Chapter Text
Tic, tac, tic, tac.
L'horloge à coucou antique suspendue au-dessus de la porte de l'infirmerie de Poudlard chantait dix heures trente. L'oiseau sorti de son trou à la vitesse de la lumière alla se poser sur une tête bien garnie de cheveux noirs épais et mi-longs . Une tape rapide le chassa, la main d'un humain. Ce n'était pas d'un geste violent, mais plutôt l'avertissement très sérieux de ne pas recommencer. Le volatile en fut néanmoins bien surpris, à tel point que quelques unes de ses petites plumes de duvet tombérent et finirent leurs courses dans les narines de ce même humain, qui ne manqua pas d'éternuer et de le maudir.
Le Gros coucou piailla et fila dans son trou d'horloge tant bien que mal ; il était devenu obèse, avec le temps. Son derrière resta ridiculement coincé un instant. Le sorcier en ricana...
À travers les portes fermées, on pouvait entendre l'agitation du rez-de-chaussée du château. Les pas rapides, pressés et stressés des élèves en intercours résonnaient, courant dans tous les sens pour se retrouver à temps dans la bonne classe. Ce n'était pas une mince à faire, dans ce véritable labyrinthe de couloirs étroits, de tourelles et d'escalier magiques. On racontait que Monsieur Godric Gryffondor, uns des quatres fondateurs de Poudlard, s'y était lui-même perdu plus d'une fois...
À contrario, depuis la rentrée, un calme militaire régnait dans cette salle de soins et de consultation. Personne n'avait le droit de courir, ni de crier, et ce qu'importe à quel point on pouvait être dans l'urgence.
La raison? Évidente, nul besoin de vous en dire plus pour comprendre : Le professeur Rogue. Dorénavant, c'est lui qui s'occupait de l'infirmerie. Le tout selon sa propre philosophie...
Pas de bavardages, visiteurs interdits, travaux de rattrapage gigantesque en cas de maladie prolongée ( décourageant la plupart des malades imaginaires, comme ils les nommaient avec son habituel dédain)
Pour lui, l'infirmerie n'était pas un lieu de complaisance. Au plus vite ils dégageaient le tapis, au plus vite il pouvait
profiter d'un silence que même Peeves n'oserait troubler.
Vous l'aurez compris, vous qui me lisez, que malgré le passage de la guerre, la chauve-souris des cachots n'avait pas vraiment changé de caractère.
Le soleil avait néanmoins écarté les nuages les plus noirs de sa conscience : le mort de Voldemort lui avait permis de faire le deuil de Lily Evans. Plus beau encore : il s'était en grande partie pardonné à lui-même ses erreurs du passé.
Durant l'été, le Ministère de la Magie l'avait convié à une cérémonie au cours de laquelle il devait être décoré de l'Ordre de Merlin, comme d'Albus Dumbledore avant lui. C'était contre son gré, Rogue avait fait défaut. La médaille repose encore au ministère, oubliée dans le bureau de Kingsley Shacklebolt...Il fut le premier sorcier de l'histoire à avoir décliné un tel honneur. Il ne s'était jamais exprimé sur cet incident.
À ses yeux, ce qu'il avait fait ne méritait ni récompense ni honneur. Rogue ne voulait pas de reconnaissance, simplement de la tranquillité et le droit à l'oubli. Pourtant, il n'était pas au bout de ses peines : quelque temps plus tard, le ministère avait déjà pris sa " revanche ".
En effet, le 29 août, celui-ci avait eu une drôle de surprise en recevant le journal.
La Gazette du Sorcier lui avait consacré sa une, saluant son courage, son mérite et le sang-froid exceptionnel dont il avait fait preuve en tant qu'agent double.
Monsieur Potter, les habitants de Pré-au-Lard, des parents d'élèves,
le portrait de Dumbledore, même son frère, Abelforth...Tous s'étaient unis pour mettre sa vérité en lumière, pour défendre sa cause. Ce numéro spécial fut un carton, le plus vendu de ces dix dernières années.
Le directeur de Serpentard avait très mal accueilli cet élan de pacotille, cette manière qu'avait eue Potter de trahir sa confiance en livrant toute son existence à la presse. Cela partait peut-être d'une bonne intention juvénile, mais c'était irréfléchi.
Sa vie privée avait été bafouée, atteinte, et il ne manquerait pas de le lui faire remarquer si leurs chemins venaient à se croiser de nouveau.
Mais bon, naturellement, cela avait fait basculer l'opinion publique en bien le concernant. Damn, les gens pouvaient bien penser ce qu'ils voulaient, pour lui, il ne restait qu'un sale type en marge de toute normalité. De surcroît, il ne s'estimait pas mieux que Lucius Malefoy, lui qui était détesté, chassé de n'importe quelle nouvelle ville dans laquelle qui tentait en vain de refaire sa vie en famille. Rogue avait plus de sang sur ses mains que lui, même du sang innocent, celui de Dumbledore, Hedwige, l'oreille d'un Weasley...
Le fil de ses pensées tourmentées finit par se rompre lorsqu'une élève fit timidement irruption dans la pièce. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il était resté planté là, au beau milieu de l'infirmerie, à se masser l'arête du nez entre les sourcils. Elle eût le bon goût de baisser les yeux.
- Bon...Bonjour, pro-professeur, dit-elle dans un bégaiement. Pardon de vous déranger...
Presque en soupirant, Rogue lui fit signe de prendre place au bord d'un lit, sans un mot. Elle trembla légèrement face à ce silence qui n'avait pourtant rien de personnel.
Curieusement, depuis que l'ancienne infirmière, madame Pomfresh, avait pris sa retraite, les élèves semblaient soudainement beaucoup moins enclins à tomber malades. Et pourtant, madame Pomfresh pouvait parfois être une véritable peau de dragon. Mais bon, faire semblant d'être malade avec Madame Pomfresh était une chose, mais avec Rogue...
En silence, celui-ci mesura la température de l'élève de première année de Poufsouffle, assise bien droite au bord du lit aux draps tirés avec une précision digne de lui.
- 37,1 degré, Miss Davies, dit-il lentement, limite suspect. Dans la norme.
La concernée chipotait nerveusement à sa boucle d'oreille en forme de dinausore et faisait des ondulations dans ses cheveux...
- Monsieur, je ne vous ment pas. J'ai... j'ai des vertiges, de la fatigue. C'est le professeur Hagrid qui m'a dit de venir vous voir. Un Scroutt à pétard m'a même foncé dessus, et j'ai été incapable de riposter.
Rogue failli répondre quelque chose de plutôt moqueur, avant de se souvenir qu'il s'était promis de devenir un homme beaucoup plus juste vis-à-vis de ses élèves...Il n'était pas fier de ses anciens travers avec Londubat.
- Je vous crois, finit-il par admettre, car c'était vrai, il la croyait.
Elle eut l'air soulagée, tout autant qu'elle était surprise qu'il ne remette pas en question son état.
- Oui...Incroyable, n'est-ce pas? Fit-il remarquer en allant chercher une feuille et une plume à encre. Je vais vous prescrire quelque chose.
- Youpi! Quels remèdes allez-vous faire? Seront-ils prêts ce soir? C'est à venir chercher dans votre bureau, c'est juste? Merlin, j'ai une tonne de devoirs à rattraper, surtout en Arithmancie...
Rogue repoussa une mèche noire tombée sur son front, se pencha vers la table de chevet et griffonna quelques mots. Il signa, puis la lui tendit d'un air lassé.
- Lisez, ordonna Rogue avant qu'elle ne l'a glisse dans sa poche.
C'est ce qu'elle fit, et son visage rassuré se métamorphosa en une incompréhension totale :
- Matin : croissant, cartiers de pommes, mangues, kiwi violet, jus de citrouille et caviar
Midi : poires confites, côtes à l'os, salade d'algues, pommes de terre rissolées
Collation : raisins rouges, jus de racine, mochis
Soir : soupe à l'ail des ours, pain complet, éclair au chocolat et macarons
Ne me remerciez pas,
Le professeur Rogue
- Mais...C'est un menu?
- Celui de la semaine prochaine en avant-première. Privilège d'enseignant... C'est bien uns des seuls.
- Sauf votre respect, ce...ce n'est pas vraiment à ça que je m'attendais.
Severus Rogue fronça ses sourcils :
- Vous essayez de plaire a qui? Demanda-t-il d'une voix dure.
- Quoi?!
- On dit pardon, recadra Rogue. Nous n'avons pas élevé les chats errants ensemble...
- Je vous demande pardon, professeur...
Il reprit :
- En septembre, donc...Il n'y a même pas un mois, vous aviez l'apparence d'une jeune fille en bonne santé, un peu rondelette...Et voilà qu'aujourd'hui, je vous retrouve, le tient aussi pâle qu'un calamar et les joues aussi creuses qu'une mendiante des bas-fonds de l'Allée des Embrumes sortie d'une piqûre douteuse. Vous avez perdu du poids, et je n'ai pas le souvenir de beaucoup vous avoir vu à votre table ces derniers temps. Je vous le demande encore, mais sachez que j'ai moins de patience cette fois-ci : Miss Davies, à qui donc tentez-vous de plaire ?
...
- Au chef de l'équipe de Quiditch des Serdaigles...
- Décevant, balança Rogue en la fixant droit dans les yeux.
- Vous ne l'aimez pas? On dit pourtant qu'il maîtrise des sortilèges de sixième année en défense contre les forces du mal...
- Vrai.
- Mais...? Attendait Miss Davies.
Il fit un sourire cynique :
- Je l'ai vu manger ses expectorations.
- Heu, professeur, vous voulez dire...
Elle regarda à gauche puis à droite.
-... Ses crottes de nez? Dit-elle tout bas, l'air interdit.
- Oui, chuchota Rogue, imitant son intonation.
La jeune élève de Poufsouffle ne savait trop si elle devait fondre en larmes ou dire merci. Les joues brûlantes, elle remit sa cape, serra son manuel de cours contre elle et s'empressa de partir, les yeux rivés au sol. Si bien qu'elle manqua de peu de rentrer de plein fouet dans la nouvelle directrice de l'école, Minerva McGonagall, qui venait tout juste de faire irruption dans l'infirmerie. Mais Rogue l'ignora et se contenta de ranger son matériel malgré le claquement de ses talons qui se rapprochaient de lui avec une hâte qu'il jugeait inquiétante.
- Severus, dit-elle joyeusement, juste derrière son épaule. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
Il se retourna sans rien dire. Ces derniers temps, la directrice de Poudlard semblait plus inquiète qu'heureuse. Donc, pour une fois, il se promit de ne pas briser son enthousiasme.
Entre les retraites, les conséquences de la guerre et la pénurie de professeurs, la pression du Ministère pesait lourd. Voir enfin son sourire lui fit penser que la mauvaise nouvelle n'était pas si grave, et que la bonne l'était vraiment.
- Nous avons enfin quelqu'un pour remettre le cours des potions sur les rails du train de l'apprentissage! L'école ne va pas fermer, quel véritable soulagement...
- C'est bien, Minerva. Néanmoins, rattraper un mois de retard...J'espère que ce professeur sera à la hauteur du niveau de Poudlard.
- Ça ne fait pas le moindre doute, dit-elle avec les yeux brillants de bonheur, puisqu'il s'agit d'Hermione Granger. Elle posera ses valises dans une semaine, et je compte sur tout le corps enseignant pour lui faire bon accueil.
Le professeur de défense contre les forces de mal préféra ne pas faire de commentaire...Minerva perdit son sourire, voyant que cela ne lui faisait absolument pas plaisir.
- Ne me dites pas que vous désapprouvez simplement parce qu'elle n'a pas passé ses ASPICS ? Elle devait revenir les passer, figurez-vous, mais elle y a renoncé, très généreusement, pour sauver cette école, souligna-t-elle.
- Miss Granger adore se rendre indispensable, dit-il froidement. Ce n'est pas de l'abnégation. C'est une façon de nourrir son ego, pour que tout le monde la trouve parfaite, comme dans mes cours...
- J'aimerais bien connaître un jour la formule magique qui pourrait vous satisfaire, répliqua la directrice avec un brin d'exaspération.
Rogue ignora sa remarque avec soins.
- Et la mauvaise nouvelle?
- Je n'ai reçu aucune candidature pour le poste d'infirmière, admit-elle à contrecœur. Il va falloir que je compte encore sur vous.
Et vous vous en sortez très bien, je vous le concède. Aussi bien que Miss Granger dans ses nouvelles fonctions, n'est-ce pas?
Rien d'autre qu'un soupir s'échappa de sa bouche, l'homme toujours vêtu de noir regarda l'heure, remis sa cape et parta en direction de la Grande Salle. Minerva le suivit tant bien que mal.
- Vous m'écoutez, parfois? Demanda-t-elle alors qu'ils s'asseyaient à la table des professeurs pour enfin prendre le premier repas de la journée, tandis que les quatres tables en face d'eux étaient vides d'élèves, mais remplies de vaisselle sale.
- Rappelez-moi encore pourquoi vous m'avez sauvé la vie? Lança-t-il en se versant généreusement du vin, presque avec exagération.
- Par Merlin, Severus, tempêta-t-elle, outrée par un sarcasme qui touchait la frontière de ses limites en matière d'humour. Eh bien, vous savez quoi? C'était pour vous enquiquiner. Content?
L'humour, certes noir, mais l'humour quand même, était le bienvenu ces derniers temps. La Directrice de Poudlard gardait son titre de responsable de la maison Gryffondor, et enseignait toujours les métamorphoses en plus de ses responsabilités nouvelles de directrices. Quant à Severus, il travaillait toute la semaine comme professeur des DCFDM, tout en se tenant disponible à tout instant pour l'infirmerie durant les heures de fourches. Il devait corriger ses copies là-bas, entre les malades... Cette situation était un cauchemar non seulement pour lui, mais aussi et surtout pour les élèves qui, déjà en tant que professeur redoutaient ses méthodes, mais alors comme soignant, c'était pire.
Ce trou de trois professeurs entraînait un épuisement et un rythme effréné de ces deux sorciers...
Les rideaux et les volets en bois baissés en journée n'ajoutaient rien qui ne soit rassurant au tableau, Rogue y avait imposé sa personnalité. Travailler dans la lumière était quelque chose qui l'insupportait depuis toujours...
