Actions

Work Header

Une balle à Massada

Summary:

Novembre 1964. Entre secrets, rancunes et fantômes du passé, Tintin et Lili, en reportage dans le désert de Judée, vont apprendre à leur dépens que Massada n’est pas qu’un simple site archéologique.

Notes:

Pour aller plus loin…

Quelques lectures proposées si vous voulez en savoir plus sur :
• La relation entre le Capitaine Haddock et Lili Goldenberg : L'Ombre du Reporter et Bonne nuit, vieux Loup
• La relation entre Tintin et Martine Vandezande : Les Ombres de Moulinsart et Tempête sur le Ramona

________________________________________
Le tourne-disque de Massada

Pour retrouver l’ambiance dans laquelle j’ai écrit Une balle à Massada, je vous propose :

• L'OST de Death on the Nile de Patrick Doyle (mention spéciale à "Abu Simbel" lorsque Tintin découvre Massada dans le chapitre 3)
• "La Java bleue" de Fréhel
• Pour le dernier acte relatif à la traque de Müller, l'OST des saisons 1 et 3 de la série Fauda, composée par Guilad Benamram, m'ont beaucoup marquée (dans le sens où j'ai pondu les dix derniers chapitres avec cette musique non-stop dans les oreilles lol)

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

Israël. Kibboutz Ein Gev. Janvier 1961.

Le blé est jeune, vert tendre, à peine monté. Le sol collant, encore lourd des pluies récentes. Accroupie dans le champ, une binette courte à la main, Lili sent son dos l’élancer. Elle se redresse en grognant, frotte ses mains noires sur sa chemise épaisse, et se laisse aller quelques instants à contempler le paysage.

À l‘Est, dans la lumière basse d’hiver, le plateau du Golan dessine une ligne sombre dans le ciel. Une légère brise lui parvient depuis le Yam Kinneret[1], un parfum mêlant effluves d’eau douce et de terre. Ce qui prime par-dessus tout, c’est le calme. Le froissement des mauvaises herbes arrachées, un appel lointain dans le Kibboutz.

Lili ferme les yeux, inspire longuement.

- Tu manies la binette comme une bourgeoise en vacances ! Tu veux bousiller les plants ?

Une voix moqueuse, teintée d’un accent bostonien à peine voilé.

Elle rouvre les yeux, agacée. Devant elle, un homme massif, cheveux brun sombre, regard perçant, la dévisage d’un air goguenard, cigarette à la bouche, mains dans les poches.

Elle réplique, sèche :

- Et toi, c’est pas avec ta dégaine de feignasse que tu vas faire pousser le blé.

Il la fixe, d’abord un peu surpris, puis amusé.

- T’as du répondant, Motek[2]. Pas comme les autres ici.

- Arrête avec ton Motek, Donowitz. Je suis pas ta poupée.

Elle lui tourne le dos et se met à manier énergiquement sa binette, bien décidée à ne pas se laisser impressionner par cet ours trop sûr de lui. Son geste reste néanmoins maladroit.

Donowitz s’avance, la saisit par le poignet, corrige sa prise fermement.

- Comme ça. Sinon tu te casses le dos, lui dit-il plus doucement.

Cette fois-ci, nulle trace de moquerie dans sa voix. Lili se fige, consciente de la chaleur de sa main sur la sienne. Elle pivote vivement, leurs visages à quelques centimètres. Elle soutient son regard, décontenancée comme à chaque fois par sa facilité à jongler entre arrogance et gentillesse. Puis, sans prévenir, elle éclate de rire.

- T’es qu’un sale con, tu le sais ça ?

Il se met à rire également, se penche un peu plus vers elle.

- Et toi, tu me fatigues.

Ils se dévisagent dans un silence chargé, indifférents aux autres membres du Kibboutz qui travaillent un peu plus loin dans le champ, à leurs rires, au ronronnement du tracteur. Elle hésite une seconde, puis lâche son outil. Le saisissant par la laine de son pull élimé, elle l’attire à elle et l’embrasse sans aucune douceur.


[1] Yam Kinneret : lac de Tibériade

[2] Motek : terme affectueux en hébreu. Peut se traduire par « chérie » ou « ma jolie »