Chapter Text
Jeongin jeta un coup d'œil au fond de son verre vide et soupira. Autour de lui, ses amis semblaient s'amuser. Installés dans les canapés, ils jouaient à un jeu de cartes auquel le plus jeune ne comprenait pas grand-chose.
Et, apparemment, il n'était pas le seul à en juger par les aboiements désespérés de Changbin qui se lamentait d'avoir perdu sa cinquième manche d'affilée. À son côté, Minho et Jisung riaient comme deux hyènes hystériques pendant que Felix tentait de le rassurer et de lui expliquer sous les regards critiques de Seungmin et Hyunjin, qui paraissaient l'un comme l'autre passablement blasés.
La soirée aurait pu être parfaite. Elle aurait dû l'être d'ailleurs.
Sauf que, dans toute cette petite assemblée, il manquait quelqu'un. Quelqu'un qui s'était éclipsé près d'une demi-heure plus tôt et qui ne revenait toujours pas. Jeongin en était absolument certain parce qu'il avait surveillé l'horloge comme un enfant surveillait l'arrivée du Père Noël dans la nuit du 24 décembre.
Il avait beau fixer la porte avec toute l'intensité dramatique de l'univers, Chan se refusait à réapparaître. Et le jeune homme commençait sérieusement à s'impatienter.
On était le 31 décembre, il était 23h30 passées. Et Chan n'était pas avec eux.
Avec lui.
Dans un énième soupir, Jeongin se leva du canapé, bousculant Seungmin au passage qui était à moitié appuyé contre son genou, et abandonna son verre sur la petite table basse. Il ne fournit aucune explication au reste du groupe alors qu'il prenait la même direction que leur leader avait emprunté plus tôt en promettant de revenir tout de suite.
Dans son dos, il lui sembla distinguer des voix basses, notamment celle de Minho qui marmonnait quelque chose du genre je vous l'avais dit, mais le plus jeune n'en avait pas grand-chose à faire en cet instant et accéléra le pas.
Lorsqu'il poussa la porte par laquelle il se souvint avoir vu Chan disparaître, Jeongin ne fut pas le moins du monde surpris de le découvrir penché sur son ordinateur.
Pas surpris, certes, mais prodigieusement frustré.
« Viens avec nous au salon, hyung, appela-t-il malgré tout d'une voix qu'il tâcha de rendre douce.
— Dans une minute, Iyen-ah, assura le leader en ayant le toupet de lui adresser un sourire par-dessus son épaule.
— Chan, insista Jeongin, son ton cette fois sans appel. »
L'intéressé se redressa pleinement et se retourna, sans doute interpellé par la fermeté de sa voix. Cependant, même la beauté irrésistible de ses traits ne parvint à adoucir l'impatience de Jeongin.
« Il est bientôt minuit, l'informa ce dernier comme si cela était suffisant en lui-même.
— Oh, déjà ? s'étonna Chan en relevant son poignet pour observer sa montre. »
Jeongin leva les yeux au ciel.
« Tu ne vas pas commencer la nouvelle année tout seul dans cette pièce.
— Non, bien sûr, Iyen-ah, je suis désolé. Je n'avais pas vu l'heure passer.
— Comme d'habitude, ne put-il s'empêcher de soupirer. »
Et cette remarque finit d'atteindre le leader, qui sembla recevoir une gifle en plein visage. Après tout, ce n'était pas la première fois que l'un de ses membres – et Jeongin en particulier – lui faisait ce reproche. Chan le savait. Il passait trop de temps à travailler et pas assez à profiter de ses amis. De sa famille.
Se mordillant la lèvre, il referma l'ordinateur et combla la distance entre eux à petits pas.
Avec toute la tendresse du monde, cette tendresse qui lui était entièrement particulière, il attrapa les deux mains de Jeongin dans les siennes et les pressa.
« Je suis désolé, Innie. Je n'aurais pas dû partir. »
Le plus jeune acquiesça et tenta de lui sourire, même s'il n'était pas certain d'y parvenir complètement.
« C'est ma résolution pour l'année prochaine. Je veux arrêter de me laisser envahir par le travail et me reposer davantage. Mais je ne crois pas pouvoir y arriver tout seul. Tu penses que tu pourrais m'aider ? »
Les yeux de Chan étaient doux, beaucoup trop doux, et Jeongin n'eut d'autre choix que de plonger à corps perdu dans cette douceur qui lui était destinée. Cette fois, lorsqu'il acquiesça, il lui sourit sincèrement.
« Qu'est-ce que je gagne en échange ? rétorqua-t-il avec un brin de malice, qui fit rire Chan.
— Tout ce que tu veux.
— Wow, doucement, hyung. Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir.
— Tout ce que tu veux, Iyen-ah, répéta le leader malgré tout et Jeongin comprit qu'il était sérieux, qu'il le pensait réellement. »
Il s'apprêtait à répondre quand des cris en provenance du salon l'en empêchèrent. Changbin venait de perdre une sixième manche. Et Jisung leur annonçait qu'il ne restait que deux minutes avant les douze coups fatidiques de minuit.
Deux minutes avant de changer d'année. Jeongin espérait qu'elle serait tout aussi bonne que celle qui était en train de se terminer.
« Deux minutes, hyung. Il faut qu'on y retourne, annonça le plus jeune en tirant déjà sur les mains de Chan pour l'entraîner avec lui, mais ce dernier le retint.
— Attends.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Juste une chose avant de retrouver les autres. »
Jeongin n'eut pas même le temps d'ouvrir la bouche pour lui demander une explication que déjà celle de Chan recouvrait la sienne. Le contact était léger, presque timide, pourtant il déclencha une envolée de papillons dans le ventre du plus jeune qui, figé par la surprise, peina à lui rendre son baiser.
Lorsqu'il s'éloigna, Chan avait les joues roses et le regard fuyant.
Jeongin avait envie de l'attraper par le col de sa stupide chemise qui laissait dévoiler le haut de son torse et ses clavicules pour l'embrasser à son tour.
Ou pour le secouer dans tous les sens, il n'était pas encore tout à fait fixé.
« Pour la nouvelle année, précisa le plus âgé inutilement.
— C'est à minuit pile normalement, hyung.
— Je sais, mais j'ai peur que si je t'embrasse devant les autres, ils se mettent tous à me réclamer un baiser aussi. »
Le plus jeune ricana, bientôt suivi par Chan.
« Tu as raison. Je ne vais pas commencer à me battre avec eux dès le premier jour de l'année, acquiesça Jeongin d'un petit air satisfait.
— Te battre ? demanda le leader, les sourcils adorablement froncés.
— Bien sûr, me battre. Je déteste partager. »
La bouche de Chan s'entrouvrit et le rose sur ses joues vira au cramoisi.
Profitant de son trouble, Jeongin déposa un chaste baiser au coin de ses lèvres et emmêla leurs doigts.
« Dépêche-toi. On va rater le décompte. »
Et, en effet, ils eurent tout juste le temps de rejoindre le salon que déjà les voix tonitruantes de Changbin et Minho s'élevaient au-dessus des autres pour entamer le compte à rebours.
Au premier des douze coups de minuit, tout le monde se tomba dans les bras et se serra longuement dans une étreinte collective.
Finalement, l'année commençait comme elle avait fini ; dans l'amour qui continuait de les unir.
