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Dans la lumière de la lune, le silence brisé seulement par un tic-tac d’un autre âge d’un immense pendule au bout du couloir, Venti se releva, brisant ainsi tous les interdis qui lui étaient faits.
Il faisait froid dehors, un froid humide et vicieux qui se glissait à travers toutes les embouchures. Le plancher lui-même était glacial, mais Venti le traversa pieds-nus avec bravoure, les yeux rivés sur son objectif. Pour quitter le confort chaud de son lit par une telle température, il fallait une excellente raison. Cette excellente raison dormait dans le lit de l’autre côté de sa chambre et dormait à poings fermés.
Utilisant son expérience cumulée en déplacements silencieux pour éviter toutes les planches bruyantes, malgré ses yeux trop fatigués pour les ouvrir, Venti parvint à atteindre le lit de son jumeau sans le réveiller. C’était devenu une habitude de faire cela maintenant, il finissait la plupart des nuits à ses côtés.
Levant habilement seulement un coin du drap pour que le froid ne réveille pas Dorian, il se glissa avec fluidité dans ceux-ci avant de bien les recaler pour rester dans ce temple paisible de chaleur endormie. Il se blottit contre soin frère, le serrant dans ses bras, le visage au creux de son cou. Il huma la douce odeur de cécilias de son pyjama qu’il avait depuis longtemps assimilé à l’amour qu’il a pour son frère. Il se colla contre lui, épousant la pose de celui-ci.
Alors que d’habitude le sommeil lui venait de suite, cette nuit était différente. Dorian était un peu remuant, pris de quelques mouvements nerveux. Il doit faire un mauvais rêve, pensa Venti. Il le serra alors un peu plus fort contre lui, lui posa un baiser sur la joue et s’endormit malgré sa légère inquiétude pour son jumeau. Leurs coeurs battaient à l’unisson.
Venti se trouvait dans une forteresse médiévale. Sans fioritures ou décorations, tout était du gris sombre de la pierre qui composait les murs, sols et plafonds. Les quelques lumières venaient de hauts braseros– bien plus hauts que Venti –posés sporadiquement dans les couloirs et salles. Venti déambula de manière hasardeuse dans la bâtisse, n’y voyant aucune fenêtre ou porte extérieure et, malgré ses courtes jambes enfantines, il eut la certitude assez vite d’en avoir fait le tour.
Il commença à fouilla les quelques salles composant l’étage. C’était là toutes des salles de banquets vidées de toute nourriture ou personnes et des cuisines sans meubles ou nourritures. Il chercha sous les tables et dans les placards quoique ce soit d’intéressant. Il se sentait oppressé, comme poursuivi alors que rien d’autre que le vent ne se faisait entendre. En ouvrant un placard à balais, tout un escalier massif se découvrit derrière celui-ci, avec le luxe d’un tapis sur tout son long d’un rouge sanguin. Sans y réfléchir à deux fois, Venti monta les marches deux par deux, quittant l’étage inférieur lugubre, mais les impressions qu’il ressentait ne le quittèrent pas.
Cet étage était comme le précédent, seulement les salles semblaient désormais accueillir des porte-armures équipés de toutes sortes d’armes acérées et d’armures écorchées, brisées et déformées par la bataille. Le vent dehors soufflait bien plus fort, semblant s’acharner à trouver un moyen de passer à travers la pierre.
En plus du sentiment d’insécurité devant tout les arsenaux de chaque armure, l’étage entier dégageait une horrible odeur de poudre, comme si des dizaines de canons avaient tirés sans discontinuer pendant des jours et que cette puanteur avait infiltré chaque roche de chaque mur.
Venti voulait fuir, mais l’escalier n’était plus là. Une tapisserie du même rouge sang que le tapis avait pris sa place. Venti courut. Mais rien à faire, partout où il courait une armure équipée d’épées, lances et haches le menaçait encore. Et toujours aucune issue, aucune échappée aux ombres d’armes tremblantes sur les murs, comme si elles poursuivaient Venti peu importe où il s’enfuyait, le menaçant à tout instant.
De salle en salle, de pas en pas, Venti allait de plus en plus vite. Il était de plus en plus léger. Et il s’envola. Il courrait sur l’air, montait et montait. Le plafond était à sa portée quand il s’ouvrit soudainement, ou il était déjà ouvert et il ne s’en aperçut que maintenant. Et il passa à l’étage au dessus. Et celui encore au dessus.
Il montait aussi vite que ses jambes lui permettaient, les étages s’assombrissaient, le vent s’agitait de plus en plus, les pierres virèrent au noir. Les lumières s’éteignaient une à une, les étages défilaient un par un de plus en plus vite.
Puis plus rien, les ténèbres empêchèrent de les discerner. Seul le vent était là.
Venti finit par s’arrêter; il n’y avait plus rien à fuir. Il n’y avait plus que le vent et les ténèbres, aller plus haut dans cette tour ne l’emmènerait nul part d’autres. Il ne pouvait pas le savoir, mais il le savait. Il ne pouvait pas redescendre. Il n’y avait plus rien plus haut et tout autour de lui était éteint. Sans repères, sans rien à faire que subir les menaces d’une tempête extérieure prête à rentrer le souffler à chaque instant, Venti s’assit. Seul, sans rien autour de lui.
Bien qu’éloignées et désormais invisibles, les ombres des armes semblaient encore après lui, le sentiment de danger ne s’évanouissait pas. L’oppression, le sentiment que sa vie était menacée ne le quittait pas et lui serrait la gorge. Les larmes elles-mêmes ne coulaient pas, il voulait crier mais sa voix était muette. Il n’en fit donc rien il resta là, dans le noir, dans l’attente que le vent arrive enfin à percer pour lui sauter dessus ou que les lames l’atteignent et l’assaillent.
L’attente se faisait longue, insupportable. Rien ne se passait mais c’était comme si tout se refermait sur Venti. Puis des pleurs.
Ce n’était pas les siens. Quelqu’un était là et pleurait.
Venti s’approcha en direction de cette personne et il trouva son frère, dans la même détresse, enlacé de ténèbres, menacé et isolé. Cela lui crevait le coeur de le voir ainsi. Il se jeta sur lui, se délivrant de tout ce qui le retenait jusque là, ignorant sa détresse pour secourir l’être le plus cher à ses yeux.
Dorian sursauta lorsqu’il ressentit la chaleur de Venti qui l’enlaçait, la douceur de son amour éloignèrent le vacarme du vent s’écrasant contre la roche, ses bras autour de lui le protégeaient des armures.
“Venti, tu es là ? C’est vraiment toi ?!”
“Je serai toujours là pour toi !” le consola Venti, lui embrassant la tête.
Dorian se releva doucement, surpris de retrouver des forces dans ses jambes.
“Tu es venu dans mon cauchemar ?” demanda Dorian.
“Par hasard, je ne le savais même pas avant de te voir, mais maintenant que nous sommes ensemble il n’y a plus rien à craindre.” répondit Venti.
“Non… Tu es venu mais il y a encore tout… Les armures, le vent, les ténèbres, tout est encore là… Maintenant toi aussi tu es prisonnier de tout ça.” Dit Dorian avec tristesse, le visage sombre.
Venti le regarda quelques instants. Son visage lui montrait clairement qu’il avait abandonné, que ce n’était pas la première fois que Dorian subissait ce cauchemar. Le voir ainsi, résigné à souffrir, était douloureux. Là où Venti avait toujours été l’audacieux et l’aventurier, Dorian a toujours été le plus courageux. Venti fonçait dans les dangers, dans l’inconnu, sans prendre le temps d’y réfléchir, mais Dorian y réfléchissait. Dorian y pensait et affrontait toutes ses peurs et doutes pour Venti, pour l’aider et le sortir de tout cela. C’était naturel chez eux, ils fonctionnaient comme ça, mais pour la première fois Venti se confrontait à la réalité de leur relation. Il ne pouvait pas peser sur lui ainsi, surtout pas sur lui.
Venti le serra encore plus fort contre lui, au plus proche. Dorian respirait par à-coups, il avait l’air encore hors de lui, la panique l’avait gagné entièrement. Venti déposa une bise sur les lèvres de son frère, comme pour les sceller.
“Nous ne sommes pas dans une prison. Nous sommes dans un rêve. On peut se battre !”
Venti ne savait pas comment se battre, même en rêve. Il ne savait pas quoi faire pour aider son frère. Mais il voulait l’aider, de tout son coeur. Il était dans un rêve, il n’y avait qu’une chose à faire: rêver.
Il tenta d’abord de combattre les ténèbres. Il se remémora son frère et lui. Ensemble, dans un parc. Le soleil brillait ce jour là. Une vaste prairie parmi les arbres s’étendait, elle semblait immense ce jour là. Quelques arbres étaient parsemés, portants quelques fruits après une belle saison qui avait été pluvieuses. La terre était encore fraîche de la pluie de la veille ce jour là, et avait une odeur d’herbe insistante. Il n’y avait presque aucun nuage dans le ciel et il chérissait ce souvenir de son frère et lui courant ici et là.
En rouvrant les yeux, la prairie s’étendait. Elle était encore plus belle. Dorian regardait ébahis tout autour.
“C’est toi qui a fait ça ? Comment ?” demanda-t-il, bouche bée.
“On rêve” répondit Venti, essayant de ne pas être aussi étonné que son jumeau. “Il suffit de savoir que l’on est dans cette prairie pour y aller !”
“Mais… et la tour ? Et le vent ?” s’inquiéta Dorian.
Et le vent, libéré de la tour, se leva sur la plaine. Les arbres lointains ne faisaient pas que remuer, ils se soulevaient. c’était une véritable tornade qui avançait sur eux.
Rempli de confiance en lui, Venti prit les mains de Dorian. Il posa son front contre le sien et ferma les yeux.
“Fais comme moi.” lui souffla Venti.
Dorian l’imita alors. Ils étaient de plus en plus légers. Ils flottaient désormais, mais pas pour fuir cette fois. Ils rouvrirent les yeux et firent face à la tempête qui leur fonçait dessus.
“C’est notre rêve maintenant, donc c’est nous qui maîtrisons le vent !” clama Venti, pour convaincre Dorian autant que la tornade. “On ne va pas laisser un vent tout bête ruiner nos nuits !”
Se tenant la main, faisant comme un mur, la tornade frappa de plein fouet les jumeaux. Et elle s’écrasa contre eux. Elle n’était rien de plus qu’une brise estivale. Son souffle terrifiant était réduit au silence.
Le cauchemar était fini. La tour était évanouie, même le vent s’était éteint.
Ils profitèrent de la plaine autant qu’ils en avaient profité ce jour-là. Ils étaient ensemble comme ce jour là. Ils volaient et courraient, les animaux sauvages les accompagnaient. Ils étaient ensembles et unis.
Ils étaient biens.
