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Porté par la brise glaciale, guidé par les rayons de lune bienveillant, Venti effleura la toile de la grande tente du bastion de Favonius du bout des pieds. Plus loin, quelques soldats montaient la garde à chaque entrée du bastion, tandis que d’autres soldats chantaient gaiement autour du feu, l’odeur du goulash et le son du crépitement du feu flottant dans l’air. Amusé par leur enthousiasme et leur ébriété, le barde leur glissa quelques notes à l’oreille pour les inspirer et sauta un peu plus haut jusqu’à la petite terrasse.
La vue était dégagée sur Amsvartnir et l’écho des énergies lunaires depuis la plaine Chassevague lui donnait presque l’impression d’un acouphène. D’un souffle, il changea la direction du vent pour pouvoir de nouveau s’entendre penser avant de rejoindre sa destination.
— Boire seul est rarement une bonne idée, mon ami, dit-il.
La tête blonde et ébouriffée du Grand Maître se redressa et si son petit sourire aurait réchauffé le cœur de ses troupes, Venti n’était pas dupe. Aucune joie ne pétillait dans ce beau regard bleu. Il le rejoignit, s’assit à ses côtés et saisit la chope à moitié vide pour en prendre une gorgée.
Varka ne protesta pas, se contentant de lever la tête vers la lune.
— Ma compagnie ne serait pas propice au moral des troupes ce soir.
Venti termina le reste de bière locale, retenant une grimace à son arrière-goût amer. Cette boisson aurait eu de quoi briser le moral. Les quelques tonneaux marqués du sceau de l’Aurore qu’il avait aperçus étaient probablement réservés à des célébrations plus épiques. Il posa la chope de bois à l’opposé de Varka et lui donna un petit coup d’épaule affectueux.
Le corps si imposant s’affaissa lentement, doucement jusqu’à s’allonger sur la pierre froide de la terrasse qui surplombait le camp, la tête sur les cuisses de Venti. Celui-ci glissa ses doigts transis dans les mèches d’or et réapprit leur douceur, s’imprégnant de la chaleur de son fidèle envoyé.
— L’odeur des pissenlits me manque.
— Oh Varka…
Il se pencha, caressant la tempe de ses lèvres.
— Le traité est rompu, l’avenir de Mondstadt peut-être perdu, mais si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde.
— Bien entendu. Tes actes sont louables et Mondstadt serait fière de toi. Elle n’a besoin que de son peuple. Sa résilience est sa force.
— Et son archon…
— Son archon est aussi fier de toi. Tu es parti depuis bien longtemps, mon noroît, si tu l’as oublié.
Un rire un peu humide lui répondit, brisant la mélancolie de cet instant.
— Noroît ? Es-tu déjà saoul, barbe, pour en venir aux petits noms ?
— Et tu n’es pas aussi éméché que tu veux bien le faire croire, répondit-il en tirant doucement sur une mèche en épi.
Varka se retourna contre lui, plongeant ses yeux clairs dans les siens.
— Merci d’être venu.
— Tout pour mes guerriers.
Venti se pencha, embrassa la cicatrice sur sa joue, puis son front, sa bouche plus longuement, tendrement. Un soupir s’échappa des lèvres de Varka, ses yeux fermés. Le grand maître se tourna sur le côté, enfouissant son nez contre le ventre du barde et encerclant sa taille de ses bras forts.
Et alors que la Lune continuait son voyage à travers le ciel, le vent du Nord se laissa bercer au gré de la mélodie de son archon.
FIN
