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Summary:

Depuis que Billy Dante est revenu près de Jarek, Brik doit bien avouer qu'il n'est pas des plus enchantés. Lui qui pensait qu'il pouvait tenter d'attirer l'attention du pistolero, avec l'arrivée du halfelin tous ses plans tombaient à l'eau !

Mais quelque chose dont Brik était connu, c'était sa détermination et son ingéniosité. Et il comptait bien utiliser les armes de Billy Dante pour se faire remarquer de Jarek !

Notes:

Toujours plus de Brik/Jarek one-sided car je jure j'ai dû être fait pour écrire que ça

Work Text:

Brik n’aimait pas Billy Dante. 

Bon, il était le premier à être reconnaissant qu’il les aide parfois. Sans lui, il y aurait eu plusieurs moments où la Compagnie aurait été en mauvaise posture. 

Non, il y avait une autre raison qui expliquait son aversion pour cet homme.

Le fait qu’il soit proche de Jarek. Dans le sens très proche.

Ça se comprenait, après tout ils avaient été compagnons de route, il y avait une histoire derrière. Mais il ne pouvait s’empêcher d’avoir ce petit pincement au fond de sa poitrine quand il voyait le pistolero des étoiles plein les yeux et un grand sourire sur les lèvres à l’apparition de Billy Dante. Il avait compris qu'il y avait eu quelque chose entre eux, n’importe qui pouvait le deviner. Mais c’était difficile de l’accepter.

Lui aussi connaissait Jarek depuis un moment, alors pourquoi ce n'était pas pareil ?! D’autant plus que désormais ils faisaient partie de la même bande, ils ne se retrouvaient pas simplement dans un bar pour qu’il lui demande une invention ! Pourquoi ça ne fonctionnait pas ? Qu’est-ce que ce Billy Dante avait de plus que lui ?

C’était peut-être ça le souci. Force était de constater que lui et le halfelin étaient différents, il n’y avait absolument rien qui les liait. Alors s’il créait des similitudes avec Billy Dante, peut-être que Jarek le regardera de la même façon ? Oui, c’était forcément ça !

Alors il s’attela à la première chose qui avait marqué Brik : ce qui était bien avec le fait de détester quelqu’un, c’était qu’on retenait toutes les raisons de pourquoi on le détestait. Et il avait donc retenu cette fausse moustache ridicule, et c’était à se demander comment Jarek pouvait trouver du charme à cela. 

Il en avait acheté une à une boutique non loin de la taverne avec ses maigres économies. Elle était réaliste, on ne pouvait le nier : les poils, bruns, étaient soyeux et bien peignés. Elle n’était pas aussi grande que celle de Billy Dante, mais ça fera l’affaire. 

Tout euphorique, il retourna à la taverne, où ses amis étaient déjà à une table. Le boucan des clients lui permit de se rendre à son atelier sans que ses camarades l’arrêtent dans sa course. Arrivé dans son atelier, il se positionna devant l’un des rares miroirs de la pièce, s’attelant à coller la fausse moustache sur son masque. C’était idiot, ça le rendait idiot, mais ce n’était pas pire que Billy Dante. Il s’étonna à sentir son cœur battre la chamade en imaginant les commentaires de Jarek face à la vue de cette moustache, et se maudit pour de telles pensées. Même Brak, bien caché dans son armure, lui donna un petit coup de patte pour le ressaisir. 

Il prit une grande inspiration. Il ne fallait pas qu’il arrive comme ça, les membres tout tremblants d’excitation. Était-ce idiot de se mettre dans un état pareil pour un homme ? Pour cet homme ? Sûrement. Enfin, il n’osait imaginer si on apprenait ses sentiments pour Jarek. C’était déjà assez ennuyant de recevoir les taquineries et sourires narquois de Pok à chaque fois qu’il avait une interaction avec le pistolero. Bon sang, il espérait qu’il ne fasse pas le lien pour expliquer cette moustache.

C’était étrange de s’en voir porter une. C’était étrange dans tous les cas car les gobelins n’étaient pas connus pour avoir une pilosité. Et, même s’il avait son masque, il s’imaginait très bien l’avoir sur sa peau. Ça le fit rire. Non, ça ne lui irait pas. Ça irait chez d’autres espèces, mais pas sur un gobelin. Un gnome, peut-être.

Ça tombait bien car, aux yeux de tous, il était un gnome. 

Il se donna les derniers points de courage qui lui manquaient et sortit de son atelier, essayant de projeter une façade confiante de sa personne alors qu’il allait rejoindre ses amis. 

Dès qu’il s’assit à la table, il nota les regards interrogateurs des autres, mais il essaya de ne pas y faire attention et stoppa Noé pour que celui-ci aille demander à Lif de lui préparer une bière. C’est Pok qui, le premier, fit une petite tape sur le bras de Brik pour le regarder d’une façon étrange. La table était plongée dans le silence alors que tous les regards étaient braqués sur lui, ce qui était quand même très intimidant.

– On va faire comme si rien n’était étrange ? hasarda Perceval d’une petite voix.

– Bien sûr que non ! s'insurgea Jarek. Non mais sérieux Brik, c’est quoi cette merde ?

Il frissonna. Ce n’était pas vraiment à ces premiers mots qu’il avait imaginé venant du pistolero. Mais peut-être fallait-il lui expliquer la raison de ce changement ? Enfin, une partie de la vérité.

– C-C’est pour tester un nouveau style !

– Avec une fausse moustache ? répondit Lirith, confuse.

– Oui oui ! Je trouvais que… Que ça donnait un style !

Il voyait bien que son explication ne convenait pas. Il n’avait jamais vu autant de scepticisme dans les yeux de ses amis. Et pourtant qu’est-ce qu’il leur avait caché des choses, il devrait être habitué à mentir ! Mais apparemment, il n'était pas aussi bon qu’il le pensait. 

– Bah pourquoi vous la mettez sur votre masque ? C’est comme si je mettais une fausse moustache sur ma moustache, c’est complètement con.

La joie qui avait pris possession du corps de Brik s’évapora aussi vite qu’elle était arrivée. Il ne s’attendait pas à ce que Jarek dise ça, mais en même temps il n’avait pas tort. Lui-même avait trouvé ça idiot de la mettre sur le tissu de son masque.

– J’aurais pas pu faire autrement… marmonna-t-il.

– Bah vous auriez pu retirer votre masque, releva Elliott.

Bien sûr que non ! Il sentit le stress prendre possession de son corps. Cette discussion ne prenait pas du tout la direction qu’il avait prévu, et il avait l’impression de plus se ridiculiser qu’autre chose. Il n’osait même pas rencontrer le regard de Jarek, il avait peur de ce qu’il pourrait trouver derrière ces lunettes.

– Vraiment Brik, si vous voulez garder ça faut pas le masque avec. Vous devez pas être aussi moche que Perceval quand même, hein ?

En temps normal, il aurait ri avec les autres de cette remarque. Il aurait rougit aussi, car Jarek disait après tout qu’il n’était pas si laid. Mais il n’en était rien. Il se sentait juste idiot et honteux. La bière que venait de lui apporter Noé ne pouvait pas mieux tomber. Il la sirota à la paille alors qu’il retira cette ignoble moustache qu’il détestait désormais. La discussion avait repris un sujet normal, comme si de rien ne s’était passé. Peut-être pour le mieux. Brik ne voulait pas repenser à ce moment. 

Peut-être que ce n’était pas la moustache chez Billy Dante qui plaisait à Jarek. Billy Dante était un sacré personnage, il serait le premier à l'avouer. Il fallait juste qu’il trouve le bon élément qui ferait avoir les étoiles plein les yeux au pistolero.

Et même si cette expérience était un échec, Brik était connu pour être déterminé. C’était comme une invention : le prototype ne fonctionnait pas, alors il fallait l'améliorer.

Derrière son masque, un sourire déterminé se cachait. 


 

– On va où du coup ? demanda Pok.

– Chez un commerçant de vêtements ! J’en ai vu un pas très loin !

Perceval et Pok le regardèrent comme s’il avait sorti la pire des énormités. En même temps, ce n’était pas prévu qu’ils le suivent !

À la base, Brik avait juste dit qu’il sortait car il avait des courses à faire. Pok s’était alors proposé pour l’accompagner et, peut-être par ennui ou par peur de ce qui pouvait se passer - peut-être les deux, Perceval les rejoignit avec ses deux gardes. Ce qui, clairement, ne l’arrangeait pas. Il aurait préféré faire ses emplettes seul, comme il en avait l’habitude. Enfin, il espérait qu’ils n’allaient pas poser plus de questions que ça.

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils arrivent dans la boutique. Brik avait essayé pendant tout le trajet de répondre le plus subtilement aux questions de ses coéquipiers. Oh bon sang, il espérait qu’ils n’allaient pas le déranger plus que ça une fois à l’intérieur.

La boutique était pleine à craquer. En tout cas de vêtements, pas spécialement de monde. Une femme humaine d’une quarantaine d’années se trouvait derrière le comptoir, lisant quelque chose et leur jetant à peine un regard. Pok et Perceval, trop impressionnés, ne remarquèrent pas que leur ami s’était faufilé pour aller vers le rayon qu’il avait trouvé auparavant. 

C’était celui pour les vêtements de personnes de plus petites tailles. Et, pour son plus grand bonheur, il y avait de tous les styles et surtout de sa taille. Brik n’a jamais été quelqu’un de dépensier dans le milieu vestimentaire. D’ailleurs, il ne s’est jamais vraiment intéressé à ça : pour lui la protection est avant tout le plus important. Mais pour une fois, il allait faire un effort et oublier cette notion.

Il alla direction les couvre-chefs, se mettant à fouiller pour trouver celui qu’il avait repéré. En espérant qu’il n’avait pas été vendu depuis… Mais une petite exclamation de joie lui échappa lorsqu’il le retrouva : un chapeau étiqueté “cow-boy”, pour peu que ça veuille dire quelque chose. Peut-être un mot inventé pour mieux vendre. Quoi qu’il en soit, sur lui ça fonctionnait car il le prit, le regardant sous toutes les coutures. Il ressemblait tellement à celui de Billy Dante. Il ressentit une pointe de colère à la simple pensée de cet homme, mais essaya de passer outre et de se focaliser sur sa mission.

Il retira sa passoire pour la remplacer par le chapeau et ensuite se mettre devant un miroir. Il grimaça rien qu’en voyant son reflet : ça ne lui allait tellement pas ! Il tenta de le mettre d’une autre manière, mais il semblait toujours idiot ainsi. Enfin, en même temps, il avait envie de dire que Billy Dante était idiot. Il ressemblait bien au personnage comme ça…

– Pourquoi vous vous déguisez en Billy Dante, Brik ?

Il sursauta à la voix de l’ensorceleur, se retournant pour faire face à ses camarades. Ils le regardèrent avec une expression étrange qui le fit rire nerveusement.

– J-Je me déguise pas du tout, c’est faux ! C’est un nouveau style que je tente !

Ils penchèrent la tête sur le côté d’une synchronicité qu’on pourrait penser qu’ils l’avaient fait exprès. L’incompréhension se faisait surtout dans les yeux de Perceval. Pok, lui, semblait bien comprendre pourquoi il faisait ça. Ça ne lui plu pas.

– M-Mais c’est parce que vous avez pas la tenue entière en tête ! Vous allez voir, il me faut les bottes et-

– Nan mais Brik, M’sieur Jarek se moquera plus de toi qu’autre chose.

Il se figea. Parfois, il faudrait qu’il apprenne à Pok de ne pas dire tout ce qu’il lui passait par la tête. Perceval fronça les sourcils.

– Quel rapport avec Jarek ? 

– Rien rien ! s’exclama Brik, les joues rouges. Il n’y a aucun rapport avec M’sieur Jarjar ! Moi je vais aller chercher-

Sans crier gare, Pok lui fit un croche-patte qui le fit se rétamer la tête la première sur le sol dans un fracas métallique. Il entendit Brak se plaindre dans son armure alors que la gérante leur demanda de faire moins bruit, comme si on était dans une bibliothèque. Il se releva avec difficulté, rattrapant le chapeau qui s’était envolé lors de sa chute, lançant un regard noir à son ami. Celui-ci semblait plus que sérieux.

– Arrête ! Tu vas dépenser de l’argent pour rien !

C’était ironique de la part de Pok de dire ça, lui qui n’avait pas forcément une meilleure gestion de son argent. Il allait répliquer lorsque Perceval se plaça entre eux deux.

– Bon, je vais pas demander ce qu’il se passe entre vous et Jarek, Brik. J’en ai pas grand-chose à faire si je suis sincère. En revanche j’aime pas vous voir vous énerver avec Pok. C’est bizarre. Vous vous prenez jamais la tête comme ça.

Il avait raison. Il arrivait qu’il se prenne la tête avec son meilleur ami, mais jamais à ce point. Surtout pour quelque chose d’aussi ridicule que… Eh bien, Jarek. Il s’en voulait presque que ça le touche autant. En temps normal, il n’aurait jamais réagi ainsi. Était-ce aussi la peur que Perceval découvre son secret qui l’avait fait être plus impulsif ? C’était une supposition, mais ça ne voulait pas dire qu’il devait être pardonné. Il a toujours détesté se disputer avec Pok, en plus.

Il souffla, retirant le chapeau et regardant le kobold avec des yeux désolés. Il s’excusa d’une petite voix sincère, et il remarqua que Pok ne faisait pas le fier non plus dans cette situation. Il tapota l’épaule de son ami en reprenant le couvre-chef pour le reposer à sa place d’origine.

– J’étais sincère, Brik. Si tu te déguisais comme ça, M’sieur Jarek allait passer son temps à se moquer. Je ne suis pas sûr que c’est ce tu veuilles.

Il aurait détesté ça, c’est vrai. L’épisode de la fausse moustache le faisait suffisamment frissonner comme ça à chaque fois que ça lui revenait à l’esprit. Le kobold revint avec sa passoire et la lui tendit.

– T’es mieux avec ça, tu trouves pas ?

Le sourire bizarre de Pok était toujours appréciable à voir, ça vous redonnait confiance en vous. La naïveté de Pok était ce qui lui avait développé sa gentillesse et sa maîtrise des mots pour remonter le moral. Brik sourit derrière son masque, remettant sa passoire et hochant la tête. Voilà, le problème était réglé. Ils pouvaient donc repartir.

– Mais du coup… Je peux quand même savoir c’est quoi l’histoire avec Jarek ? En vrai je suis un peu curieux...

Ils se retournèrent vers l’ensorceleur. Bon sang, ils l’avaient oublié et le rouge monta aux joues de Brik. Pok et lui se jetèrent un regard en coin.

Comment ça allait se terminer cette histoire ? 


 

L’épisode de la boutique de vêtements ne l’avait pourtant pas empêché de vouloir tester une dernière chose. Une chose qui n’était pas de ressembler à Billy Dante et qui pouvait provoquer les railleries de Jarek. Il fallait l’impressionner autrement.

Et qu’est-ce qui impressionnait Jarek ? Les capacités de tirs.

Billy Dante était fort en tir, même Brik pouvait le dire. Et peut-être que c’était quelque chose qui plaisait à Jarek, de voir quelqu’un aussi bon avec un pistolet. Il fallait donc que Brik s’améliore, qu’il montre que lui aussi, savait manier une arme.

Il avait passé du temps dans son atelier à modifier un pistolet qu’il avait trouvé dans une ruelle d’Eau-Profonde. C’était assez simple, il avait l’habitude maintenant d’améliorer des armes de ce type. Il fallait qu’il améliore la puissance, la précision de l’arme, et c’était un jeu d’enfant pour quelqu’un comme lui. Au bout de deux jours, le pistolet lui semblait parfait. Il avait même pu le décorer un peu de quelques bouts de ferrailles brillants, et il n’a jamais été aussi fier d’une de ses créations.

Il se trouvait désormais dans la ruelle près de l’auberge, des tonneaux et autres canettes se trouvant au bout de celle-ci. Il fallait qu’il s’entraîne, qu’il soit parfait lorsque Jarek le verra. L’adrénaline traversa tous ses membres alors qu’il pointa le pistolet. Il ferma un œil, le doigt sur la détente, et…

La balle se ficha dans le mur.

Bon, il ne pouvait pas réussir du premier coup. Il n’a jamais été très bon au tir, mais il pouvait s’améliorer ! Il retenta, et cette fois la balle alla dans le coin gauche d’une des canettes. Un sourire fier se dessina derrière son masque. Voilà, c’était la preuve qu’il pouvait y arriver !

Il continua comme ça : parfois les balles atteignaient leurs cibles, parfois non. Mais il s’étonna à prendre plaisir à cette activité, et il comprenait un peu mieux pourquoi Jarek ne pouvait se débarrasser de Maggie. Il y avait quelque chose de satisfaisant à avoir le poids d’un pistolet dans sa main.

– Pas si mal pour un débutant.

Il se stoppa, le doigt sur la gâchette. Cette voix… Bon sang, Jarek était bien la dernière chose dont il avait besoin en ce moment ! Il baissa l’arme et se retourna vers son camarade.

– M-M’sieur Jarjar ! Ç-Ça fait longtemps que vous êtes là ?

– Depuis que vous avez commencé votre boucan dans la ruelle. On vous entend de l’auberge ! Je pensais qu’on allait se faire attaquer mais, en fait tout va bien. Depuis quand vous vous entraînez au pistolet, Brik ?

– D-Depuis peu… Je me suis dit que ça pouvait… M’offrir plus de techniques pour me battre, vous voyez ?

Jarek pencha la tête sur le côté, semblant peu convaincu. Brik devait lui montrer absolument qu’il était fort ! Pour ne pas qu’il doute ! Redoublant d’énergie, il se retourna vers son stand de tir improvisé, un regain de confiance prenant possession de son corps. Il visa, se positionna pour ne pas avoir trop de recul, et…

Et lorsqu’il appuya sur la gâchette, un ballon d’enfant frappa contre sa main, déviant la trajectoire de son tir. La balle ricocha contre le mur pour briser l’une des fenêtres de l’auberge. Un cri retentit, glaçant le sang de Brik. Quand il se retourna, hors du visage de Jarek qui avait un sourire en coin, il remarqua Noé et ses amis qui les regardèrent avec peur à l’entrée de la ruelle. Évidemment, ça ne pouvait qu’être eux ! 

– Ah ! C'est quand même pas de chance ! S’il y avait pas eu ce ballon, vous étiez à ça de toucher votre cible !

Le rire de Jarek résonna à ses oreilles et il en frissonna. Il avait l’impression d’être de retour à cette table, avec cette fausse moustache ridicule sur le masque. 

– Pourquoi vous pouvez jamais être content quand je tente de vous impressionner ?!

Il sortit de la ruelle, laissant un Jarek pantois derrière lui. Il ne s’attarda même pas sur Noé, le garçon devait suffisamment s’en vouloir, il n’avait pas besoin de l’engueuler en plus. Et de toute façon, il n’était pas d’humeur pour ça. Il voulait s’isoler, penser à autre chose.

Il trouva un petit coin tranquille, une petite impasse sans rien ni personne. Il s’assit par terre, l’air défaitiste.

Pourquoi tout ce qu’il tentait de faire était un échec ? Pourtant, tous ses calculs étaient bons, ça aurait fonctionner ! Certes, il n’avait pas beaucoup de compétences en termes de séduction, mais il faisait tout ce qu’avait Billy Dante. Alors pourquoi ça ne fonctionnait pas ?! Pourquoi Jarek ne le regardait pas de la même manière ?!

Il entendit des pas s’approcher, voyant un manteau du coin de l'œil : bien sûr, Jarek ne pouvait pas le laisser en paix. Il tourna sa tête sur le côté.

– Vous êtes venu vous moquer c’est ça ?

Il n’eut pas de réponse tout de suite. Jarek cala son dos contre le mur, à côté de lui. Il l’entendit prendre une gorgée de sa flasque.

– Pourquoi vous voulez m’impressionner, Brik ?

Il sentit sa gorge se serrer, ses yeux piquer. Il secoua la tête. Il ne pouvait pas pleurer, et surtout pas devant Jarek ! La situation serait encore pire ! Il prit une grande inspiration. Comment pouvait-il expliquer ça sans dire concrètement pourquoi il le faisait ? 

– Parce que… Parce que vous m’impressionnez, M’sieur Jarjar. Je veux… Je veux en quelque sorte que vous soyez content de moi, aussi.

C’était pas totalement faux, n’est-ce pas ? Le silence s’installa à nouveau, mais cette fois il le stressait, lui donnait des sueurs froides dans l’attente d’avoir une réponse. 

– Vous avez pas besoin d’être différent pour ça, Brik. Au contraire, quand vous êtes comme ça, vous m’énervez. C’est pas vous ça, faire joujou avec un flingue. Vous vous êtes pris pour Billy ou quoi ?

La fin de son commentaire faisait mal. Il ne répliqua pas, préférant regarder le sol. Il entendit pourtant Jarek s’accroupir à son niveau, et il ne put s'empêcher de le regarder. Il avait un petit sourire en coin, mais pas moqueur comme les autres fois, et ses yeux derrière ses lunettes donnaient un certain éclat de gentillesse. Enfin, gentillesse à la Jarek, mais ça lui suffisait pour rougir.

– J’vous assure, Billy c’est pas le meilleur modèle que vous auriez pu prendre. En fait, vous devriez pas prendre de modèle du tout. Vous êtes très bien comme vous êtes. J’vous aime bien quand vous êtes vous même.

Oh bon sang, il était sûr que ses joues étaient si rouges que même le pistolero pouvait le remarquer. Était-ce pour cela que son sourire s’accentua, relevant sa moustache ? Que Brik était heureux pour une fois de porter un masque, parce que le sourire idiot qu’il avait aurait été impossible à expliquer.

– M-Merci beaucoup, M’sieur Jarjar. Ça me touche beaucoup.

Il n’essaya pas de penser au fait que Jarek ne le connaissait pas totalement, qu’il ne savait pas son secret sur sa véritable identité. Non, il ne voulait pas y penser car il voulait chérir ce moment où le pistolero lui avait dit qu’il l’aimait bien comme il était. Son cœur battait si vite, mais c’était un sentiment si euphorique, si bon.

Jarek, satisfait, se releva alors.

– Allez, venez. On devrait rentrer à la taverne, va falloir expliquer pourquoi il y a un trou dans une des fenêtres. En espérant que le mec que vous avez touché soit pas trop amoché.

Oh, il avait oublié ça dans l’euphorie de l’instant. Il se releva à son tour, confiant et déterminé, hochant la tête, alors qu’ils prirent le chemin pour se rendre à la taverne.

Bien qu’il ne soit pas très fier de ce qu’il avait fait, Brik se sentait plus léger. Il se sentait bien, parler avec Jarek sur le chemin n’avait jamais semblé aussi facile que maintenant. Il s’étonna même à être détendu, comme s’il était sur un petit nuage.

C’était bien parfois, d’être juste soi-même.