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Juin – Poudlard
Je suis Verveine. On dit que mon cri annonce la pluie, mais je sais qu’il révèle surtout les tempêtes intérieures. Depuis les hauteurs du manoir, je veille sur Drago. Il est mon ami, et je suis le sien. Je l’ai vu grandir, vaciller, se redresser, comme une plante fragile qu’on voudrait croire invincible. Je connais la tension de ses épaules, la façon dont son souffle se brise lorsqu’il pense être seul. Aujourd’hui, les murs bruissent de murmures sombres, les ombres s’allongent, et le nom de Voldemort revient comme un écho glacé.
Drago marche dans les couloirs, nerveux. Nous allons rentrer à la maison. Ses pas claquent sur la pierre, trop rapides, trop tendus, comme s’il cherchait à fuir quelque chose qui le suit de près. Je sens qu’il est tourmenté. Il voudrait se convaincre que la gloire de sa famille est intacte, que le retour du Seigneur des Ténèbres est une victoire. Pourtant, je sens la fissure : derrière l’arrogance, il y a la peur. Combien de fois ne l’ai-je pas entendu dire “Oui père” par automatisme et non par conviction ?
Il s’arrête sur le chemin de Pré-au-Lard. La pluie commence à tomber. Je pousse un cri discret. Il sursaute, puis me fixe. Ses yeux pâles reflètent une fatigue qu’il cache aux autres. Une lassitude ancienne, trop lourde pour un garçon de son âge, trop lourde pour n’importe qui.
— Tu ne comprends pas, toi… murmure-t-il, presque pour lui-même.
Sa voix tremble. Il détourne le regard, mais je sais qu’il pense à ce qu’il a vu. À ce Gryffondor qui l’avait surpris dès la première année. Je m’en souviens encore, il avait gagné des points et mon jeune maître était fâché d’avoir perdu la coupe des 4 maisons. Ce souvenir, pourtant banal, revient comme une écharde sous la peau : minuscule, mais impossible à ignorer.
Je le sens s’interroger : pourquoi ce souvenir revient-il ? Pourquoi ce garçon, qu’il a toujours méprisé, lui apparaît maintenant comme une image persistante ? Son courage discret l’intriguait. Aujourd’hui, il a le nez cassé. J’ai entendu des murmures parlant de combat au Ministère de la magie. Et dans les yeux de Drago, un trouble naît, fragile, presque imperceptible.
La pluie s’intensifie. Je reste immobile, témoin silencieux. Drago serre les poings, puis s’assoit dans le train. Seul. Ses yeux se ferment un instant, et je comprends : l’orage a commencé en lui. Un orage sans éclairs, sans tonnerre, mais qui gronde dans sa poitrine.
Été – Juillet / Août au manoir Malefoy
Les jours s’étirent, lourds et silencieux. Le manoir est une cage dorée où les voix des adultes murmurent des plans qu’on ne confie pas aux enfants. Drago erre dans les couloirs, le regard perdu, comme s’il cherchait une issue invisible. Mais je sais qu’il a été appelé : le Seigneur des Ténèbres a un plan pour lui. J’ai vu sa mère pleurer… Je sens leur détresse à tous. Mais je suis là pour mon maître. Les tapisseries frémissent au passage des courants d’air, comme si elles aussi retenaient leur souffle.
La nuit, il ne dort pas. Je le vois s’asseoir près de la fenêtre, les yeux fixés sur les jardins noyés de pluie. Ses pensées s’égarent vers Poudlard, vers les visages qu’il prétend mépriser. Et toujours, un revient : Neville Londubat. Maladroit, tremblant, mais debout. Depuis peu, courageux. Drago se demande pourquoi cette image s’impose dans ses insomnies. Il tente de la repousser, mais elle revient, obstinée, comme un souvenir qui refuse de mourir.
Un soir d’orage, il s’approche de moi. Ses mains hésitent, puis se posent sur mon plumage humide. Il me serre contre lui, maladroitement, comme s’il craignait de me briser. Son souffle est court, ses yeux fermés.
— Tu es le seul qui reste…
Je reste immobile, témoin silencieux. Je sens son cœur battre trop vite, comme une pluie qui s’accélère. Dans cette étreinte, il cherche un apaisement qu’il ne trouve pas ailleurs. Et moi, je comprends : il ne sait pas encore nommer ce qu’il ressent, mais déjà, son cœur s’ouvre. Une brèche minuscule, mais irréversible.
Les semaines passent. Les jours brûlants d’août succèdent aux nuits d’orage. Drago s’enferme dans ses réflexions, mais chaque fois qu’il pense à Neville, son regard se trouble. Il voudrait l’oublier, mais l’image revient, obstinée, comme une plante qui pousse malgré la pierre. Une racine qui cherche la lumière.
Je chante doucement. La pluie tombe sur les vitres du manoir, lavant les murs de leurs secrets. Et dans ce silence, je sais que l’été a semé une graine. Elle germera à Poudlard, quand les couloirs résonneront à nouveau de leurs pas.
Septembre – La serre de botanique
Les serres bruissent de vie. L’air est lourd, saturé d’humidité, et les mandragores s’agitent dans leurs pots. Je me tiens dans l’ombre des feuillages, silencieux, mais attentif. La lumière verte filtre à travers les vitres, dessinant des ombres mouvantes sur leurs visages.
Drago est là, le visage fermé, la posture raide. Il prétend ne pas s’intéresser aux plantes, mais ses yeux s’attardent. Neville, lui, se penche avec une maladresse familière, ses doigts étaient tremblants mais précis. Il parle doucement, comme s’il s’adressait aux racines elles-mêmes.
— Si tu les tiens trop fort, elles s’étouffent… il faut les caler doucement.
Drago fronce les sourcils, prêt à répliquer. Pourtant, ses lèvres restent closes. Il observe, immobile, comme s’il découvrait quelque chose qu’il n’avait jamais voulu voir. Une douceur qu’il n’avait jamais remarquée.
— Tu crois vraiment que ça change quelque chose Londubat ? Sa voix est sèche, mais elle tremble légèrement.
Neville relève la tête, surpris. Ses joues rougissent, mais il ne recule pas.
— Oui. Même les plantes sentent quand on les traite avec soin.
Un silence s’installe. Les autres élèves bavardent, mais Drago ne dit plus rien. Ses yeux pâles se fixent sur Neville, puis se détournent brusquement. Moi, je sais : ce silence est un aveu qu’il ne comprend pas encore. Un aveu qui germe dans l’ombre.
Je pousse un cri discret. La pluie commence à tomber sur les vitres de la serre, fine et régulière. Les élèves râlent, mais Drago reste figé, troublé. Dans ce frisson, je sens que l’été a germé : une graine fragile, prête à grandir.
Octobre – Les couloirs de Poudlard
Les couloirs bruissent de pas pressés, de rires étouffés, de murmures nerveux. Les pierres froides gardent la mémoire des secrets, et moi, j’observe depuis les hauteurs, invisible mais attentif. Les torches projettent des halos vacillants, comme si elles hésitaient à éclairer ce qui se joue.
Drago marche, le visage clos, la démarche faussement assurée. Il ne sait pas comment exécuter son plan. Il n’a pas envie, il n’a plus envie. Il préfère fuir tout ce monde… Pourtant, lorsqu’il croise Neville, son pas ralentit. Le livre de botanique que Neville serre contre lui est usé, ses doigts s’accrochent maladroitement au cuir. Drago le fixe, prêt à lancer une pique, mais ses lèvres restent closes.
— Tu ne dis rien aujourd’hui Malfoy ? La voix de Neville est timide, presque étonnée. Il s’attendait à une moquerie, une blessure.
Drago détourne les yeux, ses épaules raides.
— Je n’ai pas toujours quelque chose à dire.
Neville cligne des yeux, surpris. Puis il esquisse un sourire maladroit.
— Eh bien… c’est agréable.
Il s’éloigne, son livre serré contre lui, le pas un peu plus léger.
Drago reste immobile quelques secondes, le regard perdu. Moi, je sais. Je pousse un cri discret, et dehors, une bruine commence à tomber. Ce n’est pas un orage, juste une pluie fine, témoin d’un trouble qui grandit. Une pluie qui murmure ce que Drago refuse encore d’admettre.
Novembre – La retenue partagée
La nuit est tombée sur Poudlard, et les serres bruissent encore. L’air est froid, saturé d’humidité. Les élèves ont regagné leurs dortoirs, mais Drago et Neville sont de retour dans les serres, punis pour une intrusion dans la réserve de potions pour l’un, et des maladresses en cours de Défense contre les forces du mal pour l’autre. Moi, je veille dans l’ombre des feuillages, témoin silencieux. La lune filtre à travers les vitres en dessinant des reflets pâles sur leurs visages.
Le professeur Chourave les a laissés seuls avec des plantes capricieuses, aux racines mouvantes et aux feuilles irritantes. Drago soupire, agacé, mais ses yeux s’attardent sur Neville. Celui-ci s’agenouille et commence à travailler.
— Tu ne vas jamais y arriver comme ça.
La voix de Drago claque, mais elle manque de conviction. Neville relève la tête, ses joues rougies.
— Alors montre-moi, toi, l’expert en plantes, plaisanta-t-il.
Il ne recula pas, et ce défi surprend Drago.
Un silence. Puis Drago s’approche, ses gestes brusques au début. Il attrape la plante, mais elle se débat. Neville pose sa main sur la sienne, doucement, pour la guider.
— Pas trop fort… elle se défend si tu l’agresses.
Leurs doigts se frôlent. Drago se fige, mais ne retire pas sa main. Il suit le mouvement, maladroitement, et la plante se calme. Neville sourit, soulagé.
— Tu vois ? Elle sent quand on la traite avec soin. Je te l’ai déjà dit.
Drago détourne les yeux, mais ses lèvres esquissent un rictus qui n’est pas moquerie.
— Tu parles trop aux plantes.
Neville rit doucement, un rire discret qui résonne dans la serre. Drago ne dit rien, mais il reste près de lui, leurs mains encore proches. Moi, je sais : ce n’est plus seulement une retenue, c’est une complicité naissante. Une chaleur timide, mais réelle.
Un nouveau cri de ma part. Dehors, la pluie commence à tomber, régulière, apaisante. Elle nourrit la terre, comme ce lien fragile qui grandit entre eux.
Décembre – Noël à Poudlard
La neige recouvre les toits, les couloirs brillent de guirlandes et de bougies. L’air est plus doux, malgré les ombres de la guerre. Moi, je veille, perché dans les hauteurs, témoin des confidences que nul n’entend. La magie de Noël flotte dans l’air, légère, presque irréelle.
Drago marche seul, son pas résonne dans le silence des pierres. Ses yeux pâles se posent sur les décorations, mais son esprit est ailleurs. Depuis des semaines, il ne peut plus nier ce trouble : chaque fois qu’il croise Neville, son cœur s’accélère.
Ce soir, il s’arrête dans une salle vide, décorée de branches de houx et de gui suspendu. Je pousse un cri discret. Il lève les yeux, et Neville est là, hésitant, un livre serré contre lui. Les livres ont peut-être le même effet sur lui que moi sur mon maître ?
— Tu es encore seul… dit Neville d’une voix sincère.
Drago détourne le regard, les épaules raides.
— Je préfère ça.
Neville s’avance avec prudence.
— En es-tu vraiment certain ?
Un silence. Drago serre les poings, puis soudain, il se tourne vers moi. Ses mains se posent sur mon plumage, et il me serre contre lui, comme il l’avait fait cet été. Son souffle est court.
— Tu es le seul qui sait… me murmure-t-il, pour l’instant.
Puis il lâche prise, ses yeux se fixent sur Neville. Le gui au-dessus d’eux balance doucement. Neville rougit, mais ne recule pas. Drago s’approche, hésite, puis franchit la distance. Leurs lèvres se touchent, brèves, tremblantes, mais réelles.
Je chante désormais. La pluie tombe dehors, douce et régulière. Elle lave les vieilles rancunes. Dans ce baiser, je sais que l’orage intérieur de Drago s’est transformé en lumière. Plus de plan, plus de noirceur, l’espace d’un instant, d’un vol d’oiseau.
