette compagnie ! s’exclame Lirith à bout de nerfs.
Décidée, elle s'approche d’Elliott pour lui arracher son coussin, dans une tentative quelque peu puérile de lui faire entendre raison. Mais Elliott ne le lâche pas. Définitivement plus fort qu’elle, il bouge à peine lorsqu'elle continue de tirer, sans remarquer son air ébahi.
- Vous essayez de faire quoi là ?
Il y a un petit rire qui se glisse dans son ton et cela l’énerve encore plus. Donc elle tire encore plus. Tellement qu'elle peut voir les avant-bras d’Elliott se contracter pour retenir l’oreiller.
- Vous forcez à aller vous coucher !
- C'est ce que j’essaye de faire.
- Dans un vrai lit ! grogne Lirith, tout en tirant encore plus fort sur le pauvre coussin.
- C’est un vrai lit, rit maintenant franchement Elliott tout en montrant le matelas d’une main et en continuant de retenir l’oreiller de l’autre.
- Non. C'est un tas de paille qui va vous casser le dos, qui ne va pas vous reposer…
- Lirith…
- Vous allez en plus vous lever à chaque bruit suspect, vous n'allez pas fermer l'œil de la nuit, car vous fixez cette porte comme si elle pouvait vous exploser au visage…
- Lirith, essaye-t-il, tout en tirant sur l'oreiller pour la rapprocher.
- Bon d'accord, elle l'a déjà fait ! Mais tout ça vous empêchera de dormir et au prochain combat, vous pourriez être distrait et…
- Lirith, regardez-moi, dit-il d’une voix douce, mais ferme.
Elliott l’a rapproché en tirant doucement sur l’oreiller et sans s’en rendre compte, Lirith est beaucoup trop près de lui. Lorsqu’elle lève enfin les yeux pour le regarder, elle se rend compte qu'elle peut sentir son souffle sur sa peau.
- Qu’est-ce qui vous fait peur ? demande Elliot doucement.
Lirith plie l’oreiller entre ses longs doigts un instant. Assez longtemps pour que les sourcils d'Elliott se froncent et qu'elle s’oblige à trouver la force de dire ce qu’elle ressent :
- J'ai peur que vous mourrez. Vous, Jarek, … tout le monde. Perceval a failli y passer. Vous avez pris tellement de coups….. Nous avons besoin de repos, au cas où cela recommencerait…
- Vous aussi, vous avez besoin de repos. Du vrai repos, sans personne dans votre lit en train de ronfler et de prendre toute la place.
- Jarek ronfle plus fort que vous et il n'ait même pas dans la chambre ! argumente Lirith, têtu.
Elliott rit doucement et le sourire qui lui envoi calme toutes les émotions contradictoires que la vie lui fait ressentir en ce moment.
- Vous devez dormir, correctement . Vous avez pris autant de coups que nous tous et ce n’est que grâce à vous que nous sommes encore complets. Alors prenez cette nuit. Prenez toute la place dans le lit. Prenez le temps de dormir correctement, demande doucement Elliott.
Lirith pince les lèvres. Même si elle est d'accord avec lui, elle n'est pas convaincue par ses arguments.
- Je ne peux décemment pas vous laisser dormir tous les soir sur le sol de ce vieux manoir.
- Et je ne peux pas vous prendre votre lit tous les soirs.
Elle a l'impression d'être coincé. Elle ne veut pas laisser gagner Elliott, pour lui, et si elle est un peu honnête, pour elle aussi. Elle apprécie sa compagnie, elle apprécie en apprendre plus avec leurs discussions nocturne. Et vraiment, elle ne peut pas le laisser mal dormir toutes les nuits. Mais elle ne voit pas de solution à leur problème et...oh..
-Alors une nuit sur deux, annonce-t-elle, fière de son idée.
-Hein ? Comment ça ?
- Une nuit sur deux. Cette nuit, vous dormez sur ce vieux matelas, et la nuit prochaine dans un lit correcte. Cette nuit, vous pouvez surveiller cette vielle porte et vous cassez le dos si ça vous chante, mais la nuit prochaine, vous vous reposez vraiment.
- Lirith, je ne sais pas si…
- Ce n’est pas négociable. Ne me regardez pas comme ça, ça ne l’est pas. Sinon je vous promets que je dis aux écureuils qu’ils peuvent s’en servir de votre vieux matelas !
Elliott semble reconnaître qu’il a perdu la bataille. Il sert un peu plus l’oreiller qu’il n’ont pas lâché de leur dispute et la rapproche encore un peu plus de lui.
- D’accord, murmure-t-il.
Lirith lâche l’oreiller comme si elle s’était brûlée, soudain très consciente de leur proximité. Elle sent ses joues chauffées alors qu’elle balbutie :
- Bien… bien. Et je vous prête un meilleur polochon que ça, celui-ci est tout abîmé.
Lirith s’éloigne rapidement d’Elliott qui ne semble pas comprendre son trouble. Elle sort à nouveau du manoir et monte les escaliers extérieurs pour récupérer l'un de ses coussins. Puis elle refait le chemin inverse et le tant à Elliott. Celui-ci l'attrape avant de lui rendre l’autre oreiller, celui qu’ils ont encore plus abîmé en tirant dessus.
-Pour que vous en ayez toujours deux, dit-il comme si c’était normal.
- D’accord. Mais demain vous remonter avec mon oreiller.
- Promis.
Ils se regardent un instant, avant que Lirith ne fasse demi-tour. Devant la porte pour sortir elle se retourne pourtant, croisant son regard, car il n’a pas bougé :
- Bonne nuit Elliott.
- Bonne nuit Lirith, à demain.
Une douce chaleur l’entoure alors qu’elle rejoint l’étage un vielle oreiller serré contre elle.
Huitième nuit avec Elliott (OneQuest #4) :
Encore une fois, la chambre de Lirith est envahie par les écureuils. Encore une fois, une guerre est sur le point d’éclater au manoir. Encore une fois, Lirith se demande si elle a bien fait de prendre l’unique chambre correcte de toute la bâtisse. Peut-être que finalement, elle devrait la laisser à Elliott et prendre son matelas sur le sol de la taverne ? Ils avaient pourtant réussi à passer une semaine entière sans missions et catastrophe !
Elle voit ces compagnons la regarder avec suspicion alors qu’elle leur raconte toute cette histoire de gland d’or. Jarek hausse les épaules avant de s’éloigner, probablement vers son bureau pendant que Brik se dirige vers son atelier, en maugréant contre ces saletés de rongeurs. Perceval, avec ce désintérêt propre aux adolescents, monte dans sa chambre suivi de Pok. Elliott reste près d’elle et quand ils sont partis, il demande :
- Lirith, vous allez dormir où ?
- Et bien….. je voudrais dormir dans ma chambre, mais je ne sais pas si cela va être possible…
- Sinon j’y vais. Et je leur dis de partir, propose Elliott très sérieux et avec une pointe d’irritation.
- Heu... hésite Lirith à la fois touché et inquiète. Vous n’allez pas les frapper, n’est-ce pas ?
- Nan… répond Elliott et elle sent qu’il y pense pourtant. Je peux essayer de juste secouer l’épée pour leur faire comprendre. Je ne parle pas l’écureuil, mais ils devraient saisir.
Lirith n'hésite qu’une demi-minute.
- D’accord, mais essayez de les pousser délicatement, sans leur faire de mal.
- Ok. J'essaie.
Alors qu'il part vers l’escalier, elle n'est pas sûre de lui faire totalement confiance pour ça. Pour la protéger oui, pour combattre ce qui pourrait mettre en danger la compagnie, assurément. Pour être doux avec des écureuils qui font de sa chambre un champ de bataille ? Non. Non, définitivement, elle n’a pas confiance. Mais elle n’a pas le choix, car les écureuils et les rats ne veulent pas l’écouter.
- Restez en bas, je vous dis comment cela, c’est passé, dit Elliott.
Elle grimace, mais obéit, certaine qu’il a anticipé le fait qu’elle comptait monter derrière lui pour le surveiller. À peine est-il à l’étage qu’elle entend un grand bruit ressemblant fort à une porte qui claque contre un mur. Elle espère qu'il n’y avait pas d'écureuil derrière. Rapidement après un bruit de cavalcade se fait entendre et elle aperçoit par la fenêtre la bande d’écureuils qui fuit dans la rue. Elle ressent un pincement au cœur face à leur peur.
Lirith entend Elliott descendre les escaliers, avant de le voir apparaître à la porte, très fier :
- Je pense que c'est bon, dit-il. Vous pouvez aller dormir.
- Mais, et s'ils ne reviennent plus ? s'alarme Lirith.
- Qui ça ?
- Les écureuils ! Vous leur avez fait si peur….
Elle sent encore une fois les larmes près à envahir ses yeux. Elle voulait récupérer sa chambre pas expulsée un groupe d’écureuils qui vivait ici bien avant eux.
- Mais si ! la rassure Elliott tout en s'approchant d’elle. Franchement, un coup dans une porte ne les fera pas partir. Vous avez vu depuis combien de temps, ils sont là ? Ils vont revenir, c'est sûr. Mais ce soir, au moins, vous pouvez dormir.
- J’espère, dit Lirith pas totalement convaincu. Je pense qu’on en reparlera après une bonne nuit de sommeil.
Elliott acquiesce. Elle est certaine qu’il sera déjà descendu lorsqu’elle se réveillera pour éviter la discussion.
Ils montent tous les deux à l’étage pour ce coucher. Alors qu’ils atteignent la chambre de Lirith, la porte de Perceval s’ouvre et il en sort à moitié endormi. Il relève la tête, les observe puis fronce les sourcils :
- Bah, vous faites quoi ?
- Qui ça ? demande Lirith jouant les innocentes en voyant arriver une conversation gênante.
- Bah vous là. Vous faites du bazar puis vous parler au milieu de la nuit. Qu'est-ce que vous faites ?
Lirith et Elliott se mettent à parler en même temps :
- Il y avait les écureuils qui squattaient ma chambre et… commence-t-elle.
- La chambre était pleine d'écureuils, dit Elliott. Alors j’ai donné un petit coup dans la porte et puis voilà, il n’y a plus d’écureuil.
Les deux haussent les épaules comme si ce n’était rien de grave. Lirith espère que la fatigue qu’elle lit sur le visage de Perceval l'empêchera de poser plus de question. Elle aussi veut aller se coucher, avec Elliott. Ou .. heu.. seule. Seule c'est bien aussi.
Mais c’était sans compter sur la voix de Pok qui demande alors qu’il apparait derrière Perceval :
- Vous dormez ensemble cette nuit ?
- Vous êtes bien serviable, je trouve, insiste Perceval en lançant un drôle de regard à Elliott.
Elliott l’ignore pour répondre à Pok, l’air passablement gêné :
- Dormir ensemble ? Oui, on dort ensemble. Enfin, séparé…
- Ah bon ? s'exclame Perceval de plus en plus intrigué.
- Mais, moi, je n'ai pas de lit ! se justifie Elliott tout en rougissant légèrement. Vous le savez très bien.
- On n'a pas assez de chambres dans cette auberge, le soutien Lirith.
- Donc, là, ça fait plusieurs semaines que vous n’avez pas de lit et que vous dormez dans la même chambre que Lirith ? réfléchis Perceval, les sourcils froncés de réflexion.
- Nan, je fais une nuit sur deux, explique Elliott. Pour lui laisser un peu d’intimité. Et puis des fois, je dors dans la taverne. Vous le savez bien ! Je me fais réveiller tous les trois jours par la porte. Tout le monde sait que je suis le portier ici.
À côté de lui, Lirait hoche la tête pour approuver ses propos tout en espérant très fort que Perceval et Pok vont retourner se coucher.
- Mais, c'est vrai que de temps en temps, continue Elliott comme s'il était un parent expliquant quelque chose à son enfant, Lirith me fait une place dans le lit…
- Quand il a trop mal a dos, précise-t-elle. Cela me fait de la peine.
Lirith ne précise pas que c'est elle qui a insisté pour qu’Elliott continu de dormir dans son lit. Ils ne comprendraient pas. Elle voit déjà bien comment Pok et Perceval échangent des regards de connivence et comment Jarek peut avoir des idées farfelues. Elle sait qu’aucun argument ne pourra les convaincre que c’est totalement amical ! Elle aurait fait de même pour les autres au besoin ! Bon peut-être pas pour Jarek, qui ronfle et sent l’alcool à toute heure de la journée. Ou pour Perceval, ces deux garde lui donne froid dans le dos. Ou pour Pok, il a pissé sur sa porte quand même !
Lirith est sortie de ses pensées par la voix de Perceval :
- Ok.
Pok hoche la tête à côté de lui.
- Bonne nuit ! lance Elliott.
Il n’attend pas que leurs deux compagnons trouvent de nouvelles questions et s’engouffre dans la chambre. Lirith fait de même après leur avoir souhaité une bonne nuit aussi.
Elliott a déjà posé son épée près du lit et commence à défaire les lanières de son armure. Lirith s’avance pour l’aider avec celles dans le dos et éviter qu’il ne se torde dans tous les sens alors qu’il a encore quelque bleu qui tardent à se résorber.
- Je ne sais pas ce qu’ils ont tous avec cette histoire de chambre, Jarek m’a aussi posé des questions ce matin.
- Vraiment ? La dernière fois, je l’ai menacé de lui lancer à sort. Cela semble l’avoir calmé.
Elle sent sous ses doigts Elliott rire alors qu’elle finie de desserrer une lanière.
- Je n’en suis pas encore à les menacer, dit Elliott tout en enlevant son armure. Mais je vais y penser.
- Ils se calmeront probablement quand vous aurez votre propre chambre, réfléchit Lirith tout en commençant à enlever sa propre armure.
Elle sent les doigts d’Elliott l’aider alors qu’elle s’acharne sur une boucle récalcitrante. Il faut vraiment qu’elle aille voir les forgeronnes au bout de la rue pour réparer ça. Elliott ne répond pas, alors elle continue :
- Savez-vous comment vous voulez la décorer ? Ils nous restent un peu de budget. Jarek et Perceval m'ont déjà fait une liste.
- Je ne sais pas. Vous avez déjà des idées pour votre chambre.
Lirith se met à décrire avec précisions tout ce qu’elle aimerait bien mettre en place alors qu’Elliott se pose dans le lit, la regardant en souriant et en posant quelques questions. Alors qu’elle s’assoit de son côté du lit pour mettre de la crème sur son visage et huiler ces cornes, elle se rend compte qu’il tresse ses cheveux. Ce n'est pas la première fois. Intrigué, il avait demandé à apprendre et elle lui avait montré. Il avait pu ainsi tresser une lanière sur le manche de son épée ce qui lui permet une meilleure prise en main. Et maintenant il lui tresse les cheveux, sans demander, naturellement, comme s'ils faisaient ça depuis des années. Elle a mal au cœur sans savoir pourquoi.
- Je me demandais... commence Elliott.
- Oui ?
Il semble hésitant et elle ne peut pas se retourner pour le regarder, car il tient toujours ses cheveux dans ses mains.
- Est-ce que…. Est-ce que je pourrai vous emprunter un de vos oreillers ? Vous savez, pour ma nouvelle chambre.
- On peut vous en acheter un si vous voulez ? Demande-t-elle intriguée.
- Oui… mais… j'aime bien les vôtres.
Cette fois Lirith tourne la tête vers lui, et sa tresse s'échappe des mains d’Elliott pour commencer à se défaire. Elle ne sait pas ce qu’elle cherche sur son visage, mais il lui lance un petit sourire un peu gêner et elle sait qu’elle ne peut pas lui refuser :
- D’accord.
Il sourit plus fort et elle se retourne pour qu’il finisse sa tresse et surtout pour pas qu’il voit le rouge qui lui monte aux joues.
Ils finissent de se préparer et ce n'est qu’une fois coucher, les bougies éteintes et avec pour seule lumière celle de la lune que Lirith ose demander :
- Elliot ?
Elle l’entend se retourner pour lui faire face, même s'il ne peut pas vraiment la voir.
- Oui Lirith ?
- Si jamais…, commence-t-elle. Si… vous avez envie… si besoin…
Elle patauge, sans trop savoir comment lui en parler, mais il reste calme et patient alors elle réessaye :
- Si jamais vous avez besoin…. Ma chambre vous sera toujours ouverte.
Elle image qu’il sourit alors qu’il tend la maint vers elle pour serrer doucement la sienne.
- La mienne aussi, si un jour, vous avez besoin.
- D’accord, murmure-t-elle tout en serrant doucement sa main.
Quelque seconde toute douce passe alors que leurs mains restent entrelacées, diffusant une douce chaleur dans chacun de leur corps.
- Bonne nuit Elliott, murmure Lirith.
- Bonne nuit Lirith, lui répond-il
Leurs mains resteront entrelacer jusqu’au lever du soleil.
Cinquième nuit sans Elliott (OneQuest #4)
La nuit n’avait pas été de tout repos. L’ouverture de la taverne avait stressé Lirith toute la journée. La compagnie avait couru partout pour finaliser l’ouverture, finir de poncer les vielles tables et nettoyer la poussière. La taverne enfin ouverte, Lirith pensait pouvoir siroter un verre d’alcool tranquillement, mais non ! Deux groupes de pirate avaient décidé d'en venir aux mains et la compagnie avait dû intervenir.
Cela avait été… chaotique…
Mais étonnamment, ça n’avait pas empêché les visiteurs de rester et de continuer de consommer. Ils avaient pu profiter d’une fin de nuit plus calme, buvant sur une table tout en se félicitant de leur réussite. Et en se disputant pour Jarek et Lirith. Elle avait découvert combien il avait perdu à cause des paris et n’avait pas du tout apprécié l’idée.
À presque deux heures du matin, la taverne était enfin vide. Elliott avait mis dehors les derniers ivrognes alors que Jarek aidait Lif à débarrasser les dernières tables. Ce qui consistait à finir les fonds de verre. Noé était endormi sur une table et Lirith était partie l’installer sur le vieux matelas d’Elliott, ranger dans leur réserve. Lorsqu’elle en sort, tout le monde est déjà à l’étage. Elle s’arrête à côté d’Elliott, appuyé contre le mur près de sa porte.
La scène qui se joue devant elle la fait sourire : dans le couloir, les portes de toutes les chambres sont ouvertes et les membres de la compagnie s’interpellent d’une pièce à l’autre :
- Aller Perceval, venez faire un petit tour dans le jacuzzi ! dit Jarek, une serviette à la main et habillé seulement d’un caleçon long.
- Oh… je ne suis pas sur… répond Perceval, alors qu’il semble se brosser les dents dans leur salle d’eau.
- Et moi M. Jarjar, je peux vous accompagner ? demande Brik, toujours en armure, mais en sortant de la salle d’eau avec une serviette sur l’épaule.
- Vous comptez vous baigner comme ça ? questionne Jarek.
- Si.. heu… ça ne gêne pas…
Lirith se tend alors que Jarek hésite assez longtemps pour mettre Brik mal à l’aise. Perceval passe la tête dans le couloir, regardant Brik puis Jarek. Ce dernier semble sentir la pression des regards de tout le monde.
- Aucun problème ! dit-il en hochant la tête.
- Pékable ! s'écrie Brik tout en sautillant vers l’escalier.
Pok sort la tête de la chambre de Perceval :
- Et moi, je peux venir ?
- Mais oui ! s'écrie Jarek. Vous pouvez tous venir !
Pok sort instantanément de la chambre, déjà en tenue, son petit ventre rebondi sortant d’un caleçon qu’il a probablement emprunté à Perceval.
- Pok ! Pensez à te laver avant de venir vous coucher ! crie Perceval, toujours dans la salle de bain à faire Lirith ne savait quoi.
Déjà dans les escaliers, Pok opine avant de courir rejoindre Brik. Jarek commence à le suivre pour les rejoindre, mais avant de disparaître dans les marches, il se retourne :
- Lirith, Elliott, si vous voulez, on vous laisse le jacuzzi juste après. Vous savez, pour en profiter… tous les deux, dit-il avec un clin d’œil.
Lirith se sent rougir alors qu’à côté d’elle, Elliott répond :
- Non, c'est bon Jarek. Je vais me coucher et profiter de ma nouvelle chambre.
- Comme vous voulez ! répond-il en regardant Elliott comme s'il était idiot. Bonne nuit alors !
Jarek disparaît dans l’escalier au moment où Perceval sort dans le couloir. Il leur souhaite bonne nuit à tous d’une voix ensommeillée avant de se retirer dans sa chambre, suivi par ces deux gardiens.
- Vous pensez qu’il leur brosse aussi les dents ? demande Elliott à Lirith, alors que la porte se ferme,
Elle ne peut s’empêcher de rire doucement.
- Ou les plumes, propose-t-elle.
Cette fois, c’est lui qui rit et elle sourit un peu plus quand elle croise ses yeux. Il a enfin l’air reposé, cette semaine lui a fait du bien. Elle aimerait dire quelque chose de plus intéressant. Lui proposer une vraie conversion, de celles qu’ils ont le soir avant de s’endormir, ou devant la cheminée lorsqu’ils sont tranquilles. Mais rien ne vient. Rien d’autre que l’idée que ce soir, pour la première fois, il va dormir dans sa chambre. Sa chambre à lui, avec un lit confortable qu’ils ont choisi ensemble et l’un de ses oreillers. Elle ne sait pas comment gérer cette information.
- Finalement, c’était une bonne soirée, dit Elliott, brisant à nouveau le silence.
- On aurait pu éviter le combat, pointe Lirith.
- Cela ne serait pas une vraie taverne sans quelques disputes. Et puis on s’en est bien sortie !
- Vous avez raison.
Elle sourit doucement, presque attendrit par leurs capacités à se battre ensemble, mais si c’est loin d’être conventionnel. Seule, elle a l’impression qu’ils sont tous des bras cassé, sauf Elliott. Et qu’ils sont comme elle, éloignée de ce que devrait être leur vie. Mais elle se surprend à les aimer, à vouloir passer ces repas et ses soirées avec eux. Même quand ils ont des conversations de sourd, même quand chacun cache des choses aux autres, même quand ils sont insupportables.
Elliott stop ces pensées presque trop douces, en se détachant du mur où il était appuyé. Il s’avance dans le couloir, et elle le voit dépasser la porte de sa chambre sans s’arrêter. Elle a envie de le retenir, de lui dire de venir, de se coucher avec elle. Mais pour quelle raison ferait-il ça ? Il n’y en a aucune. Alors elle le regarde traverser le couloir. Il ouvre sa porte et se tourne vers elle :
- Bonne nuit Lirith, à demain.
- Bonne nuit Elliott.
Il disparaît dans sa chambre et elle s’oblige à faire de même.
Dans son lit, trop froid et trop grand, serrant un oreiller dont elle n’avouera jamais qu’il sent comme Elliott, elle tente de s’endormir, le cœur un peu trop lourd.
Fin de la partie 1
