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Déflagration — d’une étoile à un trou noir

Summary:

Albert est amoureux d’André et est prêt à tout pour lui… même à sacrifier sa vie pour le protéger.

Notes:

Pour Vaud, en espérant que ce texte te plaise sans te faire tomber au fond du trou. Voici une flopée de câlins virtuels dont tu auras besoin : 🫂🫂🫂🫂🫂

J’attaque les Déboussolés avec le tag Mourir pour l’autre dans le cadre de la bataille navale du Sancho. ⛵️

Work Text:

L’audience au tribunal contre Lord Halifax était terminée. Et contre toute attente, c’était le procureur de Villefort qui était condamné pour tentative d’infanticide, par nul autre que son fils, Andrea… non, André. André aux immenses yeux bleus, au sourire poli mais glacé, à la courtoisie impeccable. Au masque jusque-là bien en place. Au refus brutal, aussi. Refus de ses sentiments à lui, Albert, pour lui, sans raison. Enfin, sans raison… La morale seule constituait une assez bonne raison pour expliquer ce refus. Sa vengeance contre son père, planifiée et menée à bien ce jour, en constituait une autre.

Mais, cet autre jour, chez le Comte, quand Albert avait pris Andrea… André à part pour lui confesser ses sentiments, la douleur l’avait déboussolé, et il avait refusé toute justification, même si André n’en avait offerte aucune. Il ne comprenait pas ce refus, car l’amour n’était pas censé être nié, spolié, dénigré. Il devait être accepté, révéré, célébré. Et Albert était un jeune homme de bonne famille, tout comme André, la vie devait leur sourire, si l’amour leur souriait.
Mais non. André n’avait rien voulu entendre. Du coup de foudre d’Albert pour lui à l’occasion de la chasse, lorsque André l’avait protégé en proposant d’achever le cerf à la place du Comte — son propre père l’aurait proposé lui dans le cas contraire, il le savait —, à l’attirance physique qu’il ressentait en passant par l’attendrissement qu’il ne manquait d’éprouver devant André et sa sœur adoptive, Haydée, qu’il aurait dû aimer… André avait tout nié. Il lui avait fait comprendre qu’il s’agissait d’une passade, qu’il n’était certainement pas sérieux, et que lui-même s’intéressait plutôt à la gent féminine… sans exception possible. Albert n’était qu’une relation de société, sympathique mais sans plus. À garder gentiment à distance, sauf lors de soirées mondaines.
Il avait tiqué à l’éclat d’Albert, poussé à bout, qui avait hurlé :
« MAIS TU NE M’ÉCOUTES PAS ! JE FERAIS TOUT POUR TOI ! TOUT ! JE SERAIS MÊME PRÊT À MOURIR POUR TOI, SI TU ME LAISSAIS FAIRE… C’EST CELA, L’AMOUR ! SI TU NE VEUX PAS EN ÉCOUTER LES BONTÉS, ÉCOUTES EN LES SACRIFICES ! »
André n’avait pas su réagir. Il avait simplement quitté la pièce sans le regarder. C’était Haydée qui était venue le voir alors qu’il s’était effondré en larmes sur un fauteuil après cet ultime rejet, avant de le raccompagner gentiment chez lui.

Et ce jour, André s’était légalement vengé de son père. Albert était content pour lui, ce que le procureur avait fait vingt ans auparavant était affreux. Il voulait rattraper André dans les escaliers pour le féliciter, mais une trop grosse foule les séparait, et André descendait les marches si vite… comme s’il avait un but précis en tête. Comme si… ce n’était pas fini. Albert avait un mauvais pressentiment.
Il prit une grande inspiration et fit ce que son père lui avait toujours interdit : il se faufila entre les belles gens, en bouscula certaines pour passer, récoltant regards outrés et remarques assassines, mais il leur prêta à peine attention. Son instinct protecteur était en marche, et son unique volonté était de protéger André, même de lui-même. Il était presque arrivé au bas des escaliers quand un cri lui fit relever la tête : « PÈRE ! ». André, juste derrière Villefort qui se retournait pour le regarder, comme au ralenti. Comme si la scène se déroulait sous l’eau.
Albert s’arracha à la contemplation morbide de cette scène et fonça entre les personnes arrêtées par leurs conversations, il courrait dans le hall du palais de justice pour espérer arriver à temps. À temps pour quoi ? Pour empêcher André de poignarder son père ? C’était trop tard. Le procureur de Villefort s’effondrait par terre, les doigts serrés sur le manche du poignard, toujours au ralenti. Albert accéléra encore, il y était presque. André se détourna de son crime, il retournait vers Haydée ou vers le Comte. Ses yeux étaient noirs du crime qu’il venait de commettre, mais ses traits étaient presque détendus. Il avait fait ce qu’il devait faire. Il pourrait vivre, désormais. Albert tomba amoureux de cette nouvelle facette d’André, encore plus fort que des autres. Il était magnifique, avec ses yeux qui commençaient enfin à s’éclaircir et le léger sourire qui prenait presque place sur son visage. Mais ses yeux furent attirés par un mouvement derrière André, toujours au ralenti. Un garde qui levait son bras tendu pour tirer. Pour tirer sur André. Albert devait arriver à temps ! Il croisa André, le souffle court, au grand — et bref — étonnement de celui-ci, et s’arrêta en dérapant juste derrière lui… juste à temps. La détonation retentit, la balle partit du canon levé, pointé sur André — pointé sur lui… et transperça son poumon droit, juste à côté du cœur.
La douleur explosa en lui, brûlante, glaçante, violente, telle la douleur du rejet d’André. Elle le courba en deux, ses mains se pressaient automatiquement sur la blessure alors même qu’il tombait au sol, son sang se répandait partout autour de lui, rouge, si rouge. La couleur de la douleur, de la passion, de l’amour. Il tenta de sourire, mais il ne contrôlait déjà plus les muscles de son visage, ni de son corps. Ses bras retombèrent mollement sur le côté. Son corps s’engourdissait. Il avait réussi à protéger André. Il n’avait aucun regret. Il mourrait par amour pour André, comme le Christ par amour pour les gens. Il se concentra sur ses yeux, qui commençaient à lui faillir, il espérait voir André avant de sombrer. Il vit son père, bouleversé, furieux, désespéré. Il vit Haydée, des larmes plein les yeux, qui lui parlait sans qu’il ne puisse rien entendre.
Ce ne sont pas les yeux que j’aimerais voir. Haydée, décale-toi, j’aimerais contempler les yeux d’André. Je t’en prie… Et comme si elle avait entendu ses pensées, elle se décala et enfin — enfin ! — les beaux yeux bleus d’André apparurent au-dessus de lui. Perturbés, pleins d’incompréhension, tièdes de compassion et d’affliction. Albert aurait voulu lui sourire, mais il ne pouvait que l’admirer. Voilà, mon ange, je te l’avais dit. J’étais prêt à mourir pour toi, pour te protéger, et je l’ai fait. Voici le sacrifice de l’amour, qui est pour toi une bonté. Et sur ces derniers mots adressés à son étoile, Albert de Morcerf s’éteignit comme il avait vécu : sincère, bon, amoureux de la vie et de l’amour.