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Characters:
Language:
Français
Stats:
Published:
2016-11-09
Updated:
2016-11-15
Words:
18,226
Chapters:
5/?
Comments:
2
Kudos:
5
Hits:
206

Fire.

Summary:

L'histoire de deux sorciers qui vont à Poudlard, et tombent amoureux.
L'un d'eux a une boule de feu en lui qui ne demande qu'à exploser, et l'autre ne cherche qu'à l'aimer ...

Notes:

J'espère que cette nouvelle histoire vous plaira. (Et que j'arriverais à l'écrire avant la fin du mois ...)

Chapter Text

Chapitre 1.

 

Quand Louis a appris qu'il était un sorcier, ce n'était pas le plus beau jour de sa vie.

Normalement, dans ce monde de magie, c'est un espoir immense qui nourrit le fond de notre cœur d'apprendre qu'on est invité à étudier dans l'école de sorcellerie de Poudlard, la plus grande école de magie d'Angleterre. Ceux qui ne connaissent pas la magie, autrement appelés les « moldus », ignorent tout de ça. Mais il arrive qu'ils soient liés au monde des sorciers lorsque leur compagne ou compagnon, ou leur enfant s'avère être un sorcier. Ces parents, ou amants, réagissent comme ils le peuvent. Certains mettent du temps à l'accepter, pour d'autres ça n'importe pas. Mais tous y croient, parce que la magie renferme quelque chose de beau, de mystique et d'attirant malgré nous.

Les parents de Louis, eux, ont appris bien trop tôt que leur fils abritait en lui une force qu'ils ont qualifiée de non-naturelle dès son apparition.

Louis n'avait que dix ans, et il passait son temps à jouer avec ses amis. Il avait deux sœurs, envers lesquelles il ressentait un puissant sentiment de protection puisqu'il était leur aîné. Ses parents l'encourageaient à prendre une position de force et vantaient ses mérites à qui voulait l'entendre. Ils l'ont toujours poussé vers le haut, et n'ont jamais accepté sa défaite.

Louis ne voulait pas toujours leur obéir mais il savait qu'il devait le faire s'il voulait qu'ils continuent à être fiers de lui. Le moindre faux pas et ils le réprimandaient, fort. Une fois, quand Louis avait cru voir un serpent entrer dans sa chambre la nuit, il s'était mis à pleurer et n'avait pas eu le droit à une histoire avant d'aller se coucher pendant trois soirs après ça. Il n'avait plus pleuré, même en revoyant ce serpent, et avait compris que pour ses sœurs il devait être un grand garçon. Et un grand garçon, ça ne pleure pas. Ça n'a pas non plus besoin d'une lumière la nuit pour vaincre les monstres de ses cauchemars, ni d'une histoire pour ne pas penser aux tracas de la journée. Et un grand garçon, ça peut vivre sans l'amour de sa maman qui préfère pavaner devant ses amies sans voir qu'il s'est ouvert le genou en plongeant pour rattraper sa petite sœur Charlotte avant qu'elle ne saute sur la route à la recherche d'une coccinelle, pendant qu'une voiture passait en klaxonnant.

Tout ça, ça aurait pu lui suffire. Il aurait pu continuer comme ça toute sa vie, en allant dans un collège puis un lycée prestigieux pour toujours faire la fierté de ses parents. Il aurait pu réussir à protéger ses sœurs des garçons qui les embêtent, et à jouer avec ses amis à être les plus forts dans la cour de l'école.

Mais ça, ça aurait été son histoire dans un monde comme l'avaient vu ses parents.

Un mois après avoir fêté ses dix ans, Louis devait aller chercher sa petite sœur Félicité à la garderie puisque son père était encore resté au travail plus tard, et sa mère était occupée chez une amie. Charlotte était avec lui sur le chemin et ils se donnaient la main, elle dansait en chantant une mélodie apprise avec ses amies.

- Depuis l'été dernier j'entends les cornemuses, je les entends chanter toute la journée ! ♪

Et puis Louis rigolait en la regardant et en l'empêchant de tomber du trottoir. Il ne faisait pas chaud, mais ils étaient bien couverts, c'était surtout le brouillard qui l'embêtait. Avec ça ils ne pouvaient pas voir les voitures arriver. Mais il restait de marbre et pressait simplement le pas.

- Viens Lottie, si on traîne Fizzy va nous attendre.

Elle continuait à chanter mais marchait plus vite, parce qu'elle savait que c'était effrayant d'attendre toute seule que quelqu'un arrive pour venir te chercher alors que tous tes amis sont déjà partis.

Mais tout à coup elle s'arrêta, le regard plongé dans la brume qui s'épaississait de plus en plus.

- Par où on doit aller, Louis ?

Louis s'arrêta à ses côtés, fronçant les sourcils. Il n'y voyait vraiment presque plus rien, mais il était sûr du chemin qu'ils avaient pris.

- C'est tout droit, comme toujours non ? Viens, ne t'inquiète pas je me rappelle du chemin. On y est presque en plus et quand on aura Fizzy on n'aura plus qu'à rentrer.

Hésitante, Charlotte avait quand même très confiance en son frère et elle savait qu'il était le plus fort, alors elle raffermit sa prise sur sa main et le suivit en avalant sa peur. Elle aurait vraiment bien aimé que leur mère vienne pour une fois les chercher.

L'école maternelle de leur petite sœur se dessina bientôt entre les nuages de brume envahissant leur champ de vision, et Louis aperçut une silhouette debout devant le portail. Il sourit à pleines dents et Charlotte et lui se mirent à courir vers elle.

- Fizzy ! On est là !

Bien qu'elle n'ait que cinq ans, elle savait déjà lire et comprenait pourquoi ses parents ne pouvaient pas toujours venir les chercher le soir en même temps que tout le monde. Ce n'était pas la première fois que Félicité devait attendre après que les maîtres et maîtresses soient partis, et elle n'avait plus peur. Et aujourd'hui, un monsieur avait attendu avec elle que son frère et sa sœur arrivent. Même s'il lui avait fait un petit peu peur au début, il avait été gentil et lui demandait plein de choses sur sa vie. Elle commençait à être un peu fatiguée et il lui avait proposée de la ramener chez elle, quand Louis et Charlotte seraient enfin arrivés, et elle avait accepté.

Quand ils arrivèrent à leur niveau, elle leur fit un grand sourire et sauta dans les bras de sa sœur.

- Lottie ! Louis ! Vous êtes arrivés !

Louis jeta un œil au grand homme qui était aux côtés de sa sœur et fut pris d'un frisson de peur plus grand que celui qu'il avait eu le premier soir où le serpent était rentré dans sa chambre. Il agrippa plus fort la main de Charlotte et chercha celle de sa petite sœur.

- Venez les filles, on rentre.

- Attends Louis, le monsieur il a dit qu'on pouvait rentrer avec lui si on voulait !

Le sourire brillant de sa petite sœur qui avait perdu une de ses dents hier soir le fit perdre un peu de sa peur, mais il continua à secouer la tête.

- Papa et Maman nous ont dit de pas dire oui à un inconnu, parce qu'après ils lui devraient quelque chose, il vaut mieux qu'on rentre à pieds …

Et c'est là qu'elle commença à chouiner. Même si elle était une grande fille sage maintenant, elle avait eu une grosse journée et attendre dans le froid et le brouillard toute seule l'avait épuisée encore plus et elle voulait rentrer dans la voiture du monsieur gentil qui ne voulait que leur rendre service.

- Mais Louis, s'il te plaît je suis fatiguée et j'ai faim …

Charlotte essaya de la calmer, en lui disant qu'ils rentreraient encore plus vite s'ils partaient tout de suite parce qu'elle avait compris qu'ils n'avaient pas le droit de désobéir, mais c'était dur de tenir tête face à sa petite sœur affaiblie.

- Excusez-moi, les enfants, mais si vous voulez ça ne me dérange pas de vous ramener …

Le grand homme s'était abaissé à leur niveau et les regardait avec un sourire qui faisait peur, les mains tendues vers eux comme pour les inviter.

- Je ne le dirais pas à vos parents. Si vous rentrez juste maintenant, je pourrais vous déposer c'est sur mon chemin. Et on gardera ça secret, d'accord ?

La proposition était alléchante, il faisait vraiment froid et ils étaient tous les trois fatigués mais Louis sentait qu'il ne devait pas céder. Il ne savait pas pourquoi mais au fond de lui tout criait au danger. Et ils devaient partir maintenant.

- Merci beaucoup Monsieur, c'est très gentil de votre part mais il faut qu'on rentre mes sœurs et moi et je n'oserais pas vous importuner. Nous apprécions beaucoup votre offre, mais nous n'avons pas le droit de désobéir à nos parents. Bonne soirée à vous.

Il commença à baisser la tête en signe de remerciement quand l'homme l'empoigna par le bras, fort. Assez fort pour qu'il laisse s'échapper un cri et lâche la main de sa sœur.

- Et si toi, tu rentrais, et que tu laissais tes petites sœurs décider par elles-mêmes ?

Le sourire de l'homme n'avait plus une once de gentillesse. Même Félicité et Charlotte avaient compris le danger, et elles s'écartèrent avec un cri.

- Allons les enfants, je ne vais pas vous manger. Vous ne croyez plus aux grands méchants ogres n'est-ce pas ? Qu'est-ce que je pourrais vous faire de mal ?

Il lâcha Louis en le repoussant assez fort pour qu'il tombe par terre, emporté par le poids de son sac et de celui de Charlotte qu'il avait encore sur le dos. Alors qu'une douleur aiguë lui pris le bras avec lequel il avait essayé de se rattraper Louis entendit ses sœurs crier. Il releva la tête et vit l'homme empoigner Félicité par la taille et Charlotte par le bras, les tirant vers sa voiture en riant affreusement.

- Louis ! À l'aide !

- Criez autant que vous le voudrez, si vos parents sont pas fichus de prendre soin de leurs gosses que voulez-vous qu'ils me fassent ? Vous serez bien mieux chez moi ne vous en faites pas, je saurais m'occuper de vous …

Charlotte lui mordit le bras et il cria en la poussant, l'envoyant se taper contre la voiture. Quand Louis vit sa sœur tomber à terre en s'arrêtant de bouger, tout en lui s'arrêta. Les battements de son cœur, sa respiration, la douleur dans son bras, et il vit rouge. Rouge comme les flammes, celles de la cheminée qui réchauffent le soir en hiver, celles dans les séries policières qu'il regarde qui dévorent les bâtiments et les vies. Rouge comme les ongles de sa mère qu'elle peint au lieu de regarder les dessins qu'il a fait toute la journée pour lui faire plaisir, rouge comme le sang qu'elle regarde couler quand il s'érafle le genou avec un air réprobateur.

Et surtout, surtout. Rouge comme la boule de haine que Louis tentait de contenir chaque jour au fond de lui, cette boule de colère qu'il n'avait pas le droit de laisser sortir parce qu'il avait peur d'elle, peur de la laisser sortir et de tout emporter avec lui, peur de blesser ses sœurs même quand elle était dirigée sur ses parents qui avaient oublié de venir les chercher ou de leur laisser à manger le soir en sortant.

Mais là, il ne pouvait plus le garder pour lui. Et sa vision se brouilla, ses bras chauffèrent, son corps entier était comme en ébullition, il se mit à crier, hurler, et les flammes qu'il sentait lécher ses muscles et sa chair sortirent de lui avec une force qu'il ne se connaissait pas. Il tendit les bras vers leur agresseur et les flammes qui étaient dans sa tête apparurent, sortirent et le frappèrent si fort que l'homme lâcha Félicité, mit ses bras devant son visage et hurla à son tour, de douleur et il tituba en arrière et trébucha, tomba et Louis ne s'arrêta pas de le viser, les flammes continuèrent à se déverser sans se tarir. Il y avait tant de colère à consumer en lui qu'elles auraient pu continuer jusqu'à ce qu'il n'ait plus de bras, jusqu'à ce que tout l'oxygène soit brûlé et que l'homme qui les avait attaqué ne soit plus qu'un tas de cendres et Louis ne voulait pas faire diminuer ce flot, il avait tant besoin qu'il sorte et qu'il aille brûler autre part, quelqu'un d'autre,

et ce ne fût que le cri de sa plus petite sœur qui le fit sortir de sa transe.

Il baissa les bras et le flot cessa. La chaleur disparu, ses yeux commencent à piquer et des larmes coulent le long de ses joues. La douleur à son bras reparu, ajoutée à une plus sourde, plus profonde, qui fit que ses jambes le lâchèrent. Quand il toucha le sol, tout se mit à tourner et devint noir. Il n'a pas eu le temps de regarder si ses sœurs allaient bien.

Noir.

 

C'était là la première fois que quelque chose d'étrange s'est passé dans la vie de Louis. Malheureusement, il aurait aimé que ça s'arrête là, et que rien d'autre n'arrive. Il aimait beaucoup l'idée de pouvoir avoir des pouvoirs magiques mais savait pertinemment que ses parents ne l'accepteraient pas. Qu'ils n'y verraient là qu'une manière de plus de jouer aux effrontés, d'attirer une mauvaise impression sur leur famille.

Quand il s'était réveillé, après quelques minutes d'absence, la douleur dans ses bras était partie et il ne ressentait qu'un léger tiraillement là où il apprit un peu plus tard à l'hôpital qu'il s'était cassé le poignet. Félicité avait réussi à attraper le téléphone de leur agresseur et avait appelé la police, qui les entourait accompagnés d'une ambulance. Leurs parents avaient été prévenus et étaient en route.

Le policier qui était aux côtés de Louis l'avait interrogé, pour comprendre pourquoi cet homme, qui certes avait été en tord, était tout de même atteint d'une brûlure grave qui aurait des conséquences graves. Mais il n'avait rien dit. Ses sœurs avaient aussi gardé le silence, et puisqu'elles étaient si jeunes on n'avait pas pu croire qu'elles mentaient. C'était lui qu'on regardait bizarrement.

Quand leurs parents sont arrivés, affolés, ils les ont pris dans les bras et on accepté que Louis soit amené à l'hôpital pour son poignet après une longue discussion avec l'ambulancier. C'est son père qui l'a accompagné pendant que sa mère était avec les filles, derrière dans la voiture. Il a essayé de lui demander ce qu'il s'était passé, pour savoir, parce que « Je suis ton père, tu peux tout me dire tu sais » mais Louis n'avait pas cédé. Ce n'était pas normal et il ne voulait pas mentir, ni être traité de menteur.

Les infirmiers ont pensé que c'était le choc qui l'empêchait de parler et n'ont pas insisté, et ce n'est qu'après être enfin sorti et avoir rejoint ses sœurs qu'il a ouvert la bouche.

- Je voulais pas faire ça …

Sa mère s'est retournée et son visage s'est adouci.

- De quoi parles-tu, trésor ?

Il s'était pris la tête dans les mains et était tombé à genoux, ses sœurs accourant à ses côtés.

- Louis !

- Je voulais pas faire ça, je voulais pas lui faire mal comme ça c'est pas ma faute je voulais pas …

Son père s'était accroupi à son niveau et avait tenté de le rassurer, de comprendre ce soudain accès d'angoisse qui habitait son fils mais rien n'avait pu le calmer.

- C'était pas moi, ça pouvait pas être moi je savais pas qu'il pouvait sortir de moi le feu je voulais pas, je vous promets je voulais pas le tuer …

Il avait fini par retourner dans l'hôpital pendant quelques heures, les infirmières tentant de savoir comment réagir à cette culpabilité que personne ne comprenait. Sa mère et ses sœurs étaient rentrées quand il est enfin ressorti, après un entretien avec un psychologue qui l'avait aidé à se calmer et à comprendre que ce n'était pas sa faute, qu'il n'était pas responsable du feu qui grondait en lui. Il lui avait proposé de se revoir mais son père avait refusé. La boule dans sa gorge n'avait pas baissé.

En arrivant chez eux tout le monde était couché et Louis est allé s'enfermer dans sa chambre sans un mot de plus, n'en ressortant qu'une fois le soleil haut dans le ciel le lendemain. Ils n'avaient plus reparlé de cet incident.

 

C'est la deuxième fois que ses parents ont du se faire à l'idée que quelque chose ne tournait pas rond avec Louis.

L'été était revenu, le feu était resté tapi au fond de lui pendant tout l'hiver. Il avait rêvé plusieurs fois qu'il finissait par sortir, incontrôlable et dévastateur mais avait réussi à calmer ses pleurs tout seul sans alerter quiconque chez lui. Ses petites sœurs avaient essayé de lui en reparler mais il avait refusé, sachant combien sa mère devait lui en vouloir d'avoir causé tant de peur dans leurs regards.

Quand Luca, un des camarades de Charlotte, s'était mis à l'embêter en lui coupant les cheveux avec des ciseaux Louis avait failli craquer mais l'intervention des maîtresses avait retenu le feu dans ses paumes. Il avait cependant ressenti la chaleur brute lui lécher la peau et ça avait fini par le convaincre de la réalité de son pouvoir. Il n'était pas devenu fou, ou du moins pas de ce côté-là.

Mais le jour où son père a levé la main sur sa mère pour la première fois, personne n'allait apparaître pour l'empêcher de s'en prendre à ses filles aussi et c'est là que Louis a perdu le contrôle.

Si Charlotte n'avait pas su réagir en l'aspergeant avec une bouteille d'eau, Louis aurait pu tuer son père et mettre le feu à tous leurs biens car il était aveuglé par la douleur. Tout était rouge à nouveau, le visage de son père ressemblait à un monstre et les cris de sa mère à une douce mélodie l'enchantant à continuer, encore, encore, plus fort, plus chaud, brûle-toi ce qu'il y a autour de toi et sois sans pitié plus rien ne compte d'autre que la puissance qui est en toi, et l'univers entier était un ennemi.

La douche froide l'avait stoppé et il s'était senti si vidé qu'il n'avait pas réagi quand sa mère l'avait attrapé par le bras pour le mettre dehors et l'enfermer en criant à ses sœurs de s'enfermer à double tour en attendant l'ambulance. Il s'était recroquevillé dans un coin du jardin, loin de tout bruit et de tout regard et attendait. La pluie s'était mise à tomber et les gouttes le refroidirent doucement. Après ce qui lui semblait être presque une heure, il tremblait et son esprit avait repris conscience. Ça ne l'empêchait pas de ne pas savoir quoi ressentir, maintenant que tout avait été retourné dans tous les sens.

Devait-il rentrer chez lui, et faire comme si rien ne s'était passé ? Il n'entendait plus de bruits provenant de la maison, ça voulait dire que son père était parti à l'hôpital et qu'il n'y avait plus de danger à craindre non ?

Comment allait réagir sa mère ? Et ses sœurs ? Qu'est-ce qu'il pourrait leur dire, après ça ?

Qu'est-ce qu'il avait réellement en lui, qui pouvait nourrir cette haine si forte et la transformer d'une manière si violente ? Pourquoi pouvait-il faire sortir du feu juste par sa pensée, et pourquoi est-ce que ça lui procurait un tel plaisir ? Et cette voix dans sa tête, était-ce vraiment la sienne ?

Il s'était relevé avec difficulté, titubant sur ses jambes en atteignant la baie vitrée qui donnait sur le jardin.

La maison était vide. Il avait essayé d'ouvrir, pour voir s'ils lui avaient laissé une chance, mais elle n'avait pas cédé.

Alors il avait fait le tour et était allé attendre sur le perron, retenant ses larmes le plus longtemps possible, se pinçant l'intérieur des bras en se balançant d'avant en arrière.

- Ils vont revenir, ils ne m'ont pas abandonné, ils vont revenir, ils vont revenir, j'ai onze ans je suis un grand garçon et les grands garçons ne pleurent pas, ils vont revenir, tout va bien se passer, ils ne pourront pas m'abandonner je suis leur fils, ils vont revenir …

L'attente avait duré des heures. Il avait fini par s'endormir sur le sol humide, l'eau s'était infiltrée dans tous ses vêtements et il tremblait de froid. Mais il n'avait pas pleuré.

Quand une voiture s'était finalement garée devant chez lui, il n'avait pas eu la force de se relever assez vite pour regarder qui c'était. Sa mère était arrivée à son niveau, forçant ses sœurs à se cacher derrière elle et l'avait soulevé par le bras. Son regard était rempli de peur et de mépris. La déception que Louis ressenti envers lui-même ce soir là lui brisa définitivement le cœur.

- On ne peut pas te laisser rentrer chez nous. Tu es dangereux, et je ne veux pas que tu fasses de mal à mes filles.

Son souffle se coupa, avant d'accélérer et il voulut hurler, lui dire qu'il l'avait sauvée et qu'elle n'avait pas le droit de dire ça, qu'il allait faire attention maintenant, qu'il en était capable, et qu'elle devait l'aimer quoiqu'il arrive parce qu'elle était sa mère et qu'une mère devait aimer son enfant inconditionnellement, mais le froid lui avait coupé tout muscle et il ne put rien faire quand elle le força à la suivre sans pouvoir dire au revoir à ses sœurs ou préparer ses affaires.

- Tu vas aller dans un endroit fait pour les – pour toi. Tu y seras soigné et on reviendra te chercher quand tu seras, normal, et pas avant. Tu n'auras plus le droit d'approcher cette maison tant qu'on ne l'aura pas décidé, est-ce que c'est compris ?

- M-Mam-

- Je t'ai posé une question, Louis !

Elle le tenait devant elle, accroupie à son niveau, le regard vide de toute douceur et tendresse, ses iris bleus rendus fous par la peur. La peur d'être blessée, d'être anéantie et seule au monde si son mari la quittait et que ses amis la rejetaient. La peur de perdre ses enfants. Au détriment d'un d'entre eux.

- Tu n'approcheras plus mes filles, ni mon mari tant que tu ne seras pas soigné. Tu feras ce que les gens te disent de faire et on viendra te chercher seulement lorsque le jour sera venu, tu comprends ce que je te dis ?

Les larmes s'étaient mises à couler le long de ses joues.

Louis n'était plus un grand garçon qui devait protéger ses sœurs. Il n'était plus rien actuellement. Plus rien qu'une loque sans émotions, vidé de tout feu brûlant ses entrailles car plus rien ne comptait dans le monde.

Ses parents le haïssaient. Ses sœurs avaient peur de lui. Plus personne ne voulait de lui. Il se haïssait. Mais il n'avait même plus la force de haïr le démon de colère tapi en lui.

Quand il hocha finalement la tête, des mains l'empoignèrent en remplaçant la prise douloureuse que sa mère avait sur lui et il remarqua la deuxième voiture qui s'était garée quand elle était rentrée. Malgré le sentiment de répulsion et de danger qu'il sentait irradier des hommes qui le guidèrent vers la voiture, il n'essaya pas de se dégager et les suivit docilement, les larmes intarissables coulant le long de ses joues. Toutes ses larmes qu'il aurait aimé ne jamais avoir à verser.

En arrivant dans la voiture, il jeta un dernier regard vers l'endroit où se tenaient ses sœurs, la curiosité l'emportant sur la peur de découvrir leur horreur envers lui-même. Et ce qu'il vit finit par piétiner les restes de son cœur.

Mais en même temps, elles lui donnèrent la force de se dire que plus jamais il ne pleurerait après ce jour.

Parce qu'elles pleuraient elles aussi mais en essayant de le cacher, et qu'elle lui firent ce signe qu'ils avaient inventé pour se dire qu'ils s'aimaient sans que leurs parents les voient, quand ils se faisaient gronder. Un signe qu'il garda gravé au fond de lui parce qu'il savait qu'il ne les reverrait plus avant un long moment.

- On t'aime.