Work Text:
Disclaimers : la petite fille têtue et le pirate bougon appartiennent à M. Matsumoto, comme toujours.
Notes chronologiques : à placer très peu de temps après l’arrivée de Lydia à bord, alors que le captain se demande encore comment gérer un bidule remuant aussi petit.
Note de l’auteur : reprise de la fic « Hide and seek » de Csilla Aria, que vous pouvez retrouver sur ce site. Merci à l’auteur pour le texte initial.
—
Il n’était pas si tard ce soir-là, et Harlock se demandait s’il avait le temps de s’attaquer au mémo que Tochiro lui avait laissé « pour avis » lorsque la porte de son bureau s’ouvrit sur Lydia. Sans un mot, la fillette se dirigea vers le placard le plus proche de l’entrée, se glissa à l’intérieur et referma le panneau sur elle.
Harlock leva un sourcil. Voilà qui n’était pas banal. Bien sûr, il pouvait prétendre n’avoir rien remarqué et commencer plutôt la lecture de ce foutu mémo, mais pourquoi diable cette gamine avait-elle décidé de venir s’installer dans son placard ? Ce n’était pas un endroit où ranger les petites filles !
Après avoir tergiversé avec lui-même environ un quart de seconde, il se leva, se planta devant le placard et l’ouvrit du bout de la botte. En penchant la tête, il apercevait deux baskets pailletées dépasser entre un carton d’archives et une boîte estampillée « danger, explosifs ».
— Je t’ai vue, tu sais ? dit-il.
Les baskets gloussèrent.
— Toi tu joues pas, ça compte pas !
Ah. C’était un jeu, donc.
Harlock étudia différentes options pour éloigner les baskets de la boîte d’explosifs tout en s’interrogeant sur la présence effective d’explosifs dans cette boîte. Il se souvenait y avoir gardé des grenades, à un moment, mais s’y trouvaient-elles toujours ?
Quoi qu’il en soit, parmi le fatras tassé dans ce placard il voyait également une barre métallique en équilibre instable et des câbles électriques branchés Tochiro seul savait où, il n’allait pas risquer une catastrophe.
— Sors de là. Ce n’est pas un endroit pour jouer.
Deux yeux réprobateurs émergèrent des empilements anarchiques. Lydia le gratifia en sus d’une moue boudeuse dont seules les gamines de son âge possédaient le secret.
— Si je ne suis pas cachée je vais être trouvée ! protesta-t-elle.
Harlock haussa les épaules.
— Je ne pense pas qu’on te trouvera si tu restes dans ce bureau. Personne n’entre jamais ici sans frapper.
Le reproche implicite passa largement au-dessus de la tête de l’enfant, qui s’extirpa néanmoins du placard et réussit la prouesse de le toiser d’en bas, bras croisés et moue toujours boudeuse.
— Faut quand même que je trouve une cachette, décréta-t-elle.
Harlock ne retint pas un soupir agacé (qui passa lui aussi largement au-dessus de la tête de son interlocutrice). Mais bon. Après tout la fillette avait raison : elle ne pouvait pas trouver meilleure cachette qu’ici, et au moins tant qu’il l’avait sous les yeux elle ne risquait pas d’aller se cacher ailleurs. Harlock devait avouer qu’il ne se souciait guère de la façon dont l’enfant occupait ses journées à bord depuis qu’elle avait embarqué avec son grand-père adoptif, mais il était à peu près sûr qu’elle n’était pas censée se déplacer partout à son âge (bon sang, il n’y avait pas des adultes qui la surveillaient en permanence ?), et il ne tenait pas à la retrouver dans un sas d’évacuation ou à proximité des boucles de confinement des moteurs.
Il avisa le sofa qui prenait la poussière dans le coin de la pièce. Difficile de deviner ce que Tochiro avait imaginé quand il avait conçu l’aménagement de l’Arcadia, toujours est-il que l’objet n’avait pas jusqu’à présent été d’une utilité flagrante. En général, les gars qu’il recevait dans son bureau restaient figés au garde-à-vous toute la durée de l’entretien et ne s’attardaient jamais, allez donc savoir pourquoi. Peut-être devrait-il moduler son aura de capitaine intimidant, se dit-il. Si toutefois il parvenait à déterminer comment s’y prendre.
— Tu peux attendre sur le fauteuil, déclara-t-il à Lydia.
— Mais j’vais pas être cachée si je m’assois là !
Harlock soupira une deuxième fois. En tout cas, Lydia n’était, elle, pas du tout intimidée. Il se prépara à argumenter, voire à la rejeter dans la coursive si elle continuait à chouiner, mais elle sembla changer brutalement d’avis et s’installa sur le sofa avec un sourire ravi, testa le moelleux des deux malheureux coussins qui le garnissait, puis tenta avec un petit glapissement joyeux de disparaître dessous.
Harlock leva un sourcil. Ce n’était pas très concluant.
— Tes jambes dépassent, statua-t-il.
Un rire étouffé émergea des coussins.
— Je ne bouge pas du tout, regarde !
« Tes jambes dépassent toujours », pensa-t-il. Cette gosse était nulle en camouflage.
Il soupira encore.
— Essaie plutôt avec ceci.
Sa cape dégrafée tomba sur les genoux de Lydia dans un froissement de tissu lourd. L’enfant le dévisagea avec des yeux ébahis.
— Ça te dérange pas ?
— Je n’en ai pas besoin pour travailler.
Harlock revint à son bureau avec la ferme intention de se remettre à son mémo (Tochiro l’avait intitulé « Optimiser la répartition de l’énergie entre les canons principaux et les boucliers »), néanmoins sa lecture était quelque peu perturbée par les mouvements sporadiques sur le sofa. Il ne pouvait en réalité pas s’empêcher de lever les yeux à chaque phrase (sur le sofa, sa cape entortillée en une grosse chenille gigotait et pouffait, c’était ridicule), ce n’était pas ainsi qu’il allait venir à bout des… – il vérifia rapidement la pagination – … putain, trente pages ? Quand Tochiro trouvait-il le temps de rédiger des notes aussi longues ?
Côté fauteuil, la chenille-cape avait produit un petit visage encadré de boucles blondes.
— C’est du travail important ?
Bof.
— Oui, répondit-il.
— C’est quoi ?
— Du travail.
La conversation à sens unique ne dérangeait de toute évidence pas Lydia. Elle se tortilla dans la cape pour avoir une meilleure vue sur le bureau d’Harlock et les écrans allumés qui affichaient diverses pages de cette maudite note, et poursuivit :
— C’est du travail pour tuer mieux les méchants ? Grand-père dit que c’est toi qui t’occupes de tuer tous les méchants qui voudraient me faire du mal !
Alors… Harlock grimaça. Le rôle du croque-mitaine qui tue tout le monde ne l’enchantait guère (même si ce n’était pas tout à fait faux), et il ne se voyait de toute façon pas répondre à une gamine de quatre ou cinq ans « oui bien sûr, j’adore tuer les gens » (ce qui n’était pas tout à fait faux non plus, mais il s’agissait d’une vérité qu’il n’était pas encore prêt à admettre).
Il regarda son rapport. « Optimiser la répartition de l’énergie entre les canons principaux et les boucliers ». Mouais.
— En… quelque sorte, admit-il.
La réponse parut satisfaire Lydia, du moins suffisamment pour qu’il puisse avancer sa lecture sans interruption pendant plusieurs minutes.
Il atteignait le « Chapitre 4 – Étude comparative de charge en fonction des schémas d’attaque » lorsqu’il se surprit à s’angoisser du silence.
— Qui t’a donné l’idée de venir te cacher chez moi ? demanda-t-il.
Lydia ne répondit pas immédiatement. Lorsqu’elle bougea enfin, elle s’étira tel un chat et étouffa un bâillement.
— Oh personne ! se rengorgea-t-elle. On joue avec Tadashi, et Kei, et Madame Masu, et le Monsieur barbu de la machine, et Grand-père a dit qu’il fallait bien rester à l’arrière du vaisseau et ne pas dépasser la cantine, alors c’est moi qui ai eu l’idée toute seule ! Parce que toi tu habites tout à l’arrière, pas vrai ?
Oui exact. Harlock hocha la tête machinalement. Lydia avait-elle compris que « tout à l’arrière » ne faisait pas partie des endroits les plus fréquentés du bord ? Avait-elle pressenti que personne n’imaginerait venir le déranger dans ses propres quartiers « pour jouer » ?… Personne à part elle, donc.
Depuis les replis de sa cape, Lydia se fendit d’un autre bâillement, puis se pelotonna en boule autour d’un coussin. Harlock la fixa quelques secondes sans réagir, pensa « hé mais elle croit qu’elle va pouvoir s’installer pour la nuit ? », cilla, puis consulta sa montre. À quelle heure se couchaient les petites filles ?
Il regarda son rapport. Page dix-sept sur trente. Un peu plus que la moitié, mais il ne terminerait pas ce soir, décida-t-il. Tant pis.
Lydia grogna lorsqu’il la souleva. Sa voix était pâteuse de sommeil.
— Capitaine, non… Il faut attendre que tout le monde soit trouvé pour savoir qui a gagné…
Harlock sourit malgré lui. Il avait soudain l’irrépressible envie de remettre en place avec tendresse les boucles blondes de la petite fille sur son front, un comportement qui ne cadrait pas du tout avec son image de capitaine pirate sévère. Heureusement que ses deux mains étaient prises.
— Vu l’heure qu’il est je pense que tu as gagné haut la main, ne t’inquiète pas, murmura-t-il.
— Mrf, répondit-elle.
Puis elle se rendormit.
—
Il était déjà bien tard ce soir-là, et Harlock se demandait s’il restait encore des gens normaux éveillés sur ce vaisseau ou bien s’il allait devoir se charger de coucher Lydia lui-même, lorsque Kei surgit devant lui.
— Capitaine, vous l’avez trouvée ! Le doc est mort d’inquiétude et Tadashi est inconsolable… Où est-ce qu’elle était ?
— Eh bien, il semble qu’elle ait décidé que mon bureau ferait la meilleure des cachettes. Une excellente idée, si tu veux mon avis.
— Votre… Oh capitaine, je suis désolée ! Elle ne vous a pas dérangée ?
Harlock prit quelques secondes de réflexion. Il n’avait pas fini de lire son mémo, mais était-ce entièrement la faute de Lydia ? Et était-ce utile d’évoquer le placard squatté et la boîte d’explosifs ?
Il choisit la simplicité.
— Non, elle a été très sage.
Kei arborait une expression à mi-chemin entre l’incrédulité et le soulagement lorsqu’elle récupéra Lydia des bras d’Harlock, non sans avoir auparavant démêlé la petite fille de la cape dans laquelle elle était toujours emmaillotée.
— Ah, euh… Très bien, alors. Et, euh… merci de vous être occupée d’elle, capitaine.
Il n’avait pas fait grand-chose, mais Kei disparut d’un pas pressé avant qu’il n’ait le temps de la corriger. Probablement avait-elle hâte de rassurer la totalité des protagonistes de cette affaire, le doc, Tadashi, Tochiro… À quel point avaient-ils tous retourné les moindres recoins de l’Arcadia toute la soirée durant sans jamais penser à entrer dans ses quartiers ? Harlock sourit à part lui. Une excellente cachette, définitivement.
Tandis qu’il reprenait le chemin de son bureau en songeant qu’à cette heure-ci il allait plutôt viser sa chambre, il se demanda si la prochaine partie de cache-cache inclurait des règles spécifiques sur « les quartiers du capitaine ».
Puis il se demanda s’il devait glisser à Lydia que, quoi que lui disent les autres, elle aurait toujours le droit de venir se cacher chez lui.
Il n’avait pas fait grand-chose, se répéta-t-il. Mais – et il en était le premier étonné – la soirée avait été agréable, en fin de compte.
Et il était tout à fait prêt à recommencer.
