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Pauses, then says, "You're my best friend"

Summary:

Il était vingt heures passées et Antoine se tenait aussi droit qu’un piquet devant la porte d’entrée du bureau de Florence, qui était, comme à son habitude, à moitié ouverte. Dans sa main droite se trouvait une bouteille de vin qu’il agrippait de toutes ses forces, comme si elle allait lui échapper. Ses mains étaient si moites qu’elle aurait pu glisser. Levant sa main libre pour toquer, il la laissa en suspens et se demanda une énième fois s’il était normal qu’il se trouve là, au Louvre, un vendredi soir, devant le bureau de sa collègue.

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Petit OS because i miss them already your honor :(

Notes:

Coucou !! Je n'arrive clairement pas à penser à autre chose que l'Art du crime depuis la sortie de la saison 9... (comme à chaque sortie de saison lol). J'éspère que ce petit OC vous plaira autant que j'ai apprécié l'écrire !

L'OC ne contient pas de spoilers de la saison 9 parce qu'il pourrait se dérouler à n'importe quel moment de la série je pense (Pourquoi ? Parce que la relation entre Florence et Antoine n'avance pas depuis cinq saisons ? Noooon, du tout.)

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Il était vingt heures passées et Antoine se tenait aussi droit qu’un piquet devant la porte d’entrée du bureau de Florence, qui était, comme à son habitude, à moitié ouverte. Dans sa main droite se trouvait une bouteille de vin qu’il agrippait de toutes ses forces, comme si elle allait lui échapper. Ses mains étaient si moites qu’elle aurait pu glisser. Levant sa main libre pour toquer, il la laissa en suspens et se demanda une énième fois s’il était normal qu’il se trouve là, au Louvre, un vendredi soir, devant le bureau de sa collègue.

Tout se passait bien entre eux. Le statut d’amis les arrangeait tous deux, et bien qu’il se laissait quelques fois penser à ce qui aurait pu advenir, il appréciait sincèrement la tournure que leur relation avait pris. Alors oui, il avait envie de la voir tout le temps, d’être aussi proche d’elle que possible, de l’écouter parler d’art durant des heures, mais il affectionnait tout autant la taquiner et être charrié en retour. Ils étaient de vrais « frérots », comme elle aimait dire. Et il pouvait se limiter à ça, car si la voir rigoler à ses blagues minables était la seule chose qu’il pouvait avoir, alors il s’en contenterait amplement, bien qu’avec un léger pincement au cœur.

En plus, ça faisait plus de deux jours qu’ils ne s’étaient pas pris la tête concernant un truc complètement con et inutile, alors il s’était dit que prendre un verre entre collègues pour célébrer la fin de l’enquête serait une bonne idée. Entre collègues amis bien sûr. C’est pour ça qu’il n’avait pas invité Alex et Adèle. Merde. Il réalisa que son invitation ne tenait pas la route. Qu’il était con, c’était tout sauf une bonne idée. Il regrettait aussitôt cet élan de folie qu'il avait pris alors qu’il s'apprêtait à rentrer chez lui trente minutes auparavant. Florence allait prendre peur, ou le regarder curieusement, un sourcil levé. Ou les deux. Probablement les deux. Il la connaissait par cœur.


Florence ne semblait pas avoir remarqué sa présence, assise à son bureau, consultant un ouvrage. Ne s’arrêtait-elle jamais de travailler ?

Il aurait très bien pu faire demi-tour, et la retrouver lundi matin comme si de rien. Aussi stupide que cela pourrait paraitre, cette envie de fuir grandissait en lui et il fit aussitôt demi-tour afin de s’échapper de ce plan catastrophique dans lequel il s’était lui-même fourré. Seulement, il n’avait pas anticipé l’étagère à la droite de la porte du bureau de Florence, et se la pris en pleine face. Qui mettait une étagère collée à une porte, sérieusement ?

Il l’entendit demander à voix haute si tout allait bien, et ne put plus reculer. Il s’avoua vaincu, et pris son courage à deux mains :


-Excusez-moi, je… Bonsoir Madame Chassagne je…


Il se tût brusquement lorsqu’elle leva vivement la tête en sa direction au son de sa voix et se mit à le fixer les yeux grandement ouverts, comme si c’était la première fois qu’elle le voyait. Sa loupe binoculaire sur son nez, ses yeux bruns profonds apparurent grands comme des soucoupes, et le fixaient ardemment.
Il avait du mal à terminer ses phrases quand elle le regardait. C’est simple, il semblait toujours désemparé face à elle, comme s’il avait affaire à quelqu’un d’important. C’était plus fort que lui, alors qu’ils étaient ni plus ni moins qu’amis. Les meilleurs amis du monde, même.


-Oh bonsoir capitaine ! Vous êtes pas rentré chez vous ? Il est tard quand même.


Sa voix semblait fausse, partant dans les aigus comme lorsqu’elle commençait à angoisser. C’était toujours pareil. Elle paniquait dès que leur conversation ne relevait pas de la sphère professionnelle, comme si elle cherchait à fuir une conversation qui parlerait d’autre chose qu’un meurtre ou un tableau.


-Euh, non… En fait je m’disais… comme on, enfin l’enquête s’est bien terminée, je…

-Oui c’est vrai. On forme une bonne équipe.


Elle s’était avancée et placée devant son bureau, alors qu’il se tenait toujours à l’entrée de celui-ci.


-Oui, voilà. Donc je m’disais qu’on pourrait célébrer, fin, je sais pas ce que vous en pensez. J’étais pas sûr de vous trouver ici, mais…

-C’est une excellente idée capitaine, venez, entrez. Je vais pas vous manger.






C’était stupide d’avoir dit ça. Evidemment qu’elle n’allait pas le manger, quelle idée. Elle n’était capable de faire de mal à personne, enfin pas physiquement. Car psychologiquement, elle avait détruit un bon nombre d’hommes, bien que jamais volontairement. Elle avait brisé plus d’un cœur. Dont le sien. Mais ils étaient amis maintenant, donc cela n’avait plus d’importance. Les meilleurs amis du monde.

Elle s’approcha de lui pour lui prendre la bouteille des mains en lui adressant un sourire dont elle était spécialiste. Un grand sourire sincère qui illuminait tout son visage. Le genre de sourire qui aurait presque fait oublier à Antoine qu’elle l’avait recalé maintes fois, et qu’elle lui adressait ce dernier comme elle l’aurait fait à n’importe qui.

Leurs mains s'effleurèrent légèrement, et bien que le contacte ne dura qu’un millième de seconde, ce fut presque assez pour que Florence perde légèrement le contrôle. Elle devait absolument être la personne forte entre les deux, celle qui savait mettre de la distance entre leurs êtres, la personne responsable qui serait en mesure de le repousser gentiment, pour la énième fois, s’il allait trop loin, s’il franchissait n’importe quelle limite qu’elle avait pris soin d’instaurer dans son imaginaire.

Ils étaient amis, et c’était tout à fait normal pour deux amis de prendre un verre ensemble à l'issue d’un travail collectif qui avait abouti positivement.

Elle l’invita donc à s’asseoir sur le canapé qui se situait à proximité de la porte de son bureau et en fit de même. Elle aurait peut-être dû s'installer sur le siège en face, ou rester contre son bureau, afin d’instaurer une distance. Elle aurait peut-être du-


-Madame Chassagne je- j’voulais vous dire deux trois trucs. C’est pour ça que je suis venu de base.


Elle fronça légèrement les sourcils face à cette affirmation, et son sourire s'effaça. Que pouvait-il avoir de si important à lui dire, qui nécessitait de s’être déplacé en personne jusqu’au Louvre, à plus d’une vingtaine de minutes en voiture des bureaux de l’OCBC, à une heure si tardive ? Son pouls s'accéléra inconsciemment. Elle ne pouvait pas encaisser une nouvelle déclaration, une annonce dramatiquement romantique qu’elle devrait décliner, poliment, les yeux embués, à contre-cœur. Il était le spécialiste de ce genre de déclaration qui lui donnait envie d’abandonner tous ses principes et de se jeter dans ses bras d’une manière désemparée et abusée. Ce qui était excessivement cliché et absolument pas qui elle était.

Non, elle ne cèderait pas. Elle savait quoi faire si cela arrivait. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’elle savait quoi faire face à cela.

Elle se reprit rapidement, ferma les yeux une seconde avant de répondre, replaçant son sourire sur son visage :


-Allez-y, dites-moi. Je vous écoute.


Il se tourna entièrement vers elle, plongea son regard bleu perçant dans le sien.


-Je… Je suis très reconnaissant de vous avoir dans ma vie. J’suis content de vous avoir comme amie quoi. Vous… Vous m’avez changé. Avant, j’étais, j’sais pas j’étais plus con qu’aujourd’hui. Bon j’le suis toujours, mais depuis que je vous connais je trouve que j’ai changé. En bien. Et c’est grâce à vous, parce que vous m’écoutez et vous m’apprenez plein de choses. Même si vous êtes sacrément cheloue. Et… Enfin voilà. Je vous dis ça sans arrière-pensée, vraiment. J’suis juste heureux de vous avoir comme amie.


La stupéfaction traversa son visage, sa bouche s'entrouvrant légèrement. Elle avait envisagé, en un tier de seconde, des centaines de déclarations possibles et imaginables, mais certainement pas celle-ci. Son sourire n’avait pas quitté ses lèvres, il s’était élargi jusqu’à ses yeux, et son regard était quelque peu flouté. Elle sentit les larmes lui monter. Jamais on ne lui avait dit de tels mots, des mots aussi doux et sincères. Elle aimait Antoine, elle était profondément amoureuse de lui mais à ce moment-là, c’est tout son amour platonique envers lui qui surgit, et sans réfléchir, elle le prit dans ses bras et le serra fort. Elle aimait tellement être son amie, son “bro”.


Elle aussi avait appris de nombreuses choses grâce à lui, et elle avait évolué à travers leur relation durant ces huit dernières années. Elle le serra de toutes ses forces, sa tête posée sur son épaule. Elle sentit ses bras se refermer autour de sa taille lentement, mais bientôt, elle ne pouvait plus bouger tellement il la serrait fort. Ils restèrent dans cette position des minutes durant, leurs respirations se calant l’une sur l’autre, leurs yeux fermés. Florence versait des larmes silencieuses sur le t-shirt d’Antoine, sans qu’elle n’y prête aucune attention.

Lorsqu’il l’entendit renifler cependant, il desserra légèrement son étreinte pour la regarder dans les yeux. Leurs visages étaient proches, elle pouvait sentir sa respiration sur ses lèvres, mais il se recula encore un peu plus, afin de pouvoir observer la beauté de son visage dans son entièreté. Ses grands yeux chocolat étaient rouges, ses taches de rousseurs étaient plus visibles que d’habitude, et sa frange en désordre, lui tombant sur le regard. Comme par réflexe, il vint replacer frivolement une mèche de cheveux derrière l’oreille de Florence. Cette dernière lui sourit, et fit basculer sa tête contre la main d’Antoine avant qu’il ne puisse la remettre dans son dos. Ils ne bougèrent pas, se fixant intensément, pendant quelques instants.


Il enleva délicatement sa main et puisa au fond de la poche de son pantalon un mouchoir en tissu, qu’il lui tendit en lui souriant presque tristement.


-Je, j’suis désolé. Je pensais pas que ça allait vous faire pleurer.

-Non c’est rien, c’est… Merci.


Elle s’essuya l'œil droit délicatement.


-Attendez bougez pas, lui dit-il. Comme ça, vous ressemblez parfaitement au tableau de la femme qui pleure, vous savez du mec là… Vous m’en avez parlé y’a même pas une semaine.

-Rembrandt ?

-Oui ! Vous avez la même pose que la meuf sur le tableau. C’est beau.


Elle se mit à rire. A rire chaudement. Il arrivait qu’Antoine l’impressionne, concernant son savoir sur des tableaux dont elle avait à peine parlé, parfois simplement mentionné et totalement hors contexte. Par contre, il ne savait toujours pas différencier le romantisme du réalisme. C’était comme si ses connaissances étaient entièrement calquées sur les goûts de Florence, comme s’il se basait inconsciemment sur elle.


-Pourquoi vous vous foutez de ma gueule ?


Il avait l’air sérieux, et la regardait avec les sourcils froncés, avant d'esquisser un sourire de défi.


-Je ne me fous pas de votre gueule, dit-elle en riant. Je suis très fière de vous, très.


Elle posa le mouchoir et le regarda d’un air amusé. Elle aimait cette complicité qui était née entre eux. Ils passaient du drame au comique, du coq à l’âne, sans transition et pourtant, cela ne déplaisait à aucun des deux. Ils dansaient sur le même pied, se complétaient.


-Si, vous êtes clairement en train de vous foutre de ma gueule parce que je connaissais pas le nom de l’artiste hein.

-Mais non ! Vous… Vous êtes adorable c’est tout. Vous avez l’air si…


Elle ne pouvait s'empêcher de rire, et cela lui faisait un bien fou. Elle avait un faible pour son côté enfantin, lorsqu’il se voulait très sérieux mais en réalité galérait et pataugeait.


-Adorable ouais… Adorablement con c’est ça.


Elle se tourna légèrement pour lui paraître de profil et caler son dos contre le siège du canapé, se rapprocha légèrement de lui et posa son coude sur son épaule, ses larmes transformées en rires. Son poing sur sa joue lui tenant le visage, elle regardait un peu dans le vide en pouffant de rire telle une adolescente.

Elle n’avait pas beaucoup de souvenirs drôles d’elle étant adolescente. Elle n’avait pas eu beaucoup d’amis à la fac, non de son ressort. Alors elle était fière, d’une façon, d’avoir tissé ce lien avec Antoine, lien qu’elle n’avait pas réellement réussi à tisser avec quiconque d’autre. Elle était heureuse d’avoir un vrai ami.


-Ok on fait un truc, annonça solennellement Antoine, se tournant face à elle soudainement.


Son regard s’illumina. Une proposition de duel, un défi émanait du bleu ciel de ses iris, et elle adorait ça. Il était le plus souvent le plus sérieux des deux, alors elle appréciait d’autant plus l’air espiègle qu'il arborait.


-Ok, dites-moi, répondit-elle du tac au tac, prête à accepter n’importe quoi à ce moment précis.

-On a le droit, non, de se balader dans le musée, même si c’est fermé ? Vu qu’vous habitez quasiment ici de toute manière.

-Alors, pour votre gouverne, je n’habite pas ici, j’ai un appartement. Que dis-je, un superbe appartement avec une superbe vue sur-

-Non mais on s’en fout, vous avez le droit ou pas ?


Elle baissa la tête tout en soutenant son regard, malicieusement. Son sourire se dessina petit à petit. Elle avait techniquement le droit de traverser le Louvre pour en sortir, ce qui comptait en quelques sortes comme une balade… La proposition qu’allait lui faire Antoine semblait beaucoup trop alléchante pour refuser et se plier aux règles de l’établissement.


-J’ai tous les droits, capitaine. Je vous rappelle quand même que je suis Florence Chassagne, historienne de l’art au musée du Louvre et-

-Ok Florence Chassagne, dit-il en insistant sur son prénom, comme pour se moquer d’elle, alors qu’il adorait simplement le prononcer. Il n’avait que rarement l’occasion de le prononcer en sa compagnie, et il crut apercevoir une seconde durant une once de déconcentration chez sa partenaire. Il reprit :

-On fait un tour, vous me donnez un nom de tableau et j’vous le trouve. Comme ça j’vous montre que je m’y connais et vous arrêtez de vous foutre de moi.

-Oui alors ça va être compliqué parce qu-

-Vous êtes partante ?


En prononçant ces mots, il se leva et lui tendit la main, en la toisant du regard avec défi. Elle n’attendit même pas une seule seconde afin de placer sa main dans la sienne, et aussitôt fait, elle se retrouva dans le couloir qui regroupait les bureaux de maints experts en art. Il lui pressa le pas, la tirant presque par le bras, en se mettant à accélérer le pas.


-Capitaine, vous m’excuserez mais je peux pas courir avec mes talons, ça m’est tout bonnement impossible. La journée a été très longue je vous signale.

-Vous avez qu’à les enlever.


Elle ne réfléchit pas et s’exécuta.






Ils se retrouvèrent tous deux à déambuler de salles en salles. Florence s’interrompait pour lui donner le nom d’un tableau qui se trouvait dans la salle où ils se situaient et Antoine se mettait à scruter chaque tableau avec attention avant de lui donner sa réponse. Et il ne s’en sortait pas si mal, se dit-elle. Elle était plutôt fière d’elle-même, car bien que les maintes séances d’art thérapie qu’elle lui ait fait subir n’aient pas forcément servi à grand-chose, il avait, au fil du temps, appris à reconnaître un grand nombre de tableaux sur lesquels ils avaient travaillé grâce à ses cours improvisés à l’OCBC.


Arrivés dans la salle des États, ils étaient essoufflés par le jeu qu’Antoine avait lancé, mais cela n’empêcha pas Florence de le taquiner un peu.


-Ok euh, trouvez-moi la Joconde.

-C’est une blague ?


Ils se situaient à quelques mètres de distance l’un de l’autre, et Antoine se rapprocha, hors d’haleine, vers elle. Il lui adressa un sourire railleur et vint se poser juste devant elle, à quelques centimètres.


-En fait vous adorez vous foutre de ma gueule c’est ça.

-Oui, enfin non, bafouilla-t-elle tout en essayant de reprendre son souffle, j'avoue que c'était une blague. Je sais que vous savez à quoi ressemble la Mona Lisa. Enfin j’espère.


Il ne répondit pas et continua de la regarder en souriant étrangement. Il s’approcha encore plus près d’elle, et plaça sa main sur le haut de la tête de Florence.


-Vous êtes vachement petite sans vos talons, j’avais jamais remarqué.

-Euh bah je, bafouilla-elle. Non, je fais quand même un mètre soix-


Il la regardait intensément, et elle se mit à rire nerveusement. Il retira sa main mais ne l’abaissa pas entièrement pour autant. Au lieu de ça, il vint caresser délicatement la joue de Florence, comme s’il touchait une porcelaine d’une valeur inestimable. Si elle l’avait connu brute, quelque peu grossier et carrément de mauvaise foi, il était soudainement d’une douceur sans pareille, qui la faisait tressaillir. Que lui prenait-il ? Deux amis ne faisaient certainement pas ça, mais ça lui était égal. Elle était bien avec lui, là, en plein milieu du Louvre, et elle en avait ras la casquette de se préoccuper de ce qu’il était convenable ou pas de faire entre amis ou non.


Le temps semblait s’être arrêté une seconde, ou une heure. Ils se regardaient en souriant bêtement, leurs visages étant plus proches que ceux de deux amis devraient l’être, et ils arboraient tous deux un air béat. Il avait voulu replacer sa main dans sa poche mais elle le lui avait pris, et la serrait à présent dans la sienne, pendant un temps, en le fixant, avant de murmurer :


-Venez.


Son regard brillait de malice. Antoine crut qu’elle s'apprêtait à faire une connerie, vu le sourire espiègle qui lui pendait aux lèvres. Il savait que Florence était joueuse, un peu folle mais elle ne désobéissait pas souvent. Enfin, c’est ce qu’il pensait. Il se sentit tiré d’un coup par une Florence agitée, qui se mit à marcher à une vitesse notable.


-Euh, on joue toujours là, Madame Chassagne ?


Elle ne répondit pas, ne sachant elle-même pas vraiment ce qu’elle était sur le point de faire. Elle traversa la salle des États à toute vitesse, Antoine accroché à sa main. Soudain, un vigile entra dans sa ligne de mire.


Merde, elle avait oublié les vigiles. Son cœur, qui battait déjà fort, se mit à se faire entendre dans ses oreilles, et battre la chamade. Elle dut improviser. Elle avait le droit d’être ici, le droit d’y passer afin de sortir du musée, au vu de l’heure tardive. Tout allait bien. Après une réflexion interne qui n’inclut certainement pas Antoine, manque de temps, elle salua d’une façon théâtrale l’homme qui les regardait avec attention, sa main droite toujours dans celle de son partenaire.


-Bonsoir Mark ! Alors, il est tard je sais, mais je travaillais sur un truc avec le Capitaine Verlay. On avait énormément de travail, et comme vous savez, Rome ne s’est pas construit en un jour !


Elle pria pour qu’il ne remarque pas qu’elle était pieds nus, que sa main était accrochée à celle d’Antoine, pour que ce dernier ne fasse aucune gaffe.
Il répondu du tac au tac, et elle cru une seconde que ça allait mal tourner pour elle. Il était très tard, et Mark n’était pas stupide.


-Pas de soucis Madame Chassagne. C’est le capitaine dont vous m’avez tant parlé ? dit-il en riant.


Si elle avait eu un miroir face à elle, elle était certaine qu'elle aurait vu son visage virer au rouge en une fraction de seconde. Sa main devint moite et elle lâcha celle d’Antoine. Ses yeux étaient écarquillés et elle mordait sa lèvre inférieure. Il se pourrait qu’elle ait potentiellement parlé du capitaine Verlay une ou deux ou trois fois à Mark, ce dernier faisant sa ronde près de son bureau, alors qu’elle n’était pas très sobre. Rien de bien méchant.


-Ah non, non, c’est un autre. Non lui c’est, fin c’est le capitaine Verlay. C’est mon collègue. Mon ami. On est amis.


Antoine observait la situation avec un œil perplexe, un peu amusé, mais aussi inquiet. Qu’avait-elle pu dire à son sujet ?


-Ah mais j’ai oublié un dossier ! Bonne soirée Mark !

-Bonne soirée Madame Chassagne.


Son ton sonnait si faux que n’importe qui aurait compris qu’elle mentait. Antoine bafouilla un « bonne soirée » avant de sentir la main de sa partenaire de remettre dans la sienne et la tirer dans la direction inverse.


-Vous m’expliquez ?


Elle regarda à gauche, à droite, lui sourit légèrement et fit la moue.


-Non.


Ils retournèrent jusqu’au bureau de Florence main dans la main, sans prononcer un mot, gloussant quand leurs regards se croisaient. Le couloir qui menait à son bureau était sombre, seulement illuminé par la faible lumière verte fluorescente de la sortie de secours à droite de là où les deux s'arrêtèrent. L’ambiance était différente dans l’ombre, tout semblait plus grave, plus honnête.

Elle plaqua son dos contre la porte et lui lâcha enfin la main. Ils se tenaient à un mètre l’un de l’autre, leurs regards plantés dans le sol, avant que Florence ne relève la tête, s’approchant simultanément d’Antoine d’un pas, puis deux. Si elle ne distinguait pas les traits de son visage, elle l’avait suffisamment observé dans pour savoir que ses sourcils étaient froncés, et son expression du visage ingénue et candide, comme à chaque fois que l’atmosphère se faisait sérieuse. Son bras droit se leva légèrement mais elle le laissa retomber aussitôt, ce que son partenaire ne manqua pas de voir. Leurs mains, qui avaient passé près d’une heure à être entremêlées, semblaient maintenant hésitantes, intimidées.

Elle avait passé un chouette moment ce soir, à ses côtés. Cette soirée l’avait rendu légère, détendue, et bien qu’encore quelque peu essoufflée, elle réussit à parler d’une voix posée.


-Moi aussi je suis heureuse d’être votre amie capitaine. On s’amuse bien ensemble. Fin, quand vous n’êtes pas chiant.

-Chiant moi ? Si moi j’suis chiant vous vous êtes la reine des ch…

-La reine des quoi ? Alors là excusez-moi mais je vous permets pas !

-Ah si si j’vous jure, parfois c’est impressionnant. J’avais jamais vu ça avant de vous rencontrer. Mais on s’habitue.


Elle roula des yeux et vint lui taper légèrement l’épaule gauche, avant de recroiser ses bras sur sa poitrine, tout en riant.


-Vous êtes con.

-Je sais. Mais vous, vous êtes sacrément chiante.

Notes:

Le tableau dont Antoine parle est Une Femme Qui Pleure de Rembrandt, et le titre de la fic vient de You Are In Love de Taylor Swift ! <3