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Quand le bruit de l’horloge commence à résonner dans sa tête comme si un oiseau creusait sa boîte crânienne, Millie savait qu’il était condamné à mourir d’ennui. Pas qu’il n’aimait pas les après-midi de paresse d’un bon dimanche après une semaine éreintante, mais le fait est qu’il se sent terriblement seul.
Hélas, le bruit de mains, longs et manucuré d’un noir assez visible, taper sur le clavier qui doit dater du siècle dernier, lui rappelle la raison pour laquelle il ne s’est pas enfui de cette cage fictive pour courir au parc à 5 minutes d’ici. Son partenaire était visiblement occupé à rédiger ce qui semble être un texte interminable sur des pratiques culinaires américaines pré-coloniales.
Loin d’être ennuyeux, lui-même admire l’attachement qu’a Ananas pour reconstituer des histoires qui ne demandent qu'à être racontées, et il anticipe quand son partenaire verra le mail familier qui lui donne le feu vert pour publier son œuvre. Le sourire au coin, dont la ride qu’iel essaie désespérément de cacher apparaît, montre la satisfaction d’un travail tortueux mais réussi, avec des recherches dans des lieux virtuels suspects et nombreux maux de têtes liés à des internautes qui n’ont aucune idée de comment sourcer proprement les informations donnés.
Mais iel a réussi à finir, Millie voit les épaules larges se relâcher, le dos tendu se défaire agréablement, comme une statue qui prend vie sous ses yeux. Une statue qui s’étire, la chemise montrant de manière presque osée un peu de peau tatouée bien plus que familière, avant d’être cachée par cette masse de cheveux blonds en désordre, qui ne vont pas tarder à subir le traitement presque maniaque de leur propriétaire après une douche bien trop chaude à son goût et l’application de produits tous aux noms plus farfelus les uns les autres.
Il remarque que Ananas le regarde, toujours avec le sourire au coin qui s’agrandit à la vue de Millie, qui sent son propre visage s’adoucir. Il sait qu’iel avait passé les trois derniers jours à gérer des discussions difficiles, des gens qui ne “s’identifient pas” et qui montrent une réticence presque honteuse à voir ces textes publiés, par peur de ne pas gagner plus que ce qu’ils gagnent déjà avec leurs articles superficiellement accrocheurs sur des tendances de jeunes dont ils n’en comprennent ni l’origine ni la raison pour laquelle ces jeunes y semblent attachés.
Une honte, vraiment, mais la fierté de voir son partenaire batailler violemment au téléphone, de voir ces gens presque reculer à cause de sa stature qui ne laissent aucune place à la négociation, parce qu’iel refuse de se voir influencé par des gens qui ne le voient pas capable d’attirer un public, alors qu’iel a de nombreuses fois montré ses compétences pédagogiques pendant ses conférences devant des universitaires qui semblent aussi attentifs que des enfants de 4 ans devant un conte.
“ Qu’est-ce que ces incapables feraient sans moi, vraiment. “
“ En attendant, tu m’as abandonné pour ces dits incapables. “
Il sursaute et pousse un cri involontaire quand deux mains bien trop chaudes à son goût, emprisonne son visage, puis lui pince les joues.
“ Ne commence pas, j’ai eu ma dose d'imbécilités pour le prochain siècle. “
“ Au secours ! Sauvez-moi de ce rustre ! “
Millie tire la langue d’un faux dégoût quand des lèvres sèches se posent sur son front, puis son nez, puis chaque partie de son visage alors qu’il rit aux éclats.
“ Va te passer du baume à lèvre, goujat ! “
“Tss, quelle ingratitude. “
A sa grande tristesse, Millie sent les mains partir, et voit cette masse de cheveux blonds se diriger vers le frigo en quête d’une bouteille d’eau, qu’iel boit d’un trait avant de se faufiler avec élégance dans la salle de bain.
“ L’imbécile heureux m’a donné une semaine de libre. “ s’écrit Ananas, faisant référence à son éditeur, avant que le son de l’eau qui coule se fasse entendre.
“ Mes congés se finissent jeudi prochain..”
“ N’oublie pas mardi.”
“ Oui, oui, 14h30. J’ai hâte. “
“ Tu m’as reproché de faire trop de remarques sarcastiques il y a 2 heures et 36 minutes, pourquoi je devrais te laisser en faire. “
Il regarde l’horloge et grogne car iel a effectivement raison. Habituellement, Ananas n’a pas sa langue dans sa poche et ses remarques acérées lui ont plusieurs fois défendus de tracas sociaux. Il n’aime pas le conflit, ni devoir supporter des micro agressions car il ‘n’allait pas assez vite’. Il laisse généralement couler, car il comprend la frustration d’autrui et sait que la vie n’est pas facile pour tous, mais Ananas, oh Ananas, son égo gigantesque ne laisse pas place à cela, s’iel devait faire pleurer une vieille dame parce qu’elle a regardé Millie de travers, iel n'hésitera pas.
“ Tu es trop gentil avec ces misérables. “ lui a dit Ananas, une ride prononcé entre les yeux dû à la frustration. “ S’ils n’ont pas le temps, c'est à eux de le gérer correctement, pas toi. “ Iel prend efficacement le sac de course que Millie transportait, bien trop lourd malgré qu’il soit assez grand, ainsi que le sachet de médicament, ne laissant pas Millie l’occasion de porter quoi que ce soit. “ La prochaine fois, appelle-moi, crois-moi qu’ils embrasseront le sol sur lequel tu marches.”
Un véritable monarque de l’insolence, mêlé de l’énergie d’une princesse gâtée, il savait dans quoi il s’était embarqué dans ce mariage avec un tel mélodramatique comme époux, mais le fait qu’iel ne cache pas son inquiétude rend toutes interactions pénibles plus doux.
“ Je t’entends penser. “
Millie entend la porte s’ouvrir, puis des pas lourds vers leur chambre.
“ Je pense au fait que tu m’énerves au plus haut point. “
“ Quand je t’énerve, tu fais semblant de dormir.“
Il voit l’expression arrogante d’Ananas apparaître à l’entrée de leur salle de vie, avec ce sourire qui n’a pas quitté son visage. Sa tenue n'est plus aussi serrée et stricte, préférant cet affreux t-shirt avec une fleur dont les couleurs piqueraient les yeux à un aveugle, cadeau de Millie qui pensait l'ennuyer, mais a la surprise de toujours le voir avec quand l'occasion se porte. Est-ce qu'iel le porte parce que c'est un cadeau, ou est-ce qu'iel aime sérieusement ce haut ? Il ne le saura jamais.
“ Me tente pas avec une bonne sieste. “
Millie sourit et s’étire, de manière exagérée il pousse un bâillement qui fait rouler des yeux Ananas, il s’allonge confortablement sur le canapé où il était assis et ferme les yeux.
Malheureusement pour ses côtes, il ouvre les yeux de nouveau quand il sent un poid bien plus lourd que lui s’allonger sur lui, et pousse un cri de détresse quand les mains de tout à l’heure passe sur ses hanches de haut en bas. Il ne peut pas stopper le rire qui le prend, puis un cri plus aigu quand des dents pointues se plantent sur sa joue sans laisser de marque.
“ C’est une agression ! Je suis attaqué ! On m’empêche de dormir ! “
“ Je refuse ta demande de sieste. “
Il essaie de trouver une réponse à cette situation injuste, mais le rire l’empêche de parler correctement, ce bourreau domestique sait très bien qu’il a le malheur d’être chatouilleux, et en profite bien trop lorsqu’iel a besoin d’informations de sa part.
Cela dure une bonne minute avant que la tête d’Ananas se pose sur l’épaule gauche de Millie, une de ses mains passe sur son bras droit, chatouillant très légèrement l’avant bras avant de trouver sa main. Il regarde leurs mains liées avec tendresse, et profite d’un des rares moments où ce grincheux montre ouvertement son affection.
Leur relation était difficile, au début. Ananas, trop fier, refusait de montrer quelconque faiblesse, y comprit dans des lieux complètement fermés au monde. Le moindre contact le tendait, iel ne demandait que des cadeaux irréalistes et louanges sans fin. Mais cette façade, il l’avait vu se briser, doucement mais sûrement, quand Millie découvrait son ‘seul et unique’ point faible : Les sucreries.
Et là, le changement prenait Millie au dépourvu : Iel le regardait comme s’il avait annoncé qu’il était un ange descendu du ciel quand il avait décidé de ramener des parts d’un gâteau aux poires que sa voisine lui avait offert. En dehors de ces affreux lieux comme les gares pendant les heures de pointe, il s’entendait avec tout le monde, et souvent ses habitudes d’aider autrui lui a valu l’adoration de cette gentille petite dame qui voulait le remercier avec cette pâtisserie, faites à partir de rien par celle-ci.
C’était très amusant de voir ce grand grincheux, d’habitude toujours en contrôle de ses émotions, montrer une agitation due à l’envie irrésistible de dévorer ce gâteau sans laisser de miettes. Mais iel le surprenait quand iel prit doucement la main de Millie et y posa ses lèvres, l’émotion aux bords des lèvres.
Il avait compris qu’Ananas ne se donnait pas cette attitude distante et capricieuse pour rien. Il avait vu ce regard, qui reflétait un passé qui lui avait laissé une marque, un manque de confiance évident où iel donnait plus qu’iel recevait. Ananas était touché que l’on pense à ellui, et depuis c’était comme si Millie venait de trouver un trésor inestimable après avoir creusé aussi longtemps.
Et maintenant, il l’avait avec lui, doux et mou, couché sur lui comme un énorme félin. Il sentait les lèvres se poser sur son cou, sans désir de quelque chose de charnel, juste une affirmation, la confirmation de la solidité de leur relation.
C'était la partie préféré de ses dimanches.
