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Language:
Français
Stats:
Published:
2026-01-02
Words:
930
Chapters:
1/1
Kudos:
1
Hits:
4

La dernière boîte

Summary:

Hommage à l'une des plus grandes stars des internets.

Work Text:

La dernière boîte.

 

Clinique vétérinaire Mugumogu

 

Blacksad releva le col de son imper alors que la pluie s’abattait à grosses gouttes sur le parking de l’hôpital. Il se dirigeait d’un pas lourd vers le bâtiment principal quand mademoiselle Hana, en tailleur strict, comme toujours, vint à sa rencontre sous un parapluie. Toujours séduisante malgré ses airs de vieille fille revêche. Il la salua, et lui posa la question qui lui brûlait les lèvres comme une cigarette trop vite consumée :

“Comment va-t-il ?”

La secrétaire secoua la tête d’un air contrit. Il la suivit en silence à travers une volée de couloirs.

Quand il poussa la porte de la chambre, son coeur pourtant endurci se serra.

Depuis tout chaton qu’il le voyait amuser la galerie sur tous les écrans… Il avait fini par croire qu’il était immortel… et voici qu’il était là, alité, la truffe intubée de fils zébrant ses légendaires bourrelets de poils.

A son chevet, la petite Miri sursauta à sa venue. Elle avait bien grandi.

Blacksad croyait le vieux cabot endormi. Mais bientôt, celui-ci entrouvrit un œil rond avant de demander d'une voix entrecoupée de ronronnements ronflants

“C’est vous m. Blacksad ? Miri, peux-tu m’essuyer, je te prie ?”

“Oui, m’sieur Maru !” répondit la chatonne, qui derechef sortit un mignon petit mouchoir pour tapoter sa face plate et en chasser les larmoiements.

“Très bien, très bien… Maintenant ma chère enfant, veux-tu bien aller voir avec mademoiselle Hana si mon yaourt nature au lait de la mer Caspienne sera bientôt prêt pour ma collation matinale ?”

Après un temps d’hésitation, la chatonne sortit, accompagnée de la secrétaire. Une fois seul avec le privé, Maru reprit :

“Vous voici enfin… Mais faites comme chez vous, prenez donc un carton, m. Blacksad !…”

“Voyons m. Maru, nous sommes dans un hôpital !”

“Ho ho ho, suis-je bête ! …Mais revenons à nos moutons. Comme vous le voyez, m. Blacksad, ma fin est toute proche… Ces sacrés poumons, m. Blacksad… Ces sacrés poumons…”

“Allons, m. Maru, vous nous enterrerez tous !”

“Pas de ça entre nous, M. Blacksad, je sens bien qu’il est temps pour moi de me glisser dans ma dernière boîte… Si je vous ai fait venir ici, c’est pour vous demander… de veiller sur mademoiselle Hana et surtout… sur ma petite Miri. Je lui ai légué un bel héritage… et tout mon art du spectacle. Elle me succèdera sur la scène comme à la ville. …Deux univers impitoyables, vous le savez aussi bien que moi.”

“Elles seront comme la prunelle de mes yeux, m. Maru. Je vous en fais le serment”, répondit le détective d’une voix plus étranglée qu’il ne l’aurait voulue.

“Très bien, très bien… Maintenant, m. Blacksad… je sais que c’est interdit ici, mais, si vous pouviez… avant de partir, m’accorder une dernière faveur…?” demanda Maru en pointant du regard un grand carton vide dans un coin de la pièce.

Blacksad sourit.

“...ok m. Maru.”

Sans un mot de plus, Blacksad ouvrit le carton de manière à former un tunnel, qu’il posa à une extrémité du couloir, désert à cette heure matinale.

Alors, Maru se leva lentement, et ôta les fils et tubes qui meurtrissaient sa chair.

Soutenu par Blacksad, il sortit de la chambre pour se placer à l’autre extrémité du couloir. Puis il s’accroupit, la queue battante comme un métronome, sous les yeux de son unique spectateur.

Rassemblant ses dernières forces, Maru le chat s’élança droit devant lui et se jeta tête la première dans le tunnel de carton, qu’il entraîna avec lui dans une longue glissade sur le sol ciré de la clinique.

De l’autre côté du carton, Maru découvrit un océan d’étoiles, comme autant de mondes parallèles où résonnaient les acclamations et les rires de tous ceux qui l’avaient aimé et admiré. Maru ferma les yeux. Ce tintement, était-ce le grelot favori de mademoiselle Hana ? Ces grattements, était-ce la petite Miri qui grimpait dans son dos, elle qui était pourtant si craintive dans le caniveau où il l’avait recueillie… ?

“M. Maru ? M. Maru ?”

Sans réponse à ses appels, Blacksad se précipita au chevet de la star, dont seules les pattes arrière dépassaient de la boîte en carton. Il s’apprêtait à mettre en pièces le fragile emballage quand un détail retint son geste :

La queue de m. Maru était immobile.

Blacksad referma doucement les rabats du côté opposé de la boîte, tandis que deux larmes coulaient sur ses joues noires et drues.



Ode à Maru

 

A force de squatter youtube, de regarder passer les subs

Tu sais parler de nous; humains, comme si tu n’avais jamais été félin !

 

Les boîtes de bière s'étonnent encore, les cartons ne se fendent plus,

Tu ressembles à ces chercheurs d'or qui auraient un secret de plus

 

Tu exiges des mets raffinés, que tu dégustes comme un festin

Un festin qui n’est pas à vendre, mais que tu piques à tes voisins

 

Et quand l'hiver étend son voile, nous faisant tous claquer des dents

Tu nous montres un bourrelet de poils poussé au coeur de tes un an !

 

Aux vidéos de ton passé j'irai offrir mes vues honteuses

J'auréolerai de tes années celles qui furent mes plus joyeuses !

 

Puisse cette ode rester à Maru, roi des cartons petits et grands 

Puisse cette ode rester à Maru, à tous les chats de tous les temps

Tous les temps, tous les temps, tous les temps

Tous les temps, tous les temps, tous les temps!

 

Quand la queue ne balance plus que l’heure de l’heure du glas approche

On se croque un tout petit brin, on pétrit un dernier coussin 

Et puis tranquille on peut partir montrer son cul au firmament