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La tension était presque palpable alors que Naruto se déplaçait jusqu’à la porte de son bureau pour la fermer. Quoique la discussion qu’il allait engager avec Kawaki s’annonçât déjà désagréable, il ne pouvait y couper.
Le jeune homme prenait son rôle de garde du corps à cœur et Naruto ne pouvait pas dire qu’il ne faisait pas un excellent boulot. Depuis trois ans que Kawaki le suivait comme son ombre, plusieurs tentatives d’assassinat avaient été avortées, avec brio. Et avec perte et fracas.
Et c’était justement de ces dommages collatéraux que Naruto voulait parler.
Ce n’était pas facile d’entamer cette conversation, peut-être parce qu’il ne voulait pas voir que son garde du corps savait parfaitement qu’il franchissait des limites qui ne devraient pas l’être.
Shikamaru et Sasuke désapprouvaient largement le laxisme dont il faisait preuve quand il s’agissait de Kawaki, mais Naruto ne pouvait pas s’en empêcher. Il détournait les yeux, régulièrement, quand une clé de bras démettait une épaule d’un partisan adverse trop hardi, quand une bousculade amenait des nez fracturés.
Mais les violences empiraient et son garde du corps commençait à devancer les menaces et à se faire justice lui-même.
— Tu ne peux pas continuer ainsi, Kawaki, prononça-t-il en se retournant vers son garde du corps.
À vingt-quatre ans, le jeune homme détonait, dans l’entourage du politicien aguerri qu’était Naruto. Il n’avait aucun respect pour les convenances, ou pour la hiérarchie. Cela se lisait à la position avachie qu’il avait sur la chaise, les mains dans les poches, la cheville droite posée nonchalamment sur son genou gauche. Le regard bravache, illuminé par des affres que Naruto connaissait bien.
Cela aussi devrait un jour faire l’objet d’une discussion. Il lui faudrait un jour trouver le courage d’éconduire le jeune homme qui le contemplait avec admiration et désir, une attention flatteuse et parfois effrayante. Il ne faisait aucun doute que, pour Kawaki, Naruto était le monde.
La position de Kawaki changea subtilement et il fronça les sourcils, rien qu’un peu.
— Je sais ce que tu vas me dire, lança-t-il avec ses traditionnelles intonations sûres et inflexibles. Mais je n’arrêterai pas.
Naruto déglutit, Kawaki parut hésiter, mais il resta finalement assis sur son siège, crispant à peine sa position.
— Je t’aime et je suis prêt à tout pour toi.
Le cœur de Naruto cogna et il resta immobile, incapable de formuler le moindre mot, figé par la déclaration qui était venue si naturellement. Déjà, Kawaki reprenait :
— Je suis prêt à tout, même au pire.
L’aveu manquait de subtilité, mais Naruto ne parvint pas à se concentrer dessus. Il déglutit difficilement, humecta ses lèvres et tenta de reprendre une contenance qui ne venait pas. Et Kawaki n’était pas patient de nature. Pas en mesure d’entendre le moindre rejet. De toute façon, sa déclaration n’appelait aucun retour, c’était simplement une évidence, une explication de son geste.
Alors il se leva, passa devant Naruto à le frôler, puis il ouvrit la porte. Alors qu’il s’apprêtait à sortir, Naruto reprit une contenance :
— Prêt à tout ? Vraiment ?
Kawaki s’arrêta net, ne se tourna pas et attendit.
— Prêt à cogner ? À blesser ? À torturer, racketter ? À mourir ?
Le jeune homme hocha la tête, plantant finalement son regard dans celui de Naruto qui sourit.
— Prêt à prendre soin de toi ? Te reconstruire ? Être heureux ? Serais-tu prêt à ça pour moi ?
Pour la première fois depuis longtemps, de la surprise prit racine sur le visage de Kawaki qui pivota pour faire face à Naruto.
— Serais-tu prêt à vivre pour moi, Kawaki ?
Et peut-être que le double sens de cette phrase, peut-être que l’implication derrière n’était pas vraiment celle que Naruto voulait y donner. Peut-être qu’il aurait dû mieux peser ses mots et réfléchir à l’impact qu’ils auraient sur son garde du corps, mais, quand Kawaki hocha la tête, un sourire bancal et incrédule traçant un trait bizarre sur son visage, Naruto ne put le regretter.
— Ça aussi, je peux le faire, confirma Kawaki.
