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Un joli rendez-vous

Summary:

Ce texte est un peu spécial, c'était une idée fugace que j'ai eu et que j'ai décidé d'adapter pour le jour "dates" de la quanyin week 2026 :)
Elle met en scène mon modern AU réincarnation Quanyin.
Il n'est pas nécessaire d'avoir lu la fan fiction de base pour apprécier celle-ci :)
Quelques références y sont glissées sans être majeures.
Et ne la prenez pas comme un spoilers non plus , juste comme un extra, une petite part de gateau soudainement apparut sur la table de la cuisine!
je vais juste ajouter un court résumé pour que vous ne soyez pas perdu!
Résumé rapide de "La ligne des noeuds" :
Quan Yizhen voyage jusqu'en Belgique pour retrouver la réincarnation de Yin Yu. Il y trouvera un jeune homme de 19 ans étudiant l'art de l'hôtellerie dans une prestigieuse école, mais le garçon semble très peu maître de son destin, submergé par la mémoire de ses anciennes vies et coincé dans une spirale psychologique dangereuse. Heureusement que Yizhen est là pour aider... n'est ce pas?
Ne soyez pas surpris par l'extra dans l'extra, je vous expliquerai tout à la fin 😂

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

« J’aimerais aller prier dans un de tes temples. »

 

Quan Yizhen, assis sur le lit en tailleur, avait détourné les yeux de sa console de jeu portable pour se tourner vers l’origine de la voix, laissant un instant le son seul de la console comme fond sonore. Son regard rencontra le dos de Yin Yu, qui étudiait à son bureau, penché sur sa tablette, la main appuyée contre sa joue, le coude surplombant la table, trahissant un certain ennui face à l’étude.

L’attitude du jeune homme aux cheveux sombres ne laissait rien paraître, si ce n’est une scène totalement anodine, une pensée fugace.

 

« Tu peux me parler ici, Shixiong… Si tu souhaites quelque chose de moi, je réaliserai tous tes voeux»

 

La voix du jeune dieu aux cheveux rebelles laissait transparaître une certaine perplexité, un soupçon d’inquiétude et même lui trouvait cela assez soudain de la part de son ancien grand-frère d'armes.

 

« Ce n’est pas uniquement pour prier. C’est bientôt un jour spécial, non? Tes temples doivent être magnifiques à voir en ce moment. J’aimerais aller les voir avec toi. »

 

Le jeune étudiant laissait sous-entendre une curiosité sincère. Il tourna la tête pour croiser le regard du dieu à travers ses lunettes.

 

« Ça te dérange? » ajouta-t-il.

 

Quan Yizhen lâcha la console, l’abandonnant à côté de l’oreiller, et se rapprocha de Yin Yu, toujours en tailleur, à l’aide de quelques petits rebonds sur le lit.

« Bien sûr que non, si Shixiong souhaite y aller, alors on ira. »

 

Yin Yu recula sa chaise de bureau, la laissant doucement rouler vers l’arrière pour aller à la rencontre de Quan Yizhen, qui la réceptionna avec succès et délicatesse. D’une légère pression de la main, le dieu fit tourner la chaise pour se retrouver enfin face à face avec l’être tant aimé.

Les fins cheveux ébènes de Yin Yu flottaient avec légèreté, entraînés par le mouvement rotatif de la chaise. 

 

Leurs yeux se rencontrèrent.

 

Le cœur de Quan Yizhen manqua un battement, comme toujours.

 

La bouche de Yin Yu s’étira en un charmant sourire, faisant légèrement remonter le grain de beauté sous son œil gauche, visible derrière les lunettes.

 

Un autre battement fut oublié.

 

« Merci Yizhen. »

 

Se penchant vers l’avant, les bras de Yin Yu passèrent derrière la nuque de Quan Yizhen, et il déposa un léger baiser chaste sur sa joue, qu’il laissa duré quelques longues secondes, comme incapable de se séparer de sa nouvelle moitié, humant avec plaisir le parfum de fleur de lotus qui s’échappait de la chevelure léonine.

 

Ne pouvant résister à cette tentation, les bras fermes du dieu s’enroulèrent autour des reins de Yin Yu et, d’un geste assuré, Quan Yizhen le fit glisser de la chaise pour l'entraîner avec lui en arrière. 

Couchés tous deux sur le lit, sa prise allongée contre lui, le dieu de l’Ouest nicha son visage dans le cou du jeune réincarné, laissant son souffle caresser l’arrière de l’oreille de Yin Yu, qui se mit à rire doucement.

 

« Ça chatouille! »

Mais un baiser particulièrement humide et nécessiteux ramena le jeune homme enlacé à la réalité, et il se redressa subitement sur ses coudes pour faire face à son partenaire, sentant la tension monter et ses oreilles devenir vermeilles

« Eh! Yizhen! On a pas fini de parler, là! »

 

« On parlera après…? »

 

« Je dois encore étudier après! »

Quan Yizhen, un peu boudeur, pencha la tête sur le côté tel un petit chiot.

 

« Après après…? Shixiong a déjà étudié toute la journée… »

 

C’est avec un visage résigné que Yin Yu caressa les joues de Quan Yizhen simultanément avec ses deux pouces, déposant un baiser tendre sur le front de son ancien shidi, entre deux mèches de cheveux rebelles. Il posa ensuite sa tête en douceur contre la poitrine de Quan Yizhen, écoutant le rythme apaisant de son cœur et sentant les doigts de ce dernier parcourir son dos sous le tissu de son t-shirt.

 

« Après après… si je ne suis pas trop fatigué. »

 

Ils restèrent ainsi en silence quelques instants, profitant de ce moment, avant que Yin Yu reprenne la parole.

 

« Je devrais probablement prendre l’avion pour y aller. Mon père sera au courant… »

 

L’idée n'enchantait vraiment pas le jeune mortel.

 

« On pourrait utiliser les dés…? » proposa Quan Yizhen naturellement, mais l’idée fut bien vite coupée par l’autre garçon.

 

« Tu n’as pas le droit d’emmener un humain avec les dés, Yizhen. »

 

« Hua Cheng acceptera. Shixiong n’est pas un simple humain. »

 

Yin Yu haussa un sourcil avant de rire face à tant de certitude de la part de son ancien shidi.

 

« Je suis un “simple” humain, Yizhen…Et tu as l’air bien sûr de toi… »

 

Et Quan Yizhen semblait vraiment sûr de lui.

 

« Il acceptera si je demande à Xie-xiong avant. »

 

Yin Yu souffla du nez, amusé par la logique.

 

« Petit futé… »

 

« Et comme ça, ton père n’a pas à le savoir. »

Quan Yizhen marqua une pause 

« Shixiong…” Le ton amenait une question “C’est un vrai rendez-vous amoureux? »

 

Yin Yu, perplexe, redressa sa tête pour regarder le visage du dieu de l’Ouest, les lunettes légèrement descendues sur son nez.

 

« Yizhen, on…ah… »

 

Yin Yu se mit à rougir violemment.

 

« On a plus vraiment besoin de rendez-vous amoureux maintenant, tu sais. »

 

« J’aime les rendez-vous amoureux. J’en veux encore. »

 

Le jeune mortel aux joues roses le dévisagea un moment avant de lui offrir le plus beau des sourires.

 

« Alors c’est un date. »

 

Le cœur comblé de Quan Yizhen allait vraiment finir par s’arrêter un jour.



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Quan Yizhen n’eut même pas besoin d’insister lorsqu’il donna la raison de l'utilisation des dés avec Yin Yu: la demande fut immédiatement acceptée par le Roi fantôme, sans même passer par son tendre et cher époux. L’homme au teint blafard ne le montrait pas souvent, mais il avait le bonheur de son ancien employé et ami à cœur.

“C’est pour un rendez-vous amoureux avec Shixiong” sembla être une raison suffisante (et amusante) pour transgresser l’une de ses propres règles.

 

Ainsi, en un coup de dés et un passage de porte, les tourtereaux se retrouvèrent à l’autre bout du monde. De la petite chambre estudiantine, ils passèrent à une rue commerçante chinoise, bondée et bruyante. Ils avaient convenu de dormir sur place afin que Yin Yu puisse profiter du dépaysement et s’aérer l’esprit, embrumé par les études.

 

“Viens Shixiong! Mon temple est de ce côté!” 

 

Quan Yizhen attrapa le sac à dos de Yin Yu, rempli de leurs affaires,et le passa par-dessus son épaule gauche avant de saisir la main de son compagnon, l'entraînant dans la grande rue.

 

“On ne devrait pas d’abord trouver un endroit où passer la nuit?”

 

Profitant de l’arrêt de Quan Yizhen suite à sa question, le jeune étudiant sortit de la poche avant du sac les écouteurs anti-bruit de ce dernier et les lui tendit, connaissant l’aversion du dieu pour les environnements trop bruyants.

 

“On pourrait dormir à mon palais.”

 

“Yi… Yizhen, tu ne peux pas m’emmener à la capitale céleste !” répondit Yin Yu, presque horrifié par l’idée. Il baissa aussitôt la voix, conscient d’être en pleine rue, contrairement à Quan Yizhen qui s’en moquait totalement.

 

“Pourquoi pas? Hua Cheng se permet bien d’y aller avec Xie-xiong. Ce n’est pas un officier céleste. Alors pourquoi pas Shixiong ?” 

 

Quan Yizhen prit les écouteurs, sans toutefois les mettre immédiatement.

 

“Je… ne suis qu’un simple humain, Yizhen. Ma place n’est sûrement pas aux cieux.”

 

“C’est un fantôme, il n’a pas sa place non plus. Mais il a sa place à côté de Xie-xiong, alors personne ne dit rien.”

 

Entre les lignes, Yin Yu comprit que son compagnon voulait officialiser leur relation naissante aux yeux des autres, fier comme un coq.  Comment aurait-il pu lui en vouloir, après l’avoir cherché si longtemps alors que tous lui disaient qu’il n’y parviendrait jamais ?

Cerise sur le gâteau, il avait même réussi l’exploit de le courtiser, maladroitement, certes.

 

“Je vais y réfléchir…” 

 

Rien que l’idée faisait déjà trembler ses jambes d’angoisse. La main de Quan Yizhen se resserra alors un peu plus autour de la sienne, devenue légèrement moite sous le stress.

 

“Personne n’a plus sa place que toi là-bas, Shixiong. Et si tu n’y crois toujours pas, tu peux te dire que tu as ta…”

 

Yin Yu l’interrompit fermement, rouge de gêne, redoutant la suite de la tirade.

 

“Allons déjà à ton temple, le temps que je réfléchisse, d’accord ? Et prenons quelque chose à manger en chemin.”

 

La nourriture était toujours un excellent moyen de détourner une conversation embarrassante et ce fut effectivement efficace: Quan Yizhen retrouva immédiatement son enthousiasme et annonça sa préférence.

 

“J’ai envie de raviolis farcis à la viande.”

 

Il mit ses écouteurs pour filtrer le vacarme ambiant, mais entendait toujours parfaitement le rire cristallin et sincère de son amant, à ses côtés.

 

“Ça me va aussi.”

 

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Yin Yu ne savait vraiment pas à quoi s’attendre en arrivant au temple. Il savait que la popularité de Qi Ying avait fortement décliné durant ses (trop longues) années de recherche, et il s’était sincèrement préparé à une catastrophe. Il ne se souvenait que très vaguement de la gloire passée de Quan Yizhen, trop de souvenirs étaient flous, dissous dans le flot des âges et des vies réincarnées. Remuer cette boîte à souvenirs relevait souvent d’un enfer moral et physique, semblable à un rayon de lumière bien trop brutal dans l’obscurité. Mieux valait refermer le couvercle plutôt que risquer d’en être aveuglé.

Cela frustrait souvent Quan Yizhen lorsqu’il évoquait un de leurs souvenirs passés et que Yin Yu, faute d’autre réaction plus juste, lui souriait tendrement pour signifier qu’il ne s’en souvenait pas, ce qui rendait son ancien shidi profondément triste.

 

Avant leur relation, Yin Yu se contentait de lui ébouriffer les boucles avec une affection amicale. Depuis que leur lien était devenu plus intime, bien que non officiel, ce geste s’était mué en un timide baiser désolé au coin des lèvres (qui finissait invariablement par une étreinte bien plus passionnée).

 

Honnêtement, la vue du temple était extraordinaire.

 

Les colonnes, voussettes, décoration de toit rouges et or étaient somptueusement sculptées de dragons mythologiques, à la foi menaçants et majestueux. Les symboles de la lune apparaissaient presque aussi souvent que ceux du soleil, un détail qui pouvait sembler étrange à un regard extérieur, la lune n’étant pas traditionnellement associée à Qi Ying Dianxia.

L’odeur de l’encens imprégnait l’air, et chaque tuile avait été polie avec soin pour refléter la lumière des étoiles et de la lune.

La nuit était déjà tombée, et l’ensemble du temple n’était éclairé que par des lanternes rouges se balançant à l’unisson dans le vent, accentuant la chaleur du lieu.

Quelques dévots attendaient à l’extérieur du temple pour adresser leurs prières à Qi Ying Dianxia et d’autres chuchotaient entre eux avec un respect feutré.

 

Alors que Yin Yu s’avançait pour entrer, Quan Yizhen le retint par la manche de son blouson, le forçant à se retourner, incrédule.

 

“Shixiong… je suis désolé…”

“Pourquoi t’excuses-tu, Yizhen?”

 

“En réalité, c'est un de tes temples… tu ne t’en souviens pas…?”

 

Yin Yu le regarda avec perplexité, ajustant ses lunettes avant de laisser échapper un léger rire, baissant instinctivement la voix. Tout cela lui semblait bien loin de sa réalité.

 

“Cela doit bien faire un millénaire que je n’ai plus de temple, Yizhen. Si je peux vraiment affirmer qu’une chose pareille m’ait un jour été dédiée”

 

“C’est vraiment un de tes temples ! J’ai tout fait pour le sauver! Mais mes croyants ont fini par me l’attribuer…”

 

“Et tu pensais que cela me mettrait en colère ? Alors pourquoi m’emmener ici…?”

 

“Parce que c’est le plus beau et le plus précieux à mes yeux… et celui que je voulais vraiment préserver de ma chute…”

 

Ces mots frappèrent Yin Yu comme un coup de poignard en plein cœur. Cette phrase était lourde de toute la souffrance et le désarroi qu’avait dû ressentir Quan Yizhen au cours de sa descente aux enfers. Il avait choisi de préserver ce qu’il restait de Yin Yu plutôt que de penser à lui-même, à la perte de ses propres temples.

Ils n’en avaient jamais parlé, mais Yin Yu était presque certain que Quan Yizhen avait conscience de cette forme de suicide qu’il avait, lucidement ou non, orchestrée.

 

Il n’y tint plus. Malgré le caractère sacré du lieu, heureusement à bonne distance, il prit Quan Yizhen dans ses bras avec fermeté, froissant sa veste de cuir dans une étreinte soudaine, tendre mais appuyée. Surpris, Quan Yizhen en lâcha le sac, qui s’écrasa au sol, avant de rendre l’étreinte, enfouissant son visage dans le cou et le blouson de Yin Yu.

 

Le silence et l’étreinte durèrent, aucun mot ne vint. Cependant,Quan Yizhen comprit que son compagnon ne lui en voulait pas, au moins pas pour ça.

 

Yin Yu finit par mettre fin à ce moment d’intimité déplacé.

 

“On continue notre date…?” ajouta-t-il sur un ton amusé, reniflant légèrement sans se résoudre à laisser couler ses larmes.

 

“Oui Shixiong! Au fait, le prêtre principal va sûrement me reconnaître.”

 

“Quoi?! C’est pas… interdit pour toi de te montrer aux humains ?!” murmura Yin Yu avec difficulté, face à tant de désinvolture.

 

“Il m’a déjà vu en rêve… mais c'était trop ennuyeux de changer d’apparence.”

 

Yin Yu soupira, espérant que tout ça n’aura aucune conséquence.

 

“Tu prends tout à la légère.”

 

“Tu trouves? Il est sympa, ça ira.”

 

“Ce n’est pas vraiment ça, le problème…”

 

Il eut soudainement très envie de faire marche arrière mais Quan Yizhen l’en empêcha en lui prenant la main, l’emmenant à l'intérieur du temple.

 

Sans surprise, une immense et élégante statue de Qi Ying, armé d’une épée, trônait au centre de la bâtisse, entièrement recouverte de feuilles d’or et ornées de fleurs. De somptueux rideaux rouges brodés l’encadraient, conférant une légèreté presque mouvante à sa stature imposante. Elle n’était pas parfaitement ressemblante, mais d’une beauté indéniable.

 

Le prêtre les remarqua immédiatement. Deux jeunes hommes entrant dans son temple en se tenant la main n’était déjà pas chose commune, mais lorsqu’il posa ses yeux sur celui dont les joues étaient constellé de tâches de rousseur et dont la crinière de lion rebondissait sur ses épaules, il douta soudain de sa propre lucidité. Il resta à distance, observant attentivement.

 

Yin Yu constata que Quan Yizhen n’avait aucunement l’intention de lui lâcher la main.

 

“Il va y avoir des conséquences…” 

 

Il ne l’appela pas par son nom volontairement pour ne pas attiser les soupçons mais Quan Yizhen n’était qu’un idiot indomptable, faisant grincer des dents Yin Yu.

 

“On s’en fiche, Shixiong.”

 

Cette appellation n’échappa évidemment pas au prêtre, et Yin Yu était persuadé que Quan Yizhen l’avait fait exprès.

 

Levant les yeux au ciel, Yin Yu s’approcha de l’autel, rassuré par l’abondance des offrandes. Le temple n’était pas bondé ni désert, les fidèles de Qi Ying étaient encore présents et dévoués. Le nombre de bâtons d’encens plantés dans le sable en témoignait.

Il faut dire que Quan Yizhen avait beaucoup travaillé pour redresser la chute de ses dévots. Depuis les quelques mois où Quan Yizhen était entré dans sa vie, il l’avait vu prendre à nouveau les prières au sérieux, passant des nuits entières à méditer pour répondre à ses fidèles. Le bouche-à-oreille avait aussi fait son œuvre. Les croyants revenaient, lentement, mais sûrement. Il ignorait combien de temples subsistaient encore, et craignait de poser la question.

 

Yin Yu sortit son portefeuille, prêt à faire une offrande, mais Quan Yizhen l’arrêta aussitôt.


“Tu n’as pas besoin de faire ça, Shixiong!”

 

“C’est normal. Je ne vais pas prier sans rien donner.” insista-t-il. “C’est pour la restauration du temple, pas pour toi. Lâche ma main, bon sang.”

 

“Mais j’ai encore plein d’or dans mon palais… je peux payer moi-même…”

 

Quan Yizhen affiche une mine penaude, recommençant ses habituels yeux de chien battu.

 

“Ça me fait plaisir de le faire. Laisse-moi le faire, s’il te plait.” 

 

Les doigts de Yin Yu rencontrèrent tendrement les boucles douces mais agitées du dieu, les replaçant tendrement derrière son épaule, essayant de le calmer et de l’inciter à le lâcher. Ce que Quan Yizhen consentit finalement à faire.

 

“Merci.” 

 

Yin Yu prit trois bâtons d’encens, les alluma à la flamme d’une bougie, puis guida la fumée vers lui d’un geste de la main pour purifier son esprit avant de les planter dans le sable.

 

Quan Yizhen, lui, n’avait pas anticipé ce que prier signifiait réellement. Horrifié, il vit Yin Yu s’incliner devant la statue, puis s’agenouiller sur le coussin au pied de l’autel. L’idée de le voir à genoux devant sa propre effigie lui était insupportable. Yin Yu s’en aperçut aussitôt. Il entrouvrit un œil, tira doucement Quan Yizhen à genoux à ses côtés et posa une main rassurante dans son dos. La tête contre son épaule, il commença sa prière.

 

Quan Yizhen se concentra immédiatement. Il devait trouver cette prière, la saisir avant qu’elle ne s’archive parmi les autres. Malgré leur proximité, il eut du mal à la repérer. Puis la voix qu’il aimait tant résonna, et il s’y accrocha désespérément.



Yizhen… Yizhen m’entends-tu?

 

La pression autour de son bras lui répondit.

 

Yizhen… Je suis désolé, je sais à quel point ce moment est déroutant pour toi. Mais il y a des choses que j’ai du mal à exprimer à voix haute. Je suis vraiment lâche… 

Je n’ai pas de souhait à formuler aujourd’hui. Le seul que j’avais, tu l’as déjà exaucé.


Je t’ai blessé. Plusieurs fois. Dans cette vie comme dans les autres.
Nous nous sommes blessés mutuellement.
Je m’en veux profondément.

Excuse-moi.

Avant toi, ma vie était un enfer. Tu l’as illuminée par ta simple présence.

Tu es mon phare.
Mon repère.

Mon polaris.


Et… je t’aime sincèrement.
Je crois que je t’ai toujours aimé.

 

C’était la première fois que Yin Yu prononçait ces mots.
Quan Yizhen les grava à jamais dans son âme.

Le plus beau des mantras.



Lorsque Yin Yu rouvrit les yeux, il sentit à quel point Quan Yizhen le serrait contre lui. Il tenta maladroitement de capter son regard embué.

 

“Yizhen…?”

 

En guise de réponse à ce murmure, deux mains brûlantes encadrèrent son visage et leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser soudain, chaud, salé.

Le temple disparut. Il n’y eut plus qu’eux.

Yin Yu se laissa aller au baiser, caressant de ses lèvres celles de son amant.

Il y répondit avec autant de tendresse et d’amour qu’il le pouvait, l’amour de milliers d’années perdues.

 

La plus belle des offrandes.

 

L’envie manifeste de Quan Yizhen d’approfondir le baiser le ramena à la réalité et l’adolescent arrêta le ballet de leurs lèvres.

 

“Pas ici ! Viens… j’allume une lanterne pour toi et on rentre…”

 

Quan Yizhen fit une petite moue boudeuse mais Yin Yu changea bien vite l’humeur du dieu en finissant sa phrase.

 

“A la capitale.”

 

Le visage de Quan Yizhen s’illumina soudainement comme un vrai petit soleil.

 

“D’accord! Je vais allumer une lanterne pour toi aussi, Shixiong!”

 

Yin Yu savait bien que cela ne servait à rien, mais ça faisait vraiment plaisir à Quan Yizhen, alors pourquoi pas. C’est main dans la main qu’ils achetèrent leurs lanternes, les allumèrent et les laissèrent s’envoler au gré du vent.

 

Leurs lanternes respectives s’élanceront dans les cieux, côte à côte, dans une danse envoûtante.



“C’est notre plus beau date, Shixiong!”

Yin Yu approuva d’un petit rire avant de déposer un baiser fugace sur la joue du fier Dieu de l’Ouest.

“Oui, et ce ne sera pas le dernier!”

 

Shixiong, tu auras toujours ta place à côté de moi.

 

Tout n’était toujours pas dit. Parfois les mots ne suffisent pas à raconter l’entièreté de ce que l'on ressent. A ce moment, ni Yin Yu ni Quan Yizhen n’en avaient véritablement besoin.

 

Rien n’avait échappé au prêtre. Il n’était pas encore trop tard pour changer la scène de théâtre qui sera jouée pour le Général Qi Ying cette année pour la fête de la mi-automne.

Il y veillera.

Dans les mois qui suivirent, la statue du temple subit d’étranges modifications. La lune y devint aussi présente que le soleil, et une seconde figure masculine apparut aux côtés de Qi Ying : gracile, martiale, un grain de beauté sous l’œil gauche, des cheveux sombres flottant derrière lui.

On aurait juré que les deux statues se regardaient avec malice et tendresse.



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✦•• Extra ••✦



Leurs lanternes s’étaient toutes deux envolées, emportant avec elles leurs pensées les plus intimes.

Yin Yu espérait que la sienne soit comptabilisée pour la fête de la mi-automne. Quan Yizhen, quant à lui, savait déjà qu’il ne serait pas dans le classement mais s’en moquait: la lanterne de l’homme qu’il aimait en valait au moins trois milles.

 

Ils s'apprêtaient à rejoindre la capitale lorsque le bruit de pas, se rapprochant d’eux, interrompit leur départ.

 

En se retournant, Quan Yizhen et Yin Yu découvrirent le prêtre, venu à leur rencontre. Il s’inclina aussitôt dans une révérence si profonde que son front manqua de toucher le sol. Il n’était pas nécessaire de lui demander pourquoi: il avait reconnu son dieu.

 

“Qi Ying Diànxià… Votre présence, en ce jour si particulier, est un honneur immense.”

 

Il resta prosterné, immobile. Il ne vit pas Quan Yizhen répondre simplement par un léger hochement de tête.

 

“Je vois que vous êtes accompagné,” poursuivit le prêtre avec prudence. “Puis-je me permettre de demander…Avez-vous trouvé la personne que vous recherchiez?”

 

“Oui” répondit Quan Yizhen, “C’est Yin Yu Diànxià. Mon petit ami.”

“Yizhen!” 

Yin Yu failli en perdre ses lunettes. Ses oreilles s’embrasèrent aussitôt. Le titre était déjà bien trop élevé pour lui, mais annoncer leur relation avec une telle désinvolture… Il eut une envie irrépressible de faire demi-tour et de s’enfuir.

 

“Yin Yu Diànxià! Alors vous voici enfin! Merci pour votre présence au temple, j’ai beaucoup entendu parler de vous.” s’exclama le prêtre  en se tournant vers le jeune mortel et lui offrit une révérence tout aussi respectueuse.

 

“Vous… Vous avez beaucoup entendu parler de moi…” constata Yin Yu, sentant ses jambes se dérober.

 

“Qi Ying Diànxià est parfois assez loquace en rêve.” répondit le prêtre avec un sourire malicieux en se redressant enfin.

 

La main de Yin Yu se plaqua contre son front. Qu’est-ce que Yizhen avait bien pu raconter ? En plus de ne pas changer d’apparence, il avait conté sa vie entière à ce prêtre…?

 

“Je suis profondément heureux pour vous!” reprit le prêtre en joignant les mains.

“Cet humble homme sait combien Qi Ying Diànxià est souvent déçu des pièces jouées en son honneur lors de la fête de la mi-automne. Alors j’ai pensé… Peut-être aimeriez-vous la jouer ensemble, cette année. Une danse martiale conjointe.” 

 

Il resta courbé, conscient de l’audace de sa requête. Jamais un dieu n’avait participé à sa propre représentation. Mais il connaissait visiblement suffisamment Quan Yizhen pour deviner sa réaction.

 

Les yeux du Dieu de l’Ouest s’illuminèrent aussitôt.

Yin Yu, lui, se décomposa.

 

“Vous… Vous voulez qu’on effectue une danse martiale devant tout le monde…? Mais je n’ai plus pratiqué ce genre d’art depuis… très, trop longtemps!”

“Shixiong!” s’enthousiasma Quan Yizhen. “On va s’entraîner ! Ça va être génial !”

 

Évidemment, Quan Yizhen était sacrément emballé par l’idée. Rien que de s’imaginer faire un duel amical avec Yin Yu le rendait fou de joie.

“Veuillez excuser ce pauvre homme, Yin Yu Dianxia,” s’empressa d’ajouter le prêtre. “Compte tenu de votre passé martial, j’ai cru que l’idée vous séduirait… C’était trop soudain. Nous pouvons maintenir la pièce originale…”

“Combien de temps avons-nous pour nous entraîner ?”

“Une semaine, Diànxià.”

Yin Yu fronça les sourcils. Une semaine, c'était court… mais pas impossible. Cependant, l'art de l’épée chinoise exigeait une grâce et une rigueur bien différentes de l’escrime occidentale. Et il devait aussi penser à ses cours.

 

Dans quoi suis-je encore en train de m’embarquer par amour pour Yizhen…

 

“Shixiong… si tu ne veux pas…” Quan Yizhen ne voulait bien sûr rien imposer à Yin Yu.

 

“On va le faire.” coupa Yin Yu. “Mais tu vas devoir tout me réapprendre, Yizhen.” 

 

“D’accord !”

 

Quan Yizhen rayonnait, saisissant les mains de Yin Yu, y déposant deux baisers rapides.

 

Le prêtre sut alors que la représentation serait, sans aucun doute, la plus mémorable de l’année.

 

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La semaine passa en un battement de cil. Les matinées de Yin Yu étaient consacrées à l’étude, ses après-midis à l’entraînement dans le parc de l’école avec Quan Yizhen, sous le regard curieux de quelques étudiants restés sur place pendant les vacances.

Honnêtement, il était impressionné par sa propre mémoire musculaire et les bases revinrent très vite, presque naturellement. Yizhen le corrigeait avec patience, guidant son corps, ajustant ses appuis.

 

Il sentait à quel point cet art lui était naturel et qu’il ne l’avait jamais vraiment oublié.

 

Le plus difficile fut de s’adapter à son statut de gaucher. Ils avaient longtemps imaginé la raison de ce changement ensemble: La plus probable était celle d’une main contrariée par sa chaîne maudite. 

Cela impliquait un petit temps d’adaptation, autant pour Yin Yu que pour le Dieu de l’Ouest: lors des joutes libres, le dieu peinait parfois à anticiper ses attaques. Yin Yu l’avait d’abord remarqué pendant que Quan Yizhen l'entraînait pour son tournoi d’escrime, après son accident de voiture, il y a un an. Le jeune étudiant pensait d’abord à de la courtoisie, mais il se rendit bien vite compte avec une pointe de fierté silencieuse que ce n’était ni de la politesse ou de la chance. Même le dieu martial avait du mal à l’anticiper.

 

Ils eurent carte blanche pour la chorégraphie. Ensemble, ils imaginèrent une danse martiale intime, finissant sur une égalité parfaite. Quan Yizhen y déploya toute sa créativité divine, et Yin Yu s’efforça d’être à la hauteur, de le mettre en valeur.

 

Parfois, durant l'entraînement, le jeune mortel sentait sa tête et son esprit pulser douloureusement. Des souvenirs cherchaient à remonter à la surface, attirés par la mémoire de l’épée mais le garçon ne voulait pas tout gâcher. Il les repoussa, préférant les faire taire à l’aide de médicaments. Il savait que ces souvenirs n’étaient jamais innocents.

 

Les séances s’achevaient souvent au crépuscule. À bout de forces, Yin Yu finissait par s’endormir contre Quan Yizhen, allongés dans l’herbe, baignés par la lumière de la lune naissante et la chaleur du qi divin du dieu.



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Le jour de la représentation, Yin Yu découvrit sa tenue.

Il s’en doutait.
Il allait porter un hanfu.

Un hanfu masculin somptueux aux manches longues et amples. Trois couches de soie luxueuse, déclinées en argent, blanc et bleu marine, brodées de motifs celestes. Les bijoux d’argent représentaient les phases de la lune. À sa ceinture pendait une pampille de jade: une lune claire terminée par une houppe violette.

Son cœur manqua un battement.

Il la reconnut aussitôt. C’était la lune qu’il portrait en tant que Xiàxián Yuè Shǐ.

Yin Yu prit le bijou de jade et le caressa du bout de ses doigts.

 

“Je ne savais pas que tu l’avais gardé...”

 

“J’ai gardé tout ce que j’ai pu, Shixiong. C’est tout ce qui me restait de toi.” 

 

Le dieu parlait avec une pointe de douleur et ne fit pas mention qu’il ne restait, en réalité, vraiment pas grand-chose de l’ancien officier. Mais ce qu’il restait, il en avait pris infiniment soin.

“J’ai gardé ça aussi.” Ajouta t-il en recupérant et lui tendant un long coffre noir laqué, l’invitant à l’ouvrir. À l’intérieur reposait une épée argentée aux reflets bleutés terminée par une houppe bleue clair. 

 

“C’est la dernière épée intacte de notre secte. Elle t’appartient.”

 

“Aah… Elle te revient surtout à toi, Yizhen, pas à moi.”

 

“Tu restes le premier disciple. J’aimerais que tu te battes avec elle ce soir.”

 

Yin Yu soupira mais ne refusa pas, récupérant le coffre : “D’accord… Mais jusqu’où avais-tu prévu tout ceci, hein…?” regardant son amant dans les yeux, y découvrant une pointe d’espièglerie. Pire, il ne répondit pas… 

 

Heureusement que cette question n’attendait pas vraiment de réponse.

 

Un dévot arriva avec la seconde tenue.

Celle de Quan Yizhen était, quant à elle, bien plus martiale: chatoyante, baignée des couleurs du soleil. Des couches de plaques recouvraient le dos et la poitrine, et une tête de lion ornait chacune des épaules. Le tissu n’en restait pas moins d’une qualité exceptionnelle, parcouru de motifs dorés discrets. Une grande cape rouge retombait dans le dos, ajoutant à l’ensemble l’élégance et le prestige d’un dieu martial.

Ce genre de tenue lui allait toujours à merveille.

 

“On se retrouve pour la représentation, Shixiong?” 

Le jeune dieu semblait fébrile, excité à l’idée de se préparer,et sûrement tout autant à celle de découvrir Yin Yu dans sa propre tenue.

 

Yin Yu eut l’étrange impression d’être une mariée avant l’église.

Mais, pour être honnête, il brûlait lui aussi de voir Yizhen revêtu de ses atours martiaux.

 

Le stress monta d’un cran. Le jeune mortel imagina les dieux assistant à la représentation de ce grand absent du banquet, découvrant que le Général Qi Ying faisait en réalité partie intégrante de la pièce. Le dieu de l’Ouest avait simplement annoncé qu’il avait mieux à faire ce soir-là…

 

Deux jeunes hommes aidèrent Yin Yu à s’habiller après qu’il eut troqué ses lunettes contre des lentilles, le tout dans une atmosphère légère et chaleureuse, apaisant la tension. Des vagues de sensations anciennes l’effleurèrent tandis qu’on guidait ses bras dans les longues manches de la robe intérieure.

En une heure à peine, il était habillé, coiffé, et même maquillé. L’un des garçons lui avait proposé une coiffure; Yin Yu avait choisi une tresse lâche, retenue par un ruban de soie bleue. Une touche de rouge soulignait subtilement le coin inférieur de ses yeux, accentuant la clarté de ses iris bleu-violet.

Il ne restait plus qu’à passer les longues boucles d’oreilles en forme de gouttes de jade.
Le stress monta encore davantage.



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Yin Yu s’avança, épée de secte en main, vers l’arène circulaire érigée pour leur danse martiale, surplombant le public. Il fut le premier à arriver. En gravissant les marches, l’artiste martial eut tout le loisir de constater la foule de gens, dévots de Qi Ying ou pas, venus assister à leur représentation ce soir. Personne n’était au courant de la présence du dieu en personne, à l’exception du prêtre principal. C’était donc autant pour lui que pour Quan Yizhen qu’ils étaient venus.

 

Il savait aussi que la prestation serait retransmise sur internet. Il avait partagé le lien avec sa mère et ses deux amies, certain qu’elles s’étaient levées exprès pour ne rien manquer.

 

Le jeune homme en hanfu expira lentement pour chasser une part de son trac. D’un ample mouvement du poignet gauche, repoussant avec grâce sa longue manche, il se mit en garde : l’épée glissa le long de son dos, pointée vers le ciel, dans l’attente de son adversaire.

Ce simple geste déclencha les applaudissements.

 

Quan Yizhen le rejoignit, flamboyant dans sa tenue martiale, son épée spirituelle Yángyán scintillant d’or et de feu. Yin Yu avait rarement eu l’occasion de la voir: les véritables combats restaient rares, et Quan Yizhen n’avait aucune raison de s’armer ainsi à l’école. Les reflets dorés de la lame et sa pampille rouge s’accordaient à merveille à sa tenue.

 

Le dieu s’arrêta une fois sur l’arène, incapable de détourner son regard de Yin Yu, complètement envouté.

“Shixiong…”

“Pas maintenant, Qi Ying Jiāngjun. En garde.”

La musique s’éleva. Quan Yizhen s’exécuta et adopta la même posture que son charmant adversaire.

La lumière baissa autour de l’arène tandis que le speaker annonçait le début d’une histoire fortement romancée : des retrouvailles avec un shidi après des années de recherche… suivies d’une confrontation inévitable pour le ramener à la raison et effacer les regrets et les rancunes accumulées.

 

Le mot rancune était de trop. Le cœur de Yin Yu se serra.

Pourtant, ce sentiment ne lui était pas totalement étranger.

Ses yeux restèrent ancrés dans ceux de Quan Yizhen. Il espérait que le dieu n’y lirait pas son trouble (pour la sécurité des responsables de l’histoire, peut-être).

 

La lumière se focalisa sur eux. La musique imposa leur salut mutuel, puis ouvrit le combat.

 

Les pieds de Yin Yu quittèrent le sol en une simple impulsion, engageant l’affrontement comme prévu, portés par les notes dramatiques du guqin. Ses longues manches flottaient derrière lui, rendant chacun de ses mouvements vaporeux. Avec une précision chorégraphiée, sa lame heurta Yángyán dans un fracas clair. La chaleur douce et réconfortante de l’arme remonta jusqu’à sa propre garde, saluant ses doigts comme une douce caresse du soleil. 

D’un geste puissant, Quan Yizhen repoussa l’attaque, puis dévia l’épée sur le côté. 

 

Les plaintes du Guqin s’intensifièrent. Quan Yizhen attaqua à son tour, feintant sur le côté, avant de viser son dos. Yin Yu para presque à l’aveugle dans un mouvement impressionnant et technique, se retourna aussitôt pour lui faire face, sa tresse lâche décrivant un arc gracieux.

 

L’épée du mortel traça un arc de cercle élégant, engageant une nouvelle attaque: ses pas semblaient effleurer le sol. Leurs lames se caressèrent tandis que leurs visages se rapprochaient, figés dans une défiance feinte.

 

Leur combat ressemblait à une valse contenue, deux épéistes tournant l’un autour de l’autre, se frôlant à pas légers.

 

Lorsque Quan Yizhen le repoussait de manière calculée, une douleur déchira soudain la tête de Yin Yu, lui arrachant une grimace… Le dieu de l’Ouest le remarqua et n’enchaina pas instantanément comme prévu, inquiet, lui laissant le temps de reprendre ses esprits. 

Au yeux de la foule, ils se faisaient simplement face, séparés par une distance presque intime, leurs regards s’affontant en silence. 

Chaque pulsation dans sa tête était un souvenir du passé désirant cherchant à refaire surface. 

Yin Yu luttait pour les contenir.

 

Il avait pourtant été prévoyant avant une représentation de cette ampleur… mais le médicament resta sans effet.

 

✦••······················••✦

 

Yin Yu aurait pu résister. Continuer à fuir.
Mais, au milieu d’inconnus, devant l’homme qu’il aimait, il choisit l’inverse.

Alors qu’ils tournaient ensemble le long de l’arène, tels deux fauves guettant l’instant d’attaquer, Yin Yu s’abandonna à sa mémoire millénaire. Il la laissa l’envahir, l’accueillit à bras ouverts, qu’elle soit douce ou cruelle.



L’odeur des pruniers.

Le soleil chaud contre sa peau.

Le rire chaleureux de Yizhen au milieu du son des épées de bois qui s’entrechoquent. 

 

Ils étaient revenus à l’époque de la secte. Son cœur débordait d’amitié, d’amour et de fierté pour ce jeune garçon aux cheveux rebelles qui lui faisait face.

 

Il l’avait toujours su.

Il avait toujours connu la nature de ses sentiments.

 

Un sourire lui échappa, dans le passé comme dans le présent.

 

“Tu as encore fait des progrès, Shidi, mais penses-tu pouvoir parer ce qui va suivre?”

“Si je n’y arrive pas cette fois-ci, je le ferai la prochaine fois, Shixiong!”

 

L’ancien Yin Yu rit devant tant d’assurance. Il se mit en garde et enchaîna la forme la plus complexe de la secte, y ajoutant un mouvement final inattendu destiné à déstabiliser son shidi.

 

Sans s’en rendre immédiatement compte, il reproduisit cet enchaînement à la perfection, de la main gauche, devant la foule déchaînée et Quan Yizhen pris de court. Sa rapidité et sa précision devinrent troublantes. Le dieu de l’Ouest para chaque attaque avec maîtrise, connaissant la fin de chacune d’entre elles... mais lorsqu’il crut l'enchaînement terminé, une coupe oblique et fulgurante le surprit. 



Derrière les paupières de Yin Yu, une autre scène se jouait, vieille de mille ans, presque identique. 

 

Le premier disciple conclut son enchaînement spectaculaire, désarmant Yizhen. La lame de bois de son shidi tomba dans le sable avec fracas. Yin Yu le rattrapa par le bras avant qu’il ne chute, encore étourdi.



Dans le présent, Quan Yizhen dévia l’épée de Yin Yu de justesse. L’impact frappa la garde et désarma le jeune étudiant, dont l’arme vola puis se planta dans le sol. Avant que son Shixiong ne bascule sous la force de la parade, il passa un bras dans son dos et le retint contre lui.

 

Quan Yizhen se souvenait de cet instant comme si c’était hier.

La suite était l’un de ses plus grands regrets.

 

Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres.

 

Leurs respirations se mêlèrent en un même souffle.

 

Ni l’un ni l’autre n’osa aller plus loin, et le premier disciple relâcha son shidi. Ils quittèrent la zone d’entraînement, tous deux gênés et confus.

 

Ils finirent l’un contre l’autre, et seule la soie comblait l’espace indécent qui les séparait. 

 

“ je vais le faire cette fois, Shixiong.”

 

La musique se tut, laissant place à ce qui allait suivre: les lèvres de Quan Yizhen se posèrent avec délicatesse sur celles de Yin Yu, effaçant enfin la distance superflue.

Yin Yu n’entendit pas la foule en liesse.

Il ne se douta pas de l’ovation des dieux à la capitale, celle de sa mère et de ses amies, restées à l’école.

Il rendit simplement le baiser avec une infinie tendresse, posa ses doigts sur les tempes de Quan Yizhen et l’attira d’avantage à lui.

 

Ca aurait pu s'achever ainsi, mille ans plus tôt, sur ce terrain d'entraînement.

Mais il n’est jamais trop tard.

 

D’un seul geste, tendre et imprévu, ils venaient d’écrire leur futur.






Notes:

J'espère que ce texte vous aura donné de la chaleur au cœur et que vous aurez apprécié votre lecture!
Il n'y a pas d'illustration pour l'instant car mon emploi du temps est bien rempli mais je compte bien en faire un à l'avenir :)
Ce n'est pas particulièrement un spoilers de ma fan fiction de base, c'est une des idées parmi mon immense pot qui ne cesse de se remplir et j'étais juste très motivé à écrire celui là.
Mon idée de base était le texte complet, et au début, je m'étais contentée de la première partie pour l'event. Mais ensuite, j'étais tellement obsédée par mon idée de base que j'ai continué avec l'extra sous les encouragements de parameciam que je remercie infiniment pour le soutien et le beta reading 💜🧡

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