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Ivre de toi

Summary:

Entre les cages de foot démontées et les filets de ballons, le Bastard München cache un stock d'alcool clandestin. Isagi, Raichi et Kurona s'y invitent pour une trêve improvisée. Mais entre les défis de culs-secs et les vapeurs de schnaps, la rivalité entre Isagi et Kaiser prend une tournure bien plus enivrante que prévu.

Notes:

Ce texte a été écrit lors de la 195e Nuit FOF. Thème : Enivrer

Work Text:

— On ne dira rien uniquement si on peut boire avec vous. 

Isagi se tenait sur le seuil de la réserve, les bras croisés, avec cet air déterminé qu’il conservait d’ordinaire pour ses phases de jeu les plus intenses. Derrière lui, Raichi arborait son sourire carnassier habituel, alors que Kurona demeurait plus effacé mais attentif, tel un satellite silencieux mais tout aussi complice.

À l’intérieur de la pièce destinée à stocker l’équipement du bâtiment, entre les filets remplis de ballons et les cages démontées, une dizaine de packs de bières allemandes côtoyaient des bouteilles de Schnaps transparentes et d’autres flacons de spiritueux dont l’étiquette affichait des degrés vertigineux. Face au trio se tenaient les quatre responsables de cet entrepôt clandestin : Gesner, qui venait de décapsuler deux bières, l’une des deux étant destinée à Grimm qui examinait l’étiquette d’une bouteille, Ness, qui venait de saisir une boîte remplie de verres à shot, et finalement Kaiser, qui semblait ne pas vraiment être impressionné par l’intrusion. Ce dernier laissa échapper un rire nasal, ses yeux bleus s'illuminant d'une lueur malicieuse :

— Yoichi... Je ne te savais pas si corrompu, commença-t-il, comme s’il dominait la situation. Je pensais que tu étais le bon élève de ce projet. Tu ne devrais pas plutôt aller te coucher ?

Mais Isagi ne céda pas à cette évidente tentative de détournement d’attention.

— C’est ça, ou Ego est mis au courant, dit-il fermement.

Kaiser haussa les épaules avec son habituelle assurance royale :

— Essaie toujours. Tu penses qu'on a peur d'un type qui vit derrière des écrans ?

— Peut-être pas d'Ego, contra Isagi, mais je doute que Noa titularise des gens qui se bourrent la gueule la veille du dernier entraînement.

Le silence tomba brusquement. Grimm et Gesner échangèrent un regard inquiet, alors que Ness manqua de faire tomber l'un des verres qu’il venait de sortir de sa boîte. Kaiser, de son côté, resta impassible et leva les yeux au ciel, agacé.

— Tout de suite les grands mots. Pas besoin de nous menacer comme ça, Yoichi. On ne manquerait pour rien au monde l'occasion de vous voir vous effondrer après deux verres.

Kaiser réduisit la distance qui les séparait d'un pas lent, un sourire provocateur étirant ses lèvres. Il plongea son regard bleu dans celui d'Isagi, cherchant probablement à y déceler une hésitation.

— Dans ce domaine, le Japon n'est clairement pas dans le dernier carré du championnat, ajouta-t-il d'une voix basse, presque mielleuse.

Isagi ne cilla pas. Il soutint le regard, refusant de reculer d'un millimètre malgré l'arrogance écrasante de l'allemand.

— On a un accord ? répondit-il simplement, imperturbable.

Le silence s'installa, seulement troublé par le cliquetis des bouteilles que manipulaient les autres derrière eux. Kaiser finit par briser la tension d'un léger mouvement de tête, acceptant l'intrusion.

— On a un accord.

Kaiser s’écarta pour laisser passer le trio, qui put enfin découvrir l’ampleur du stock, probablement de quoi ravitailler le bâtiment entier. Raichi s'avança, les yeux écarquillés devant cette montagne de bouteilles surgie de nulle part.

— Putain... Vous avez mis ça dans le cul de qui pour en avoir autant ? explosa-t-il. 

Ness, qui alignait déjà des verres à shot sur un pack de bière retourné, répondit sans même lever les yeux :

— Logistique allemande. Vous ne pouvez pas comprendre.

Gesner, un sourire en coin, saisit alors trois bouteilles fraîchement sorties d'un pack et les tendit au groupe d'Isagi. Il ne fit aucun geste pour les ouvrir, et aucun décapsuleur ne traînait en évidence. Autour d'eux, les Allemands maniaient déjà leurs propres boissons avec désinvolture : Grimm utilisait le rebord d'une caisse métallique comme levier, tandis que Gesner faisait sauter le bouchon de la sienne d'un coup sec avec le dos d'un briquet. Ils semblaient capables d'ouvrir une bière avec n'importe quoi — un coin de table, une boucle de ceinture, ou la simple force de leur mépris. Le trio n’était pas dupe. C'était évidemment un test muet, une manière de leur dire: Si vous voulez boire avec nous, prouvez que vous n'êtes pas des enfants.

Isagi sentit le regard pesant de Kaiser sur lui, attendant qu'il quémande de l'aide. Au lieu de cela, Isagi baissa les yeux et repéra une capsule usagée qui traînait au sol. Il la ramassa, l'ajusta soigneusement sur le sommet de son pouce, puis saisit fermement sa bouteille. D'un mouvement sec et précis de l'articulation, faisant levier avec une force insoupçonnée, il fit sauter le bouchon de fer qui s'envola dans un pop sonore avant de rebondir contre un casier.

Un silence de surprise plana un instant, avant que Gesner ne lâche un rire bref. Même Kaiser eut un petit rictus d'approbation. La tension sembla s'évaporer. Les épaules se relâchèrent et les premiers verres furent levés.

Une heure plus tard, le chaos s’était définitivement installé.

— Allez, Gesner ! Bois ou dégage ! éructait Raichi, le visage rouge.

Au centre de la réserve, Raichi et Gesner s’étaient lancés dans un duel de culs-secs  sur une caisse de bière retournée, encouragés par les rires stridents de Grimm. Kurona, d'ordinaire si discret, comptait les points pendant que Ness, un peu trop joyeux, tentait d'expliquer la supériorité de la bière allemande à un public qui n'écoutait plus. Gesner, les yeux injectés de sang et un sourire provocateur aux lèvres, vida son shot de schnaps d’un trait, sans ciller.

À l'autre bout de la pièce, loin du vacarme des verres qui s'entrechoquaient et des insultes bilingues, l'atmosphère était plus électrique. Isagi sentait le sol tanguer. Le schnaps brûlait encore dans sa gorge, une chaleur liquide qui lui déliait les muscles et lui brouillait la vue. Il était assis par terre, le dos contre le mur froid, et Kaiser... Kaiser était beaucoup trop près. 

L’Allemand s’était laissé glisser à ses côtés, une jambe repliée, son bras frôlant celui d'Isagi. 

— Tu as les yeux qui flottent, Yoichi… ricana-t-il, sa voix plus basse, plus rauque que d’habitude. Je t’avais dit que tu ne tiendrais pas.

Isagi tourna la tête. Le visage de Kaiser n’était qu’à quelques centimètres. Sa vision était effectivement embrumée.

— Parle pour toi… répliqua Isagi, les mots s’accrochant un peu dans sa gorge. T’as pas l’air… plus lucide que moi.

Kaiser ne répondit pas. Il laissa sa tête basculer en avant, son front venant presque toucher celui d'Isagi. Le mépris avait laissé place à une curiosité nouvelle. Sans réfléchir, dans cet abandon total que seule l'ivresse autorise, il inclina le visage pour venir nicher son nez dans le creux du cou d'Isagi. Il prit une profonde inspiration, captant l’odeur du savon des douches du Blue Lock, mêlée à la chaleur de la peau d’Isagi et à une pointe de transpiration. Isagi, de son côté, ferma les yeux. Il laissa ses doigts remonter vers la nuque de l’allemand, effleurant ses cheveux blonds et bleus. Il respira leur parfum, celui d’une effluve complexe et sophistiquée.

À ce moment précis, les cris de Raichi et le bruit des bouteilles qui s'entrechoquaient devinrent un lointain bourdonnement. Leurs souffles se confondaient. Ils ne cherchaient plus le vertige dans le fond d'un verre. Dans cette réserve sombre et exiguë, Isagi et Kaiser s'enivraient désormais d'une seule chose : l'odeur de l'autre, ce parfum de rivalité et de désir qui les rendait bien plus ivres que n'importe quel alcool.

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