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Les soubresauts du cœur

Summary:

Ron redoute cette réunion de tous leurs amis pour l'anniversaire de Harry. Il n'assume pas certaines choses qui se sont passées deux mois plus tôt. Entre confrontation, obstination et quiproquo, tout finira par être résolu.

Notes:

Cette fic a été écrite lors de ma participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) Prompt Unique organisé par le serveur Discord Potterfictions.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

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Un grand merci à mes deux betas pour leur relecture !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Les soubresauts du cœur

 

Encombré de son énorme cloche à gâteau, Ron transféra le paquet entre ses cuisses pour pouvoir attraper le heurtoir de la porte bleue. Drago disait lapis-lazuli et Ron se foutait de sa gueule à chaque fois. Harry leur faisait les gros yeux, mais Drago balayait les remarques de Ron de la main comme si cela ne le touchait pas. Il se demandait souvent à quel point l’ancien Serpentard ne faisait pas exprès d’insister ainsi quand il parlait de cette couleur, rien que pour l'agacer.

Le sourire de Harry l’accueillit quelques instants après. Il le débarrassa de la cloche et le fit entrer.

— Bon anniversaire !

— Merci. Il faut le mettre au frais ?

— Oui, les pavlovas n’aiment pas trop les sorts de stase.

Le regard de son meilleur ami s’éclaira et un immense sourire fendit son visage. Ron savait comment lui faire plaisir et rien n’aurait pu l’empêcher de passer plusieurs heures pour préparer ce dessert. Même s’il avait renoncé à sa grasse matinée rien que pour ça. 

— Les autres sont dans le jardin, tu connais le chemin. 

Le ventre de Ron se noua.

— Erm, tout le monde est là ? 

— Je suis désolé, Ron, mais Hermione est aussi mon amie. Elle m’a promis que ça se passerait bien. Vous avez toujours pas reparlé ?

Ron se passa une main nerveuse dans la nuque en espérant qu’il n’allait pas se mettre à rougir. Il ne savait pas comment dire à Harry que Hermione était presque le cadet de ses soucis. Lui-même avait tout fait pour ignorer ce qui était arrivé quelques semaines plus tôt et l’avait enseveli sous une grosse couche de déni.

— Si. On a bu un café l’autre fois. Juste c’est… 

— Bizarre ?

— Ouais.

Harry lui serra l’épaule de façon réconfortante et se dirigea vers la cuisine pour ranger le gâteau. Ron prit son courage à deux mains, qu’il enfouit au fond des poches de son short cargo, et traversa la maison jusqu’à la grande porte-fenêtre qui donnait sur l’extérieur. 

Le jardin était éclaboussé par un soleil d’été et rempli de gens qu’il pouvait considérer comme des amis. Avec les années, leur cercle restreint s’était élargi et la guerre de leur jeunesse était bien loin désormais. Il avait fallu du temps, mais les bases de ce que leur vie était aujourd’hui avaient été posées en huitième année. Ils pouvaient remercier McGonagall pour ça, elle avait fait beaucoup pour atténuer les différences et les aider à créer des liens qui n’existaient pas. 

La main de Harry trouva de nouveau son épaule alors que Ron hésitait encore à franchir le seuil. La chaleur de sa paume à travers son t-shirt et le poids de son bras le rassurèrent. Tout allait bien se passer, il y avait tant de monde qu’il pourrait aisément se faire discret. 

— T’inquiète, Hermione va sûrement rester toute la journée à discuter avec Parvati et Pansy de leur dernier dossier. Tu vas à peine la voir.

La sollicitude de Harry le touchait et il se maudit de ne pas lui avoir parlé de la situation. Il s’était rongé les sangs pendant des semaines avant de finalement décider que ses actes étaient uniquement dus à son état d’ébriété et que ça n’aurait aucune conséquence. Alors qu’il savait que Harry aurait compris et aurait pu l’aider à faire le ménage dans le foutoir qui faisait office de cerveau. Drago aussi aurait été de bon conseil, Ron était obligé de l’admettre. L’horreur le frappa et son ventre se noua de plus belle : si ça se trouvait, Drago était au courant. Pourtant, Ron espérait que Théodore n’avait rien dit à son meilleur ami. 

— Ouais, sûrement, finit-il par articuler alors que Harry le poussait vers le jardin.

Harry le lâcha pour rejoindre son amoureux et Ron déposa son paquet avec les autres sur la table en fer forgé que Harry avait dégotée dans une brocante. Il l’adorait tandis que Drago ne cessait de s’en plaindre, mais comme souvent, c’était une façade. Il avait toujours raffolé de l'attention qu'on lui portait, ce qui était agaçant, mais Ron avait fini par comprendre comment il fonctionnait. Depuis, il ne ratait pas une occasion de le taquiner rien que pour le faire grommeler. Et Harry les surveillait avec un air amusé, un sourire rêveur et des yeux attendris. 

Pour s’occuper les mains, Ron se servit une bière dans la glacière et s’appuya contre la table pour observer le jardin. Son regard balaya tout le monde alors qu’il sirotait à petites gorgées la boisson fraîche. Luna vint l’embrasser sur la joue avant de repartir bavarder avec Ginny, et George s’installa à ses côtés pour remettre sur le tapis le projet des chaussettes-puent-des-pieds. Il l’écouta d’une oreille sans cesser de scanner la foule des yeux. Il aperçut Olivier en pleine conversation avec Blaise et se demanda s’il était là en tant que coéquipier de Harry ou comme petit-ami de Percy. Quoi que… Harry n’était pas vraiment proche de Percy, il aurait été étonnant qu’il l’invite à son anniversaire. 

Des mèches châtains attirèrent son attention et il croisa alors le regard de Théodore depuis l’autre bout du jardin. Il discutait avec Drago et Harry. Ron frémit. La panique le gagna quand il laissa Harry et Drago pour se diriger vers lui. Ron posa brutalement sa bière à moitié terminée sur la table.

— Excuse-moi, j’ai oublié un truc, débita-t-il à George avant de s’enfuir comme un lâche vers la maison.

Ron hésita à partir, mais il ne pouvait pas faire ça à Harry le jour de ses trente ans. À la place, il bifurqua vers l’escalier. Les marches craquèrent sous son poids. Sur le palier il se posa un instant la question de la meilleure option. Du bruit derrière lui le décida. Il ouvrit la porte de la salle de bain à la volée, s’y engouffra et se prit les pieds dans l'épais tapis devant le lavabo. Il trébucha avant de se rattraper maladroitement d’une main au bord de la baignoire et de l’autre à la vitre texturée. Il avait failli s’étaler sur le carrelage imitation carreau de ciment rouge et gris. La porte claqua dans son dos, le clic du loquet résonna. Son cœur fit une embardée.

— Tu comptais te planquer longtemps ?

Ron soupira en se redressant. Sa main gauche resta posée sur la vitre, comme pour s’ancrer à quelque chose.

— Je me planque pas, répondit-il sans bouger.

— Menteur.

Le silence était assourdissant. Le sang de Ron battait jusque dans ses tempes. Il se retourna sans se presser en sachant pertinemment que ses oreilles devaient être rouges et que ça se verrait. Il ne voulait pas affronter ce qu’il avait enfoui pendant toutes ces semaines. À la limite, il préférait presque se promener dans le terrier des acromentules de la forêt interdite. Au moins, avec ces saloperies, il savait à quoi s’en tenir.

Théodore était appuyé avec nonchalance contre la porte, habillé d’un débardeur rose pastel et d’un sarouel noir. Ses mains étaient cachées dans ses poches et leur forme se distinguait sous le tissu fluide. Le regard de Ron remonta le long de ses bras et s’égara sur ses clavicules apparentes avant de finalement se fixer dans ses yeux noisette. Son cœur fit une nouvelle embardée.

— Je voulais juste pisser un coup, lâcha-t-il sans réfléchir.

Théodore éclata de rire avant de désigner l’autre côté de la pièce de la tête.

— Te gêne pas pour moi, surtout. 

Le visage de Ron s’enflamma. Il devait ressembler à une tomate trop mûre. Il détestait sa propension à rougir pour un rien. Avec sa peau trop pâle, ça se voyait aussitôt. Et contrairement à Drago, qui avait le même type de carnation, chez Ron ça jurait avec ses cheveux, ses sourcils et sa barbe. 

— Qu’est-ce que tu veux, Théo ?

— Juste discuter. 

Alors que Ron pensait que ce type de réponse allait le détendre, il n’en était rien. Il avait toujours l’impression que son ventre était un paquet de nœuds et que son cœur ne battait plus normalement. Il savait quelque part au fond de lui que c’était raisonnable de parler de ce qui s’était passé, mais il avait espéré que Théodore oublie. Ils avaient tous beaucoup trop bu pour les trente ans de Drago et Ron comptait sur une amnésie pour ne pas faire face à des actes qu’il n’assumait pas. Qui le terrifiaient, même.

— Tu pouvais pas attendre que je revienne pour ça ?

— Tu t’es enfui dès que j’ai commencé à marcher vers toi, Ron. J’ai même cru que tu allais carrément te barrer.

La combustion spontanée semblait être le prochain stade pour Ron tant il avait chaud. La honte recouvrit sa peau d’une pellicule désagréable. Il était lâche, il se dégoûtait. Il pensait que ce type de comportement était derrière lui. Il se trompait. Il n’avait fallu que quelques baisers pour que ses pires défauts resurgissent.

— Je vais pas partir alors que c’est l’anniversaire de mon meilleur ami, tu me prends pour qui ?

— Je suppose que je me suis mépris. Mais je m’attendais pas non plus à ce que tu m’évites pendant deux mois.

Huit semaines que Ron laissait la gestion des commandes à George ou Mélinda pour ne pas croiser Théodore qui approvisionnait la boutique tous les vendredis avec les plantes qu'ils utilisaient pour leurs créations. Pourtant, il avait toujours aimé s’en occuper avant. Ça lui permettait de discuter avec son ami, de programmer leurs prochaines soirées pour jouer aux échecs ou pour aller au pub. À l'instar de tous les autres Serpentard, Ron avait eu besoin de temps pour accepter Théodore comme quelqu’un de fréquentable. La huitième année avait lissé les tensions et ouvert la porte à autre chose que des préjugés et du ressentiment. Ils s’étaient découvert des points communs, de l’amour des échecs à l’arachnophobie, en passant par la passion pour les chocogrenouilles. 

Il y avait eu cette fois-là, un peu après les vacances de Noël, où une énorme tégénaire qui avait élu domicile sous la commode de Ron avait traversé le dortoir en courant vers la porte. Il l’avait aperçue du coin de l’œil et avait sauté sur le lit de Théodore en hurlant. Il l’avait presque étouffé sous son poids et lorsque Théodore avait compris ce qui avait amené Ron sur son lit, il s’était mis à crier à son tour. Harry avait capturé la bestiole avec un verre vide qui traînait et Ron avait échangé un regard stupéfait avec Théodore. Leurs mains s’étaient accrochées dans les robes d’uniforme de l’autre sans s’en rendre compte. Ron avait détaché ses jointures blanchies du coton froissé avec les joues en feu. Ils avaient ricané avec nervosité avant d’enfin complètement relâcher la tension dans un fou rire qui les avait fait pleurer. Après ça, ils avaient commencé à vraiment parler.

— Désolé, marmonna Ron en tentant de ne pas rougir davantage. Je peux sortir maintenant ?

— Non.

Une sorte de geignement pitoyable échappa à Ron. Puis il se résigna. Il s’assit sur le bord de la baignoire pour attendre que Théodore l'autorise à partir. Les avant-bras sur ses cuisses, la tête baissée vers le sol, il se perdit dans l’observation du carrelage. Il le trouvait affreux, mais Drago l’adorait. Il avait vraiment des goûts de chiottes. Harry l’avait laissé choisir parce qu’il s’en moquait et qu’il voulait faire plaisir à Drago. Ron comprenait ce genre de choses, il l’avait vécu pendant des années avec Hermione. Mais à force de compromis, ils s’étaient égarés. S’il était honnête avec lui-même, Ron savait que ce n’était pas juste ça qui les avait séparés. Parfois, ça finissait seulement par s’arrêter. Tout le monde ne pouvait pas vieillir avec son amour de jeunesse comme ses parents. Même si ça le rendait amer, parce qu'il avait longtemps cru que c'était pour la vie.

— Tu comptes vraiment pas me parler, Ron ?

Ron haussa les épaules. Il était têtu et borné, il le savait. Théodore craquerait avant lui. Il n’avait pas la moindre intention de déballer tout ce qui l’avait torturé après l’anniversaire de Drago. Sortir ses tripes ne lui avait pas souvent réussi et Théodore ne méritait pas de servir une fois de plus de réceptacle à ses insécurités existentielles. 

— Comme tu voudras. Après tout, c’est l’anniversaire de ton meilleur ami que tu rates, moi j’en ai rien à foutre. Mais je ne te laisserai pas quitter cette pièce tant qu’on aura pas parlé de ce qui s’est passé.

Ron aperçut vaguement que Théodore se laissait glisser au sol. Le bruit du tissu contre la porte fit frissonner Ron. Il jeta un coup d’œil vers le haut et se détesta aussitôt de l’avoir fait. La tête de Théodore était appuyée contre le battant, légèrement penchée sur le côté, et une mèche de cheveux raides caressait sa pommette droite. Ses poignets reposaient avec nonchalance sur ses genoux relevés, les jambes écartées. Merlin… Les joues de Ron s’enflammèrent à nouveau, son cœur fit une nouvelle embardée – à combien était-il déjà ? – et il retourna à sa contemplation du sol immonde. Il tenta d’ignorer, avec peine, ce qu’il ressentait.

Les minutes – nombreuses – s’étirèrent avec langueur dans une ambiance pesante. Ça rappelait à Ron les heures à attendre qu’il arrête de pleuvoir pendant la chasse aux Horcruxes, quand ils ne savaient pas où aller. Il éprouvait le même genre d’inconfort dans son ventre, le pressentiment que sa vie risquait d’être irrémédiablement transformée sans qu’il ait son mot à dire.

La baignoire finit par lui faire mal au cul, mais Ron était trop fier pour l’admettre et s’installer autrement. Théodore ne s’embarrassait pas des mêmes considérations et avait bougé à plusieurs reprises. À chaque frottement de tissu, Ron avait lutté de toutes ses forces pour ne pas lever les yeux vers lui. Il avait échoué. Cette fois ne fit pas exception. Nouvelle embardée de son cœur alors qu’il observait Théodore, ses mains déposées sur ses jambes étendues devant lui. Il les avait croisées aux chevilles, dévoilées par le sarouel légèrement remonté par la posture. Ron s’aperçut seulement à cet instant qu’il avait les pieds nus. Un brin d’herbe était encore collé sous son talon droit. 

— Luna nous a proposé de retirer nos chaussures quand on est arrivé.

Le regard de Ron sauta vers le haut pour s’ancrer dans celui de Théodore. Merde, ce n’était pas prévu ça. Il ne voulait pas qu’il se rende compte qu’il l’avait observé. Ron maudissait son contrôle inexistant sur ses yeux.

— Elle a pensé que ça serait marrant. Il n’y a qu’elle pour croire ça.

— Et toi, manifestement, répondit Ron sans pouvoir s’en empêcher.

Théodore hocha la tête avec un sourire. Ron frissonna violemment tandis que le souvenir de la dernière fois qu’il lui avait souri revenait frapper l’arrière de ses rétines. Ses traits avaient été à peine visibles dans la noirceur de la nuit sur la côte, mais Ron se rappelait de la chaleur dans son ventre alors que le sourire de Théodore s’était fondu contre ses lèvres. Alors que ses mains s’étaient enfouies dans son t-shirt pour le garder contre lui. Alors que ses doigts froids avaient glissé dans sa nuque avant d’agripper ses mèches rousses. 

Ron secoua la tête et détourna le regard de Théodore. Il ne voulait pas s’égarer une fois de plus dans ses souvenirs. Il n’avait fait que ça pendant des semaines. Il s’était maudit, il s’était détesté, il s’était juré que c’était un accident lié à l’ivresse et qu’il n’avait pas du tout aimé ça. Il avait ruminé, il avait perdu le sommeil et l’appétit, au point que George s’était inquiété de sa transformation en zombie. Alors Ron s’était repris et avait relégué tout ça au fin fond de sa tête et s’était promis de ne plus y songer. Ça n’avait pas existé.

Mais maintenant qu’il était confronté à son ami, il ne pouvait plus nier. Théodore n’avait pas oublié. Il était stupide de penser qu’il laisserait couler sans jamais y faire référence. L’adolescent timide que Ron avait découvert en huitième année avait laissé place à un homme confiant et parfois brutalement frontal. Il avait fait un coming-out bruyant deux ans après Poudlard, un jour où toute la clique s’était retrouvée à la St James Tavern pour boire des bières. Ron avait fixé toute la soirée sa toute nouvelle sidecut teinte en rose pétant et son bras enroulé autour des épaules de son mec de l’époque. Là où Drago était discret – Ron n’avait compris qu’il était gay que lorsque Harry avait annoncé leur relation cinq ans après – Théodore était flamboyant. Il avait laissé tomber les couleurs depuis, mais tout l’arc-en-ciel y était passé. 

Ron se tortilla sur le bord de la baignoire, à deux doigts de craquer et de s’affaler par terre. Mais alors il serait plus difficile de ne pas regarder Théodore. Plus compliqué de ne pas céder à l’envie de le bouffer des yeux. Cette envie qui ne faisait que grandir à l’intérieur de lui depuis qu’il les avait enfermés. Ron n’avait jamais vu les hommes comme ça. Ça ne lui avait jamais traversé l’esprit que ses amis masculins pourraient être autre chose. Il était confiant dans sa sexualité, dans son corps, il enlaçait Harry, Théodore et Blaise sans complexe, se laissait embrasser sur la joue par Seamus qui trouvait toujours ça hilarant d’essayer de le mettre mal à l’aise. Mais il ne l’avait jamais été et ça n’éveillait rien en lui. Jusqu’à cette nuit-là dans le bosquet de pins parasols qui longeait la plage. 

Ils étaient retournés vers le point de transplanage par petits groupes. La plupart d’entre eux étaient partis depuis longtemps, il était si tard que le soleil n’allait pas traîner à éclairer l’horizon. Mais les amis les plus proches de Drago et Harry étaient restés sur plage à discuter et boire des bières presque éventées à cause de la chaleur de la journée. Drago avait voulu fêter son anniversaire au bord de la mer, sans grande réception qu’il disait avoir désormais en horreur, alors ils avaient fait un immense pique-nique. Ron avait emboîté le pas à Théodore après avoir vérifié à la lueur de sa baguette qu’ils n’avaient rien laissé derrière eux. Harry, Drago et Luna étaient plus loin en avant, Ron ne les entendait plus. Blaise et Pansy les avaient suivis de près. Ron avait couru avec maladresse dans le sable sec et froid pour rejoindre Théodore qui tanguait un peu. Ron avait éclairé devant eux et ne s’était pas offusqué du bras que Théodore avait passé autour de ses épaules pour se stabiliser. Lui-même n’était pas bien certain de marcher droit. L’odeur du sel et des algues avait laissé la place à la fraîcheur piquante des conifères tandis qu’ils s’étaient engagés dans le sous-bois clairsemé. Les cigales s’étaient tues depuis longtemps, les oiseaux n’allaient pas tarder à pépier dans les premières lueurs de l’aube. Théodore avait trébuché et Ron l’avait rattrapé. Sa baguette était tombée par terre. Il s’était retrouvé avec une pleine brassée de Théodore qui s’agrippait à lui comme si sa vie en dépendait. Le souffle chaud et alcoolisé de Théodore s’était échoué sur ses lèvres avant qu’il s’éloigne, un frisson avait traversé Ron de la tête aux pieds. À la lumière de la pleine lune, Théodore lui avait souri et leurs regards s’étaient accrochés. Quelque chose avait attrapé Ron à l’intérieur, une sorte de sentiment bizarre, un coup au cœur. Il s’était penché et l’avait embrassé sans réfléchir.

— Hé, Théo tu es là ? cria quelqu’un en toquant sur la porte.

Ron sortit de ses souvenirs en reconnaissant la voix de Drago. Il frappa encore une fois.

— Je suis là.

— Mais qu’est-ce que tu fais ? Ça fait une éternité que tu es parti !

— J’ai quelque chose à régler.

Les entrailles de Ron firent un petit tour sur elles-mêmes.

— Tu as vu Ronald ? Harry le cherche partout.

— Il est avec moi.

Le silence répondit à Théodore. Puis la voix de Drago s’éleva de nouveau, plus étouffée. Elle appelait Harry. Il avait dû se pencher par-dessus la rambarde. Une cavalcade dans l’escalier plus tard, la voix de Harry traversait la porte.

— Ron ? Tout va bien ?

— Théo me séquestre, grommela Ron sans relever les yeux.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?

— Théo veut pas me laisser sortir ! beugla-t-il en redressant la tête.

Le regard amusé de Théodore ne lui échappa pas, son sourire mutin non plus. Ses doigts ornés de bagues en argent pianotaient tranquillement sur ses avant-bras. Ron se força à détourner son attention pour fixer la porte, juste au-dessus de sa tête. Il ignora que son bas-ventre s’était vaguement tendu en imaginant ce que ces doigts pourraient faire.

— Théo ? Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Drago.

— J’ai des choses à régler avec Ron. On sortira quand ça sera fait. Faites comme si on était pas là.

Des chuchotements de l’autre côté de la porte. Ron devinait qu’ils étaient plus ou moins en train de se disputer. Harry devait vouloir forcer l’ouverture et Drago tentait de le convaincre que Théodore avait une bonne raison d’agir comme il le faisait. Ron soupira. L'élancement dans son postérieur le contraignit finalement à bouger et il se leva pour dérouiller ses membres engourdis. Il sentit les yeux de Théodore sur lui tel un feu qui brûlait sa peau. Il tâcha de l’ignorer alors qu’il secouait ses bras et piétinait pour retrouver quelques sensations dans ses fesses endolories.

— Réglez vos problèmes rapidement, on va passer à table ! cria Harry à travers la porte.

— Mangez sans nous, répondit Théodore avec calme.

Le ventre de Ron protesta et il envoya un regard tueur à Théodore qui ne s’en émut pas. 

— Si tu veux manger, il faut accepter de parler, Ron.

Il lui tourna le dos. Il savait que c’était puéril de s’obstiner, mais il craignait de perdre complètement la face s’il se résignait maintenant à discuter alors qu’ils étaient bloqués ici depuis au moins une heure. Il passerait pour un crétin et il en avait assez d’être toujours l’idiot du groupe. Celui qui ne comprenait pas les sous-entendus, celui à qui il fallait expliquer les choses compliquées. Hermione avait fini par lâcher l’affaire huit mois plus tôt et Ron continuait à croire qu’elle s’était forcée toutes ces années à vivre avec quelqu’un qu’elle considérait comme beaucoup moins intelligent qu’elle, qui n’était pas à son niveau. Mais il n’était pas stupide ! Il n’avait pas fait d’études, d’accord, mais il travaillait dur avec George et il était un maître aux échecs. Ça devait sûrement vouloir dire quelque chose. Ça n’avait pas suffi à Hermione cependant. Théodore était aussi du genre malin et rat de bibliothèque, Ron ne pouvait pas se permettre de donner l’impression d’être moins bien que lui en avouant qu’il crevait de trouille.

— Ron… soupira Théodore. S’il te plaît.

Son ton suppliant était bien pire que l’assurance qu’il affichait tout le temps. Ron était incapable de faire du mal aux gens qu’il aimait. Provoquer la souffrance chez ses proches le rendait malade et il se pliait en quatre pour faire plaisir. Ça ne le dérangeait pas, il adorait ça. Les sourires de sa famille, de ses amis, tandis qu’il arrivait les bras pleins de plats qu’il avait passé des heures à cuisiner ou de cadeaux qu’il avait soigneusement choisis, étaient des récompenses suffisantes. Rien ne réchauffait plus son cœur que la reconnaissance de ses proches, la preuve qu’il était apprécié pour quelque chose. Il regrettait encore amèrement ses éclats de colère et la jalousie qui l’avaient éloigné de Harry pendant leur adolescence. Il savait qu’il était responsable de ces moments et la peine de Harry l’avait rongé. Ces fois-là, il avait réussi à accepter qu’il devait mettre sa fierté butée de côté pour regagner l’amitié de Harry. Il y était parvenu. Depuis la fin de la guerre, Ron avait tout fait pour que ce genre de choses ne se produise plus. Il avait travaillé sur lui, il avait tenté de se convaincre qu’il n’avait pas besoin d’envier son meilleur ami, qu’il avait lui aussi des qualités appréciables. Il avait trouvé des solutions pour que ses amis veuillent le garder à leurs côtés. 

Du tissu frotta contre le bois. Théodore devait bouger de nouveau. Le sol était dur, ce n’était pas confortable. Il s’était volontairement mis dans cette situation pour confronter Ron. Il ratait un déjeuner délicieux pour parler avec lui et Ron l’ignorait. Il était un ami abominable.

Une main se posa dans son dos. Ron sursauta et tout son corps se tendit.

— Ron…

Théodore soupira de nouveau. Quelque chose de dur s’appuya entre les omoplates de Ron et des bras l’entourèrent pour se nouer sur son ventre. La chaleur de sa peau traversa le t-shirt de Ron qui se pétrifia. Ses muscles contractés hurlèrent. 

— Ron… Je pensais qu’on était amis. Ne continue pas à m’ignorer, s’il te plaît.

Un flot d’émotions transperça Ron – culpabilité, peine, terreur – son corps craqua et il se mit à trembler. Il ne savait pas où il en était. Son cœur ne battait plus normalement depuis qu’il avait croisé le regard de Théodore dans le jardin. Son ventre ne s’était pas dénoué depuis qu’il avait passé la porte de la maison. Il ne savait plus ce qu’il voulait, ce qu’il espérait. Il ne savait plus qui il était. Il ne s’aperçut des larmes sur ses joues que lorsqu’il les vit tomber sur le carrelage. Il renifla.

— Ron… Je suis désolé. Je pensais juste que tu étais simplement trop têtu, mais je réalise maintenant que tu es bouleversé. Je ne voulais pas te faire souffrir.

Ron ne s’était pas rendu compte de la place que Théodore avait prise dans sa vie avant qu’il se sépare de Hermione. Harry restait son meilleur ami, son frère de cœur, mais quand Ron s’était retrouvé seul du jour au lendemain, Théodore avait été une épaule sur laquelle pleurer. Ils étaient proches avant, mais ils s’étaient vus presque tous les jours depuis la rupture. Là où Harry n’était souvent disponible que le week-end parce que les entraînements d’Olivier l’épuisaient la semaine – ou parce qu’il était en déplacement – Théodore avait pu se libérer pour lui. Et Ron avait brutalement coupé les ponts huit semaines plus tôt parce qu’il était terrifié d’affronter ses questionnements. C’était atroce d’agir de cette façon et Théodore ne méritait pas ça. Ron ne comprenait même pas pourquoi il s’accrochait autant aujourd’hui. 

Les bras de Théodore ne l’avaient pas lâché, son front restait posé dans le creux entre ses omoplates. Sa présence, le poids de son corps contre le sien, finirent par détendre Ron. Ses muscles se relâchèrent peu à peu. Son cœur continua à tressauter comme s’il avait une vie propre, mais il n’avait plus la sensation qu’il allait tomber dans les pommes. Dans un sursaut de courage, venu du tréfonds de son être, Ron tourna sur lui-même pour faire face à Théodore. Ce dernier relâcha sa prise et recula d’un pas. Ron lui en fut reconnaissant. Il inclina légèrement la tête pour croiser son regard levé vers lui.

— Hé… te voilà.

Ron opina du chef, il ne se faisait pas confiance pour parler. Il n’était pas même certain de pouvoir soutenir son regard encore longtemps. La honte fit brûler ses joues, ses épaules se voûtèrent, il baissa la tête pour ne pas voir la déception ou la pitié dans les iris de Théodore. 

— Est-ce que c’est ce qui s’est passé qui te met dans cet état, Ron ?

Il hocha piteusement la tête de nouveau. Son regard s’accrocha sur les orteils de Théodore qui ressortaient sur le carrelage coloré. Ses ongles étaient longs. 

— D’accord. Hm… Est-ce que tu veux qu’on décide que ça n’est pas arrivé ? Je peux comprendre tu sais, on était bourré, on était crevé, tu t’es pas rendu compte de ce que tu faisais. Tu ne serais pas le premier.

Ron ouvrit la bouche pour acquiescer. Puis il la referma sans prononcer un mot. Ça serait un mensonge. Sa première impulsion avait été irréfléchie, mais passées les premières secondes, Ron aurait pu se détacher de Théodore, relâcher ses lèvres et sa nuque. Il ne l’avait pas fait, parce qu’il avait adoré être dans ses bras. Il avait aimé sentir le désir parcourir son corps et s’il avait été moins ivre il savait qu’il aurait bandé. Ça aurait certainement pu déraper. Combien de fois depuis cette soirée avait-il lutté pour ne pas se branler en pensant à ces baisers ? Trop s’il était honnête. Jamais il ne s’était laissé aller, parce que les conséquences du geste le terrifiaient. Comme il en avait eu envie, pourtant. La peur l’avait retenu. Le déni aussi. Mais il ne pouvait pas mentir à Théodore, il ne méritait pas ça.

— Non, souffla-t-il finalement. J’ai… essayé de me convaincre que c’était pas arrivé. J’ai cru que j’avais réussi. Mais il a fallu que tu nous enfermes ici.

Un petit rire nerveux lui échappa, son cœur fit un nouveau truc bizarre qu’il ne voulait pas analyser.

— Désolé, souffla Théodore d'une voix douce.

— J’ai complètement merdé, Théo. Pardon.

— Je pense quand même qu'on devrait en parler. Tu m’as évité pendant deux mois à cause d’un baiser.

— Je sais… Je…

La main de Théodore s’enroula autour du bras de Ron dont le cœur s’affola de nouveau. Sa paume était chaude et lui rappelait la façon dont il s’était accroché à lui dans le bosquet. Le sursaut du désir traversa Ron comme un courant électrique et il serra les poings pour s’interdire de céder à son impulsion. Il ne pouvait pas faire la même erreur deux fois.

— Tout va bien, Ron. Juste… dis-moi, qu’est-ce qui se passe dans ton crâne, là, tout de suite ?

— J’ai envie de t’embrasser, lâcha-t-il d’un coup.

Les doigts de Théodore se posèrent sous son menton pour redresser sa tête. Ron n’eut pas d’autre choix que de croiser son regard. Deux iris noisettes aux pépites d’or. Tout le monde affirmait que Ron avait de beaux yeux, parce qu’ils étaient bleus, mais Ron ne comprenait pas comment on pouvait ne pas tomber sous le charme de ces étincelles.

La réalisation le frappa avec la force d’un cognard. Son cœur menaça de s’échapper de sa poitrine. Ses paumes devinrent moites. Il avait oublié comment il fallait faire pour respirer. 

— Théo… geignit-il piteusement.

— Qu’est-ce qui t’empêche de m’embrasser ? 

— Je… Je crois que je suis amoureux.

Théodore sourit. Ses doigts quittèrent le visage de Ron et il recula.

— Je suis content pour toi. C’est bien que tu aies tourné la page Hermione. 

Ron observa avec stupéfaction Théodore retourner à la porte et débloquer le loquet. Quand il pivota de nouveau vers Ron, son sourire s'était éteint. 

— On va pouvoir aller manger.

Il enclencha la poignée et disparut dans les escaliers en laissant ouvert. Ron était figé par l’incompréhension. Quand il regagna le rez-de-chaussée à son tour, de longues minutes plus tard, il s’attarda dans le couloir pour reprendre ses esprits avant de rejoindre le jardin. Des voix s’échappaient de la cuisine dont la porte était entrebâillée, il tendit l’oreille.

— Je suis désolé, Théo, mais tu te doutais bien que ça ne mènerait à rien.

C’était Drago. Ron s’approcha un peu plus.

— Je sais, mais…

Quelqu’un renifla.

— Je pensais… Je suis con… Je devrais pourtant savoir qu’il ne faut pas s’attacher aux mecs hétéros. 

Ron poussa la porte de la cuisine, le cœur battant à tout rompre. Il ne pouvait pas laisser passer ça. Il avait fait l’autruche assez longtemps, maintenant qu’il avait compris, il n’allait pas se débiner. Théodore était dans les bras de Drago. Ron croisa le regard gris de ce dernier. Il parut étonné, son sourcil gauche se haussa en une question silencieuse.

— Théo ? appela Ron.

Ron perçut son sursaut, puis il quitta l’étreinte de Drago pour se tourner vers lui. Il avait pleuré, ça se voyait. Le courage de Ron flamba dans sa poitrine et il s’avança d’un pas.

— Je parlais de toi, Théo.

— Quoi ?

— C’est de toi que je suis amoureux.

— Pardon ?

— Et je suis complètement paumé. J’avais pas compris avant tout à l’heure. Après l’anniversaire de Drago, j’ai juste paniqué. C’est pour ça que j’ai pas voulu qu’on se voit. Je me suis dit que je pouvais pas être assez con pour…

Théodore le coupa en se jetant sur lui. Ses mains se refermèrent sur son visage et il le tira vers lui pour l’embrasser. Ron resta interdit un instant avant de répondre à son baiser et enrouler ses bras autour de lui. Il retrouvait la chaleur de ses doigts, la douceur de sa bouche, comme cette nuit-là. Une vague de désir le traversa et ses poings se crispèrent sur le débardeur rose.

— Drago ? Il arrive ce dessert ou quoi ?

La voix de Harry sortit brutalement Ron de sa bulle. Il quitta les lèvres de Théodore dans un état second, se redressa et rencontra le regard écarquillé de son meilleur ami qui les fixait la bouche grande ouverte. 

— On peut m’expliquer ce qui se passe ici ?

Ron sentit son visage s’enflammer. Encore… Il voulut répondre à Harry, mais il s’aperçut qu’il ne savait pas quoi dire pour résumer la situation en seulement quelques mots.

— Ron et moi on a réglé notre problème, le sauva Théodore en s’écartant d’un pas.

Sa main demeura cependant posée dans le bas du dos de Ron. Le poids de ses doigts le rassurait.

— J’espère que ça ne devait pas rester secret, ajouta-t-il en se tournant vers Ron, parce que ça me semble compromis.

Le regard de Ron passa de Théodore à Harry. Puis à Drago qui était toujours là. Son air suffisant donnait envie à Ron de lever les yeux au ciel.

— Heuu… Non ?

L’éclat de rire de Théodore fit frétiller le nœud dans le ventre de Ron. Ce qu’il avait pris pour de l’angoisse tout ce temps. Comment avait-il pu être aussi aveugle ?

Notes:

Le prompt que je devais suivre :
Vos personnages (de 2 à 4) se retrouvent coincés ensemble dans un espace clos (maison/chambre/immeuble etc) pour la raison que vous souhaitez. Ils ne pourront pas en sortir (et personne ne pourra entrer) tant que la problématique de départ ne sera pas résolue.

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